Sergent Bergdahl: la vidéo de sa libération

Alors que l’échange de cinq prisonniers talibans détenus à Guantanamo et le sergent américain Bowe Berdahl continue d’alimenter la polémique aux Etats-Unis, les talibans ont jeté de l’huile sur le feu en diffusant mercredi une vidéo montrant la remise du GI aux autorités américaines. La vidéo en question a été placée sur le site des talibans qui n’a pas supporté l’afflux massif d’internautes. Elle montre, comme le souligne le New York Times, la capacité du mouvement de se présenter comme le gouvernement en exil d’Afghanistan et d’alimenter une machine de propagande de plus en plus sophistiquée.

 

Seattle opte pour une hausse drastique du salaire minimum

000_495460879On savait que la ville du groupe de musique Nirvana, dans l'Etat de Washington, a toujours eu quelque chose qui la distingue fortement des grandes métropoles de l'est des Etats-Unis. Lundi, le Conseil municipal de Seattle a grossi encore le trait en prenant une décision qui la place au sommet du classement des cités les plus généreuses d'Amérique: il vient de fixer le salaire minimum à 15 dollars de l'heure. C'est plus du double de ce qu'offre le salaire minimum fédéral qui stagne à 7,25 dollars. C'est surtout la plus forte hausse jamais enregistrée dans le monde, clame-t-on: 5 dollars de plus que les 10 dollars qui étaient déjà garantis. C'est enfin , et de loin, le salaire minimum le plus élevé des Etats-Unis.

Comment une telle chose a-t-elle pu arriver aux Etats-Unis? Une majorité des membres du Conseil municipal ont clairement fait campagne en faveur d'un salaire minimum à 15 dollars, à mettre en oeuvre sur une période de sept ans. Le maire Ed Murray (ici en train d'apporter son paraphe sur le projet de loi/photo David Ryder /Getty Images/AFP) et des conseillers municipaux tels que la socialiste Kshama Sawant ont été très en pointe pour forcer la décision.

Si Seattle a franchi un nouveau seuil, huit Etats ainsi que le District de Columbia (Washington) ont augmenté le salaire minimum cette année. Des villes comme San Diego, Chicago et San Francisco comptent également procéder à des hausses importantes du salaire minimum. A Seattle, le salaire horaire va passer à 15 dollars d'ici à 2017 pour les employés de sociétés de plus de 500 collaborateurs et qui ne proposent pas d'assurance-maladie. En 2018, cela comprendra tous les travailleurs de telles entreprises. La mesure devrait bénéficier à presque tous les employés de chaînes de restauration rapide (fast-food).

Les milieux économiques se disent très inquiets. 30% des emplois à Seattle sont payés moins de 15 dollars. Pour les plus alarmistes, la hausse salariale va provoquer de nombreuses suppressions d'emplois et non pas une injection d'argent frais dans l'économie. Selon Forbes, la décision du Conseil municipal pourrait coûter entre 75 et 100 millions de dollars. Les détracteurs du Conseil municipal font remarquer que la société Services Group of America avait déjà quitté Seattle en 2006, après une hausse d'impôts, pour aller s'installer en Arizona. Ils brandissent aussi la menace de voir la multinationale Microsoft quitter l'Etat de Washington. Certains enfin se réfèrent au vote des Suisses le 18 mai dernier. Même la Suisse "socialiste", relèvent-ils, ont refusé un salaire minimum de 4000 francs par mois, soit quelque 25 dollars de l'heure.

 

Un Cherokee pour représenter les Etats-Unis au Conseil des droits de l’homme

WhoWeAre_HarperKeith_Bio_170x216.ashx_Keith Harper (photo Kilpatrick Townsend & Stockton LLP) n'est pas n'importe qui. Cet avocat de Washington a levé un demi-million de dollars pour la campagne présidentielle de Barack Obama en 2012. Il a contribué à sensibiliser les Amérindiens qui ne s'étaient jamais autant mobilisés dans une élection à la Maison-Blanche. Ils ont versé 3 millions de dollars au candidat démocrate opposé au républicain Mitt Romney. Leur vote a avant tout bénéficié à Barack Obama.

Mardi, le Sénat a confirmé sa nomination au poste d'ambassadeur américain auprès du Conseil des droits de l'homme à Genève pour remplacer Eileen Chamberlain Donahoe, une Californienne qui a défendu les intérêts américains dans l'organe subsidiaire de l'Assemblée générale de l'ONU depuis sa création en 2006 pour remplacer une Commission des droits de l'homme discréditée. Le vote fut très partisan: 52 démocrates pour 42 républicains contre.

La particularité de Keith Harper: il fait partie de la nation des Cherokee, l'une des 560 tribus indiennes des Etats-Unis. Les Cherokee sont quelque 315 000 membres, mais plus de 800 000 Améridiens estiment avoir un lien de sang avec les Cherokee. C'est la première fois qu'un membre d'une tribu reconnue par l'Etat fédéral accède à un poste d'ambassadeur. Keith Harper a été un activiste des droits de l'homme et des droits civiques. Il fut délégué lors de la Conférence mondiale sur le racisme à Durban en 2001 en Afrique du Sud. Il s'était aussi distingué en tant qu'avocat dans une plainte collective de tribus indiennes contre l'Etat fédéral. Selon le Washington Post, l'administration de Barack Obama avait réglé l'affaire pour une somme de 3,4 milliards de dollars.

 

La réplique républicaine au livre d’Hillary Clinton

000_DV1738938Même si plusieurs extraits ont déjà été publiés dans la presse américaine, la sortie du livre d'Hillary Clinton, "Hard Choices", le 10 juin prochain, ne cesse d'alimenter les spéculations sur les véritables intentions de l'ex-secrétaire d'Etat à propos de la présidentielle de 2016. Apparemment, l'équipe de la démocrate, ex-sénatrice et ex-First Lady, s'est assurée que rien dans l'ouvrage qui sera dédicacée par l'auteure elle-même le 10 juin prochain à New York n'est de nature à offusquer le président en place Barack Obama. Il ressort plutôt de l'ouvrage qu'après la féroce bataille des primaires de 2008, perdues par Hillary Clinton (photo Brendan Smialowski/AFP) face à Barack Obama, l'ex-secrétaire d'Etat met en évidence le partenariat inattendu qui s'est mis en place entre les deux démocrates qui ont même noué une vraie amitié. Cela semble se confirmer par la tenue, la semaine dernière, d'un dîner privé à la Maison-Blanche auquel Hillary Clinton a été conviée. Or il n'y a pas si longtemps, la presse américaine soulignait bien les intérêts communs entre le camp Clinton et le président noir. Mais elle faisait remarquer qu'il a fallu longtemps avant que Barack Obama n'invite le couple Clinton à venir dîner à la Maison-Blanche.

Les républicains, de leur côté, ne ratent aucune occasion pour saper la crédibilité de l'ex-cheffe de la diplomatie américaine. Ils ont ainsi réactivé la controverse sur la tragédie de Benghazi, où, le 11 septembre 2012, à deux mois de l'élection présidentielle, quatre Américains dont l'ambassadeur Christopher Stevens avaient été tués lors d'un raid orchestré par des islamistes sur la mission américaine de Benghazi, à l'est de la Libye. Dans l'optique de la publication des mémoires d'Hillary Clinton, ils prévoient la diffusion, le même jour, d'un livre électronique intitulé “Failed Choices: A Critique of the Clinton State Department”, sur le site d'Amazon. C'est le groupe de recherche républicain America Rising qui se charge de cette opération de démolition de la stature de la potentielle candidate démocrate à la Maison-Blanche.

Le livre électronique estime que l'ex-patronne du Département d'Etat ne peut pas se targuer d'un succès marquant à Foggy Bottom. Il fustige sa gestion de l'affaire de Benghazi et la politique de rapprochement avec la Russie qui a désormais échoué. Dans l'introduction, le livre électronique annonce la couleur: "A la fin du mandat de la secrétaire d'Etat Clinton, dans aucune région du monde nos alliances n'ont été plus fortes et nos ennemis plus faibles en raison de la diplomatie" d'Hillary Clinton.

 

 

Obama agit en faveur du climat

C'est aujourd'hui lundi que Barack Obama va annoncer l'une des mesures les plus spectaculaires en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Il entend, selon des sources proches de la Maison-Blanche, réduire de 30% d'ici à 2030 les émissions de CO2 des centrales à charbon qui produisent encore 40% de l'électricité aux Etats-Unis. Pour le faire, le président américain ne compte pas sur le Congrès, où les climatosceptiques de tous bords ont déjà rejeté la mise en oeuvre d'une bourse de carbone. Il va procéder par voie réglementaire et a demandé à l'Agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) d'imposer ces nouvelles normes. Les adversaires d'une politique climatique digne de ce nom ont déjà averti qu'ils utiliseraient tous les moyens légaux possibles pour s'y opposer. La Maison-Blanche peut toutefois se reposer sur une décision récente de la Cour suprême des Etats-Unis autorisant l'EPA à agir ainsi.

Samedi, Barack Obama a donné un aperçu des raisons pour lesquelles il juge désormais nécessaire de prendre le taureau par les cornes. Voici son intervention:

 

Une tragédie à la mise en scène hollywoodienne

La fusillade perpétrée la semaine dernière par Elliot Rodger qui a tué six étudiants de l'Université de Californie et blessé sept autres n'en finit pas de provoquer des remous aux Etats-Unis. Des milliers d'étudiants ont rendu hommage aux victimes dans le stade de l'université. Enième fusillade depuis le début de l'année, la tragédie d'Isla Vista a une visibilité décuplé pour plusieurs raisons. Le tueur, un jeune homme de 22 ans né à Londres, qui s'est suicidé après la fusillade, est le fils du réalisateur hollywoodien Peter Rodger.

La diffusion par Elliot Rodger d'une vidéo dans laquelle il exprime sa haine des femmes, a déjà suscité des réactions très fortes. Les spécialistes en médias se sont étonnés du caractère très hollywoodien de la vidéo, laissant entendre que le tueur fut très influencé par le milieu dans lequel travaillait son père. Le document montre à quel point le jeune homme aurait nécessité un suivi psychologique tant il était habité par la haîne et de profondes frustrations.

La tragédie que les parents d'Elliot Rodger, divorcés, ont tenté frénétiquement d'éviter en se rendant chacun à vive allure en voiture en direction d'Isla Vista pour tenter d'éviter la tuerie après que la mère eut découvert la vidéo funeste de son fils sur YouTube, a également provoqué le coup de gueule d'un père d'une victime. Aujourd'hui, Richard Martinez, père de Christopher Michaels Martinez qui refuse d'accepter la sympathie des politiques et critique vertement le Congrès. Il estime que ces derniers n'ont pas fait leur travail, incapables qu'ils furent de réguler plus sévèrement la possession d'armes aux Etats-Unis depuis la fusillade de Sandy Hook qui coûta la vie à 20 enfants âgés de six à sept ans.

 

Dada réapparaît dans une boîte new-yorkaise

LadyScreenFace_G1A8260Né en 1916 à Zurich, le mouvement dada s’est réincarné la semaine dernière à New York dans le cadre d’un festival intitulé “Zürich meets New York” organisé par le Consulat de Suisse en collaboration avec la Ville et l’Université de Zurich ainsi que l’Ecole polytechnique fédérale (EPFZ), Subversif, le spectacle créé par Giants are Small, une société dont le producteur est le Romand Edouard Gétaz et le metteur en scène l’Américain Doug Fitch, s’est révélé décapant. Des mots pour décrire l’absurde, pour dénoncer la disparition de la sphère privée à la suite des révélations du lanceur d’alerte Edward Snowden qui a mis au jour d’innombrables documents montrant l’étendue des activités de surveillance électronique et téléphonique de la NSA, l’agence américaine nationale de sécurité (NSA). La magie des mots et de l’absurde font merveille dans une salle un peu baroque du Lower East Side, The Box, qui est généralement le théâtre, aux petites heures du matin, de soirées interlopes. Un Cabaret Voltaire version Lower East Side.

LadyScreenFace_G1A8382Quelque temps plus tôt, à la White Box, Clarina Bezzola, actrice alémanique vivant à New York, interpelle les invités. Son visage est un écran de type iPad qui crache des mots de bienvenue et des paroles visant à se connecter à la foule anonyme. En arrière-fond, vêtu de noir et chaussé de lunettes noires, Marc Mueller s’applique à donner à l’événement Dada Bomb, avec son didgeridoo, un air ésotérique venu du fin fond du bush australien. Au mur, les invités se servent d’amuse-gueule transpercés par des piques plantées dans les parois de la White Box.

AnthonyRCostanzo_MG_0087 copyLes phrases paraissent décrire une réalité insaisissable, imaginée. Les gestes paraissent eux-aussi absurdes. Le présentateur en chef de la soirée, Anthony Roth Costanzo, fait virevolter les vocables pour dénoncer les abus de Big Brother. Il parle de “nouvelle conscience” et interroge: “Voulez-vous que ceux qui sont au pouvoir vous dupent?” Il relève le risque de voir l’Etat conserver “les traces de nos pensées”. La presse n’est pas épargnée, car elle est parfois décrite comme faisant partie du système pour valider l’action de l’Etat. Anthony Roth Costanzo cite ainsi un article du jour du New York Time qui évoque la nécessité de “repenser le financement des campagnes électorales”. Dada Bomb rend aussi hommage au poète Hugo Ball en laissant le réalisateur Doug Fitch (photo Sarah Sterner/2014/Giants are Small) incarner une espèce d’Edward aux mains d’argent (film de Tim Burton) qui débite des absurdités sans queue ni tête.

DavidPrum_LittleHeadRoom_G1A8604Puis David Prum (photo Sarah Sterner/2014/Giants are Small), la tête encastrée dans un décor de salon, donne au dadaïsme “new-yorkisé” de nouvelles couleurs qui rappellent ce que fera, dans le ton de l’absurde, Ionesco. Dough Hughes présente, lui, un manifeste qui interpelle tant il remet en question des notions établies. Il déclare ainsi: “Il fut une époque où le futur n’existait pas. (…) Et nous sommes à un millimètre voire même à une milliseconde de l’obsolescence totale, mais nous refusons de le voir.” Et enfin, dans un exercice de semi strip-tease, Anthony Roth Costanzo (photo Carrie Schechter/©2014 Giants Are Small) entonne “La Vie en Rose” d’Edith Piaf, avec sa voie de contre-ténor qui donne à l’événement un caractère surréaliste.

DougFitch_HugoBall_G1A8870Même à New York, devenue plus policée depuis que Rudolph Giuliani et Michael Bloomberg ont présidé à sa destinée, le dadaïsme zurichois version Cabaret Voltaire, apparaît déjanté, livrant une image pour le moins différente d’une Suisse parfois perçue outre-Atlantique comme un pays des banques, des montres et du chocolat incapable de sortir de ses traditions. Manifestement, les Zurichois ont ressorti la “tradition dadaïste” pour en faire un remake adapté au monde d’aujourd’hui. Avec succès.

 

Quelques vidéos du spectacle:

 

 

 

Menacé de prison à perpétuité pour avoir fait des brownies au haschich

213072460Le système judiciaire américain ne cesse de surprendre. Jacob Lavoro (photo AP/Keystone/prison du comté de Williamson), 19 ans, s'est fait arrêter en avril après que la police eut trouvé dans son appartement des brownies et des biscuits au haschich pesant au total 635 grammes. Furent également saisis de l'huile de cannabis et de la marijuana. Ce jeune homme de Round Rock au Texas encourt au pire une peine d'emprionnement à vie pour avoir détenu plus de 400 grammes de substances interdites et au mieux une peine de dix ans de réclusion. Les lois texanes punissent beaucoup plus sévèrement la détention d'extraits résineux que de marijuana. La peine minimale pour détention de cannabis est 20 fois plus sévère que celle appliquée aux cas de détention de marijuana. Or les teneurs en THC ne sont pas forcément plus élevés dans les concentrés que dans la marijuana produite actuellement.

L'absurde ne relève pas que de la menace d'une condamnation à la prison à vie, mais aussi du fait que pour évaluer le crime, la Justice texane ne s'est pas embarrassée de mesurer le seul poids de l'huile de cannabis et le cannabis utilisés. Elle s'est référée au poids des brownies et des biscuits. Jacob Lavoro se trouve ainsi inculpé pour crime de premier degré. De plus, s'il s'était contenté de faire des brownies avec des bourgeons de marijuana, il aurait écopé d'une peine de six mois au minimum et de deux ans au maximum.

Aux Etats-Unis, le cas de Jacob Lavoro a suscité un tollé national. Certains fustigent les graves travers de la guerre contre la drogue menée par l'Etat fédéral et les Etats eux-mêmes. Au Texas, le premier adjoint du procureur du comté de Williamson Mark Brunner est resté inflexible. "En tant que procureurs, nous sommes liés par la loi telle qu'elle est, non pas par la loi telle qu'elle devrait ou pourrait être." Or plusieurs experts pénaux en sont convaincus. Mark Brunner aurait les compétences pour renoncer à chercher à appliquer une sentence totalement disproportionnée par rapport à la faute commise. Pour l'illustrer, il suffit de penser que Jacob Lavoro n'aurait pas subi la moindre condamnation dans le Colorado et peut-être bientôt dans l'Etat de Washington.

La situation de Jacob Lavoro est d'autant plus choquante qu'il n'est pas rare de voir des cas aux Etats-Unis où des conducteurs négligeant ayant tué des piétons qui marchaient normalement sur un passage piétonnier au feu vert s'en sortent avec un emprisonnement minimal. Autre cas plus emblématique encore: se reposant sur les lois de légitime défense appelées "Stand your Ground" ou "Castle Doctrine", des citoyens américains ont pu tuer des gens qui avaient volontairement ou involontairement foulé le terrain de leur propriété sans faire l'object de la moindre enquête. Ces lois permettent à tout invididu qui se sent menacé de mort ou dans son intégrité corporelle d'utiliser son arme à feu pour se protéger. Elles ont donné lieu à des dérives préoccupantes, notamment en Floride où deux jeunes Afro-Américains ont été abattus parce qu'ils auraient représenté une menace. Or le premier, Trayvon Martin, n'était pas armé et le second, Jordan Davis, n'était pas armé, mais écoutait de la musique trop fort dans une voiture garée à une station d'essence.

 

 

Filles enlevées par Boko Haram: les Etats-Unis passent à l’action

212202845Après l'indignation planétaire provoquée par l'enlèvement de plus de 200 jeunes filles enlevées (photo AP/Keystone) par le groupe islamiste radical Boko Haram au Nigéria, après une campagne massive sur les réseaux sociaux et l'appel de plusieurs dirigeants du monde, notamment au Sommet africain de Paris, à agir, le président américain a décidé de mettre les bouchées doubles pour aider à faire libérer les otages.

Selon la Maison-Blanche, les Etats-Unis vont déployer 80 hommes au Tchad, un pays voisin, pour lancer des opérations de surveillance et de reconnaissance au moyen notamment de drones. Participeront à la mission avant tout des membres de l'US Air force. Ils ne vont en revanche pas déployer des hommes sur le terrain au Nigéria pour poursuivre les recherches.

Selon le Washington Post, l'Amérique avait déjà envoyé huit experts à Abuja qui sont venus encadrer une vingtaine de spécialistes américains des renseignements et de la sécurité. Des drones ont déjà été utilisés depuis le 11 mai pour aider les autorités nigérianes à trouver les otages, mais le fait d'avoir une base au Tchad permettra aux membres de l'US Air Force de procéder à des vols de drones beaucoup plus longs. La tâche reste cependant très ardue. Pour le porte-parole du Pentagone John Kirby, c'est comme "chercher une aiguille dans la jungle".

Plus largement, l'enlèvement des 200 filles a suscité une forte mobilisation aux Etats-Unis. La First Lady Michelle Obama ainsi que plusieurs politiques et personnalités ont appelé à la libération des jeunes otages en utilisant le hashtag #BringBackOurGirls. Une partie des républicains n'ont, eux, pas hésité à utiliser la tragédie pour accuser l'ex-secrétaire d'Etat Hillary Clinton d'avoir permis ce type d'enlèvement en refusant à l'époque de placer le groupe islamiste radical sur la liste des organisations terroristes. Aujourd'hui, son successeur John Kerry y a procédé.

 

Barack Obama mérite-t-il désormais le Prix Nobel de la paix?

000_DV613436C’est sans doute la première et la dernière fois qu’ils sont d’accord sur un point: le Prix Nobel de la paix n’aurait pas dû être attribué à Barack Obama (photo AFP) en décembre 2009. En 2011, le secrétaire à la Défense de George W. Bush Donald Rumsfeld, qui soutient aujourd’hui encore la politique de l’administration républicaine en Irak et dans les prisons secrètes de la CIA, où des présumés terroristes ont été torturés, n’avait pas ménagé Barack Obama, estimant qu’il ne méritait pas le Prix Nobel. «Il n’a rien fait», précisait-il. Aujourd’hui, on apprend que l’administration démocrate n’était pas contente que le nouveau patron de la Maison-Blanche soit honoré de la plus haute distinction en matière de lutte en faveur de la paix par le comité du Nobel. Le chef de cabinet de Barack Obama à l’époque, Rahm Emanuel, avait tancé l’ambassadeur de Norvège à Washington, Wegger Stroemmen, explique un diplomate norvégien dans le journal «Dagens Naeringsliv». Une manière de faire comprendre à Oslo qu’un tel prix était, pour le jeune président Obama, un cadeau empoisonné.

La justification du Comité Nobel était simple. Barack Obama est récompensé «pour ses efforts extraordinaires en faveur du renforcement de la diplomatie et de la coopération internationales entre les peuples», mais aussi pour sa vision, exprimée lors d’un fameux discours à Prague en avril 2009, d’un monde sans armes nucléaires.

Les réactions négatives à ce Prix Nobel de la paix surprise furent considérables aussi bien aux Etats-Unis qu’à travers le monde. En 2009, les Etats-Unis étaient encore engagés sans réserve dans la guerre d’Irak . Une aventure militaire qui a dévasté le pays et mis à mal les relations interconfessionnelles des Irakiens. Les Etats-Unis étaient aussi très actifs dans la plus longue guerre jamais menée par l’Amérique, l’Afghanistan. De plus, le président démocrate émettait déjà des signaux inquiétants en poussant son administration, par le biais de la CIA, à mener une guerre sans merci et surtout secrète contre Al-Qaida à l’aide de drones, notamment en Afghanistan, au Pakistan et au Yémen. Quitte à ce que de nombreux civils en soient les victimes collatérales.

Le Comité Nobel commettait manifestement un acte préemptif visant à influer sur l’action du premier président noir des Etats-Unis. Il ne visait pas à récompenser quelqu’un pour une action passée, mais pour celles que Barack Obama allait accomplir à l’avenir. Une vision sans doute naïve et très politique.

Aujourd’hui, alors que Barack Obama a bien entamé son second mandat à la Maison-Blanche, que faut-il penser du Prix Nobel 2009? A l’époque, le prix n’était pas mérité. Désormais, deux faits plaident en faveur d’une meilleure reconnaissance des efforts en faveur de la paix consentis par l’actuel président américain. Malgré les fortes pressions exercées par les faucons républicains et Israël sur la Maison-Blanche, Barack Obama a refusé jusqu’ici de régler le problème du programme nucléaire iranien de façon simpliste: en bombardant les installations nucléaires iraniennes. Il a même tendu la main à la République islamique de Mahmoud Ahmadinejad tout d’abord, puis d’Hassan Rohani alors que Téhéran figurait, depuis le discours de George W. Bush de 2002, sur l’Axe du Mal. En négociations actuellement à Vienne, les six puissances négociatrices et l’Iran pourraient déboucher sur un accord historique permettant de lever les incertitudes sur la nature civile du programme nucléaire iranien. Rien n’est bien sûr garanti, mais le seul fait de pousser à une solution diplomatique ne peut être qu’à l’honneur du président démocrate.

Le deuxième fait relève de la Syrie. Si une majorité d’Européens semble aujourd’hui fustiger Barack Obama pour ne pas avoir bombardé Damas une fois connues les atroces attaques chimiques contre des civils dans la Ghouta orientale en août 2013, il convient de rappeler deux choses. Malgré l’horreur quotidienne de la guerre civile en Syrie, une initiative diplomatique d’envergure pourrait aboutir ces prochaines semaines: l’évacuation de l’arsenal chimique du régime de Bachar el-Assad. Il reste environ 8% des armes chimiques à évacuer et l’entreprise n’est pas encore sûre d’aboutir. Mais si 100% des armes chimiques du régime de Damas devaient être éliminées, en pleine guerre civile, ce serait un succès diplomatique sans précédent. Absurde face à l’inhumanité insupportable des combats, face à la catastrophe humanitaire et à l’usage récent de chlorine par Damas? Oui, cette initiative diplomatique ne règle rien du conflit et ne change pas la nature même du président Bachar el-Assad. Mais elle a montré qu’en coopérant, Russes et Américains étaient capables de mener à bien un projet que tout le monde disait d’emblée voué à l’échec. Elle véhicule un message relativement fort quant à la volonté de certaines puissances de lutter contre la prolifération d’armes de destruction massive.  L’intelligence de Barack Obama aura été de laisser l’initiative à Vladimir Poutine, s’assurant ainsi que la Russie, malgré son soutien indéfectible à Damas, avait des raisons de faire aboutir le programme d’évacuation des armes chimiques, Crédibilité oblige. Il ne faut pas oublier que  le maître du Kremlin n’a pas, contrairement à la légende, rempli le vide qu’aurait laissé Barack Obama. Cela faisait plus d’un an, depuis le G20 du Mexique en 2012, qu’Américains et Russes parlaient d’une telle possibilité.

Bombarder le régime de Bachar el-Assad n’aurait en rien mis un terme à la guerre civile en Syrie. Une telle action aurait d’ailleurs sans doute torpillé les chances de négocier un accord avec Téhéran sur le nucléaire.

Reste enfin l’Ukraine. Là aussi, Barack Obama est accusé d’être faible. L’exemple cité par les républicains comme modèle d’un vrai leader? Vladimir Poutine. On peine à y croire. Or si le président démocrate a agi avec prudence, c’est non seulement pour montrer que la vision de l’Amérique et du monde qu’il défend s’inscrit dans un concept auquel il n’a cessé de croire: l’Etat de droit, mais aussi pour indiquer qu’une intervention militaire musclée dans «l’étranger proche» de la Russie, où Washington n’a pas d’intérêts nationaux directement en jeu, était non seulement contre-productive, mais aussi susceptible de couper définitivement les ponts avec une Russie avec laquelle il a pourtant tenté de coopérer.

Ceux qui ont critiqué Barack Obama en 2009 sont-ils aussi ceux qui demandent à ce que l’Amérique intervienne en Syrie? Aujourd’hui, Barack Obama semble répondre, par ses actes, davantage aux critères du Comité Nobel pour apparaître comme un président agissant en faveur de la paix. Même dans l’impossible dossier israélo-palestinien, où son administration s’est cassé les dents, il a tenté une initiative diplomatique intense qui pourrait peut-être, à terme, porter ses fruits.

Barack Obama mérite-t-il dès lors le Prix Nobel de la paix? En termes relatifs, sans doute. Cela ne signifie pas que le président des Etats-Unis soit un pacifiste. Sa retenue sur la scène internationale s’explique par le réalisme politique qui l’anime ainsi que par une appréciation personnelle de la complexité des affaires du monde. Certains y verront une forme de défaitisme de l'Amérique, qui n'est plus prête à jouer unilatéralement les gendarmes du monde. Or aucun président, au cours des 20 dernières années, n’avait autant revisité le rôle de l’Amérique dans un monde multipolaire, où de nouvelles grandes puissances ont émergé. A voir comment le maître du Kremlin conçoit désormais les relations internationales ou comment la Chine tente de dicter ses désirs aux puissances moyennes asiatiques, le président américain semble mener une politique raisonnable. Dans un monde aussi complexe, la diplomatie, davantage que la force militaire sans stratégie, est privilégiée par la Maison-Blanche. Les mauvaises langues choisiront bien sûr la dernière bavure de drones américains pour contester une telle appréciation. Elles auront raison sur un point: Barack Obama reste le président de la première puissance mondiale. Mais celui-ci aura au moins su modérer l’expression de sa puissance militaire.