Pour replacer l’humain (et non la technologie) au cœur de la transition énergétique : pratiquons la sobriété énergétique

Pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050, plusieurs pistes se dessinent : améliorer l’efficience énergétique (des bâtiments, des appareils, des transports…), augmenter la part d’énergies renouvelables, et enfin consommer moins d’énergie. Cette dernière piste est à la base du concept de sobriété énergétique, le facteur humain de la transition énergétique.

 

Notre consommation d’énergie impacte notre climat, la gestion de nos ressources et la justice sociale

De l’énergie, nous en consommons tous – plus ou moins selon nos modes de vies. Nous en utilisons pour nous chauffer, nous déplacer, nous nourrir et nous divertir, notamment. En 2017 en Suisse, 36.3% de la consommation finale d’énergie a été attribuée à la catégorie des transports, 27,8% des ménages, 18,5% de l’industrie, 16,4% des services et 1,1% de l’agriculture. Pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050, la consommation énergétique doit être réduite de 43% pour 2035. La baisse annuelle doit donc atteindre 2,2%, alors qu’elle n’est que de 1,9% par an depuis 2000. Du côté des émissions de CO2, leur volume global a légèrement baissé depuis 2000, selon l’Office fédéral de l’énergie, mais l’objectif de les réduire à 1-1,5 tonne d’ici à 2050 reste éloigné.

Certes, l’efficacité énergétique s’améliore, mais nous consommons toujours plus

On parle beaucoup d’efficience énergétique comme étant LA solution aux problèmes d’émissions de gaz à effet de serre ou de raréfaction de l’énergie disponible. Mais bien qu’elle soit un axe important, elle n’est pas suffisante. En effet, si nos appareils ou véhicules sont plus efficients énergétiquement, mais que nous en possédons plus, de plus grands et que nous les utilisons plus souvent, ces impacts positifs seront finalement annulés. Il s’agit ainsi rapidement de nous questionner sur nos besoins réels, et d’adapter certaines de nos habitudes sans pour autant perdre en qualité de vie. Voici un petit mode d’emploi pour y parvenir.

La piste non technologique de la transition énergétique : consommer moins ou différemment

Aujourd’hui, de nombreuses personnes se questionnent sur le sens de leur consommation et se remettent en question. Il ne s’agit pas d’arrêter de consommer, mais de consommer différemment. La sobriété place les questions du besoin, des modes et des habitudes au cœur de sa réflexion. Le trop, le trop grand, le trop vite sont remis en question et le partage revient au goût du jour. La sobriété énergétique vise ainsi à diminuer les consommations d’énergie par des changements de mode de vie et des transformations sociétales.

L’association suisse négaWatt , défenseuse de la sobriété énergétique, montre différents exemples pour illustrer ce concept. Si j’ai quelques kilomètres à parcourir et que je prends mon vélo et non ma voiture, c’est de la sobriété, et ce même si ma voiture est une hybride (technique efficace). Si j’installe un fil à linge pour sécher mon linge et n’utilise ainsi plus mon séchoir électrique, c’est aussi de la sobriété. Peu importe si le séchoir était A+++. Selon négaWatt, il existe trois sortes de sobriété. La sobriété dimensionnelle est liée à la taille des équipements que nous possédons : voiture, logement, machines, etc. La sobriété d’usage est en lien avec l’utilisation des biens. La sobriété coopérative, enfin, rime avec le partage et la mutualisation des biens.

Concernant la sobriété dimensionnelle, le potentiel d’économie d’énergie est grand. Nous le voyons aujourd’hui avec les véhicules par exemple, la moitié des voitures vendues en Suisse sont des SUV, qui sont des véhicules plus lourds et énergivores. Dans le monde, les SUV sont désormais six fois plus nombreux qu’en 2010. Et selon l’Agence internationale de l’énergie, ils sont la deuxième cause de l’augmentation des gaz à effet de serre dans le monde. C’est un exemple très parlant : la moitié des Suisses a-t-elle réellement besoin de véhicules 4X4 si grands pour leurs déplacements réguliers ? En ce qui concerne les logements ensuite, on observe une tendance à l’augmentation de l’espace disponible pour chaque personne. Dans le canton de Vaud par exemple, la surface habitable moyenne par personne est passée de 40 m2 en 1980 à 46 m2 en 2000, soit 3 m2 d’augmentation par décennie. Une étude menée par l’Office fédéral du logement montre qu’un ménage sur dix estime disposer de trop de surface habitable. Il s’agit ainsi de remettre en question ses besoins lors de ses choix et achats et d’opter pour des biens adaptés.

Une fois que nous avons choisi un bien de consommation, la manière dont nous l’utilisons (ou non) a elle aussi un impact sur notre consommation énergétique. C’est là qu’intervient la sobriété d’usage. Concernant notre logement par exemple, on sait qu’une augmentation d’un degré de la température ambiante correspond à une augmentation de 6% des frais de chauffage. En veillant donc à ne pas surchauffer son appartement et en acceptant par exemple de porter un pull en hiver, on évite une consommation importante d’énergie.

Enfin, partager ce que nous utilisons permet de réelles économies d’énergie. On parle là de sobriété coopérative. En Suisse, nos voitures ne roulent qu’une heure par jour. Pendant les 23 heures restantes, elles immobilisent plus de 57 km2 de sol asphalté, c’est-à-dire plus que la Ville de Berne toute entière. En moyenne, notre perceuse ne nous servira que 13 minutes dans notre vie. Et pour celles et ceux qui en ont une, réfléchissez au nombre de jours où votre chambre d’amis reste vide. Une alternative : partager. Vos véhicules (par exemple avec Mobility), vos objets (en les empruntant à des bibliothèques d’objets ou entre voisins), vos chambres d’amis (comme le font certaines coopératives d’habitation comme la Codha).

Nous l’avons vu, la technologie n’est pas suffisante pour permettre de répondre à l’urgence climatique et pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique de la Confédération. Le facteur « humain » est au moins tout aussi important. Alors à nous d’agir en choisissant des biens adaptés à nos besoins, en les utilisant de façon responsable, et les en partageant le plus possible.

La sobriété, à la fois moins et plus

Cette sobriété peut être vue par certains comme étant une perte ou une limitation. C’est une question de point de vue. La sobriété offre pourtant de nombreux avantages, et pas seulement d’un point de vue énergétique, mais d’un point de vue économique, social ou sanitaire également. Par exemple, partager favorise les liens sociaux et l’entraide ; consommer moins d’énergie pour se déplacer promeut le mouvement et améliore ainsi la santé ; adapter notre consommation à nos besoins redonne du sens à ce qui est important pour chacune et chacun ; réduire la température de son logement permet d’économiser des frais de chauffage. À chacun d’y trouver des avantages, mais une chose est sûre, la sobriété ne met pas en danger notre qualité de vie, bien au contraire.

Zurich mise sur la sobriété pour atteindre ses objectifs énergétiques

« Simplement mieux vivre », « Abondance de temps plutôt que de biens », « Optimum au lieu de maximum ». Dans la ville la plus riche et chère de Suisse, ces slogans pour promouvoir la sobriété interpellent. Pourtant, un Zurichois dépense aujourd’hui 3636 watts par an contre 5200 watts au début des années 2000 (hors avion et énergie grise). 76,4% des Zurichois ont voté en faveur de la société à 2000 watts en 2008. Et si la politique mise en œuvre pour atteindre cet objectif paie aujourd’hui, c’est notamment grâce à la politique de sobriété menée par la Ville. Cette politique de sobriété est intégrée à toutes les politiques publiques zurichoises : logement, mobilité, alimentation, consommation, etc. Et elle est communiquée au grand public, car sans l’appropriation de ce concept par ses habitants, la sobriété est illusoire. La Ville a ainsi déjà mené de nombreuses actions de mutualisation, notamment dans les espaces bâtis et de travail, et souhaite montrer à ses habitants, avec des slogans positifs, que la sobriété permet de disposer de plus de temps pour d’autres plaisirs et partages sociaux notamment.

Vous souhaitez intégrer le concept de sobriété dans les engagements de votre commune ou de votre entreprise, alors lisez l’excellent dossier de LaRevueDurable no 61, « Sobriété et liberté : à la recherche d’un équilibre » et foncez.

 

Hélène Monod,

Rédactrice.

Végétalisons nos toitures pour améliorer notre confort, la biodiversité et notre climat

Les images de nos villes vues du ciel le démontrent : la majorité de nos toitures sont des espaces perdus et stériles. Et ils sont nombreux. À une époque où l’espace, justement, est un bien précieux, le potentiel d’utilisation de nos toits est énorme. La Ville de Lausanne l’a chiffré : plus de 2’000 toitures plates lausannoises pourraient accueillir du végétal. Cerise sur le gâteau pour les amateurs de photovoltaïques, cette végétation améliore même la rentabilité des panneaux solaires. Tour d’horizon des nombreux apports des toitures végétalisées, des techniques existantes et des soutiens pour favoriser cette architecture végétale.

 

LES NOMBREUSES RAISONS DE VÉGÉTALISER NOS TOITURES

 

1. Isolation thermique du bâtiment, confort et rafraîchissement du climat

La végétalisation des toitures améliore l’isolation thermique du bâtiment et réduit les écarts de températures en toiture. Les bâtiments sont moins sensibles aux conditions extérieures et leurs besoins énergétiques pour maintenir une température intérieure confortable sont moins importants. En été, alors qu’un toit non végétalisé peut atteindre 80°C, la température d’une toiture végétalisée oscille autour de 30°C. Des études menées sur dix ans ont montré que les toitures végétalisées permettent d’économiser de l’énergie, notamment en été justement, où elles peuvent atteindre 23% (28% si les toitures sont arrosées).

Par ailleurs, dans une perspective d’étés de plus en plus caniculaires, la végétalisation des toitures a un rôle essentiel à jouer, en atténuant la surchauffe des villes induite par le rayonnement des bâtiments et des surfaces goudronnées (albédo ou effet « îlot de chaleur »). L’évaporation produite par les plantes et le substrat contribue ainsi au rafraîchissement de l’air ambiant.

Enfin, les végétaux et leur substrat piègent et recyclent les poussières et particules fines polluantes présentes dans l’air et l’eau de pluie, et améliorent ainsi leur qualité.

2. Promotion de la biodiversité

Végétaliser les toitures est favorable à un grand nombre d’espèces animales et végétales liées aux milieux secs et ensoleillés. Ils y trouvent un lieu de vie, de reproduction ou de nourrissage adapté à leurs besoins. Et en augmentant le nombre de toitures végétales, on améliorera les corridors biologiques urbains.

3. Rétention des eaux pluies

Dans un contexte où le risque hydrologique urbain (ruissellements induits par des pluies extrêmes) devient un danger majeur, les toitures végétalisées ont leur rôle à jouer. En fonction de l’épaisseur du substrat, elles peuvent en effet stocker une partie plus ou moins importante des eaux de pluie atteignant les toitures, ce qui évite une surcharge des réseaux d’eaux claires et participe à la régulation des débits de pointe dans les cours d’eau.

4. Plus-value esthétique et économique du bâtiment

Enfin, un toit vert confère une plus-value esthétique et paysagère au bâtiment. Il valorise la cinquième façade et offre aussi un espace de détente supplémentaire s’il est accessible.

Oui, panneaux photovoltaïques et toitures végétalisées font bon ménage

La végétation n’est pas la seule à convoiter les toitures : les panneaux solaires cherchent eux aussi à se déployer sur nos toits. La bonne nouvelle, c’est qu’ils sont complémentaires : la présence de végétaux améliore l’efficacité des panneaux photovoltaïques et les panneaux favorisent la végétation.

Plusieurs conditions doivent cependant être remplies pour que cela fonctionne : les panneaux doivent être disposés en « shed », c’est-à-dire qu’ils doivent être inclinés ; les plantes choisies doivent être basses pour ne pas faire de l’ombre aux panneaux et doivent être entretenues plusieurs fois par an ; le substrat doit être plus ou moins haut aux abords des installations photovoltaïques, notamment.

Et si la végétation améliore le rendement des panneaux photovoltaïques, c’est parce qu’en été, ces derniers souffrent de surchauffe, au point que l’efficacité des cellules diminue dès que leur température dépasse 25 °C. En rafraîchissant l’arrière des panneaux par leur évapotranspiration, les plantes installées sur le toit réduisent ainsi les pertes de rendement. Si les propriétaires cherchent à valoriser autant la nature que l’énergie renouvelable, alors ils pourront faire les deux !

Comment végétaliser les toitures : techniques et sécurité ?

Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre les différentes techniques pour végétaliser leur toiture, il existe les nombreuses et excellentes sources qui ont notamment nourrit cet article. Deux catégories se distinguent : la végétalisation intensive qui permet de cultiver des arbres ou des jardins potagers et d’accueillir des gens, offrant ainsi un usage récréatif ; et la végétalisation extensive et semi extensive qui sont destinées à accueillir de la flore et de la faune.

Pour la végétalisation intensive, il faudra s’assurer que la toiture soit capable de supporter des charges élevées, permette un système d’irrigation adapté et bénéficie de dispositifs de sécurité. Car en termes de sécurité, et à moins d’avoir été conçues d’emblée comme terrasse ou jardin, les toitures ne possèdent pas de garde-corps et peuvent donc s’avérer dangereuses pour le personnel d’entretien. Les normes de sécurité (EN 795) sont aujourd’hui très strictes : des lignes de vie, des points d’accroche ou autres dispositifs « antichute » permanents doivent absolument être installés lors du chantier de végétalisation et utilisés lors de l’entretien.

Et combien ça coûte ?

En Suisse romande, construire une toiture végétalisée coûte entre 50 et 70 francs de plus par m2 qu’une une toiture conventionnelle en gravier. Mais cet investissement pourrait être intéressant sur le long terme, car votre toiture végétalisée vivra deux fois plus longtemps qu’un toit plat à gravier. La couverture végétale protège en effet les matériaux d’étanchéité contre les U.V.

Des soutiens aux toitures végétalisées

Plusieurs collectivités soutiennent la réalisation de toitures végétalisées, comme la Ville de Lausanned’Yverdon, de Prilly ou encore le Canton de Genève, et probablement de nombreuses autres communes romandes. Si vous êtes intéressé, n’hésitez pas à contacter votre commune ou votre canton pour savoir s’ils octroient des subventions.

 

DEUX LIEUX D’EXPÉRIMENTATION POUR TRANSMETTRE ET SENSIBILISER

 

Un espace d’exposition et d’expérimentation, Lausanne

Comment réaliser une toiture végétalisée accueillante pour la biodiversité et combiner panneaux photovoltaïques et végétation ? Quels types de substrats, notamment locaux et/ou recyclés, pour quel type de végétation ? Afin de permettre aux propriétaires et professionnels de la construction de se familiariser avec un large éventail de possibilités, un espace d’exposition et d’expérimentation dédié aux toitures végétalisées a été créé dans l’enceinte de l’établissement horticole de la Ville de Lausanne. Une manière de voir à quoi pourrait ressembler votre toit de demain.

Un potager sur le toit d’une école, Genève

Toujours plus d’habitants souhaitent aujourd’hui pouvoir jardiner. Les toitures peuvent accueillir des jardins partagés, et beaucoup de projets ont déjà été réalisés dans ce sens. La haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève a réalisé un projet de potager sur son toit. Enseignants et étudiants cultivent des légumes et petits fruits bios dans des sacs. Les résultats obtenus montrent que ce type d’emplacement est propice à la culture de fraisiers, en particulier de variétés anciennes, et que les fruits obtenus ne présentent pas des quantités préoccupantes de métaux lourds, comme on pourrait le craindre à cause du trafic routier.

Envie de vert ?

Entreprises, administrations, propriétaires : les avantages de végétaliser vos toitures, vous l’avez vu, sont nombreux. Petits espaces pour la faune et la flore ou grandes terrasses potagères pour les employés de votre entreprise ; nouvelles constructions ou transformation. Autant de manières d’apporter votre motte à l’édifice. Et quand vous l’aurez fait, recevez votre certificat de la Fondation Nature & Economie qui distingue notamment des entreprises qui favorisent la biodiversité dans leurs aménagements extérieurs.

 

Hélène Monod

Rédactrice

Green Deal : quelle place pour les enjeux énergétiques et climatiques dans la relance post-Covid-19 ?

Alors que sur le front sanitaire la situation semble se calmer, du moins pour le moment, ce sont aujourd’hui les conséquences économiques de la crise du coronavirus qui préoccupent le plus grand nombre. Des dizaines de milliards de francs sont mis sur la table par nos autorités pour amortir les conséquences de la pandémie et assurer le redémarrage de l’économie et de notre société dans son ensemble.

Mais doit-il s’agir d’un redémarrage rapide en mode business as usual ou, comme de nombreuses voix et initiatives le demandent, doit-on profiter de l’occasion pour repenser notre modèle et tout faire pour éviter un retour à « l’anormal ».

Nous nous trouvons en effet à un carrefour, avec d’un côté l’autoroute de la relance du modèle actuel (qui se nourrit d’énergies fossiles, productiviste, hyper-concurrentiel et finalement très vulnérable), et de l’autre côté le chemin du changement profond de modèle de développement, une véritable bifurcation.

Qu’en est-il en particulier des enjeux environnementaux, climatiques, énergétiques dans cette affaire ? Comment les intégrer dans ce redémarrage ?

 

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Nous faisons le point sur ces enjeux avec Jacques Mirenowicz, rédacteur en chef de LaRevueDurable, revue sur l’écologie, la durabilité et la transition et codirecteur de l’association Artisans de la transition qui se donne pour mission de multiplier les opportunités et les lieux où tout le monde peut devenir acteur d’une sortie rapide des énergies fossiles et de la transition énergétique et, plus largement, écologique.

 

Jacques Mirenowicz, vous êtes un observateur attentif de notre monde et un acteur engagé de la transition écologique et sociale, comment tout d’abord replacez-vous cette pandémie qui nous touche par rapport à notre modèle de développement ?

Jacques Mirenowicz : L’origine exacte du SARS-CoV2 responsable de la pandémie de Covid-19 reste à préciser. Les scientifiques s’accordent cependant pour dire que l’émergence de tant de nouveaux virus depuis quelques décennies est due à la destruction des habitats, en particulier les forêts, aux élevages intensifs et à la proximité entre animaux domestiques, faune sauvage et humains qui multiplient les possibilités de contamination entre espèces et avec les humains. Puis, une fois des humains infectés, l’intensité des échanges mondiaux facilite la propagation de ces virus. En résumé, la mondialisation d’un développement insoutenable est bien en cause dans cette affaire.

 

Des dizaines de milliards de francs sont sur la table pour relancer l’économie. On parle d’un moment décisif pour donner un coup de volant à notre trajectoire et limiter la crise climatique dont les dégâts s’annoncent sans commune mesure avec ce que l’on vit aujourd’hui. Selon vous, quelles seraient les clés d’une reprise durable ? On parle par exemple de renforcer les mesures de soutiens comme les programmes pour économiser l’énergie, les fonds permettant d’investir dans les énergies renouvelables, les mesures pour favoriser les constructions durables ou la mobilité propre. Voyez-vous d’autres leviers d’actions ?

J.M. : Outre les mesures que vous citez, nos priorités, à l’association Artisans de la transition, sont la souveraineté alimentaire et l’agroécologie et, plus largement, la relocalisation d’une économie qui privilégie des critères éthiques, sociaux et écologiques, le désinvestissement de la place financière de l’industrie des énergies fossiles et le bannissement des pratiques de surveillance numérique (voir N°63 de LaRevueDurable) qui portent atteinte à la sphère privée, poussent à surconsommer, font exploser les transports de marchandises, font la fortune de gigantesques entreprises déterritorialisées au détriment du commerce et de l’artisanat locaux et, plus largement, sont incompatibles avec la transition malgré tous les discours lénifiants qui prétendent le contraire.

 

Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, a mentionné à plusieurs reprises que la stratégie à adopter pour sortir durablement de la crise était de faire figurer à nouveau le climat en tête de l’agenda politique et de résoudre ces deux crises ensemble. En même temps, le secteur aérien helvétique va être soutenu à hauteur de près de deux milliards de francs et le Parlement a voté ces aides sans y imposer de contrepartie environnementale. C’est mal parti pour la résolution commune de ces deux crises ?

J.M. : Le Conseil fédéral mise sur la loi sur le CO2 pour amener l’économie suisse à respecter l’Accord de Paris. Conditionner les soutiens financiers dans le secteur aérien aurait envoyé un signal clair. Mais la majorité nécessaire pour une telle mesure n’est là ni au Conseil fédéral, ni au Parlement. La majorité actuelle ne reconnaît pas suffisamment la gravité de la destruction des conditions de vie sur Terre. Elle n’a fondamentalement pas pris la mesure – et ses électeurs non plus – des raisons qu’il y a à agir de façon beaucoup plus structurelle et vigoureuse.

Ces raisons, les voici : les scientifiques exhortent les États à prendre des mesures pour ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement. Ce qui nécessite de diviser par deux les émissions de CO2eq entre 2010 et 2030 et de viser la neutralité carbone d’ici 2050. Les États ayant très peu agi entre 2010 et 2020, cet objectif est désormais à la limite du réalisable. Et si l’on tarde encore, il ne le sera définitivement plus.

La tâche à accomplir revient à réitérer chaque année, pendant dix ans, la baisse historique de – 8 % des émissions de gaz à effet de serre que prévoit l’Agence internationale de l’énergie en 2020 à cause de la pandémie : pour limiter la hausse de la température à 1,5°C, le GIEC dit qu’il faut faire baisser les émissions de 7,6 % chaque année de 2020 à 2030.

Nos sociétés sont au pied du mur : avant le confinement, leurs émissions mettaient le monde sur la voie d’un réchauffement de l’ordre de 3°C à 4°C d’ici 2100, soit la fin d’une Terre accueillante pour les humains. L’impératif de relancer l’économie les place devant un choix tout simplement existentiel : retourner vers ce scénario fatal ou profiter de cette séquence extraordinaire pour tenter de respecter l’accord de Paris.

 

La Suisse vient tout de même de débloquer 46 millions de francs supplémentaires destinés à être investis dans l’énergie solaire. Ces moyens s’ajoutent aux 330 millions déjà réservés au photovoltaïque pour 2020. Peut-on interpréter cette mesure comme une preuve que l’on voit tout de même les enjeux énergétiques et climatiques comme des leviers pour la sortie de crise ?

J.M. : Cette mesure va dans le bon sens, mais ne suffit pas. La question énergétique ne trouvera des réponses adaptées que lorsqu’elle sera subordonnée à une authentique prise en compte de la catastrophe écologique et climatique. Ce qui impose un changement philosophique et culturel de très grande ampleur, dont les ressorts principaux sont la sobriété et l’équité. Ce virage est nécessaire pour pouvoir organiser une véritable circularité des flux de matières de d’énergie, gage de durabilité sur les territoires. Nous sommes encore très loin du compte.

 

À l’échelle européenne, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, promettait un « Green deal » fin 2019 comme nouvelle stratégie de croissance. Plusieurs ministres des pays membres de l’UE ont récemment demandé que ce plan soit central dans la stratégie de sortie de crise. Mais les manœuvres se multiplient à Bruxelles pour affaiblir l’ambition environnementale portée par la Commission. Selon vous, le « Green deal » va-t-il profiter de la crise pour s’affirmer comme la voie à suivre ou au contraire, l’urgence de relancer l’économie à court terme va-t-elle prendre le pas sur la prise en compte des enjeux climatiques dans la stratégie de croissance à l’échelle européenne ?

J.M. : Je n’ai pas la capacité de savoir de quel côté la balance va pencher. Mais comme le souligne la sociologue Dominique Méda, la récession brutale que le confinement a déclenchée risque d’inciter les exécutifs « à pousser comme jamais les feux du productivisme et du consumérisme pour panser les plaies des citoyens et faire repartir l’économie comme avant » . Je garde cependant espoir qu’un basculement des opinions publiques est possible.

 

 

La Lombardie est l’une des régions les plus polluées d’Europe et a été très touchée par la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, Milan va mettre en place l’un des projets les plus ambitieux d’Europe pour réaffecter l’espace des rues de la voiture vers le vélo et la marche, en réponse à la crise du coronavirus. La ville a annoncé que 35 km de rues seront transformés au cours de l’été, avec une expansion rapide et expérimentale de l’espace pour les cyclistes et les piétons à l’échelle de la ville. La preuve que c’est possible ?

J.M. : C’est une bonne nouvelle qui prouve que les décisions peuvent aller dans le bon sens. Mais il ne faut pas uniquement faciliter la mobilité douce. Il faut la rendre possible pour un maximum de personnes en relocalisant l’économie et en orchestrant un ralentissement généralisé assumé.

Le problème est qu’une telle relocalisation et un tel ralentissement semblent incompatibles avec la logique de développement actuelle. C’est pourquoi, au-delà de mesures locales telles que celles que Milan prend, nous avons besoin de changer de paradigme et de viser plus de sobriété et d’équité. Pour que cela soit possible, il faut demander au monde académique de mettre le paquet sur les moyens de réorganiser l’économie en conséquence. Et mener notamment d’intenses recherches sur la notion de prospérité sans croissance. L’objectif d’une macroéconomie sans croissance, en particulier, devrait faire l’objet d’un programme massif de recherches comme il en existe, par exemple, sur le cerveau. Cela élèverait le niveau du débat politique sur ce sujet vital.

 

La pandémie de coronavirus a mis en évidence les limites d’un système mondialisé à l’excès. Durant la période de semi-confinement que nous avons vécue, nous avons pu constater un retour vers le local, que ce soit pour s’approvisionner en légumes frais ou par des élans de solidarité pour nos voisins, nos petits commerces locaux. Qu’en est-il pour le marché de l’énergie ?

J.M. : Je n’ai rien remarqué de particulier hormis le fait que celles et ceux qui utilisaient leur voiture pendant le confinement ont apprécié la chute du prix à la pompe. Les opportunistes en ont aussi profité pour remplir leur cuve à mazout. La leçon principale de cette séquence pour l’énergie, il me semble, est que la clef de la durabilité est une diminution généralisée de la consommation pour des raisons autrement plus profondes que les seuls prix du pétrole et des combustibles.

 

Quel impact peut avoir la crise actuelle sur la décentralisation et la relocalisation de la production d’énergie, notamment sur le développement des petites installations d’énergie renouvelables chez les particuliers ? Cela peut-il accélérer ce processus ?

J.M. : L’envie de relocalisation qui s’est exprimée pour les masques, les respirateurs, les principes actifs des médicaments et l’alimentation s’est-elle étendue à l’énergie ? Je n’ai pas eu connaissance d’un tel effet. S’il avait lieu, ce serait un pas de géant dans le bon sens. Avoir le contrôle sur les sources d’énergie est un énorme facteur d’autonomie et de résilience des territoires en cas de pépin international prolongé.

 

Les prix du pétrole qui s’effondrent à tel point que l’on doit payer pour fourguer ses barils, c’est donc plutôt une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la transition énergétique ?

J.M. : À court terme, c’est plutôt une très bonne nouvelle parce que cela rend les pétroles non conventionnels, comme les sables bitumineux ou le pétrole offshore, moins rentables. Cela met même en faillite les entreprises qui, aux Etats-Unis notamment, se sont spécialisées dans l’extraction de pétrole de schiste. Or, pour respecter l’accord de Paris, il faut laisser les hydrocarbures non conventionnels dans le sous-sol de la Terre. Pour les usagers, en revanche, ce n’est pas le meilleur signal : pourquoi changer un combustible ou un carburant bon marché ?

 

L’État doit-il alors jouer un rôle plus fort face à cette situation ?

J.M. : Oui ! Et cela grâce à des dispositifs de soutien : un système de bonus-malus, notamment, qui fait payer de plus en plus lourdement les énergies fossiles et récompense les économies d’énergie et les énergies renouvelables est une clef de la transition écologique. Mais bien sûr, il faut une adhésion majoritaire à l’idée de confier un tel rôle à l’État.

 

La relocalisation du marché de l’énergie passe notamment par une réappropriation de la production par les citoyens. Quel rôle les coopératives énergétiques peuvent-elle jouer en particulier dans cette transition énergétique ?

J.M. : Nous avons beaucoup travaillé sur l’énergie citoyenne en 2014-2015 avec LaRevueDurable. Nos sources d’inspiration étaient les modèles danois et allemand. Puis nous avons poussé pour que des coopératives voient le jour en Suisse romande. Nous avons même participé à la création d’Optima Solar Fribourg Freiburg. Aujourd’hui, Susana Jourdan copréside cette coopérative qui enchaîne depuis 2017 les toits solaires dans le canton de Fribourg.

Cependant, nous sommes à la recherche, aux Artisans de la transition, d’initiatives capables de générer l’élan citoyen qui fait encore largement défaut à la transition en Suisse romande. Or, sur ce plan, l’énergie citoyenne est à des années-lumière du pouvoir de mobilisation de l’alimentation. L’expérience prouve, pour le moment en tout cas, qu’elle n’est pas ce tremplin dont la transition a besoin.

 

Enfin, toujours dans cette approche locale, que peuvent faire les communes pour encourager la transition énergétique et pour favoriser une relance « durable » sur leur territoire ?

J.M. : Plus l’économie sera relocalisée, plus la transition énergétique sera facilitée. Les communes peuvent en particulier soutenir les circuits courts alimentaires, base de tout, mobiliser leurs terres à cette fin, et s’intéresser de très près au capitalisme de surveillance pour protéger les petits commerces et l’artisanat sur leur territoire.

L’été 2020 est en outre une formidable occasion pour les communes de séduire les touristes helvétiques, de les encourager à l’avenir à rester au pays plutôt que de reprendre leurs habitudes insoutenables dès que les vols au long court recommenceront. C’est un été propice à l’apprentissage d’autres pratiques. Il faut en profiter !

Plus fondamentalement, nous avons sur les bras un problème existentiel, philosophique et psychologique bien plus que technique et financier : les choix techniques à faire dans le secteur de l’énergie sont conditionnés par des décisions beaucoup plus fondamentales. Pour l’heure, les bonnes décisions ne sont pas prises parce qu’encore trop de personnes n’arrivent toujours pas à prendre acte de la situation plus que critique dans laquelle l’humanité se trouve. Réussir à franchir ce pas cognitif est décisif.

monitoring énergétique

Qu’est-ce que le monitoring énergétique ?

Les dernières années ont été marquées par une progression spectaculaire des technologies de l’information et de la communication. Elles permettent de mesurer, transmettre, stocker et analyser toutes sortes de données. Leurs domaines d’application sont multiples et celui de l’énergie ne fait pas exception. Le monitoring énergétique, particulièrement utile aux entreprises, en est un parfait exemple.

 

Le fonctionnement du monitoring énergétique, ou surveillance de la consommation, peut être illustré simplement en suivant le cheminement de l’information. Premièrement, cette dernière est récoltée grâce à des capteurs. Il en existe de très nombreux modèles, capables de s’adapter à toute la diversité des situations rencontrées par les industries. Une fois l’information numérisée, elle est transmise puis stockée dans une base de données. Là encore, la diversité des solutions disponibles sur le marché permet de répondre aux différents impératifs des entreprises, notamment en ce qui concerne la sensibilité des données et leur sécurité. Désormais centralisées, les mesures brutes issues des capteurs sont traitées et mises en forme de manière à pouvoir être aisément analysées par les utilisateurs finaux au travers d’une plateforme de visualisation.

 

Pour les entreprises, les utilisations potentielles du monitoring énergétique sont aussi nombreuses que les applications et les procédés dans lesquels l’énergie joue un rôle prépondérant, et ceci sous toutes ses formes. Il est ainsi possible de mesurer de manière particulièrement détaillée la consommation électrique de n’importe quel consommateur, aussi bien à l’échelle d’une usine entière que d’une seule machine.

 

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De plus, les capteurs nécessaires, des boucles de Rogowski par exemple, peuvent être installés sans interrompre les activités concernées, ce qui est un avantage conséquent. Mais le monitoring ne se limite pas à l’électricité. Les consommations d’énergie thermique, que ce soit sous forme de chaleur ou de froid peuvent également être enregistrées grâce à des débitmètres couplés à des sondes de température. D’autres domaines d’application peuvent également être envisagés grâce à la possibilité d’interfacer des compteurs existants, notamment à impulsions, avec des solutions de monitoring modernes.

 

Pour les entreprises, les avantages de cette technologie sont nombreux. Premièrement, disposer de données détaillées sur la consommation d’énergie permet d’identifier et de quantifier les potentiels d’économies. La mise en évidence des consommations résiduelles de machine à l’arrêt en est un parfait exemple. Mais le monitoring permet également de repérer des consommations anormales et d’ainsi identifier d’éventuels dysfonctionnements avant que ceux-ci ne deviennent problématiques. Détecter ces problèmes avant que ne ceux-ci ne conduisent à une panne et un arrêt de production peut s’avérer primordial pour certaines entreprises. L’investissement requis pour l’installation des capteurs et la mise en place des infrastructures nécessaires s’avèrent donc vite rentabilisés.

 

Comme mentionné précédemment, de nombreuses solutions de monitoring sont disponibles sur le marché. La gamme de prestations proposée comprend ainsi aussi bien la simple vente des capteurs que la conception et la mise en service d’une solution complète intégrant des analyses sur mesure. De plus, bien que le terme de monitoring soit traditionnellement réservé aux systèmes de récolte, d’analyse et de visualisation des données, certains fournisseurs disposent de solutions intégrant également des éléments capables d’agir directement sur la consommation. Dans un tel cas, les données récoltées sont analysées en temps réel grâce à des algorithmes avancés dans le but de définir les actions qui permettront de réduire au maximum les coûts liés à l’énergie. Cette grande diversité de produits et de services permet ainsi à de très nombreuses entreprises de trouver la solution la mieux adaptée à leur besoin.

 

Christian Rod

Expert indépendant

Qu’est-ce que la sécurité d’approvisionnement ?

Face à l’évolution rapide des modes de consommation, la sécurité d’approvisionnement revêt, plus que jamais, un caractère essentiel. Un défi pour les énergéticiens qui devront répondre à tous les besoins dans les années à venir, tout en tenant compte des impératifs liés à la transition énergétique.

La Stratégie énergétique 2050 acceptée par le peuple le 21 mai 2017 donne une large place à l’électricité. Dans les grandes lignes, cette loi révisée sur l’énergie promeut l’efficacité énergétique, limite le recours aux énergies fossiles et souhaite multiplier la quantité d’énergies renouvelables disponibles, notamment grâce au développement du photovoltaïque. Tout cela va peser lourdement sur les infrastructures électriques actuelles, il s’agira donc de construire un approvisionnement énergétique durable.

Dans ce contexte de transition et tenant compte des nouveaux usages (mobilité électrique notamment), la gestion de l’électricité jouera donc un rôle capital. D’autant plus que l’électricité a une particularité qui impose aux énergéticiens des contraintes fortes, nécessitant de s’adapter en temps réel aux consommations des clients. En effet, comme elle ne peut être stockée pour l’instant à large échelle, la quantité d’électricité produite doit être à chaque instant égale à la quantité d’électricité consommée. Un déséquilibre peut provoquer des coupures d’électricité, voire même un blackout pendant plusieurs heures, comme observé à New York le 13 juillet 2019.

Revenons tout d’abord sur la définition de la sécurité d’approvisionnement.

Garantir l’équilibre entre production et consommation

Nous le constatons tous, l’électricité est aujourd’hui indispensable du fait de l’évolution des usages et des modes de vie – faire chauffer son café, travailler sur un ordinateur, téléphoner, conserver des aliments au frais, éclairer nos maisons, nos villes et villages, etc. L’électricité est présente tout au long de nos journées du matin au soir. Il est donc indispensable de pouvoir compter sur une source d’alimentation sûre et fiable. Garantir l’approvisionnement électrique signifie alors mettre de l’électricité à la disposition de tous et à tout moment.

Pour que la lumière puisse rester allumée et que les appareils électriques et les machines puissent fonctionner de manière fiable, plusieurs éléments doivent être disponibles simultanément et en continu : une quantité d’électricité suffisante, une capacité de puissance électrique adaptée, et un réseau de transport et de distribution efficace. Tous les acteurs de l’énergie sont alors sollicités, du producteur au distributeur, côté offre, ainsi que le consommateur, côté demande.

securite-approvisionnement

Comme l’illustre cette image de Swissgrid, l’équilibre entre l’offre et la demande de l’électricité est fragile et nécessite des adaptations à chaque seconde.

Afin de garantir une sécurité d’approvisionnement, il s’agit de répondre au défi permanent de l’équilibre entre offre et demande d’électricité. Mais nous allons voir que de nombreux risques peuvent venir perturber ce fragile équilibre.

Les risques d’insécurité d’approvisionnement

Un déséquilibre entre l’offre et la demande a des conséquences immédiates sur le réseau électrique – coupure d’électricité, voire black-out total. Plusieurs facteurs pèsent sur ce fragile équilibre.

Les pointes de consommation peuvent apparaître lors d’événements climatiques extrêmes – canicule avec de forts besoins de refroidissement électrique, grands froids, etc. Ces événements se multiplient depuis plusieurs années et il faut alors adapter les moyens de production et de distribution pour y faire face.

L’électricité est soumise également à des fluctuations hebdomadaires, journalières ou horaires. La consommation peut varier très vite – luminosité, démarrage instantané de machines, événement sportif, etc.

La production peut également rompre cet équilibre en raison de l’intermittence de certains moyens de production comme l’éolien ou le solaire, la production peut fluctuer en fonction des conditions climatiques, du vent, ou encore de l’ensoleillement.

Dans le mix énergétique qui alimente notre pays, l’hydroélectricité a une part très importante, ce qui nécessite des anticipations saisonnières en fonction des précipitations et de la fonte des neiges notamment. Un défaut affectant plusieurs barrages pourrait être l’un des risques potentiels d’insécurité d’approvisionnement.

La sécurité d’approvisionnement est mise au défi pour les décennies à venir mais les acteurs de l’énergie s’y préparent et anticipent d’ores et déjà un nouveau système énergétique.

Comment répondre aux défis ?

La sécurité d’approvisionnement repose donc sur ce fragile équilibre entre l’offre et la demande d’électricité. Des changements importants doivent intervenir des deux côtés de la balance.

Du côté de l’offre, les énergies renouvelables sont appelées à augmenter, des investissements dans les capacités de stockage et d’adaptation du réseau sont nécessaires en parallèle du développement de ces énergies intermittentes.

Concernant la demande, des gains d’efficacité énergétique doivent être faits afin de réduire la consommation d’électricité. Romande Energie participe activement à ce défi en proposant notamment des audits énergétiques à ces différents consommateurs pour les aider à réduire leur consommation en ciblant des investissements dans des équipements ou machines plus sobres.

Romande Energie s’engage à répondre aux nombreux défis de la transition énergétique tout en garantissant une sécurité d’approvisionnement afin de permettre à tous et à tout moment d’avoir à disposition une électricité sûre, particulièrement respectueuse de l’environnement et peu coûteuse. Pour cela, notre entreprise se base sur des collaborateurs disponibles 24h sur 24h, 7 jours sur 7, quelles que soient les conditions météorologiques. Nous investissons chaque année dans l’entretien et la modernisation de plus de 10 000 km de lignes électriques afin de garantir un réseau fiable et de qualité pour vous acheminer l’électricité.

Et si réduire nos émissions de CO2 ne suffisait pas à sauver la planète ?

En octobre 2017, la Suisse a ratifié l’Accord de Paris sur le climat. Texte ambitieux, il enjoint les parties prenantes à définir une stratégie de long terme pour réduire les émissions de dioxyde de carbone et limiter le réchauffement climatique à 2°C au maximum d’ici à la fin du siècle. En 2020, la Suisse devra fournir aux Nations-Unies sa stratégie pour tenir son engagement vis-à-vis de la planète. Le temps presse et le Conseil fédéral a décidé que le pays devait réduire à zéro ses émissions nettes de CO2 d’ici à 2050. Mais comment ? Le débat reste ouvert !

 

Une stratégie de long terme pour répondre à l’Objectif climat 2050

 

C’est la base de l’Accord de Paris sur le climat : chaque partie doit fournir, au plus tard à la fin 2020, « une stratégie à long terme de développement à faible émission de gaz à effet de serre ». Le but est ici de contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C – voire 1.5°C – en tenant compte « des responsabilités communes, mais également des spécificités et capacités respectives de chaque pays ». Pour ce faire, les nations sont libres de choisir les moyens qui leur semblent appropriés pour autant que la neutralité carbone soit atteinte au plus tard dans la deuxième partie du XXIe siècle.

 

En 2019, une autre problématique est toutefois venue s’ajouter à la difficile mise en œuvre de l’Accord de Paris : le rapport spécial du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) publié en 2018. Celui-ci démontre, sans ambiguïté, qu’une nette accélération des mises en œuvre est nécessaire pour pouvoir contenir le réchauffement à 1.5°C. Conséquence, réduire les émissions de CO2 pourrait ne plus suffire et il faut envisager l’utilisation de technologies d’émission négative, comme l’enfouissement du dioxyde de carbone à la source ou la maîtrise du rayonnement solaire.

 

 

Si les contours de la stratégie suisse restent flous, on peut déjà regarder les décisions prises par nos voisins : l’Union européenne renonce par exemple aux carbones fossiles dès 2050, en complément des mesures de captation du CO2 inévitable. Certains pays ont également déjà inscrit la neutralité carbone dans leur législation. C’est le cas en Norvège (2030), Suède (2045), France, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande (2050), etc. Dans ce contexte, il y a fort à parier que la stratégie suisse ne diffère que peu, avec des mesures et orientations aux niveaux technique, social, politique et économique qui s’articuleront notamment autour de secteurs-clés comme le transport, le bâtiment, l’industrie, l’agriculture, les déchets et les marchés financiers. Sans oublier bien sûr l’approvisionnement énergétique et électrique.

 

Réduction du CO2 ou technologies d’émission négative ?

 

La base scientifique de l’Accord de Paris de 2015 permettait d’envisager un plafonnement du réchauffement climatique autour de 1.5°C à 2°C en limitant drastiquement les nouvelles émissions de gaz à effet de serre. La simple réduction de la production de CO2 paraissait donc possible à long terme.

 

Toutefois, le rapport spécial du GIEC est venu jeter une ombre à ce tableau en 2018 en affirmant que les objectifs de Paris ne pourraient désormais plus être tenus sans la mise en place urgente de technologies d’émission négative. Conséquence majeure : il ne suffit plus de contrôler l’augmentation des émissions de CO2, il faut largement les diminuer ET capter une partie du dioxyde de carbone déjà présent dans l’atmosphère. Un changement de paradigme qui rend plus urgente et plus ambitieuse la stratégie à long terme de la Suisse.

 

 

Quelles sont les technologies d’émission négative ?

 

Elles sont complémentaires des politiques de réduction des émissions carbone en étant plus ambitieuses. D’une part, les NET/CDR (Carbon Dioxide Removal) piègent et retirent durablement le CO2 présent dans l’atmosphère. D’autre part les SRM (Solar Radiation Management) visent à diminuer l’impact du rayonnement solaire reçu à la surface de la Terre. Ces deux technologies s’attaquent donc à la source du réchauffement climatique : les gaz à effet de serre et l’effet de serre lui-même !

 

 

La Suisse ne poursuivant pas activement les approches visant à influencer le rayonnement solaire, notre pays pourrait à terme se focaliser sur les NET/CDR. Il en existe trois types :

 

  • Le captage biologique du CO2 par photosynthèse et le stockage sous forme de biomasse ;
  • Le captage par photosynthèse avec utilisation de la biomasse à des fins énergétiques puis stockage du CO2 dans le sous-sol ;
  • Le captage chimique du CO2 avec stockage géologique durable.

 

Si ces technologies en sont encore à leur balbutiement aujourd’hui, leur place prépondérante dans les recommandations du GIEC ne sont que la conséquence des manquements passés en termes de sauvegarde du climat.

 

Mener le combat sur deux fronts : réduction et captation

 

Si les technologies d’émission négative laissent entrevoir de belles promesses et une recherche de solution à la source du problème, attention à ne pas tout miser sur celles-ci ! Il est en effet possible que leur potentiel soit surévalué et qu’une focalisation sur les technologies d’émission négative grève les stratégies complémentaires de réduction de la production de CO2. En effet, ces technologies sont nouvelles et pour certaines encore théoriques ou inapplicables à grande échelle.

 

Par ailleurs il existe toujours une incertitude sur le coût de ces technologies et le potentiel, notamment en Suisse, de stockage géologique ou dans la biomasse.

 

Enfin, les « puits de CO2 » proposés par les technologies NET/CDR sont pour certains uniquement temporaires. En effet, en utilisant le CO2 capté pour la production d’énergie (carburant ou chauffage par exemple), on ne retire rien de l’atmosphère, on met simplement en place un circuit fermé de production/utilisation du dioxyde de carbone.

 

En conséquence, au regard des connaissances scientifiques et technologiques actuelles, il est important de mener le combat contre le réchauffement climatique sur deux fronts simultanés : la réduction des émissions de gaz à effet de serre et les technologies d’émission négative, qui peuvent soutenir de façon ciblée et efficace un train de mesures ambitieuses !

 

Et la Suisse dans tout cela ?

 

Face à l’urgence climatique, le débat en Suisse devra être mené autour de quatre axes majeurs : politique, scientifique, économique et public.

 

 

Le débat politique est déjà lancé avec la ratification de l’Accord de Paris, la prise de position du Conseil fédéral pour une neutralité carbone totale en 2050 et la multiplication des postulats à Berne autour des technologies d’émission négative. La Suisse a par ailleurs lancé également le débat de la gouvernance mondiale autour de ces questions avec un projet de résolution en mars 2019 devant les Nations-Unies.

 

Le débat scientifique porte lui sur la mise en œuvre, le potentiel et la faisabilité des technologies d’émission négative. Il se poursuit.

 

Le débat économique concerne les secteurs impactés par la stratégie de long terme de la Suisse en la matière. Les grandes orientations semblent connues mais les impacts concrets restent à définir au sein des entreprises et acteurs de l’économie.

 

Enfin, le débat public est lui aussi lancé depuis longtemps et sa force conditionnera l’ambition et l’accélération des autres débats nécessaires à la sauvegarde du climat et au positionnement de la Suisse sur cette question.

 

Martin Reid-Jamond.

Énergie : découvrez le fonctionnement et les particularités des garanties d’origine.

Aujourd’hui, il est possible de se fournir en énergie de natures et de provenances différentes. Pour assurer que l’énergie achetée corresponde bien aux critères demandés par un client, il existe un système de certification : les garanties d’origine. Cet article vous en explique le fonctionnement et les particularités.

 

Définition et historique suisse

 

Une garantie d’origine (GO) est établie pour chaque kilowattheure d’électricité produit. La GO est découplée du flux d’électricité physique et est négociée séparément comme un certificat autonome. Depuis 2007, Swissgrid est l’organisme de certification accrédité pour la saisie, la surveillance de la transmission, l’établissement et l’annulation des garanties d’origine au sens de l’ordonnance du DETEC (Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication) sur l’attestation du type de production et de l’origine de l’électricité. Cette ordonnance est abrégée OGOM. Depuis le 1er janvier 2018, Pronovo poursuit cette accréditation.

 

Depuis le 1er janvier 2013, la loi impose l’établissement de garanties d’origine pour la totalité de la production d’électricité suisse provenant de centrales électriques d’une puissance de raccordement supérieure à 30 kVA. En outre, toutes les preuves disponibles doivent être utilisées pour le marquage de l’électricité. Cela signifie que le fournisseur de courant doit déclarer une fois par an au consommateur final, lors de l’envoi de la facture, le mix d’électricité fourni et le garantir sur la base de garanties d’origine. Ainsi, une transparence maximale est assurée tant au niveau de la production que du consommateur final.

 

Des garanties d’origine sont également émises pour les centrales électriques conventionnelles et les centrales nucléaires. Pour les centrales électriques avec sources d’énergie renouvelable, il est possible d’ajouter des labels d’autres organismes sur la garantie d’origine pour garantir des qualités supplémentaires (par ex. TÜV SÜD, naturemade).
Depuis le 1er janvier 2018, la loi impose aux fournisseurs d’électricité suisses de marquer intégralement leur énergie vendue. Le mix fourni ne contient maintenant donc plus de catégorie nommée « agents énergétiques non vérifiables », sauf les contrats de livraison pluriannuels conclus avant le 1er novembre 2017 qui font exception à cette règle.

 

Relation avec les pays européens

 

Les garanties d’origine suisses se basent sur le système européen de certification de l’énergie, appelé EECS, et respectent la norme européenne des certificats énergétiques. Cette norme garantit le négoce européen électronique des garanties d’origine en conformité avec les dispositions de la directive européenne 2009/28/CE. Il existe une entité qui regroupe tous les pays émetteurs de GO en Europe : l’AIB (Association of Issuing Bodies). Les pays membres de l’AIB sont les suivants : Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Croatie, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, République Tchèque, Slovénie, Suède et la Suisse.

 

 

 

Les différents types de garanties d’origine proposés aux clients dont la consommation est supérieure à 100’000 kWh/an

 

Plusieurs certificats de garanties d’origine peuvent être proposés à ces clients de type entreprises. À titre d’exemple :

 

 

Le label de qualité naturemade garantit, grâce à la certification et aux contrôles annuels, que le client reçoit l’électricité qu’il a commandée : 100% renouvelable, et même 100% écologique pour naturemade star.

 

Ce label de qualité naturemade star distingue l’énergie produite de manière particulièrement respectueuse de l’environnement (respect de la nature, plantes et animaux vivant dans les environs). Cette énergie écologique provient de sources énergétiques 100% renouvelables comme l’hydraulique, le soleil, la biomasse et le vent.

 

Il existe sur le marché d’autres labels de garantie supplémentaires, ainsi que d’autres certificats de GO ou d’autres mix, que le client peut demander en fonction de ses besoins.

 

En conclusion

 

Les garanties d’origine représentent un moyen concret pour une entreprise ou un particulier de s’engager. En effet, les GO permettent de donner à chaque kWh une fiche d’identité indiquant le lieu, la date et le moyen de production. Ainsi, en optant pour une offre ou un produit d’énergie renouvelable, une entreprise ou un particulier connaîtra précisément les « agents énergétiques » et la provenance de son électricité. Les garanties d’origine permettent donc de prendre une décision en connaissance de cause.

 

Sophie Moulin

Analyst Pricing

Peut-on garantir que l’énergie soit verte ?

S’investir dans le développement des énergies renouvelables est devenu une priorité pour bon nombre d’entreprises, de communes et de ménages. Mais comment fonctionne notre système électrique?

 

Cette question revient fréquemment. En réalité, l’énergie qui arrive dans notre prise n’est pas forcément verte… Comme le montre le schéma ci-dessous, l’énergie délivrée par un fournisseur à ses clients suit un circuit bien précis. Ainsi, l’énergie commandée par des clients, qu’elle soit d’origine renouvelable ou non, se retrouve dans une sorte de pot commun avant d’être livrée là où elle sera consommée.

 

 

Étant tous « mélangés », les électrons n’ont donc pas de « couleur ». Cela ne signifie cependant pas que l’engagement des clients est inutile : bien au contraire, car c’est précisément l’effort collectif qui permet de remplir ce bassin d’énergies renouvelables. Ainsi, si 100% des clients demandaient de l’énergie verte, 100% des clients recevraient effectivement de l’énergie verte dans leur prise.

Mais alors, comment s’assurer que le supplément que vous payez assure une production d’énergie verte ?

Ce sont alors les garanties d’origines qui font foi. Contrôlées et délivrées par l’organisme de certification Pronovo, les garanties d’origines sont définies comme des documents électroniques servant à prouver au client final qu’une part ou une quantité déterminée d’énergie a été produite à partir de sources renouvelables. Un fournisseur peut ainsi s’approvisionner en électricité sur les marchés de gros et acheter de façon séparée des garanties d’origine, afin de pouvoir proposer une offre verte.

Acheter son énergie verte ou la produire soi-même ?

Pour des raisons stratégiques, économiques ou encore environnementales, de plus en plus d’entreprises font le choix de produire leur propre énergie. Cette solution garantit bien évidemment que l’énergie fournie soit verte et locale, celle-ci étant directement produite sur place grâce à un moyen de production renouvelable.

Si l’investissement financier peut être quasi nul grâce à des nouveaux modèles de financement tels que le “contracting”, la démarche nécessite cependant de prendre le temps de choisir le moyen le plus adapté à ses besoins et à son infrastructure.

En conclusion

Acheter ou produire son énergie verte est dorénavant chose facile, ceci quelle que soit l’option choisie. Dans tous les cas, un client pourra toujours s’assurer de l’origine et du moyen de production de son énergie.