Castle Rock : le retour du démon

Nouvelle série de Stephen King et J. J. Abrams, Castle Rock ne révolutionne pas le genre fantastique, mais démontre que le maître du roman d’horreur reste un narrateur hors pair.

Genre : horreur psychologique

Si vous avez aimé : Outcast, American Horror Story, The Exorcist, 11.22.63, Mr Mercedes

Bande-annonce : saison 1

L’histoire : La découverte d’un jeune homme étrange, enfermé depuis des années dans les sous-sols de la prison de Shawshank, amène l’avocat Henry Deaver à retourner dans sa ville natale de Castle Rock, où il va devoir affronter les démons de son passé.

Diffusion et accès : Hulu, en octobre sur Canal+

« Every inch is stained with someone’s sin. »

Adapter Stephen King : un pari risqué
Les romans de Stephen King peuvent-ils être mis en image ? Faut-il en particulier laisser l’écrivain américain contrôler les adaptations de son œuvre ? La question s’est longtemps posée, alors que la liste les navets (Cell, The Dark Tower) ne cesse de s’allonger, offrant un constat sans appel : à de rares exceptions près (The Dead Zone), seules les adaptations libres (ShiningMiseryCarrie, Stand By Me, etc.) méritent le détour.

Chef-d’œuvre de l’horreur, The Shining fut assassiné par la critique, lors de sa sortie, et renié par Stephen King. © Stanley Kubrick

La rencontre qui change tout
La rencontre avec J. J. Abrams (Lost, Westworld) va tout changer. Le producteur et le romancier s’associent au début des années 2010 pour adapter au petit écran le roman de science-fiction 11.22.63. Diffusée en 2016 sur le site de vidéo à la demande Hulu, la mini-série est une réussite (voir la bande-annonce).

11.22.63, une première collaboration réussie. © Hulu

Forts du succès de cette collaboration, les deux hommes se lancent un nouveau défi : produire une œuvre télévisuelle originale, inspirée de l’univers du maître de l’horreur. Créée par Sam Shaw, la série Castle Rock, petite ville imaginaire du Maine où Stephen King plante le décor d’une douzaine de romans, est diffusée depuis le 25 juillet sur Hulu.

Hommage à 40 ans de création

La série, qui dévoilera chaque saison une intrigue différente, est un concentré de l’univers de Stephen King. Développant chacun des thèmes chers à l’écrivain américain, elle multiplie les clins d’œil à son œuvre, jusqu’à offrir les rôles principaux à l’héroïne de Carrie (1976), Sissy Spacek, et au clown de Ça (2017), Bill Skarsgård.

« I’d always thought the devil was just a metaphor. »

Un pot-pourri hommage à quarante ans de création, conçu pour séduire autant les fans, chasseurs d’easter eggs, que les simples amateurs de série fantastique.

Une intrigue classique

Revers des œuvres dirigées par le maître, l’intrigue est tout ce qu’il y a de plus classique. La découverte, dans les sous-sols de la prison de Shawshank, d’une cage où se terre un jeune homme, va entraîner une succession d’événements tragiques à Castle Rock, comme si la petite ville voyait ressurgir un ancien fléau.

« The curse on our town, dragging evil behind you everywhere you went. »

Sollicité par cet étrange client, l’avocat Henry Deaver (André Holland, remarqué dans The Knick et American Horror Story) va devoir faire face aux fantômes de son passé. Et à sa propre malédiction.

Au bout de l’ennui
Malgré une reproduction méticuleuse de l’atmosphère spectrale des romans de Stephen King, la série peine à décoller. En cause, un récit qui se perd dans les histoires parallèles et les flashbacks, manquant cruellement de rythme.

Le salut vient après quatre épisodes. Ayant enfin posé son cadre narratif, Castle Rock peut commencer à faire ce qu’on attend d’elle : terroriser. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que, sur ce point, la série ne va pas décevoir.

Épisode 7 : un chef-d’œuvre narratif
Reliant tous les points égrenés au fil du récit, l’œuvre dévoile peu à peu un schéma irréversiblement démoniaque. Le génie de Stephen King prend alors toute sa dimension. Happé par un cliffhanger sidérant, le spectateur va vivre une expérience narrative tout simplement phénoménale.

« I thought I knew how the world worked. What was real and what was not. »

Comme les romans de l’auteur savent si bien le faire, l’épisode 7 (écrit par Sam Shaw) joue sur la perception des dimensions. Ici, le temps. Plongé dans le cerveau d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer qui tente d’échapper à un tueur, le spectateur va vivre 60 minutes d’une terreur indescriptible. Cet épisode, véritable chef-d’œuvre d’écriture narrative, mérite à lui seul un Emmy Award.

L’origine du mal
Au-delà de ce coup de génie, la série finit par convaincre en se concentrant sur l’obsession de Stephen King : sonder l’origine du mal. Un mal qui revêt dans son œuvre de multiples formes, comme autant de variations de Faust.

Métaphore de la société dont l’écrivain explore sans relâche la part d’ombre, les créatures surnaturelles et maléfiques qui peuplent l’œuvre de Stephen King ont pour seule fonction de révéler les horreurs qui se produisent au sein des plus paisibles communautés, derrière les façades coquettes des maisons. Le démon qui ravage Castle Rock étant la face visible du mal qui sommeille en chacun de ceux qui l’habitent.

Emilie Jendly

Emilie Jendly

Emilie Jendly est passionnée de séries télévisées depuis 20 ans. Journaliste franco-suisse, elle présente sur ce blog les nouveautés à ne pas manquer. Spoil prohibé.

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