Pour replacer l’humain (et non la technologie) au cœur de la transition énergétique : pratiquons la sobriété énergétique

Pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050, plusieurs pistes se dessinent : améliorer l’efficience énergétique (des bâtiments, des appareils, des transports…), augmenter la part d’énergies renouvelables, et enfin consommer moins d’énergie. Cette dernière piste est à la base du concept de sobriété énergétique, le facteur humain de la transition énergétique.

 

Notre consommation d’énergie impacte notre climat, la gestion de nos ressources et la justice sociale

De l’énergie, nous en consommons tous – plus ou moins selon nos modes de vies. Nous en utilisons pour nous chauffer, nous déplacer, nous nourrir et nous divertir, notamment. En 2017 en Suisse, 36.3% de la consommation finale d’énergie a été attribuée à la catégorie des transports, 27,8% des ménages, 18,5% de l’industrie, 16,4% des services et 1,1% de l’agriculture. Pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050, la consommation énergétique doit être réduite de 43% pour 2035. La baisse annuelle doit donc atteindre 2,2%, alors qu’elle n’est que de 1,9% par an depuis 2000. Du côté des émissions de CO2, leur volume global a légèrement baissé depuis 2000, selon l’Office fédéral de l’énergie, mais l’objectif de les réduire à 1-1,5 tonne d’ici à 2050 reste éloigné.

Certes, l’efficacité énergétique s’améliore, mais nous consommons toujours plus

On parle beaucoup d’efficience énergétique comme étant LA solution aux problèmes d’émissions de gaz à effet de serre ou de raréfaction de l’énergie disponible. Mais bien qu’elle soit un axe important, elle n’est pas suffisante. En effet, si nos appareils ou véhicules sont plus efficients énergétiquement, mais que nous en possédons plus, de plus grands et que nous les utilisons plus souvent, ces impacts positifs seront finalement annulés. Il s’agit ainsi rapidement de nous questionner sur nos besoins réels, et d’adapter certaines de nos habitudes sans pour autant perdre en qualité de vie. Voici un petit mode d’emploi pour y parvenir.

La piste non technologique de la transition énergétique : consommer moins ou différemment

Aujourd’hui, de nombreuses personnes se questionnent sur le sens de leur consommation et se remettent en question. Il ne s’agit pas d’arrêter de consommer, mais de consommer différemment. La sobriété place les questions du besoin, des modes et des habitudes au cœur de sa réflexion. Le trop, le trop grand, le trop vite sont remis en question et le partage revient au goût du jour. La sobriété énergétique vise ainsi à diminuer les consommations d’énergie par des changements de mode de vie et des transformations sociétales.

L’association suisse négaWatt , défenseuse de la sobriété énergétique, montre différents exemples pour illustrer ce concept. Si j’ai quelques kilomètres à parcourir et que je prends mon vélo et non ma voiture, c’est de la sobriété, et ce même si ma voiture est une hybride (technique efficace). Si j’installe un fil à linge pour sécher mon linge et n’utilise ainsi plus mon séchoir électrique, c’est aussi de la sobriété. Peu importe si le séchoir était A+++. Selon négaWatt, il existe trois sortes de sobriété. La sobriété dimensionnelle est liée à la taille des équipements que nous possédons : voiture, logement, machines, etc. La sobriété d’usage est en lien avec l’utilisation des biens. La sobriété coopérative, enfin, rime avec le partage et la mutualisation des biens.

Concernant la sobriété dimensionnelle, le potentiel d’économie d’énergie est grand. Nous le voyons aujourd’hui avec les véhicules par exemple, la moitié des voitures vendues en Suisse sont des SUV, qui sont des véhicules plus lourds et énergivores. Dans le monde, les SUV sont désormais six fois plus nombreux qu’en 2010. Et selon l’Agence internationale de l’énergie, ils sont la deuxième cause de l’augmentation des gaz à effet de serre dans le monde. C’est un exemple très parlant : la moitié des Suisses a-t-elle réellement besoin de véhicules 4X4 si grands pour leurs déplacements réguliers ? En ce qui concerne les logements ensuite, on observe une tendance à l’augmentation de l’espace disponible pour chaque personne. Dans le canton de Vaud par exemple, la surface habitable moyenne par personne est passée de 40 m2 en 1980 à 46 m2 en 2000, soit 3 m2 d’augmentation par décennie. Une étude menée par l’Office fédéral du logement montre qu’un ménage sur dix estime disposer de trop de surface habitable. Il s’agit ainsi de remettre en question ses besoins lors de ses choix et achats et d’opter pour des biens adaptés.

Une fois que nous avons choisi un bien de consommation, la manière dont nous l’utilisons (ou non) a elle aussi un impact sur notre consommation énergétique. C’est là qu’intervient la sobriété d’usage. Concernant notre logement par exemple, on sait qu’une augmentation d’un degré de la température ambiante correspond à une augmentation de 6% des frais de chauffage. En veillant donc à ne pas surchauffer son appartement et en acceptant par exemple de porter un pull en hiver, on évite une consommation importante d’énergie.

Enfin, partager ce que nous utilisons permet de réelles économies d’énergie. On parle là de sobriété coopérative. En Suisse, nos voitures ne roulent qu’une heure par jour. Pendant les 23 heures restantes, elles immobilisent plus de 57 km2 de sol asphalté, c’est-à-dire plus que la Ville de Berne toute entière. En moyenne, notre perceuse ne nous servira que 13 minutes dans notre vie. Et pour celles et ceux qui en ont une, réfléchissez au nombre de jours où votre chambre d’amis reste vide. Une alternative : partager. Vos véhicules (par exemple avec Mobility), vos objets (en les empruntant à des bibliothèques d’objets ou entre voisins), vos chambres d’amis (comme le font certaines coopératives d’habitation comme la Codha).

Nous l’avons vu, la technologie n’est pas suffisante pour permettre de répondre à l’urgence climatique et pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique de la Confédération. Le facteur « humain » est au moins tout aussi important. Alors à nous d’agir en choisissant des biens adaptés à nos besoins, en les utilisant de façon responsable, et les en partageant le plus possible.

La sobriété, à la fois moins et plus

Cette sobriété peut être vue par certains comme étant une perte ou une limitation. C’est une question de point de vue. La sobriété offre pourtant de nombreux avantages, et pas seulement d’un point de vue énergétique, mais d’un point de vue économique, social ou sanitaire également. Par exemple, partager favorise les liens sociaux et l’entraide ; consommer moins d’énergie pour se déplacer promeut le mouvement et améliore ainsi la santé ; adapter notre consommation à nos besoins redonne du sens à ce qui est important pour chacune et chacun ; réduire la température de son logement permet d’économiser des frais de chauffage. À chacun d’y trouver des avantages, mais une chose est sûre, la sobriété ne met pas en danger notre qualité de vie, bien au contraire.

Zurich mise sur la sobriété pour atteindre ses objectifs énergétiques

« Simplement mieux vivre », « Abondance de temps plutôt que de biens », « Optimum au lieu de maximum ». Dans la ville la plus riche et chère de Suisse, ces slogans pour promouvoir la sobriété interpellent. Pourtant, un Zurichois dépense aujourd’hui 3636 watts par an contre 5200 watts au début des années 2000 (hors avion et énergie grise). 76,4% des Zurichois ont voté en faveur de la société à 2000 watts en 2008. Et si la politique mise en œuvre pour atteindre cet objectif paie aujourd’hui, c’est notamment grâce à la politique de sobriété menée par la Ville. Cette politique de sobriété est intégrée à toutes les politiques publiques zurichoises : logement, mobilité, alimentation, consommation, etc. Et elle est communiquée au grand public, car sans l’appropriation de ce concept par ses habitants, la sobriété est illusoire. La Ville a ainsi déjà mené de nombreuses actions de mutualisation, notamment dans les espaces bâtis et de travail, et souhaite montrer à ses habitants, avec des slogans positifs, que la sobriété permet de disposer de plus de temps pour d’autres plaisirs et partages sociaux notamment.

Vous souhaitez intégrer le concept de sobriété dans les engagements de votre commune ou de votre entreprise, alors lisez l’excellent dossier de LaRevueDurable no 61, « Sobriété et liberté : à la recherche d’un équilibre » et foncez.

 

Hélène Monod,

Rédactrice.

Romande Energie

Romande Energie

Energéticien de référence et premier fournisseur d'électricité en Suisse romande, Romande Energie propose de nombreuses solutions durables dans des domaines aussi variés que la distribution d’électricité, la production d’énergies renouvelables, les services énergétiques, l’efficience énergétique, ainsi que la mobilité électrique.

Une réponse à “Pour replacer l’humain (et non la technologie) au cœur de la transition énergétique : pratiquons la sobriété énergétique

  1. Madame,

    Permettez-moi une petite leçon de physique : on ne “dépenses pas des watts par an ” !
    Une puissance d’un watt (1 W) signifie que l’on a dépensé une énergie d’un joule en une seconde, 1 J/s.
    Ainsi on peut dépenser 1 kWh soit en une heure avec une puissance de 1 kW, soit en 1000 heures, ou 42 jours, avec une puissance de 1 W, soit même en 3,6 secondes avec une puissance de 1 MW !

    D’autre part, vous auriez pu préciser que la consommation brute d’énergie dans le pays ayant été de 1’103,02 PJ (pétajoules ou 10^15 J) en 2019, cela correspond à une puissance moyenne de 35 GW, soit aussi 4 kW par personne (avec 8,6 millions d’habitants en Suisse). Donc les Zurichois n’ont pas réalisé un prodige avec leur 3,6 kW ; mais vous ne précisez pas s’il s’agit de la valeur brute ou finale.

    Si l’on s’en tient à la consommation finale du pays, c’était 834,21 PJ en 2019, soit une demande en puissance moyenne de 26,45 GW, soit aussi 3 kW par personne. C’est mieux que les Zurichois !

    On n’est donc jamais trop précis en écrivant soigneusement ce que l’on veut comparer ou mettre en valeur.

    Bien cordialement,

    Christophe de Reyff

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