Twin Peaks : retour vers le futur

Objet de vénération depuis sa diffusion en 1990-1991, Twin Peaks signe son grand retour sur Canal+. La troisième saison enchantera les fans de David Lynch et risque de dérouter les autres.

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Twin Peaks : Bande-annonce S01, bande-annonce S03

L’histoire : les habitants de la petite ville de Twin Peaks sont sous le choc, lorsque le cadavre d’une lycéenne aimée de tous est retrouvé au bord de la rivière. L’agent spécial du FBI qui mène l’enquête va découvrir que Laura Palmer n’était pas celle que l’on croyait.

Diffusion : Netflix (S01 et S02), Canal+ dès le 25 mai (S03)

« Do you remember your Doppelgänger? »

1990 : une révolution à l’écran
Lorsque la diffusion de Twin Peaks débute le 8 avril 1990 sur ABC, les spectateurs connaissent déjà l’univers singulier de David Lynch. Mais personne n’imagine que le cinéaste va révolutionner le petit écran. Le pilote de 90 minutes donne le ton : Twin Peaks est un objet de mise en scène radical, concentré de filmographie lynchienne, auquel le scénariste Mark Frost a ajouté un supplément de génie.

Dès le premier épisode, les deux auteurs extraient Twin Peaks du cadre formaté dans lequel végétaient les productions télévisuelles depuis le milieu des années 60 et instillent au format une qualité formelle que l’on ne connaissait qu’au cinéma. La série devient instantanément culte.

« Is it real, Ben? Or some strange and twisted dream? »

Chef-d’œuvre visionnaire
Revoir les deux premières saisons de Twin Peaks permet de mesurer à quel point l’œuvre est visionnaire. Vingt ans avant les chaînes câblées, David Lynch et Mark Frost ont démontré qu’un cinéaste et un romancier pouvaient investir l’univers de la télévision et y insuffler la notion d’auteur.

Un ovni télévisuel
Devenue une bible pour les scénaristes et metteurs en scène, Twin Peaks reste un ovni esthétiquement et narrativement inclassable, d’une incroyable modernité. David Lynch a pu y introduire tout ce qui fait la singularité de son œuvre cinématographique : un rapport pictural à la lumière, une vision non linéaire du temps, du mouvement et du son, une fascination pour le rêve et l’imprévisibilité qui rendent son style si particulier.

« The owls are not what they seem. »

Satire des soap operas
Parce que le format lui offrait une liberté inédite, David Lynch a truffé les séquences de références aux géants du cinéma qu’il admire : d’une scène à l’autre, Hitchcock côtoie Fellini, Capra, Buñuel, Kubrick, etc., toujours pour le meilleur.

Et puisqu’il s’agit d’une série, Lynch et Frost multiplient les clins d’œil parodiques aux soap operas. On retrouve dans Twin Peaks tous les éléments du feuilleton américain : un récit reposant sur plusieurs intrigues complexes voire confuses, une narration ouverte ponctuée de cliffhangers saisissants et un sens du mélodrame appuyé par le jeu poussif des acteurs.

Une série qui mêle les genres
Au-delà des références savoureuses, la série mêle allègrement les genres : le burlesque s’immisce dans l’horreur, le polar est mâtiné de surnaturel, la comédie de fantasmagorie. En laissant libre cours à ses images mentales et ses obsessions esthétiques, David Lynch livre une œuvre aussi brillante que touffue, au final assez inégale. Un kaléidoscope hallucinatoire ponctué de scènes virtuoses.

On retiendra en particulier le pilote, le premier épisode de la saison 2 et le season finale, tous trois réalisés par David Lynch (treize réalisateurs se partagent la caméra pour le reste) et dont les images et les dialogues ont laissé une trace indélébile dans la culture populaire.

« When you see me again, it won’t be me. »

Au revoir éblouissants
La saison 2 laisse l’agent Dale Cooper (Kyle MacLachlan) en mauvaise posture dans la Loge Noire, à l’issue d’un season finale éblouissant. Laura Palmer annonce « I’ll see you again in 25 years. » Une prophétie qui a donné lieu à toutes les spéculations, jusqu’à l’annonce du retour de la série sur la chaîne Showtime, un quart de siècle après son arrêt.

Le retour tant attendu
Pour son retour à la télévision (dix ans après son dernier long-métrage), David Lynch n’a pas fait les choses à moitié : le cinéaste réalise les 18 épisodes de la troisième saison, coécrite avec son complice Mark Frost.

Restait à savoir si le réalisateur iconoclaste et son scénariste allaient à nouveau anticiper la télévision de demain. Les deux premiers épisodes dévoilés dimanche 21 mai sur Showtime (jeudi 25 sur Canal+) démontrent que Twin Peaks n’a en tout cas rien perdu de sa modernité.

Dès l’ouverture du season premiere, le cadre est posé : le rythme de la série sera extra-ordinairement lent et le récit plus que jamais énigmatique. Mais ce qui saisit le plus, c’est la forme : la mise en scène est splendide.

Aucun doute, David Lynch, qui vient d’annoncer qu’il ne réalisera plus de films, a trouvé le format qui lui convient parfaitement aujourd’hui. Et le duo qu’il forme avec Mark Frost lui permet de révéler le meilleur de son univers dissociatif et fantasmagorique.

Personnages fétiches et nouveaux visages
Les fans retrouveront avec bonheur la majorité des personnages fétiches de Twin Peaks, qui semblent être restés figés pendant 25 ans. Mais la saison introduit également de nouveaux visages, incarnés par des acteurs tous parfaits (à noter la performance de Matthew Lillard qui va à coup sûr marquer la série de son empreinte).

Enigmes pour les fans
Ceux qui connaissent Twin Peaks sur le bout des doigts se réjouiront de récolter les petits cailloux que David Lynch et Mark Frost sèment à foison dans les premiers épisodes. Pour les autres, l’exercice risque de s’avérer plus acrobatique. La saison 3 reprenant le récit là où la précédente s’était achevée, il faudra sans doute visionner les épisodes initiaux pour saisir l’essentiel.

À moins de s’en tenir au résumé de 02:30 100% spoilers mis en ligne sur le site de la série. Ou de se laisser séduire par un récit mêlant réalité et onirisme qui peut tout aussi bien rester mystérieux, la forme suffisant ici à l’enchantement.

Univers noir et terrifiant
Un seul regret : la dérision sous-jacente des deux premières saisons a totalement disparu. David Lynch l’annonçait début mai : il voit Twin Peaks comme un film découpé en 18 épisodes. On retrouve en effet davantage l’atmosphère sombre de ses longs-métrages que l’humour de la série dans la saison 3 de Twin Peaks. L’univers est noir, horrifique et franchit un cap dans la violence crue.

La frontière qui séparait le cinéma des séries semble s’être définitivement évanouie avec cette œuvre qui sera projetée le 25 mai à Cannes. David Lynch aura-t-il une fois de plus été visionnaire ? Seul le temps permettra de l’affirmer avec certitude.

 

Emilie Jendly

Emilie Jendly est passionnée de séries depuis 20 ans. Journaliste RP, conseillère en communication, elle présente sur ce blog les nouveautés à ne pas manquer. Spoil prohibé.

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