Clayton Lockett: le condamné à mort a été passé au Taser le matin de son exécution

000_Was8558137Face au tollé provoqué par l'exécution raté de Clayton Lockett (photo AFP/Department of Corrections, Oklahoma) en Oklahoma, largement couvert par les médias, beaucoup de questions demeurent. Après l'injection d'un premier produit, le médecin en charge a déclaré le condamné à mort inconscient après dix minutes. Or après l'injection de deux autres produits, il était évident qu'il n'était pas inconscient. Quand le médecin s'est rendu compte que l'exécution avait échoué, il a demandé de tirer les rideaux pour empêcher le public de voir la scène.

Les médias américains s'interrogent désormais. L'Afro-Américain Clayton Lockett, qui a été condamné pour avoir violé et tiré sur une jeune fille de 17 ans qu'il a ordonné d'enterrer vivante, est-il vraiment mort d'une crise cardiaque massive comme l'ont déclaré les autorités d'Oklahoma? Les produits injectés peuvent il est vrai avoir pour conséquence une crise cardiaque. Mais derrière le secret des rideaux, beaucoup s'interrogent. L'ont-ils exécuté en secret par d'autres moyens qui ne seraient pas légaux, sachant qu'en cas d'exécution ratée, le condamné ne peut plus être soumis à une telle oondamnation à mort? Le corps de Clayton Lockett fait désormais l'objet d'une autopsie au Texas qui livrera un verdict prochainement.

Selon le Washington Post, Clayton Lockett a de plus été passé au Taser le matin même de son exécution, car il refusait de passer aux rayons X, une procédure obligatoire. De plus, les médecins ont placé un cathéter non pas dans les deux bras, comme le protocole l'impose, mais sous l'aine, dans l'artère fémorale. Selon le chef des prisons Robert Patton, le condamné à mort s'est délibérément coupé au bras droit avant le lever du jour et a refusé de manger quoi que ce soit avant son exécution. Le médecin en charge de l'exécution n'a pas pu localiser une veine valable pour y installer les cathéters.

Lettre ouverte à Maureen Dowd

000_480364203J'ai lu votre chronique (photo AFP) dans le New York Times de mercredi intitulée "Is Barry Whiffing?" Je vous lis d'ailleurs régulièrement depuis près de trois ans. Or si vous excellez à souligner les dérives de Washington et des républicains, votre papier du jour vous permet de tomber le masque. En qualité d'ancienne correspondante couvrant la Maison-Blanche, vous avez régulièrement décoché quelques flèches à l'encontre de Barack Obama que vous n'avez manifestement jamais beaucoup aimé. C'est votre droit le plus cher. Pour ne pas trop offusquer votre lectorat et votre image de journaliste progressiste (liberal), vous avez joué plutôt la modération. Là je ne sais pas si c'est la dernière augmentation que vous avez dû constater en remplissant votre dernière déclaration d'impôts ou une affection soudaine pour les plus virulents détracteurs du président démocrate qui vous ont transformée. Mais le ton a changé. D'un humour caustique de bon aloi, vous êtes tombée dans un mépris gratuit voire la condescendance.

Vous reprochez tantôt à Barack Obama de vouloir présenter l'image d'un président cool à laquelle vous n'adhérez pas et d'être un commandant en chef des armées "glacial" quand il s'agit de faire éliminer Oussama ben Laden.Vous déplorez l'attitude d'un président qui n'arrêterait pas de "se plaindre". "C'est déstabilisant pour tout le monde, aux Etats-Unis et à travers le monde."

Vous allez même jusqu'à dénigrer le parcours de "Barry", qui a grandi dans un milieu relativement modeste pour accéder à la fonction suprême, mais qui ne peut pas s'offrir le luxe de la nonchalance face au mécontentement et aux difficultés comme des présidents issus de familles plus riches tels que JFK ou W. On se demande bien où vous voulez en venir. Faut-il y voir une pointe de racisme ou au contraire un réflexe de classe?

Vous accusez Barack Obama d'éprouver de la frustration parce son terrain de jeu n'est plus une campagne électorale, où tout est théorique, mais la réalité des grands problèmes du monde. Vous oubliez qu'au plan interne, la Maison-Blanche n'a jamais fait l'objet d'autant d'obtructionnisme de la part du Congrès noyauté par le Tea Party. Vous oubliez aussi que la montée de la Chine, que les répercussions inattendues du Printemps arabe en Egypte ou en Syrie ainsi que les dérives autoritaires du maître du Kremlin ont fortement compliqué le rôle de la première puissance mondiale. Votre critique de la présumée faiblesse de la politique étrangère de l'administration démocrate reprend un credo qu'on ne cesse d'entendre du mainstream qui devrait pourtant vous horripiler: Obama a affaibli l'Amérique dans le monde. Qu'aurait été une politique qui, dans un contexte aussi difficile, aurait renforcé l'Amérique? S'engager dans une nouvelle guerre en Syrie, sans stratégie post-intervention dont on a vu les ravages en Irak? Confronter directement Vladimir Poutine dont la vision du monde se limite à son pouvoir et à la Russie? Intervenir en Egypte pour installer un gouvernement fantôche à la botte des Américains alors que les musulmans de la région n'ont cessé de demander le départ des troupes américaines des terres de l'islam?

Puis vous listez une série de phrases qu'un président des Etats-Unis ne devraient jamais prononcer, comme s'il existait un manuel d'utilisation pour exercer la présidence. Il ne devrait jamais répéter sans cesse "eventually", "finalement", "en fin de compte". Il ne devrait jamais avoir raconté à un journaliste du New Yorker: "Nous faisons partie d'une longue histoire en cours d'écriture. Nous essayons simplement d'écrire correctement notre paragraphe." Par là, vous lui reprochez une trop grande modestie alors qu'un peu plus tôt, vous le jugez arrogant et susceptible.En filigrane, on devrait comprendre que vous faites l'apologie de Ronald Reagan, dont les républicains ont toujours vanté la fermeté qui aurait poussé Mikhaïl Gorbatchev à abattre le mur de Berlin. Un mythe bien cultivé aux Etats-Unis.

Face aux risques de "Troisième Guerre mondiale", comme vous l'écrivez, dus aux provocations russes, vous déclarez, au travers d'une métaphore empruntée au baseball, que Barack Obama est faible, incapable de s'imposer, qu'il ne contrôle pas le monde. Vous ajoutez: "Comment peut-on accepter des attentes autant revues à la baisse et une passivité truculente de la part d'un homme qui s'est présenté comme le guide moral du monde, même avant d'avoir été élu?"

Bel exercice de rhétorique qui a manifestement beaucoup plu au faucon républicain John McCain qui a déclaré, par Twitter, avoir pour la première fois recommandé de lire votre chronique. Mais l'exercice est déconnecté de la réalité. Comment le président démocrate aurait-il dû réagir face à la Russie de Poutine? Livrer des armes à l'armée ukrainienne? Demander à l'OTAN d'intervenir pour empêcher Moscou d'annexer la Crimée, envoyer des troupes américaines à l'est de l'Ukraine pour entamer une nouvelle guerre? Barack Obama a, en réaliste, refusé de telles options aussi absurdes que dangereuses. Il a au contraire privilégié l'unité des Européens et des Etats-Unis.

Votre chronique transpire le politiquement correct d'une progressiste qui "ose" fustiger un président démocrate. Vous auriez aimé que Barack Obama ait le courage d'Adam Silver, le patron de la National Basketball Association qui a décidé de radier à vie Donald Sterling, le propriétaire du club des Clippers de Los Angeles en raison de propos racistes inacceptables. Or Adam Silver a attendu des lustres et des menaces de boycott avant de sévir contre le réputé raciste Donald Sterling. Et puis comparer les défis de Barack Obama face à un monde qui se délite aux difficultés d'un club de baskeball relève de la plaisanterie.

Votre chronique transpire le mépris gratuit et abonde d'un fiel qui en dit davantage sur vos propres frustrations que sur la réalité d'une présidence sans doute parmi les plus difficiles de l'après-guerre. En tant que journaliste progressiste, vous aurez au moins eu la satisfaction d'avoir les honneurs de Foxnews qui s'est délectée de votre écrit. Sur Twitter, les anti-Obama se sont également régalés. Quant aux autres, ils ont simplement invité à passer à autre chose.

 

Propos racistes: la NBA prend une décision spectaculaire

000_487377023Rarement des propos racistes n'avaient suscité un tel tonnerre de réactions outrées. Et jamais son auteur n'aura été autant sanctionné. Donald Sterling, le propriétaire de l'équipe de basketball des Los Angeles Clippers (photo AFP) est radié à vie de la National Basketball Association. Celle-ci lui inflige une amende de 2,5 millions de dollars, le montant le plus élevé que les règlements de la NBA autorisent. La décision du patron de la NBA Adam Silver marque un tournant. Donald Sterling, un octogénaire dont la fortune est estimée à 1,9 milliard de dollars, s'est déjà fait remarquer à de multiples reprises pour des propos racistes et fait l'objet de multiples plaintes. Beaucoup s'étonnent d'ailleurs du temps que cela a pris pour sanctionner le propriétaire des Clippers depuis 1981. Le procès-verbal d'une plainte pénale déposée voici quelques années relatait les déclarations suivantes de Sterling: "Les locataires noirs sentent mauvais et attirent la vermine." Il avait été condamné à ce moment à une amende de 2,7 millions de dollars. De fait, des procès-verbaux de tribunaux ne sont pas toujours aussi parlants que des enregistrements sonores que les chaînes de télévision américaines ne se sont pas privées de diffuser.

La controverse a commencé le week-end dernier avec la diffusion d'enregistrements de la conversation que Donald Sterling a eue avec une femme qu'il connaissait. Le milliardaire se disait étonné que cette dernière ait pu mettre sur internet des photos d'elle en compagnie d'Afro-Américains dont la star américaine à la retraite Magic Johnson qui joua à l'époque pour les Los Angeles Lakers. "Ne le fais par venir à mes matches, insiste-t-il. Oui, cela me dérange beaucoup que tu veuilles faire la promo et diffuser des images montrant que tu es associée à des Noirs. Est-ce vraiment nécessaire?"

Adam Silver n'a pas encore spécifié comment il comptait s'y prendre pour forcer Donald Sterling à vendre les Clippers dont la fortune est évaluée à 500 millions de dollars. Mais le patron de la NBA a bon espoir d'obtenir les trois quarts des votes nécessaires, de la part des autres propriétaires des Clippers pour exclure le milliardaire. Adam Silver a agi aussi sous pression. Certains n'hésitaient pas à brandir la menace de boycott si des sanctions n'étaient pas prises contre Donald Sterling. Sur Twitter, Magic Johnson, qu'on a récemment vu au Apollo Theater de Harlem à New York défendre la cause des droits civiques, a déclaré: "Les joueurs anciens et actuels de la NBA sont très contents et satisfaits de la décision de M. Adam Silver."

Le chef de la NBA met ainsi fin à une longue histoire entre les Clippers et Donald Sterling qui acheta les San Diego Clippers en 1981 et les fit venir à Los Angeles en 1984. Il se débarrasse aussi d'un propriétaire très controversé et critiqué, mais jamais mis en demeure de quitter le club. Les autres propriétaires du club ont déjà dit qu'ils allaient prendre en compte tout l'historique des propos racistes de Sterling avant de prendre la décision de l'éjecter. Dans l'Amérique du premier président noir de l'histoire des Etats-Unis, Barack Obama, l'épisode des Clippers révèle une nouvelle fois que la question raciale en Amérique est loin d'être résolue. Il n'est plus question, comme lors de la campagne présidentielle de 2008, de société "post-raciale".

Le credo de Sarah Palin en faveur de la simulation de noyade

000_Was1216733Même si elle n'a plus les faveurs de ses congénères du Tea Party comme par le passé, Sarah Palin continue de faire parler d'elle. Le week-end dernier, lors de la réunion annuelle de la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes, la républicaine d'Alaska s'est lâché: "Si j'étais en charge (président), ils sauraient que la simulation de noyade (waterboarding/photo Timothy Clary/AFP) est la manière dont nous baptisons des terroristes."

Comme le rapporte Politico, Sarah Palin en a ajouté une couche lundi soir sur sa page Facebook: "Des actions pour stopper des terroristes qui annihileraient littéralement l'Amérique et trouveraient du plaisir à massacrer nos enfants innocents? C'est clair, je ferais tout ce qui est nécessaire pour déjouer leur complot djihadiste meurtrier, y compris pratiquer la simulation de noyade."

Le Waterboarding, utilisé à 183 reprises contre le cerveau présumé des attentats du 11-Septembre 2001, Khaled Cheikh Mohammed, a été fortement pratiqué au lendemain des attentats de Ground Zero. Cela fait des années que l'Amérique a appris l'étendue de la torture pratiquée par la CIA dans des prisons secrètes où étaient détenus de présumés terroristes. Or certains Américains continuent de croire, malgré le tollé qu'avaient provoqué les révélations sur la simulation de noyade, qu'il s'agit d'un moyen acceptable de traiter des détenus dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Sarah Palin n'est d'ailleurs pas seule. L'ex-vice-président Dick Cheney, l'ancien patron du Pentagone Donald Rumsfeld ou encore José Rodriguez, chef du Service national clandestin de la CIA sous George W. Bush, plaident tous pour une poursuite de ce qui est considéré par les experts juridiques comme de la torture.

Face à un tel déni de réalité, la déclassification partielle du rapport de la Commission des renseignements du Sénat sur les techniques d'interrogatoire renforcées de la CIA n'en devient que plus nécessaire. Barack Obama, qui a promis de prendre une telle mesure aura-t-il le courage de ne pas caviarder une grande partie des 500 pages du rapport (sur 6300) qui pourraient être rendues publiques? Dans l'optique des élections de mi-mandat, où les démocrates risquent de perdre le Sénat, le président américain pourrait avoir un intérêt à le faire.

John Kerry: Israël pourrait devenir un Etat appliquant l’apartheid

Si une solution à deux Etats n’est pas trouvé, Israël pourrait devenir un Etat appliquant l’apartheid, à l’image de l’Afrique du Sud jusqu’au début des années 1990. La remarque, faite par le secrétaire d’Etat américain John Kerry lors d’une conférence privée de laTrilateral Commission à Washington, qui réunissait des leaders mondiaux, a été publié par The Daily Beast dont l’un des journalistes s’est immiscé dans l’audience. Le président de la commission, Joseph Nye s’est fendu d’une lettre à John Kerry pour s’excuser de l’intrusion du journaliste qui n’avait pas le droit d’assister à la conférence et qui en plus  “n’a pas respecté les règles” de l’événement. Aucune phrase prononcée par un intervenant ne peut être publiée sans son consentement.

Aux Etats-Unis, une telle remarque est explosive et elle a de fait suscité un torrent de réactions. La sénatrice démocrate de Californie Barbara Boxer a jugé le commentaire de John Kerry “dépourvu de tout sens et ridicule” sur son compte Twitter. Le sénateur du Tea Party Ted Cruz est allé plus loin. Il demande rien de moins que la démission du chef de la diplomatie américaine. “J’étais convaincu, déclare le républicain du Texas, que le secrétaire d’Etat John Kerry placerait ce qu’il considère comme les voeux de la communauté internationale au-dessus des intérêts sécuritaires nationaux des Etats-Unis. Je crains qu’avec ces remarques récentes et mal choisies, le secrétaire d’Etat Kerry ait prouvé que ces inquiétudes sont fondées.” Et Ted Cruz d’ajouter, devant le Sénat: “Le secrétaire d’Etat Kerry a prouvé qu’il n’était pas fait pour le poste et qu’avant que d’autres dégâts soient causés à notre alliance avec Israël, il devrait présenter au président Obama sa démission et le président devrait l’accepter.”
John Kerry a réagi lundi soir par communiqué, démentant l’information du Daily Beast: “Je ne crois pas, ni n’ai jamais déclaré publiquement ou dans le privé qu’Israël était un Etat d’apartheid ou qu’il avait l’intention de le devenir.”

 

 

Musée du 11-Septembre: la polémique avant son ouverture

000_Was4220320Joseph C. Daniels, président et directeur de la fondation qui supervise le Musée et le Mémorial du 11-Septembre (photo AFP), sur ce que fut Ground Zero à Manhattan après les attaques d'Al-Qaida, le raconte au New York Times. Les visiteurs du musée qui doit ouvrir ses portes le 21 mai prochain ne quitteront pas l'établissement avec l'idée d'associer l'islam au terrorisme. Or un documentaire de 7 minutes qui sera diffusé dans le musée suscite une vive polémique. Dans la "Montée d'Al-Qaida (the Rise of Al-Qaida)", utilise les termes "islamistes" et "djihadistes" pour les lier aux attentats du 11-Septembre.

Les critiques estiment qu'il aurait été plus judicieux de parler de "terrorisme inspiré par Al-Qaida, car avec islamistes et djihadistes, on risque de considérer toute la communauté musulmane comme étant liée au terrorisme. Ils estiment que le documentaire risque d'associer islamistes et djihadistes à musulmans. Le fait de mettre en lien direct la religion de l'islam avec les attentats de Ground Zero, on prend le risque d'associer 500 millions de musulmans qui n'ont rien à voir avec ces actions et que les "Etats-Unis n'entendent pas aliéner", précise Akbar Ahmed, le directeur du Département des études islamiques à l'American University de Washington.

Il y a un an, des membres des familles des victimes et de la police notamment ont pu visionner le documentaire pour voir l'effet qu'il pouvait produire sur la communauté musulmane.  Il y a quelques mois, un groupe de représentants de plusieurs confessions a été rassemblé pour voir le film et voir la future exposition du musée. Ces derniers se sont dits surpris par le documentaire et ont émis leurs craintes qu'il soit mal interprété. La réponse du musée fut presque sans équivoque: il n'y a rien à négocier. Pour certains, ce refus de négocier risque de faire injure aux musulmans pacifiques qui n'ont rien à voir avec le terrorisme, à ceux qui sont morts lors des attaques du 11-Septembre et ceux qui font partie des forces de l'ordre ou des pompiers.

Le Musée avait pourtant déjà enlevé de son site internet, comme le rapporte le New York Times, l'expression "terrorisme islamique" à l'issue d'une plainte d'un universitaire qui avait obtenu le soutien de plusieurs autres universitaires. Le débat est complexe. Certains estiment que ne pas décrire d'où vient Al-Qaida est aussi une manière d'occulter ce qu'est le mouvement terroriste. Un porte-parole du musée déclare au quotidien new-yorkais que des explications au sein de l'établissement expliciteront le fait qu'Al-Qaida est un mouvement "très en marge de l'islam".

Obama est-il un autre Bush?

On a beaucoup entendu la comparaison entre l'actuel président Barack Obama et son prédécesseur George W. Bush quand il est question de politique étrangère. Comme ce dernier, Barack Obama a laissé son administration et la NSA espionner massivement les citoyens américains et de nombreux leaders mondiaux. Comme Bush fils, il a poursuivi une guerre impitoyable contre Al-Qaida et des djihadistes par un usage des drones aussi peu transparent que meurtrier (pour les civils notamment). Comme Bush fils, serions-nous tentés de dire, il a maintenu la prison de Guantanamo ouverte, même si lors de son second mandat, il s'attèle à faire ce qu'il peut pour tenter de la fermer.

Mais il suffit d'observer la manière dont la Maison-Blanche traite de la crise ukrainienne pour se rendre compte à quel point Barack Obama n'est pas George W. Bush. Malgré les appels belliqueux de républicains de la trempe de John McCain ou d'autres à armer les Ukrainiens afin de les aider à affronter l'armée russe, au lieu de dire clairement que l'option militaire (par l'OTAN ou autre) contre Moscou est toujours sur la table, le président démocrate martèle que l'option militaire en l'occurrence n'apporterait rien. Il est prêt à fortement durcir les sanctions contre la Russie, mais veut toujours donner une chance à la diplomatie. L'accord inespéré de jeudi soir à Genève sur l'Ukraine, qui n'est pour l'heure qu'une promesse de papier, montre que la voie suivie par Barack Obama est la plus judicieuse.

Dans un autre dossier, on pourrait en dire de même. Durant ses deux mandats, George W. Bush n'a absolument rien obtenu des Iraniens. Barack Obama, qui leur avait déjà tendu la main en 2009 avant d'entamer en 2013 ce qui est perçu comme un début de rapprochement, a déjà obtenu bien davantage. Ecrasé par les sanctions, Téhéran a accepter de négocier sur son programme nucléaire. Pour l'heure, même si tout reste bien entendu fragile, l'Iran est en train de réduire ses activités d'enrichissement et l'Agence internationale de l'énergie atomique vient de se dire plutôt optimiste. On est encore loin d'un succès, mais la croyance de Barack Obama dans la diplomatie, après une décennie de guerres très meurtrières et coûteuses, produit des résultats.

Les critiques de cette nouvelle manière américaine de voir le monde sont désormais majoritaires. "Barack Obama mène de l'arrière". "Barack Obama a sapé l'autorité de la première puissance mondiale." "Barack Obama est le président le plus naïf qu'ait connu l'Amérique." Or imaginons une situation inverse. George W. Bush est à la tête des Etats-Unis et doit traiter avec Moscou au sujet de l'Ukraine. Son vice-président est toujours Dick Cheney. Les Etas-Unis et le monde seraient-ils dans une situation plus enviable aujourd'hui? On peut fortement en douter.

Les Européens furent extrêmement critiques de George W. Bush au point de refuser de se rendre aux Etats-Unis tant qu'il était à la Maison-Blanche. Ils ont longtemps fustigé l'aventurisme militaire de l'Amérique et la croyance que celle-ci avait les moyens d'implanter la démocratie n'importe où dans le monde au moyen de missiles Patriot ou d'une idéologie néoconservatrice aussi arrogante que déconnectée des réalités socio-culturelles, nationales, économiques et politiques des sociétés visées. Aujourd'hui, une majorité d'entre eux ont basculé dans le camp des critiques. Barack Obama, en qui ils ont vu le messie en 2008, les a profondément déçus. A certains égards, le premier président afro-américain des Etats-Unis a déçu. Mais les Européens devraient y regarder de plus près. Cela faisait longtemps qu'un président américain n'avait plus eu une politique étrangère aussi en phase avec les valeurs européennes. Aussi, comparer Barack Obama à George W. Bush, n'est-ce pas une forme sophistiquée ou déguisée d'un antiaméricanisme qu'on peine à s'avouer?

 

Barack Obama s'exprime sur l'accord de Genève:

La page manquante de Kathleen Sebelius

La secrétaire américaine à la Santé Kathleen Sebelius a eu un automne très difficile avec le lancement désastreux du site internet Health.gov, un outil essentiel pour la réussite de la réforme de la santé approuvée par le Congrès en 2010. Beaucoup demandaient sa démission, mais le président Barack Obama n'a pas souhaité céder aux appels des républicains.

Kathleen Sebelius a néanmoins décidé, de façon autonome dit-elle, de démissionner de son poste. Cette ex-gouverneure du Kansas a donné une conférence de presse vendredi dernier à la Maison-Blanche aux côtés de Barack Obama et de sa remplaçante à la Santé, Sylvia Matthews Burwell. Mais en pleine allocution, elle a dû se rendre à l'évidence. Il lui manquait une page de son discours. Elle a dû ainsi improviser. Certains ont voulu y voir un symbole. Or après la débâcle de l'automne, le site internet Health.gov a été réparé et 7,5 millions d'Américains l'ont utilisé pour acheter une police d'assurance-maladie. L'objectif, qui est apparu irréaliste au moment du fiasco de l'automne, a été atteint. La prochaine étape, pour voir si Obamacare va réellement s'imposer en Amérique, ce sera l'annonce des nouvelles primes maladie qui devraient être connues à partir de cet été. Si elles devaient exploser, Obamacare pourrait une nouvelle fois donner lieu à une vive controverse dans l'optique des élections de mi-mandat en novembre.

 

Julia Louis-Dreyfus, une “veep” qui joue avec la Constitution

DreyfusJulia Louis-Dreyfus, l'actrice de la série télévisée Seinfeld et de "Veep", qui ironise sur la fonction de vice-président des Etats-Unis sur la chaîne HBO, ne rate jamais une occasion de créer le buzz aux Etats-Unis. La dernière cover du magazine Rolling Stone la présente nue, avec un tatouage de la Constitution sur le dos au bas de laquelle figure la signature de John Hancock.

Les milieux de défense de la Constitution et le National Constitutional Center de Philadelphie sont montés au créneau pour préciser que John Hancock n'a jamais rédigé la Constitution, mais la Déclaration d'indépendance, un an plus tôt. On ne saura jamais quelle était vraiment l'intention de l'actrice. Mais Julia Louis-Dreyfus a d'emblée attribué l'erreur à Mike McClintock, un personnage qui fait office de directeur de la communication dans la série Veep. Si c'est le cas, c'est une belle manière de faire la promotion de cette série à succès qui fait la part belle à la causticité pour décrire la fonction actuellement occupée par Joe Biden et par le passé par des Dick Cheney, Al Gore ou encore le très pittoresque Dan Quayle. Le magazine Rolling Stone, qui avait déjà créé la polémique en publiant en couverture la photo de l'auteur présumé des attentats de Boston Djokhar Tsarnaev, pourtant reprise de sa page Facebook, a lui-même poursuivi sur le ton de l'ironie en précisant que la vraie Constitution était tatouée sur le ventre de l'actrice.

L'exercice a attiré une grande attention médiatique. Mais Julia Louis-Dreyfus ne compte pas "porter" sur elle la Constitution de façon définitive. Son tatouage est temporaire…

Nomination controversée de Condi Rice chez Dropbox

000_Was2118148Etrange choix stratégique de Dropbox, le service de stockage en ligne: la start-up de la Silicon Valley vient de nommer Condoleezza Rice (photo Jim Watson/AFP) au sein de son Conseil d'administration. C'est pour le moins surprenant quand on sait que l'Afro-Américaine de Birmingham (Alabama) fut la secrétaire d'Etat et la conseillère à la sécurité du président George W. Bush. A ce titre, elle a approuvé le programme d'écoutes qui s'est avéré illégal.

La nomination a suscité une vague d'indignation sur les réseaux sociaux qui est perçu comme contraire à la philosophie d'une société de la Silicon Valley. Une campagne de protestation intitulée Drop Dropbox a été lancée pour boycotter la société en ligne qui avait pourtant formulé de vives critiques à l'encontre de la National Security Agency, l'Agence nationale de sécurité nationale après les révélations du lanceur d'alerte Edward Snowden. Dropbox se défend d'avoir fait un mauvais choix. Elle rappelle que Condi Rice fut membre du Conseil d'administration de Hewlett-Packard et de Charles Schwab.

Le site Drop Dropbox fustige Condoleezza Rice pour avoir été l'une des initiatrices de l'invasion américaine en Irak en 2003 et pour avoir approuvé le programme de torture de la CIA dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.