Auto mariage ne signifie pas épouser son auto

Les places sont chères pour célébrer des noces à la belle saison mais tout n’est pas perdu si vous êtes intéressé(e)s par un mariage avec vous-même: une cérémonie collective d’auto mariages est, en effet, prévue le 8 juin prochain, tel qu’annoncé sur le site de la mairie de Bilbao . Un cours de préparation au mariage est même prévu par l’organisatrice, l’artiste May Serrano, mariée de longue date à elle-même.

Acte de narcissisme ou de liberté ?

A en croire quelques auto mariées médiatiques (où sont les hommes?), la sologamie attire principalement des femmes entre 30 et 40 ans. Principales motivations ?

  • Refuser de conditionner son bonheur personnel à LA rencontre (qui se fait attendre longtemps).
  • Prendre sa vie en main face au stigmate du célibat, qui touche davantage les femmes.
  • Faire librement un acte d’amour propre et de fidélité envers soi pour l’éternité.

Des voix s’élèvent pour dire que c’est la preuve ultime de tout ce qui va de travers en termes de relations humaines, de solitude, d’individualisme.

Et s’il s’agissait d’un acte de narcissisme suprême? Je laisse à quiconque n’a jamais fait de selfies le soin de leur jeter la première pierre. En revanche, le besoin de faire du mariage  un « happening» à diffuser sur les réseaux sociaux, ressemblerait à s’y méprendre à une nouvelle forme de faire la fête…

Autre paradoxe de notre époque : et si cet acte d’affranchissement côtoyait leur rêve de princesse en robe blanche?

Pour répondre à ces questions et bien d’autres, l’auto mariage est assorti de spécialistes qui font autorité: une coach dispense des conseils et stages en la matière, tandis qu’un site vante ses coffrets d’auto mariage incluant une unique alliance (et une figurine solitaire pour couronner la pièce montée ?).

Je peux me tromper mais… une fois auto marié, que fait-on en cas de rencontre avec l’âme sœur ? Divorcer de soi-même ? Même si l’auto mariage n’est pas reconnu, l’adultère envers soi reste un sujet à part entière!

Photo: Pixabay, Creative Commons, Alexas_Fotos

« Mémé va au travail » : le hub créatif où les seniors marquent la tendance

Elles créent des objets de mode et de décoration, font des défilés, prennent la pose et postent des photos sur Instagram. Agées de 60 ans… et pour certaines de plus de 90 ans, elles rayonnent et s’activent dans la bonne humeur. Voilà ce que je découvre en franchissant le seuil de l’atelier de création et espace coworking « Mémé va au travail »* créé à Lisbonne en 2014, sur fond de crise économique.

Les fondateurs, une designer et un psychologue, avaient observé l’isolement croissant des “seniors”, accentué par la réduction de leurs retraites. Autre constat, la tradition portugaise de travaux d’aiguille et de créations manuelles reculait silencieusement face à la culture des créations « low cost », des enseignes mondialisées… sans oublier l’absence de transmission des traditions entre générations.

« Mémé va au travail » est également un incubateur de talents et une boutique, animés par un essaim de dames aux doigts de fées. Grâce au savoir-faire des unes et à la médiation des fondateurs, le crochet traditionnel se réinvente en couleurs audacieuses, pour apporter la touche « mode » à de magnifiques plaids et coussins. Quant à la sage broderie, elle ose les couleurs fluo pour personnaliser des sacs et coussins créés à partir de photos anciennes imprimées sur tissu.

La transmission de ce savoir se fait sous la forme d’ateliers pour élèves créatifs de 9 à 99 ans, épris comme moi d’artisanat en péril. Au sein de cette ruche, s’activent des «seniors» pleinement insérées, épanouies, qui grâce aux échanges quotidiens avec d’autres générations, par aiguilles interposées,  sont devenues des utilisatrices averties des réseaux sociaux.

Vers 16h30, certaines jettent un œil inquiet sur leur montre : il est temps d’aller s’occuper d’un mari atteint d’Alzheimer, des devoirs des petits-enfants, etc.

Dans un avenir proche, les fondateurs espèrent convaincre quelques messieurs de décliner ce format au masculin, à travers des traditions liées au bois, au cuir, etc.

Cette initiative dément bien des stéréotypes associés à l’âge. Elle illustre ce que nous avons à gagner à veiller activement à la diversité générationnelle dans tous les secteurs de la vie et de l’économie. Elle démontre que si l’âge est une donnée, il ne définit pas une personne ni ses capacités.

* “A avó veio trabalhar”

Photo Pixabay KRiemer

3 réflexions autour de l’aide au suicide élargie aux plus de 75 ans 

En ce début d’été, l’association Exit Suisse alémanique a annoncé le lancement d’un groupe de travail sur l’élargissement de l’assistance au suicide aux plus de 75 ans, non atteints de maladies. Loin de remettre en question la liberté de chacun à disposer de sa vie selon ses convictions et circonstances, le sujet m’inspire (au moins) 3 réflexions:

  • Qu’est-ce qui conduirait une personne de plus de 75 ans en bonne santé (physique) à la décision rationnelle de vouloir cesser de vivre ? Au delà de la solitude, serait-ce la perte du sentiment d’utilité, d’appartenance, le sentiment de décalage croissant face aux mutations rapides de la société?
  • Et si une part de ce malaise était due au regard que notre société jeuniste porte sur le vieillissement? Et si c’était l’aboutissement d’une suite de “micro malaises” débutée vers la cinquantaine, tournant à partir duquel un senior est de plus en plus considéré en tant que “coût” au détriment de la valeur de son expérience?
  • Tandis que les progrès de la science ne cessent de prolonger notre espérance de vie, la réflexion d’Exit Suisse alémanique est-elle un corollaire naturel pour ceux qui font le choix de ne pas vivre centenaires, ou le symptôme inquiétant du fossé intergénérationnel?

Veiller à la diversité générationnelle à tous niveaux, dans la société comme dans les entreprises, est un enjeu de taille. D’où l’importance d’avoir des représentations réelles et réalistes de la maturité, loin des clichés publicitaires où la peur de l’âge fait vendre, ou des stéréotypes de seniors grisonnants s’amusant comme des enfants dans l’Eldorado de la retraite-partie de plaisir.

 

Trois raisons pour lesquelles une épouse plus âgée est un atout pour Emmanuel Macron

Dans un pays qui a adopté le mariage entre personnes du même sexe, je m’étonne que les 24 ans de plus de l’épouse de Monsieur Macron occupent une telle place, surtout après les vies conjugales animées des présidents Hollande et Sarkozy.

Celle du candidat Macron révèle trois caractéristiques qui donnent à réfléchir:

  • Dans une démographie occidentale dans laquelle les femmes et les «seniors» représentent une part importante, partager la vie d’une femme assumant ses 63 ans c’est être en contact avec la réalité de ses concitoyens;
  • Décider sur les bancs du lycée, que son enseignante, alors mariée et mère de famille, serait la femme de sa vie, c’est en tout cas avoir des idées claires, être déterminé et persévérant;
  • Renoncer à avoir des enfants d’un partenaire plus âgé, devenir le beau parent d’enfants de son âge (qui font campagne avec lui), et devenir beau grand-père avant 40 ans, c’est à tout le moins assumer ses décisions, faire preuve d’un sens de l’adaptation et de la conciliation, dans un contexte “hors norme”.

Indépendamment des convictions politiques, toute personne vivant dans une famille recomposée sait combien de ressources il faut déployer pour que chacun trouve sa place dans un écosystème aussi complexe que la société humaine.

Plus que jamais, l’économie, la société, les gouvernements ont besoin de personnes non seulement compétentes mais également capables d’agir dans des situations «hors normes».

Affaire Baupin – une impression de déjà vu?

 

L’affaire «Baupin» a mis quelques années à émerger en dépit des rumeurs. Malgré la complexité de la question, je m’étonne de la somme de complaisance, de connivence, d’indifférence dont «le système» doit faire preuve pour que de tels individus puissent agir aussi longtemps sans être incommodés. Mais au fait, qui est «le système»?

Tentative de réponse par un cas réel : Clara fait des photocopies dans un bureau désert, à l’heure du déjeuner. Un cadre arrive sur la pointe des pieds et la chatouille à la taille. Elle réagit en bousculant énergiquement l’importun. Tandis que le lourdaud ordinaire s’arrêterait là, il y a fort à parier que le harceleur cherchera une autre cible. Le problème subsistera mais aura été déplacé.

Or le harceleur de Clara est du type hargneux. Il attend son heure pour lui tendre un dossier de travail. Elle fait un bond en découvrant qu’il contient des images pornographiques et se précipite furieuse (mais les mains vides) aux ressources humaines. La femme qui la reçoit est bien embêtée : «Êtes-vous sûre que vous avez bien compris ? …C’est embêtant, vous savezIl faut que vous sachiez qu’il traverse une période difficile…  vous comprenez ?» Eh oui, si seulement Clara pouvait se montrer bonne fille, chacun pourrait continuer son travail !

Or Clara désespère… Elle se montre encore plus professionnelle, encore plus ferme et évite toute équivoque. Peu de temps après, lorsque son harceleur tente de l’embrasser, Clara le repousse de toutes ses forces et fonce dans le bureau du Directeur général à qui elle demande des mesures. Contre toute attente, ce dernier éclate de rire à propos de «ce sacré lascar», ajoutant qu’il n’est pas vraiment méchant … et ramène d’ailleurs beaucoup d’affaires ! Fin de l’histoire…

Pour prospérer, un harceleur peut donc s’appuyer sur l’indulgence complice de ceux qui savent et invitent la victime de ne pas faire d’histoires… car celles-ci nuisent aux affaires… et donc à tous. Le « système » aime trouver des circonstances atténuantes: l’humour mal interprété (par la femme), l’absence d’humour (de la femme), les traditions (« c’est un homme après tout: on ne va pas lui reprocher d’aimer les femmes! »), et le fait que ce pauvre harceleur soit régi par ses instincts… d’ailleurs rudement mis à l’épreuve par la tenue, le physique, le comportement de la femme!

Enfin, le harceleur bénéficie des doutes qui assaillent la victime : possibles répercussions professionnelles, image de faiseuse d’histoires, … suspicion qu’elle n’ait pas la carrure pour le poste !

Le «système » c’est finalement chacun d’entre nous lorsque, en permettant un comportement toxique (et il y en a d’autres !), nous lui permettons de prospérer. Sur une note positive, cela signifie aussi que chacun d’entre nous a le pouvoir de faire l’inverse en donnant un signal clair : stop ! Sachant que les harceleurs représentent une minorité, l’affaire Baupin laisse un goût très amer.

 

Toutes ces villes qui ont des ponts… Et Genève?

Selon une récente étude de Tom Tom, en 2015 le Genevois a passé en moyenne trente-cinq minutes par jour coincé dans les embouteillages, qui s’ajoutent au temps de trajet. Soit 134 heures par année et par habitant. Logée à la même enseigne, je songe à tous ces cerveaux, tous ces talents, toutes ces personnes attendues quelque part, suivant inlassablement la procession quotidienne vers les mêmes entonnoirs routiers. J’attends le CEVA même si je serai proche de la retraite.

Les ponts des autres villes

Ici et maintenant, coincée dans les embouteillages, je m’efforce de penser à de belles choses. Des voyages par exemple. Bilbao, Londres, Porto, Lisbonne, Paris, Rome, Rio, Dubrovnik, Istanbul, San Francisco…. Il me semble que je ne visite que des villes dotées de ponts, dont certains emblématiques.

Tandis que nous trouvons des raisons pour ne pas en avoir, ailleurs on arrive à faire des ponts qui non contents d’être fonctionnels, sont surtout visités, photographiés, font office d’ «incontournables» de ces villes. Ils créent du lien entre quartiers, accompagnent l’évolution d’une ville et contribuent à son économie. À toute heure du jour et de la nuit, les habitants, pendulaires, visiteurs, touristes, circulent librement d’une rive à l’autre sans restreindre leurs horizons de crainte d’être pris au piège.

Pendant ce temps, la deuxième ville du pays célèbre pour ses bâtisseurs de ponts, tunnels, ascenseurs et téléphériques, se grippe matin et soir. J’avoue que je ne sais plus, au juste, que répondre aux visiteurs qui s’étonnent, se moquent et finissent par perdre patience avec nos histoires de pont.

Les solutions de Zurich, Bilbao, Oresund

Que leur opposer lorsqu’ils font remarquer qu’ailleurs on trouve des solutions à l’échelle d’une génération ? A Zurich, l’effet entonnoir du centre-ville est en partie mitigé par le bac qui, à certains points du lac, prend en charge les voitures. A Bilbao, depuis 1893 le pont transbordeur fait traverser véhicules et piétons d’une berge à l’autre. A Dubrovnik, c’est la guerre d’indépendance qui a perturbé la construction du pont: la paix revenue, il suffi de quelques années pour qu’il voie le jour avec éclat. Pour désengorger les berges du fjord de Kotor (Monténégro) les voitures traversent en bac. Enfin au Danemark le pont Oresund se fait tunnel en plongeant sous terre en pleine mer!

Venise est une des villes les plus complexes et visitées au monde. Son véritable poumon ce ne sont pas les ponts mais les bateaux. Pour € 1, les gondoles publiques relient les rives du canal. A la force des poignets des gondoliers, on circule en préservant tradition et savoir-faire. On tient compte aussi de ceux qui y travaillent et vivent : les « vaporetti » (bateaux publics) relient avec une efficacité impressionnante les quartiers et les îles. Ferries et « motoscafi » (taxis aquatiques) complètent un éventail adapté non seulement au tourisme mais à la réalité des besoins.

Le lac n’est pas la lagune, certes. Il n’en reste pas moins que les Mouettes et les bateaux de la CGN ont un rôle à jouer en répondant encore mieux aux besoins croissants de mobilité des habitants, ce dont aucun touriste ne se plaindra.

Je veux croire que nous sommes au moins aussi visionnaires et créatifs que ceux qui, en Suisse ou ailleurs, ont trouvé des solutions. Je veux croire que nous les consultons et que grâce à ce supplément de recul, Genève peut faire aussi bien, voire mieux. Enfin, je veux croire que ça se fera à l’échelle de ma génération, pour que nous ne soyons pas celle qui a contribué à asphyxier notre ville.