Le week-end du 4 juillet à Chicago, l’hécatombe à répétition

Le 4 juillet 2014, le jour de l’indépendance américaine, Chicago avait été le théâtre de multiples fusillades. 82 personnes avaient été blessées par balle dont 16 n’avaient pas survécu à leurs blessures, selon le Chicago Tribune. Cette année n’a pas fait exception. Sept personnes sont tombées sous les balles et 41 autres ont été blessées. La ville de l’Illinois reste un haut lieu de la criminalité. Plusieurs centaines de petits gangs se livrent des batailles sans merci. Ce week-end, un jeune garçon de 7 ans a été tué par balle. L’enfant n’était sans doute pas visé au contraire de son père, un membre haut placé dans un gang de Chicago. Le maire Rahm Emanuel, ex-chef de cabinet de Barack Obama, peine à éradiquer cette criminalité de la ville. Les républicains, eux, y trouvent un exemple qu’ils citent régulièrement pour démontrer que certains policiers blancs impliqués dans la mort de plusieurs Noirs, ne sont pas les seuls à utiliser à mauvais escient des armes à feu dont le nombre est d’environ 300 millions aux Etats-Unis. Les gangs d’Afro-Américains de Chicago, rappellent-ils, y recourent abondamment.

Le 4 juillet, le “jour de l’indépendance”, en chiffres

C’est aujourd’hui samedi 4 juillet que les Américains célèbrent leur fête nationale, le 239e anniversaire de leur pays de 320 millions d’habitants. A cette occasion, ils vont se réunir par millions dans les différentes villes du pays pour marquer l’événement sous une surveillance policière très renforcée. De nombreux messages sur les réseaux sociaux laissent entendre que des sympathisants du groupe djihadiste l’Etat islamique exhorteraient des citoyens à perpétrer des actes terroristes sur sol américain. (suite…)

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Barack Obama l’Hawaïen

Pour les habitants d’Hawaï, les succès enregistrés par la Maison-Blanche la semaine dernière (Obamacare, mariage gay) furent à peine une surprise. Pour eux, c’est une évidence: Barack Obama est bien un Hawaïen. C’est là qu’il est né en 1961 et qu’il a vécu près de quinze ans entrecoupés par un séjour en Indonésie. Mais la raison pour laquelle les Hawaïens viennent de manifester ce sentiment relève d’un autre constat.

Si Hawaï est devenu le 50e et dernier Etat américain en 1959, il fut le premier, voici près de quatre décennies, à avoir exiger des employeurs qu’ils offrent une couverture médicale à leurs employés, explique le site Politico. Depuis longtemps, l’archipel du Pacifique bénéficie d’une couverture santé presque universelle. Si Barack Obama s’est battu, un peu seul, pour faire passer sa réforme de la santé en 2010, c’est aussi parce qu’il est Hawaïen, estime-t-on. Quant au mariage gay, la Cour suprême de l’Etat d’Hawaï avait déjà statué en 1993 que nier aux homosexuels le droit de se marier pourrait violer le droit garanti par la Constitution de l’Etat et le principe d’égalité. Cette tolérance ou ouverture se reflète dans les couleurs attribuées à Hawaï: celles de l’arc-en-ciel qui se retrouvent sur le drapeau de l’équipe de football américain de l’Université d’Hawaï, les Rainbow Warriors. “C’est cela l’esprit d’Aloha”, explique l’ancien gouverneur de l’Etat d’Hawaï Neil Abercrombie auquel Le Temps a parlé l’an dernier au sujet d’un Barack Obama qu’il connaît depuis son enfance. “Notre diversité nous définit plus qu’elle nous divise”, conclut-il.

 

Scène inédite: une dame s’applique à enlever le drapeau confédéré à Charleston

Le débat sur le drapeau confédéré qui continue de flotter sur l’aire du Capitole à Charleston a pris une ampleur natioanale cette semaine. Las des palabres et des promesses, une dame afro-américaine a décidé de se charger elle-même de la question. Elle a grimpé le long du mât devant le Capitole pour aller décrocher elle-même le fameux drapeau. Quelques heures plus tôt, dans une oraison funèbre, le président Barack Obama exhortait à retirer le drapeau qui continue d’évoquer aux Afro-Américains un passé douloureux.

 

Oraison funèbre de Barack Obama à Charleston: l’état de grâce

Il venait pourtant d’engranger une victoire politique avec la décision de la Cour suprême des Etats-Unis de légaliser le mariage gay dans tout le pays, au nom de l’égalité des droits. En venant à Charleston pour les funérailles du pasteur Clementa Pinckney, 41 ans, abattu par un jeune blanc suprémaciste en même tant que huit autres Afro-Américains qui étudiaient la Bible dans l’église Emanuel, un lieu de culte symboliquement très fort pour la communauté noire des Etats-Unis, Barack Obama a pourtant tenu un discours en apparence très peu politique. Il a brossé un portrait formidablement empathique du pasteur Pinckney qu’il avait eu l’honneur de rencontrer en Caroline du Sud, un homme de foi dévoué à la communauté et à la chose publique, prompt à mettre en avant les idées des autres avant les siennes. Un homme que le président américain a jugé utile de décrire, après tous les éloges possibles, comme un “homme bon”, a “good man”. “On demandait souvent à Clem (enta) pourquoi il avait choisi d’être pasteur et d’être un politique (sénateur). La personne qui posait la question ne connaissait probablement pas l’histoire de l’église Emanuel.” Une église qui fut bâtie par des esclaves, qui fut brûlée après une tentative de révolte et qui fut reconstruite tel le phoenix qui renaît de ses cendres. Pour le président démocrate, rien n’était plus touchant de savoir que Clementa Pinckney représentait avec toute sa force un district de Caroline du Sud négligé, pauvre et doté d’écoles inadéquates où certains élèves souffrent toujours de la faim ou de ne pas avoir de traitement médical digne de ce nom.

Le ton de la voix, l’osmose avec l’audience de l’église Emanuel qui le portait comme l’un des siens, Barack Obama a donné de sa personne. Il a tenu un discours qui a quasiment valeur de testament de ses valeurs chrétiennes ou morales. Son allocution fut une occasion d’affirmer son identification à une communauté noire qui continue de connaître les répercussions des discriminations passées. Des répercussions qui découlent d’une politique sociale ou du logement discriminatoire du gouvernement fédéral ou local ou de lois Jim Crow qui sapèrent les espoirs nés de la Proclamation d’émancipation d’Abraham Lincoln en 1862 et 1863, en pleine guerre de Sécession. Le professeur de droit de l’Université d’Harvard, qui eut Barack et Michelle Obama comme étudiants, le confiait au Temps en juin de l’an dernier: pour nombre de Noirs, le passé est toujours présent. Si l’accès à la prospérité, à de bonnes écoles, à un logement décent et à de bons emplois reste plus difficile pour les Afro-Américains que pour les Blancs, c’est aussi parce que le passé fait office de boulet qu’on traîne malgré tout.

Barack Obama n’a pas manqué de souligner le rôle de l’église dans la vie des Afro-Américains, un “sanctuaire” pour se remettre des vicissitudes et des souffrances de la vie, un bunker de protection pour les militants des droits civiques dans les années 1950 et 1960. Le président démocrate a ensuite parlé du tueur présumé: “Nous ne savons pas si l’assassin du révérend Pinckney et de huit autres personnes connaissait toute cette histoire, mais il devait certainement être conscient de la signification de son acte. Ce fut un acte qui évoque une longue histoire d’attentats à la bombe, d’incendies criminels et de coups de feu tirés en direction des églises, non pas par hasard, mais en tant que moyen de contrôle, en tant que moyen de terroriser et d’opprimer.”

Inspiré, sensible, prêt à tout révéler ce qu’il avait en lui, Barack Obama n’a pas cédé à l’amertume isolée, sans lendemain. Il a parlé à l’image des familles des victimes qui, dès la première confrontation visuelle avec le tueur présumé, lui dirent, effondrées, qu’elles lui pardonnaient dans un acte de miséricorde inouïe que même d’autres Afro-Américains avaient de la peine à comprendre. “Oh, mais les voies du Seigneur sont impénétrables.” Parlant du tueur présumé, il a ajouté: “Il ne savait pas qu’il était l’instrument de Dieu.” Par ces mots, Barack Obama a voulu montrer que l’acte atroce du jeune Dylann Roof, 21 ans, n’a pas réussi à engendrer un sentiment de haine, mais plutôt à réunir toute une communauté de toutes races, de toutes origines. L’élan de solidarité et d’amour qui a suivi la tragédie de Charleston a ému tout un pays. Pas de révulsion, a ajouté le président, mais de la générosité et même une effort public rare d’introspection.  Si Barack Obama avait pu résumer les événements tragiques de Charleston, il aurait sans doute utiliser qu’un terme: grâce. C’est sur la notion de grâce qu’il a entonné, à la surprise générale, le chant “Amazing Grace” qui accompagna de nombreuses actions du mouvement des droits civiques et dont la chanteuse Mahalia Jackson entonna une version restée mythique.

Au fil des minutes, Barack Obama est devenu de plus en plus impliqué émotionnellement au point d’en perdre un peu la voix. C’est à ce moment qu’il a dénoncé le maintien d’un drapeau confédéré qui ne fait que blesser une partie des citoyens américains, les Afro-Américains, qui ont subi l’esclavagisme et les lois Jim Crow surtout en vigueur dans les anciens Etats de la Confédération. Il est temps d’enlever ce “symbole de l’oppression systématique et de la soumission raciale “tant pour les Noirs que pour les Blancs.” Nous devons tous reconnaître que le drapeau a toujours représenté bien plus que la fierté de notre héritage. (…) Retirer le drapeau de la capitale de l’Etat (de Caroline du Sud) ne serait pas un acte politiquement correct. Ce ne serait pas une insulte aux valeurs des soldats confédérés. Ce serait simplement reconnaître que la cause pour laquelle ils ont combattu, l’esclavage, était une mauvaise cause.” Dans la même veine d’un président qui, après six ans à la Maison-Blanche n’a plus rien à perdre et peut se permettre de se dévoiler au plus proche de lui-même, Barack Obama a dénoncé la discrimination d’un système pénal et carcéral inique, la qualité médiocre de certaines écoles qui empêchent des enfants de bénéficier d’une égalité des chances ainsi que l’absurde culture des armes à feu qui explique en partie les massacres tragiques dans une école primaire, dans un cinéma ou la semaine dernière dans une église.

Les 6000 personnes présentes dans l’église Emanuel ainsi que les commentateurs des chaînes câblées américaines l’ont semble-t-il tous reconnu: Barack Obama a parlé avec le coeur, une sincérité et une passion qui ont fait de son discours un moment de rassemblement national, un moment permettant un début de guérison et offrant surtout une chance de voir les relations interaciales aux Etats-Unis sous un autre jour. Un grand Barack Obama.

Charles Adams, le plus Genevois des ambassadeurs américains, vient d’être confirmé au poste d’ambassadeur par le Sénat

Il l’attendait depuis plus d’un an. L’avocat genevois Charles Adams, de nationalité américaine, a enfin décroché un poste dont il rêvait. Mercredi après-midi, le Sénat américain a enfin confirmé sa nomination au poste d’ambassadeur des Etats-Unis en Finlande. Contacté à son domicile genevois, Charles Adams se confie au Temps: “Pour moi, c’est un moment extraordinaire. Mon père a travaillé trente-deux ans pour le Département d’Etat. Il a eu une longue carrière diplomatique qu’il a achevé en Belgique en tant que chargé d’affaires à l’ambassade américaine. En devenant ambassadeur des Etats-Unis, je lui fais un petit clin d’oeil. Après avoir travaillé pendant près de quarante ans dans le secteur privé, j’ai toujours caressé l’idée de travailler un jour dans le secteur public, comme mon père.” (suite…)

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Moment historique: le fils du ségrégationniste Strom Thurmond répudie son héritage familial et demande le retrait du drapeau confédéré

Moment historique dans l’hémicycle du Sénat de l’Etat de Caroline du Sud mardi. En plein débat racial enflammé aux Etats-Unis, Paul Thurmond a tenu un discours qui fera date quelques jours après que neuf Afro-Américains ont été abattus par un jeune Blanc inspiré par le mouvement suprémaciste blanc.  Pour le sénateur républicain Paul Thurmond, “il est temps de reconnaître notre passé, nos péchés et travailler à construire un meilleur futur. Ce futur ne peut pas être construit sur des symboles de guerre, de haine et de division.” Il est temps, selon l’élu, d’enlever le drapeau confédéré de l’espace occupé par le parlement de cet Etat du Sud profond, le Capitole.

Les mots sont forts et ils ne sont pas prononcés par un élu sans histoire, sans nom, sans fardeau. Ils le sont par le fils d’un des plus virulents ségrégationnistes des années 1940 et 1950, Strom Thurmond. Elu gouverneur de Caroline du Sud en tant que démocrate en 1946, ce dernier occupa un siège de sénateur à Washington de 1954 à 2003. Strom Thurmond s’opposa à l’arrêt de la Cour suprême de 1954 Brown vs Board of Education visant à supprimer la ségrégation à l’école. Il se fit l’auteur d’une flibuste (procédure d’obstruction au Congrès) de 24 heures en 1957 pour réfuter ce qui était à l’époque une première version d’une loi sur les droits civiques. Il s’opposa à la loi sur les droits civiques (Civil Rights Act) de 1964 promulguée par le président démocrate Lyndon Johnson. En porte-à-faux avec son parti, Strom Thurmond quitta les démocrates pour devenir républicain en 1964.

Dans un climat surchauffé en raison du débat houleux sur le drapeau confédéré que certains voient comme un héritage du passé à conserver et que d’autres voient comme un outrage à la communauté afro-américaine voire même aux Etats-Unis en tant que pays uni, le fils de l’élu ségrégationniste, Paul Thurmond a montré un courage remarquable. “Je suis conscient de mon héritage, a-t-il déclaré en faisant référence notamment au rôle qu’ont joué plusieurs membres de sa famille au cours de la guerre de Sécession ainsi qu’à l’esclavagisme. Je ne suis pas fier de cet héritage. Ces pratiques sont inhumaines et à bannir.” Et Paul Thurmond d’ajouter: “Je suis fier de prendre position et de rompre le silence. Nous devons retirer le drapeau confédéré maintenant. Si nous ne le faisons pas, nous ratons une opportunité d’entamer une conversation différente sur la nécessité de guérir dans notre Etat. Je suis prêt.”