Dix mille Afghans pour la Suisse ?

 

 

La récente proposition d’une conseillère nationale selon laquelle la Suisse devrait donner l’asile à 10 000 réfugiés afghans est susceptible de soulever deux questions ; pourquoi 10 000 et pas 9500 ou 10 500 d’une part et pourquoi des Afghans et pas des Rohingas, des Syriens ou des Yazid de l’autre.

Mais faisant abstraction de cette interrogation et sans vouloir qualifier la proposition il peut etre utile d’en définir les contours.

Vingt ans d’occupation étrangère ont contribué à créer en Afghanistan deux sociétés. Abstraction faite des Afghans qui ont collaborée avec les Américains il s’est créé, dans les villes et en particulier Kaboul une sorte de classe moyenne dont le mode de vie est en partielle contradiction avec celui que les Talibans semblent vouloir imposer.

Que quelques 75 000 Talibans sans aviation et sans armes lourdes ont put mettre en déroute, en 38 jours une armée de quelques 300 000 hommes formés et  armés par les Américains ne change rien au fait que si les campagnes vivent au moyen Age d’un Islam intégristes les villes présentent un image plus contrastée.

Dans ces conditions il est normal que les Américains, tout comme les Britanniques, les Allemands ou les Polonais exfiltrent les Afghans et leurs familles qui se sont mis à leur service et qui sont donc susceptibles de subir des représailles de la part des Talibans. Restent les autres à savoir ceux qui, sans s’être mis au service de l’occupant ont développé un style de vie quotidien qui les mettraient en porte-à-faux avec les intégristes du nouveau régime. Pour des derniers l’avenir s’annonce difficile et, à l’instar de la Syrie ou de l’Iraq, un lent mais persistant mouvement migratoire vers l’Europe n’est pas à exclure.

Dans cette perspective il est normal que la Suisse accorde l’asile aux quelques centaines d’Afghans et leur famille qui on travaillé pour la Confédération et qui de ce fait se trouvent exposés à de potentielles représailles de la part du nouveau régime.

Ce que le long terme réserve est en revanche  encore incertain et dépend de l’orientation que prendra le nouveau régime. Pour le moment, et dans l’actuelle phase d’urgence, les Américains cherchent à évacuer un nombre maximum d’Afghans vers des pays tiers ou leurs dossiers pourront être traités pour une éventuelle réinstallation aux Etats Unis. Dire que, pour Washington, la démarche est difficile est un sous-entendu. Peu sont en effet les pays de la région qui acceptent de prendre des Afghans en transit sans avoir la garantie qu’ils ne resteront pas en suite en permanence dans les pays de premier accueil.

Reste l’avenir avec, potentiellement un long mais constant mouvement migratoire de l’Afghanistan vers l’Europe avec, pour la Suisse, une interrogation ; que faire et comment le faire.

Donner l’asile a 10 000 Afghans, c’est accepter quelques 1600 familles avec une première interrogation : tous d’un coup ou réparties sur plusieurs années, et dans ce cas, combien ?  1600 familles, c’est 1600 logements ce qui pose non seulement la question des loyers mais aussi de la répartition par cantons.

En plus des problèmes de formation et d’emploi, les intéressés ne parlant aucune des nos langues nationale, il faudra prévoir des interprètes. Or il faudra non seulement les trouver mais aussi les payer et, considérant salaires et charges sociales on arrive facilement à des dizaines de millions de francs. En plus il faudra des permanences. En effet un réfugié Afghan qui fait une crise cardiaque au milieu de la nuit aura peu de chances de trouver un opérateur téléphonique aux HUG ou au CHUV qui parle le Pashtoun.

En comptant les charges annexes c’est donc un budget de plusieurs centaines de millions de francs qu’il faudra envisager.

Le résultat final est que, si le principe de l’asile fait partie de nos valeurs et n’est pas mis en question, sa gestion, sur le plan pratique exige plus que des propositions à l’emporte pièces. Comme quoi la démagogie et  le besoin de paraître s’accommodent mal des exigences pratique d’une politique humanitaire dont le créneau se trouve entre le souhaitable et le possible.

 

Alexandre Casella

Diplômé de la Sorbonne, docteur en Sciences Politiques, ancien correspondant de guerre au Vietnam, Alexandre Casella a écrit pour les plus grands quotidiens et a passé 20 au HCR toujours en première ligne de Hanoi a Beirut et de Bangkok à Tirana.

2 réponses à “Dix mille Afghans pour la Suisse ?

  1. Pas d’alarmisme:
    La Suisse accueille en nombre des réfugiés Afghans depuis des décennies, le réseau de traducteurs est prêt depuis longtemps.
    Un Afghan malade aura des chances raisonnables de pouvoir expliquer son problème dans sa langue d’origine à un chef de clinique… Afghan!
    Ce qui vous semble impossible se fait sous vos yeux, jour après jour.

    1. Merci pour votre précision à une exception près ; pas “impossible” mais tout simplement exigeant une certaine gestion car l’accueil actuel est focalisé sur environs 1000 demandes par an.

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