Hillary Clinton, sujet de plusieurs séries dramatiques à la TV

Si elle n'a pas encore décidé de se porter candidate à la présidentielle 2016, Hillary Clinton pourrait trouver sur CBS et NBC, deux grandes chaînes de télévision nationales une aide inattendue. La première va diffuser cet automne une série dramatique intitulée "Madam Secretary" où la protagoniste, Téa Leoni, incarne l'ex-secrétaire d'Etat démocrate et ex-First Lady. Plusieurs scènes ont lieu dans la West Wing de la Maison-Blanche avec l'héroïne, Elizabeth McCord, esquivant les attaques d'un chef de cabinet du président qui ressemble apparemment à l'ancien vice-président Dick Cheney. La seconde en fera de même avec la série "State of Affairs", où l'actrice Alfre Woodard incarne, presque de manière prophétique, la personne d'Hillary Clinton dans la fonction de président des Etats-Unis.

Dans ces deux séries TV, Hillary Clinton est présentée sous un jour favorable. Elle donne son aval à des opérations commandos au Moyen-Orient. Une telle scène rappelle celle de la Situation Room, le 1er mai 2011, où l'on voit une Hillary Clinton apparemment effrayée par ce qu'elle voit. On saura après coup que la cheffe de la diplomatie américaine avait réagi au crash d'un hélicoptère au début de l'opération à Abbottabad au Pakistan pour capturer/tuer Oussama ben Laden.

Comme le souligne le New York Times, mettre en scène des femmes en politique n'a pas souvent constitué une recette efficace pour les télévisions américaines. Une série au sujet de la femme d'un gouverneur, "The Good Wife", sur CBS, fut l'exception. Sur NBC, la série "Commander in chief", avec Geena Davis incarnant la première femme présidente des Etats-Unis, fut finalement annulée. Le quotidien new-yorkais s'étonne d'ailleurs de voir Hillary Clinton dépeinte en termes aussi positive dans une ère politique où tous les coups sont permis à Washington.

Ces séries ne laissent pas les républicains indifférents. L'an dernier, ajoute le New York Times, le Comité national républicain a exercé un lobbying intensif pour empêcher NBC de passer une mini-série au sujet d'Hillary Clinton. CNN renoncera également à réaliser un grand documentaire sur la démocrate. Les républicains sont allés jusqu'à menacer de boycotter les débats organisés par les chaînes incriminées si elles conservaient ces séries hagiographiques au sujet d'Hillary Clinton.

La vidéo diffusée par le NYT:

 

 

L’image du jour: six secrétaires d’Etat pour inaugurer un centre

Ils se sont mis à six pour montrer aux yeux des Américains l'importance de la diplomatie. John Kerry, secrétaire d'Etat actuel et ses prédécesseurs Hillary Clinton, Colin Powell, Madeleine Albright, James Baker et Henry Kissinger ont symboliquement apporté leur contribution à la construction du futeur centre de diplomatie au sein du Département d'Etat qui servira à montrer les vertus de la diplomatie et ce qu'elle a permis d'accomplir au fil de l'histoire (photo Chip Somodevilla/Getty Images/AFP). C-Span a diffusé les discours de John Kerry et des cinq ex-secrétaires d'Etat.

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L’Etat islamique n’est pas (encore) Al-Qaida en termes de menace des USA

000_Was8389146Mercredi, le directeur du National Counterterrorism Center (Centre national de lutte contre le terrorisme), Matthew Olsen (photo Jim Watson/AFP), a tenu à battre en brèche quelques idées reçues. Selon une évaluation faite par les Renseignements américains, l'Etat islamique (ou l'Etat islamique en Irak et au Levant /EIIL) n'est "pas comparable à Al-Qaida de l'avant-11-Septembre 2001". Il ne constitue pas une menace directe pour une quelconque ville américaine. Les propos de Matthew Olsen peuvent surprendre. Un jour plus tôt, un second journaliste américain, Steven Sotloff, égalemetn citoyen israélien, était décapité par un djihadiste de l'Etat islamique dans une région désertique de Syrie. Ces derniers mois, le groupe djihadiste a conquis une impresionnante portion de territoire en Syrie et en Irak. Par ailleurs, il maîtrise comme aucun autre groupe terroriste la communication.

Matthew Olsen est pourtant catégorique: "Il n'y a pas d'information crédible laissant entendre que l'EIIL serait en train de planfieir une attaque contre les Etats-Unis. (…) Il n'y a pas d'indication à ce stade au sujet d'une possible cellule de combattants étrangers active aux Etats-Unis. Un point c'est tout." Pour le directeur du National Counterterrorism Center, Al-Qaida demeure la menace la plus sérieuse même si la propagande de l'EIIL laisse croire le contraire. L'expert ne croit pas à une attaque massive aux Etats-Unis. S'il y a quelque chose, admet-il, ce serait avant tout le fait d'un individu ou deux rentrés au pays.

 

 

L’Amérique dépourvue d’ambassadeurs dans des zones sensibles

000_451860136Le chroniqueur du Washington Post David Ignatius n'aime pas utiliser le terme de déclin quand il s'agit de l'Amérique. Il ne croit pas à une telle notion. Mais quand il s'agit de décrire l'attitude des sénateurs républicains (photo montrant le chef de la minorité Mitch McConnell/Alex Wonk/Getty Images/AFP) à Washington, il se voit contraint de changer de grille d'analyse. Ces derniers ne cessent de critiquer la politique étrangère du président Barack Obama, la jugeant insuffisamment musclée et engagée. Dans le même temps, ils refusent de confirmer des nominations d'ambassadeurs dans des zones actuellement très sensibles.

Ainsi, explique David Ignatius, ils ont refusé pour l'heure de confirmer le candidat au poste d'ambassadeur en Turquie, un allié pourtant essentiel pour échafauder une stratégie commune visant à combattre l'Etat islamique qui sème la terreur en Syrie et en Irak. Mais aussi le candidat pour la Sierra Leone alors que la région fait face à la pire épidémie d'Ebola jamais recensée. "Disons-le simplement: c'est ainsi que des Etats perdent leur pouvoir et influence quand ils sont incapables de s'entendre sur des questions aussi basiques que la représentation diplomatique."

Selon le Département d'Etat, 65 nominations attendent confirmation. Comme le souligne le chroniqueur, il est vrai qu'une poignée de nominations ne méritent pas d'être confirmées. C'est le cas du candidat pour le poste en Norvège (voir mon post de janvier 2014) George Tsunis. Mais 40 candidats sont des diplomates de carrière et ont donc l'expérience requise.

Onze postes d'ambassadeurs restent vacants en Afrique, alors que le continent fait face à de sérieux défis relatifs au terrorisme et à Ebola, neufs en Europe de l'Est alors que le président russe Vladimir Poutine joue avec le jeu en Ukraine, six en Asie malgré le fait que la Chine joue les gros bras en mer de Chine. Quant au Moyen-Orient, il manque encore un ambassadeur américain à Bahrein et dans les Emirats arabes unis. Le directeur général du Service diplomatique du Département d'Etat, Arnold Chacon, attend depuis 326 jours sa confirmation du Congrès. Le Sénat n'a toujours pas confirmé les nominations de secrétaires d'Etat adjoints pour l'ONU, les négociations relatives au contrôle des armements ou les questions énergétiques. David Ignatius relève avec ironie que les républicains fustigent l'administration de Barack Obama par rapport à la crise de l'immigration d'enfants en provenance d'Amérique centrale dont le Guatemala. Mais dans le même temps, cela fait 86 jours que le nominé pour le poste d'ambassadeur au Guatemala attend d'être confirmé à son poste.

La présence d'ambassadeurs sur place est aussi bénéfique aux entreprises américaines, souligne le chroniqueur. Selon le Département d'Etat, les sociétés américaines ont demandé l'aide d'ambassades encore dépourvues d'ambassadeurs pour des contrats d'une valeur de plus de 119 milliards de dollars. C'est aussi ainsi que l'Amérique perd de l'influence. Les Américains ont d'ailleurs une expression consacrée pour qualifier ce type d'attitude: to shoot oneself in the foot, se tirer une balle dans le pied.

Des élections de mi-mandat à 4 milliards de dollars

2012 avait déjà été l'année de tous les records en termes de financement des campagnes électorales. La campagne aussi bien pour le Congrès que pour la présidentielle opposant le démocrate Barack Obama au républicain Mitt Romney avait couté près de six milliards de dollars. Cette année, près d'un milliard de dollars a déjà été investi dans la campagne des élections de mi-mandat du 4 novembre prochain. Les experts s'attendent à ce que les dépenses totales s'élèvent à quatre milliards de dollars. Les sommes sont et seront avant tout dépensées pour des publicités diffusées aussi bien à la télévision qu'à la radio. On connaissait déjà l'impact des lobbies qui déversent des centaines de millions de dollars sur le Congrès pour tenter d'influencer les élus. Ainsi, le lobby de la Santé a apparemment dépensé plus de 400 millions de dollars en 2010 pour tenter de bloquer la réforme du système de santé connue sous le nom d'Affordable Care Act ou Obamacare. Ici, les millions investis dans la campagne électorale ont aussi un impact et certains observateurs comme le professeur Jeffrey Sachs pensent qu'ils pervertissent la démocratie américaine.

L'argent a toujours été présent dans la politique aux Etats-Unis. Mais depuis 2010, une décision de la Cour suprême a fait voler en éclats les efforts pour tenter de contenir le financement des campagnes électorales. Son nom: Citizens United. Cet arrêt a coïncidé avec un déferlement sans précédent d'argent dans le système politique américain notamment par le biais de super PACS, des comités d'action politique qui peuvent dépenser sans compter et souvent de façon anonyme. Les millionnaires et milliardaires y ont trouvé une manière de tenter d'infléchir la politique outre-Atlantique à l'instar du magnat du casino Sheldon Adelson, qui a soutenu tantôt Newt Gingrich, puis Mitt Romney en 2012.

Cette année d'ailleurs, de nombreuses publicités, en grande majorité négatives, mettent en scène des candidats utilisant une arme à feu pour montrer leur opposition à l'Affordable Care Act ou à d'autres politiques menées par le gouvernement fédéral. Selon la radio publique nationale NPR, le message véhiculé par de tels candidats sert à montrer que ces derniers sont favorables aux armes, mais aussi qu'ils sont frustrés par "Washington". Voici quelques publicités déjà diffusées:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

James Cameron présente sa plongée dans la fosse des Mariannes

000_453185600Le réalisateur et explorateur James Cameron (Titanic, Avatar) n'a pas froid aux yeux. Le 4 août dernier, à l'American Museum of Natural History, l'extraordinaire musée d'histoire naturelle de New York, à l'invitation de Rolex, il a présenté en première mondiale son film en 3D Deepsea Challenge, un documentaire au sujet de sa plongée record à 10 908 mètres (35797 pieds) de profondeur dans la fosse des Mariannes réalisée le 26 mars 2012. James Cameron (photo Getty Images/AFP) fut le premier à plonger à cet endroit après la plongée du fameux bathyscaphe Trieste à bord duquel se trouvait en 1960 un certain Jacques Piccard.

Le film est poignant. Il révèle un esprit d'aventure certain et une ingéniosité sans borne. Pour réussir son exploit, James Cameron a effectué plusieurs plongées avec son submersible afin de tester le matériel. Mais il le souligne: "L'échec n'est pas permis." Lors d'un essai à quelque 5000 mètres de profondeur, le réalisateur explorateur a eu une grande frayeur. Plusieurs pannes se succèdent et les moteurs entraînant les hélices de son submersible ne fonctionnent plus. Si on perçoit une poussée d'adrénaline, James Cameron garde son sang froid et réussira à larguer le lest pour remonter indemne. Le jour J, l'équipe de l'expédition se rend au large pour la plongée record dans la fosse des Mariannes. La mer est démontée, les conditions sont mauvaises. Mais James Cameron ne tergiverse pas. C'est maintenant ou jamais. L'équipe sort le submersible Deepsea Challenger et le met difficilement dans une mer démontée. Un volet, apparemment sans importance, du submersible se casse. Il faut le sectionner. Puis c'est la plongée. Au fond, à près de 11000 mètres, aucun poisson, aucune végétation. Avec le bras articulé du submersible, auquel est accrochée une montre Rolex (Jacques Piccard en portait une en 1960 déjà), il prélève néanmoins du matériel du fond de l'océan. Le suspens est à son comble. James Cameron a l'art du story-telling.

Au cours de l'expédition, son équipe a découvert 68 nouvelles espèces marines. La descente jusqu'au fond de la fosse des Mariannes a pris deux heures et demi. A peine arrivé, James Cameron entend l'appel du bateau. C'est la surprise. Les ingénieurs ne pensaient pas que les communications allaient fonctionner à une telle profondeur. Il est prévu qu'il y passe cinq heures. Puis soudain, James Cameron constate une fuite hydraulique. Le bras articulé ne fonctionne plus. L'explorateur doit se contenter d'observer avec les yeux et prendre des photos. Un autre instrument va tomber en panne. Pour James Cameron, après trois heures de plongée, il est l'heure de remonter.

Quant à la société genevoise Rolex, elle présente au cours de la même soirée sa nouvelle montre, la Rolex Deepsea, étanche jusqu'à 3900 mètres de profondeur.

James Cameron au Musée d'histoire naturelle de New York:

 

Lettre ouverte à Roger Cohen

Cher Monsieur,

Dans votre chronique intitulée «Why Americans See Israel the Way They Do (Pourquoi les Américains voient Israël ainsi) publiée dans le New York Times de dimanche, vous RTR1C91Dtentez de montrer comment le conflit entre Israël et le Hamas à Gaza met en lumière une morale à deux vitesses entre Américains et Européens. En tant que Britannique naturalisé Américain (photo Brendan McDemid/Reuters), vous avez une certaine autorité pour parler des sensibilités des deux côtés de l’Atlantique. Fort de cette double appartenance, vous en êtes convaincu. Pour un nombre croissant d’Européens, soulignez-vous, ne pas avoir une opinion négative d’Israël ces jours-ci équivaut à «ne pas avoir de conscience». Voici un audacieux parallèle. Si on retourne la phrase sur la tête avec votre même logique, le fait d’avoir une conscience devrait avoir pour seul corollaire celui d’avoir une opinion positive de l’Etat hébreu. Ce mélange des genres entre conscience et esprit critique m’inquiète car il contraint la conscience à une seule conception du monde, de l’Etat de droit, des normes internationales qui se sont fait jour souvent au lendemain de terribles conflits mondiaux.

Dans le cas concret du conflit entre Israël et le Hamas à Gaza, la notion de conscience n’est bien entendu pas univoque. Nombreux sont les observateurs internationaux et même Européens qui prennent pleinement conscience des préoccupations sécuritaires d’Israël dans un contexte moyen-oriental pour le moins perturbé. Ceux-ci peuvent aussi juger criminelle la pratique du Hamas de placer des roquettes dans des écoles de l’UNRWA, l’agence onusienne d’aide aux Palestiniens et celle d’installer des rampes de lancement de missiles Fajr dans des zones densément habitées.

Dans le même temps, imprégnés du tissu de normes internationales qui ont contribué à civiliser la planète, d’un droit international humanitaire qui apparaît, dans les guerres, comme les derniers fils ténus qui maintiennent un semblant d’humanité, ces observateurs peuvent s’offusquer et se préoccuper du mépris qu’Israël manifeste envers de telles normes. Il est une chose de déplorer que le Hamas joue avec la population civile de Gaza. C’en est une autre de bombarder une école ou des édifices bondés de civils pour éliminer des militants extrémistes du Hamas. Le principe fondamental du droit de la guerre consiste à distinguer entre populations civiles et combattants et à mener des frappes proportionnelles. La notion s’est effritée sous le règne des néoconservateurs américains dans la guerre contre le terrorisme, mais elle reste ancrée dans les Conventions de Genève.

En critiquant même sévèrement Jérusalem, certains Européens sont pourtant animés d’une vraie conscience, celle d’internationalistes pour qui le respect du droit international est la matrice même de la démocratie libérale et en forge même l’autorité morale. Ces mêmes Européens peuvent soutenir la démocratie israélienne, mais en critiquer le fait, comme l’exprimait l’administration américaine voici quelques jours, qu’elle n’agit pas en se mettant à la hauteur des principes qui la fondent. L’Etat israélien valorise la dignité humaine en son sein, mais semble insensible aux appels à la modération quand il s’agit d’épargner des civils palestiniens. Pour le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, ce sont leurs civils contre les nôtres. Avoir de la conscience, dans ce contexte, n’est-ce pas mettre les civils sur le même plan? La conscience peut d’ailleurs être torturée tant les dilemmes sont nombreux. Le très Américain Barack Obama en est une illustration. Il garantit d’un côté le soutien indéfectible de l’Amérique à Israël, mais juge de l’autre dramatique la mort de centaines d’enfants et de femmes palestiniens. Les critiques d’Israël sont peut-être plus musclées et plus fréquentes aujourd’hui. Mais l’Etat hébreu n’a jamais eu un gouvernement aussi à droite dans son histoire. Il a rarement eu un pouvoir politique qui défende une vision à si court terme.

Pour ce qui est de l’antisémitisme, vous avez raison de souligner une préoccupante recrudescence en Europe. Plusieurs incidents graves en France, en Allemagne, au Royaume-Uni ou en Hongrie sont à condamner avec la plus grande fermeté. Votre manière, toutefois, de parler des dérapages en Allemagne qui sont sérieux, mais marginaux par rapport au pays, offre une caricature qui dessert non seulement votre cause, mais celle de l’Europe. Dans des rues allemandes, des idiots ont parlé d’Hitler, de gazer les Juifs. D’autres ont jeté des cocktails Molotov sur une synagogue dans une ville allemande. Les politiques ont vivement condamné ces comportements intolérables. Mais selon vous, si l’Allemagne a été le meilleur allié d’Israël, c’est parce qu’elle a été «contrainte» depuis 1945. Maintenant qu’elle s’est affranchie de son fardeau historique, elle retrouverait, comme l’Europe, ses démons d’antan. L’Europe, qui fut le théâtre de l’Holocauste, ne comprend pas que les descendants des Juifs persécutés, aujourd’hui installés en Israël, aient assimilé «la leçon selon laquelle la puissance militaire est indissociable de la survie». Vous allez même jusqu’à écrire que «décrire des Israéliens comme des meurtriers» permet, hors de toute mise en perspective historique, à l’Europe d’expier «le crime» de l’horreur de la Shoah. Vraiment? Le manichéisme a rarement débouché sur des solutions durables.

La moralité américaine, comme vous le sous-entendez, a parfois poussé les Etats-Unis à sortir l’Europe du marasme d’après-guerre. Mais elle est aussi battue en brèche par des contre-exemples. Il suffit de se rendre à la frontière américano-mexicaine pour voir la haine que déversent des citoyens américains contre des enfants qui ont fui la violence des gangs d’Amérique centrale. Il suffit aussi de voir comment le pasteur de Floride Terry Jones a mis la communauté musulmane dans tous ses états en promettant de brûler des Corans. Les images de Barack Obama dépeint en Hitler en raison de sa réforme de la Santé sont restées dans toutes les mémoires comme les propos du «chanteur» Ted Nugent qui a qualifié Barack Obama, le premier président noir des Etats-Unis, de «bâtard sous-humain». Quant à la Vergangenheitsbewältigung en Amérique, elle est manifestement un processus qui peine à se mettre en branle. Cela fait près de dix ans que la CIA a torturé des terroristes présumés dans ses prisons secrètes que l’Europe a par ailleurs «généreusement» accueillies. Cela fait aussi deux ans qu’un rapport très complet a été rédigé par la Commission du Renseignement du Sénat. Même le président Barack Obama, qui a eu le mérite de mettre fin à la torture dès son arrivée à la Maison-Blanche, n’est pas près de faire toute la lumière sur ce chapitre sombre de l’histoire américaine qui a sapé en partie l’autorité morale des Etats-Unis au même titre que la prison de Guantanamo sur la base américaine de Cuba.

Il n’en demeure pas moins que les sociétés européennes ont manifestement des problèmes d’intégration et la résurgence de l’antisémitisme en est l’un des symptômes. A chaque conflit à Gaza, la dynamique se répète, avec une importation des problèmes proche-orientaux dans plusieurs Etats européens, dont la France et le Royaume-Uni qui comptent les plus importantes populations musulmanes d’Europe occidentale. Permettez-moi toutefois de regretter profondément la manière dont vous caricaturez le Vieux Continent et surtout l’Allemagne. Peu de pays en Europe ou même dans le monde n’ont autant travaillé sur leur passé que l’Allemagne. C’est d’ailleurs la seule langue à ma connaissance qui ait créé une expression pour décrire le processus d’expiation de ses fautes liées au régime nazi: la Vergangenheitsbewältigung. Si aujourd’hui l’Allemagne est une démocratie solide et prospère, elle le doit à ce travail.

Récemment d’ailleurs, elle a pu montrer à quel point elle tenait à cet acquis. Face à un Vladimir Poutine qui semble avoir tourné le dos à la perspective de coopérer avec l’Occident dans une veine autoritaire, les ministres allemands des Finances et de l’Economie ont tenu des propos qu’il n’est pas exagéré de considérer comme remarquables. L’Allemagne ayant de très importants intérêts économiques en Russie, les deux ministres ont néanmoins jugé nécessaire d’appliquer des sanctions plus sévères à la Russie pour l’empêcher de bafouer le droit international et la souveraineté ukrainienne malgré le fait que cette attitude coûterait des emplois. Ils estiment que la défense des valeurs démocratiques, de la paix et de la stabilité supplante largement des pertes pour l’économie allemande. Autre exemple: l’Italie vient d’expulser un imam marocain qui appelait à tuer des Juifs. Face à de telles dérives, Rome n’a pas transigé. Ce type de comportement n’est pas compatible avec sa conception de la démocratie et du vivre-ensemble.

Votre chronique répond manifestement à une préoccupation vivace outre-Atlantique. Le dernier numéro de Newsweek, «Exodus», reprend le thème que vous développez sur l’antisémitisme et montre à quel point les Juifs de France sont désormais déterminés à s’exiler en Israël. Il est un fait indéniable. Les Juifs vivent plus librement aux Etats-Unis, où leur intégration dans la société va de soi. Comme vous le soulignez, les souffrances palestiniennes restent un «tabou au Congrès». Je m’interroge d’ailleurs sur le soutien inébranlable de l’Amérique à Israël. Je ne suis pas certain qu’il soit sous-tendu par une morale plus développée qu’en Europe. Il est devenu une composante automatique et incontournable de la politique américaine. Qu’on soit candidat au Congrès ou à la Maison-Blanche, dévier de ce soutien peut s’avérer électoralement fatal. Est-ce la preuve d’une conscience historique plus marquée? Il est permis d’en douter. En Europe, la communauté juive est souvent très bien intégrée. Mais beaucoup d’amis juifs en conviennent. Il est moins évident d’être juif en Europe qu’aux Etats-Unis. Des sous-entendus ou des remarques déplacées révèlent parfois un degré d’ignorance qui peut s’avérer lourd.

Vous semblez presque déplorer que l’Europe soit incapable de parler d’un «Axe du Mal» comme l’a fait George W. Bush dans son discours sur l’état de l’Union en 2002. Y voyez-vous la traduction d’un relativisme qui caractérise une démocratie européenne déliquescente? Or si l’Irak est aujourd’hui plongé dans un chaos indescriptible sous les coups de boutoir de l’Etat islamique, un groupe djihadiste désireux d’instaurer un califat entre la Syrie et l’Irak, c’est précisément parce que la complexité du Moyen-Orient a été appréhendée à travers la lunette manichéenne de l’«Axe du Mal». Il est d’ailleurs ironique de constater que cette politique visant à tuer le Mal, l’Irak de Saddam Hussein, a permis à un autre «diable», l’Iran, de s’affirmer comme une puissance régionale incontournable. Et il n’est pas exclu que Washington, qui négocie déjà avec Téhéran et cinq autres puissances sur le programme nucléaire iranien, en fasse de même avec la République islamique pour stabiliser l’Irak.

Monsieur Cohen, vous qui craignez le déclenchement d’une éventuelle Troisième Guerre mondiale cette année, ne pensez-vous pas que l’esprit critique face aux gouvernements quels qu’ils soient et la conscience du respect des normes internationales sont autant d’attitudes qui peuvent contribuer à éviter une telle issue? Conscience et esprit critique ne sont pas contradictoires. Ils se renforcent mutuellement. En vous déclarant «content d’avoir été naturalisé Américain» bien que vous sembliez toujours apprécier de séjourner au Royaume-Unis, vous montrez un dédain de l’Europe qui ne vous honore pas, vous qui, contrairement aux Palestiniens de Gaza, avez l’extraordinaire privilège de la liberté de mouvement.

Un concours hippique en plein Central Park

219878410Depuis le début du XIXe siècle, New York avait l'habitude d'accueillir des concours hippiques au Madison Square Garden. Mais en 2001, cette tradition s'est achevée et New York n'a plus organisé depuis des manifestations équestres d'envergure. Or le cheval fait son retour en force à Manhattan. Du 18 au 21 septembre, pour la première fois, un grand concours hippique va être organisé au coeur de ce qui est considéré comme le poumon de la ville, Central Park. Le Grand Prix organisé à New York sera doté de 200 000 dollars de primes. Le milliardaire Donald Trump (photo AP/Keystone) est parmi les promoteurs de la manifestation. C'est d'ailleurs dans le Trump Rink, au sud-est de Central Park qu'aura lieu la manifestation sportive. "Cela faisait longtemps qu'il fallait faire revenir un concours hippique de classe mondiale à New York, relève Donald Trump. (…) Ces chevaux et cavaliers sont les meilleurs du monde et méritent un endroit spectaculaire pour démontrer leur extraordinaire talent."

Les meilleurs cavaliers devraient participer à cette compétition sponsorisée par Rolex et les New-Yorkais devraient pouvoir voir en action Georgina Bloomberg (photo Keystone), la fille de l'ex-maire de New York, le milliardaire Michael Bloomberg. L'événement ne se limitera toutefois pas au saut d'obstacles. Il comprendra aussi des expositions sur les chevaux, des concours de dressage et de polo. 54869697

Au plan local, les organisateurs relèvent que la compétition va profiter à plusieurs organisations, dont la police montée de New York qui fut mise sur pied dans le cadre d'une des stratégies adoptées voici plusieurs années pour combattre la criminalité qui minait Manhattan.

Bill Clinton aurait pu faire tuer Ben Laden avant le 11-Septembre

Un jour avant les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, l'ex-président américain Bill Clinton (photo Esther Lim/AFP) était 000_Hkg10083354en voyage en Australie et tenait une conférence devant des représentants de l'économie. Selon Michael Kroger, un membre du Parti libéral australien qui avait enregistré les propos du démocrate et qui vient de remettre une cassette de l'enregistrement à Sky News Australie, Bill Clinton a tenu les propos suivants avant le cataclysme qui va traumatiser l'Amérique:

"Juste pour dire, vous savez, si j'étais Oussama ben Laden – il est très intelligent et j'ai longtemps pensé à lui – Je l'ai même presque attrapé un jour. (…) Je l'ai presque eu. Et j'aurais pu le tuer, mais j'aurais dû détruire une petite ville appelée Kandahar en Afghanistan et tuer 300 femmes et enfants innocents, et je n'aurais pas été dans une meilleure situation que lui. C'est pourquoi je ne l'ai pas fait."

Comme le souligne Politico, la Commission du 11-Septembre avait relevé que l'administration de Bill Clinton avait renoncé à traquer Ben Laden pour l'éliminer de peur de toucher les populations civiles. Le chef d'Al-Qaida fut tué en mai 2011 par un commando spécial des Navy Seals.

La CIA espionne les ordinateurs de collaborateurs du Congrès qui écrivent un rapport sur elle

000_477845421Le directeur de la CIA John Brennan (photo: Chip Somodevilla/Getty Images/AFP) a longtemps nié toute activité d'espionnage menée par son agence lorsque l'affaire avait éclaté. La présidente de la Commission du renseignement du Sénat, Dianne Feinstein avait dénoncé publiquement en mars 2014 le piratage des ordinateurs des collaborateurs de ladite commission chargée de consulter des milliers de documents et de rédiger un rapport de 6300 pages sur les prisons secrètes de la CIA et la torture pratiquée à travers lesdites techniques d'interrogatoires renforcées. John Brennan avait alors déclaré: "Rien ne peut plus être éloigné de la vérité. Je veux dire que nous refuserions de faire une telle chose. Je veux dire, c'est juste  au-delà de toute rationalité."

Après une enquête interne, John Brennan a dû se rendre à l'évidence et présenter ses excuses au Congrès. De fait, dix employés de la CIA, dont deux avocats et trois informaticiens ont piraté les dossiers et courriels de collaborateurs de la commission sénatoriale. Pour John Brennan, c'est un fait pour le moins embarrassant. Ce d'autant que ces prochaines semaines devrait être déclassifié un résumé du rapport de 6300 pages établi par la commission, qui pourrait faire beaucoup de bruit. Selon les fuites déjà évoquées dans la presse, les techniques d'interrogatoires étaient bien plus musclées que ce qui avait été révélé et la torture pratiquée n'aurait en rien servi à déjouer de nouveaux attentats terroristes.

Dans un éditorial publié ce vendredi, le New York Times est très critique. La CIA, dit-il, n'a pas seulement besoin d'un changement de personnes, mais aussi de culture et nécessite une révision complète de son fonctionnement.