The Terror : expédition aux frontières de l’humanité

Servie par une distribution éblouissante, la minisérie produite par Ridley Scott retrace le destin tragique d’une expédition disparue dans l’Arctique, au XIXe siècle. Un spectacle sublime et déchirant, qui sonde les limites de l’humain. 

Genre : mini-série d’horreur

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Bande-annonce

L’histoire: 1845. Deux navires de la Marine Royale britannique entreprennent un long voyage dans l’Arctique, à la recherche d’un passage permettant de relier l’Atlantique au Pacifique. Bloqués par les glaces, ils doivent affronter les assauts conjugués de la faim, des épidémies et d’une mystérieuse créature qui décime l’équipage.

Diffusion et accès: Amazon Prime Video

– We are at the end of vanity.
– Then you are free.

L’expédition maudite
Adaptée du roman fantastique Terreur de Dan Simmons, paru en 2007, la mini-série de David Kajganich et Soo Hugh devait initialement être un long-métrage signé David Fincher. Mais le projet a été repris par la chaîne AMC et confié à Ridley Scott, qui produit les dix épisodes de ce voyage en enfer.

L’histoire, qui mêle faits réels et surnaturels, se base sur le faisceau d’indices laissés par l’expédition Franklin, constituée de deux navires d’une centaine d’hommes et disparue dans l’archipel arctique canadien. Piégé par les glaces, l’équipage dut poursuivre sa route à pied et périt de froid, de famine et d’épidémie. Malgré une quinzaine d’expéditions de recherche, les épaves des navires n’ont été retrouvées que récemment et leur localisation soulève encore de nombreuses questions.

Distribution éblouissante

Pour incarner ce huis clos horrifique, AMC a fait appel à trois immenses acteurs britanniques : Jared Harris, Tobias Menzies et Ciarán Hinds. Dans la peau des capitaines puisant dans leurs dernières forces physiques et mentales pour sauver leurs hommes, les trois comédiens sont éblouissants.

Jared Harris en particulier excelle dans le rôle du capitaine Francis Crozier, commandant valeureux qui reste entièrement dévoué à son équipage, alors qu’un torrent de barbarie déferle sur le groupe.

La peur, ce monstre dévorant
Car dans la banquise, le froid n’est jamais aussi dévorant que la peur. Prenant conscience qu’ils marchent vers la mort, les hommes doivent lutter au plus profond de leur être pour rester soudés et ne pas céder à l’abomination. Certains, rongés par l’angoisse, finissent par se délester du fardeau de l’humanité, afin de tenter d’échapper à leur sort. Surgissant de ce gouffre, les personnalités monstrueuses se révèlent en plein lumière.

Mise en scène somptueuse
C’est ici que la mise en scène déploie toute sa splendeur. Asphyxiée durant six épisodes par la grandiloquence des décors et la débauche de retouches numériques, l’image se dépouille enfin, jusqu’à n’être plus qu’un espace scénique lunaire, où se jouent des séquences d’une beauté déchirante.

Tim Mielants, qui a réalisé les quatre derniers épisodes, emprunte à l’univers de Ridley Scott pour mettre en image l’épilogue de l’expédition. Les scènes intimistes somptueuses, à la composition picturale, se succèdent dans un environnement de plus en plus oppressant.

Aux confins de la civilisation
Abandonnés par leur Dieu, seuls face à leur âme aux confins de la civilisation, les derniers vivants de cette expédition maudite deviennent les héros d’une tragédie grecque, grandiose et pathétique.

« God lies in all realms. »

Les ultimes sursauts d’humanité de ces hommes sont saisis avec une maestria d’autant plus remarquable que l’image et l’interprétation sont réduites à leur plus sobre expression.

Supplément d’horreur : le sort de ces marins ne serait pas aussi cruel et tragique si, engoncés dans leur mépris, ils ne s’étaient révélés incapables de saisir la main tendue des Inuits. La débâcle de cette expédition illustre magistralement l’absurdité et la violence aveugle de la toute-puissance exploratrice des nations coloniales.

Alien en miroir horrifique
Nul doute que l’adaptation du roman Terreur par David Fincher aurait été une réussite. Mais en confiant le projet à Ridley Scott, AMC s’est assurée que le récit horrifique gagnerait en densité. Conçue comme le versant d’Alien (la blancheur immaculée de l’Arctique se substituant en image négative à l’obscure immensité de l’espace), The Terror déploie la même tension oppressante, suscitant une peur organique et glaciale.

L’écho de la monstruosité en soi

Comme dans le long-métrage de 1979, la créature qui surgit de la banquise pour s’attaquer aux marins offre une double lecture allégorique : allégorie de la xénophobie, et de la part de monstruosité enfouie en chaque être qui ne demande qu’à jaillir aux angles morts de la civilisation.

« I don’t believe it is an animal we battle. »

Une grande part de la force du récit aurait pu résider dans ce miroir fascinant : quel est ce mystérieux prédateur ? Un ours polaire ? Un Léviathan ? Ou sans doute le pire de tous : l’Homme ?

Représenter la créature : erreur tragique

C’est ici que The Terror trébuche de façon incompréhensible. Alors que la série aurait gagné à ne jamais montrer la créature qui dévore l’équipage, les scénaristes font le choix de la matérialiser. Or, l’équipe qui a conçu le design de Tuunbaq n’a pas le talent de Giger et le résultat est embarrassant. Une erreur regrettable qui prive en partie le monstre de sa valeur allégorique.

Autre bémol : la série souffre de longueurs et aurait pu être réduite de quelques épisodes. Il est néanmoins recommandé aux spectateurs les plus empressés de s’armer de patience, tant les derniers épisodes de cette minisérie sont splendides et déchirants.

Emilie Jendly

Emilie Jendly

Emilie Jendly est passionnée de séries télévisées depuis 20 ans. Journaliste franco-suisse, elle présente sur ce blog les nouveautés à ne pas manquer. Spoil prohibé.

2 réponses à “The Terror : expédition aux frontières de l’humanité

  1. Je n’arriverai pas jusqu’au bout. C’est la série la plus pénible que je n’ai jamais suivie. C’est jour blanc la plupart du temps, on n’arrive pas à distinguer ce que voit l’équipage, Leur anglais est difficile à comprendre. C’est long long long. Pourtant entre le producteur Ridley Scott et le casting, cette série s’annonçait très prometteuse.

    1. Je vous comprends. Les premiers épisodes sont trop longs et globalement décevants. Si vous arrivez à tenir jusqu’au changement de décor, vous ne le regretterez pas. L’écart de qualité est spectaculaire et les comédiens peuvent enfin déployer toute leur capacité de jeu. Un grand moment de télévision. Cela dit, le spectacle reste éprouvant. On n’en sort pas indemne.

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