Smart city

Smart Cities : nouveaux modèles pour assurer la durabilité du territoire

L’émergence de l’expression « smart city », à la fin des années 2000, a connu un succès mondial, de Singapour à Oslo, en passant par Zürich, Düsseldorf ou encore Pully ! Derrière ce concept, se cache la volonté de rendre la ville plus durable, plus résiliente et plus inclusive à l’aide des nouvelles technologies, mais pas que…

Concept à la mode pour certains, solution ultime pour rendre la ville plus durable pour d’autres, la smart city trace son chemin et s’impose peu à peu comme un nouveau modèle de développement urbain. Difficile toutefois d’en donner une définition précise ; la smart city est protéiforme. Chaque ville s’approprie le concept et l’adapte à son contexte. On voit donc se côtoyer et coexister différentes « générations » de villes intelligentes.

Smart City 1.0 – Le solutionnisme technologique

À l’origine de ce concept, on retient la volonté de résoudre les problématiques urbaines (défis démographique, énergétique, climatique, accès et répartition des ressources, etc.) en faisant appel aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. La smart city 1.0 vise ainsi à maximiser l’utilisation des technologies de pointe comme levier de viabilité, de durabilité et de contrôle. La ville y est vue comme la somme de services ou de réseaux (mobilité, énergie, eau, déchets, etc.) dont on peut optimiser les flux et les ressources grâce à la récolte et au traitement d’informations.

Poussée par les acteurs de la tech, cette approche a toutefois ses limites. Le risque de dérive lié à l’usage des données personnelles et leur mainmise par quelques acteurs privés est ainsi souvent décrié. Mais c’est aussi l’idée même que les nouvelles technologies puissent régler l’essentiel des défis auxquels notre société et nos villes font face qui est remise en cause. Avec la smart city 1.0, on laisse en effet de côté l’idée que la ville est avant tout une organisation sociale, et l’on néglige dès lors le facteur humain, au risque de rendre la ville « froide », bardée de capteurs et gérée par des algorithmes.

Smart City 2.0 – La technologie au service de la ville

Le développement des villes devrait au contraire être basé sur celles et ceux qui la font et qui la vivent. C’est autour de cette idée que se déploie alors une version 2.0 de la smart city. Dans cette approche, les outils technologiques restent présents, mais sur la base d’une vraie légitimation démocratique de leurs usages. Ce ne sont plus les grands groupes technologiques qui imposent leurs solutions, mais les collectivités locales qui déterminent le rôle que jouent les technologies dans le développement de la ville. Elles le font avec en tête la volonté d’améliorer la qualité de vie des citoyennes et citoyens.

Les acteurs du secteur de l’énergie jouent ici un rôle important pour proposer des solutions intelligentes centrées sur les usagers et pour accompagner les collectivités dans la concrétisation de concepts de développement visant à rendre les villes plus efficaces, technologiquement plus avancées, plus vertes et plus inclusives socialement.

À l’échelle de la ville, le contrôle dynamique de l’éclairage public, par exemple, permet de varier en continu l’intensité de lumière en fonction de la circulation, grâce à l’utilisation de détecteurs de mouvement. Une solution smart qui allie réduction de la pollution lumineuse et économies d’énergie substantielles. À l’échelle de l’habitat, le pilotage intelligent des appareils énergétiques (permettant par exemple de lancer automatiquement sa machine à laver lorsque les panneaux solaires fournissent de l’énergie) ou de son installation de chauffage offre à la fois confort et économies autant d’énergie que financières.

Smart City 3.0 – L’intelligence collective comme moteur

Si la plupart des villes intelligentes dans le monde peuvent être affiliées à la génération smart city 2.0, le concept continue d’évoluer pour y intégrer plus de participation citoyenne. Les nouveaux projets estampillés smart se caractérisent ainsi toujours plus par la mise en réseau, l’échange d’informations et l’intensification de la coopération entre parties prenantes. On parle donc aujourd’hui de smart city 3.0, axée sur la co-création citoyenne où le développement du capital humain et social est replacé au centre.

Appliquée au secteur de l’énergie, l’approche smart city 3.0 se traduit par une décentralisation de la production d’énergie avec une véritable prise en mains de la ressource énergétique par les acteurs du territoire.

La mise en commun des consommations et des productions énergétiques locales de bâtiments voisins ou même d’un quartier via un micro-réseau privé ou microgrid en est un bon exemple. Dans le cadre d’un microgrid, des locataires et propriétaires décident de partager l’énergie produite au sein de leur quartier et s’équipent d’un système de gestion intelligent permettant d’assurer l’équilibre constant entre production et demande d’électricité, avec une garantie de transparence sur les consommations. Cette mise en commun de la ressource énergétique permet d’augmenter l’auto-consommation et de favoriser le déploiement des énergies renouvelables, en les rendant accessibles même pour les locataires. La technologie se met ici véritablement au service des acteurs du territoire.

Autre solution smart 3.0, la réalisation de centrales solaires locales et participatives, grâce à l’implication de citoyennes et citoyens comme investisseurs du projet. Et l’on voit ici que la technologie s’efface presque complètement au profit des échanges humains.

Et demain ? Quel nouveau virage prendra la smart city ? Face à l’épuisement des ressources, il paraît au moins important de se libérer du seul prisme technophile pour guider le développement de nos villes et de faire appel à l’intelligence collective plutôt qu’artificielle. Savoir donc reconnaître aussi l’intelligence d’une ville low tech, frugale en énergie et en matière.

 

Hervé Henchoz

Rédacteur

De la gestion des déchets, à la gestion des ressources

Notre modèle économique actuel, en place depuis la révolution industrielle, produit une quantité de biens de consommation sans précédent, et en conséquence des montagnes de déchets également. Sur une planète Terre aux ressources limitées, ce système dit « linéaire » (produire – consommer – jeter) a atteint ses limites. Pour mettre fin à ce déséquilibre, c’est un modèle dit d’économie « circulaire » qui doit aujourd’hui devenir la norme. Voyons comment les entreprises et les collectivités peuvent participer à cette transition vers un modèle intégrant la finitude des ressources.

De la sobriété à la surconsommation

Au XIXème siècle, encouragée par le développement de l’urbanisation et le salariat, l’industrie s’est emparée de la production de biens de consommation – vêtements, meubles, etc. Jusqu’alors, la production de biens de consommations dépendait de l’artisanat et chaque produit était conçu, entretenu, et réparé, de sorte à ce qu’il dure le plus longtemps possible. Autour de 1850, alors que les premiers grands magasins parisiens ouvrent leurs portes, l’évolution du système de distribution vers un modèle de consommation se met en marche. On ne cherche alors plus à vendre le nécessaire au prix juste, mais autant que possible et à des prix toujours plus bas. Ce n’est toutefois qu’à partir des années 1950 que la véritable production et consommation de masse débutent en Europe. Ce sont les Trente Glorieuses. Depuis, nous ne cessons de consommer toujours plus. Cette évolution a bien sûr permis d’augmenter notre qualité de vie, mais désormais, nous en apercevons aussi le revers de la médaille.

Notre société nous pousse à la surconsommation : publicité, comparaison sociale, obsolescence programmée, nous avons toujours besoin de plus. Mais cela a un coût, et pas uniquement financier. L’environnement paye aussi le prix fort de cette surconsommation. Nos modes de fabrication et de consommation – basés sur un système linéaire qui extrait des ressources, les utilise, puis les jette – entraînent une surconsommation des ressources naturelles (pour la plupart, non renouvelables). À la clé, des quantités astronomiques de déchets : chaque Suisse produit en moyenne plus de 700 kg de déchets par année, contre environ 600 kg en 1990.

La (trop) courte vie du téléphone portable…

Le marché des téléphones portables est un exemple assez frappant de ce système de consommation de masse, bien que la situation commence à changer petit à petit.

Il y a encore quelques années, votre nouveau téléphone portable était offert à l’achat d’un abonnement de téléphonie mobile. Puis, tous les 12 à 18 mois, vous aviez l’occasion de changer de téléphone à moindre frais, avec l’arrivée du nouveau modèle. Résultats : en 2013, la durée de vie moyenne d’un téléphone portable en France était de 18 mois. En 2017, on accordait toutefois quelque 4 mois de durée de vie supplémentaires à nos téléphones, sans pour autant arriver à les garder 2 ans dans notre poche. Ces chiffres sont similaires à l’étude JAMESfocus 2017 de la Haute École des sciences appliquées de Zurich (ZHAW) et de Swisscom. Menée auprès d’un millier de jeunes de 12 à 19 ans, cette étude a démontré qu’en 2016, les jeunes suisses changeaient de téléphone tous les 22 mois. Pour 58% des jeunes interrogés, la raison invoquée pour ce changement était la volonté d’avoir un meilleur modèle ou un modèle plus récent, tandis que 6% des jeunes voulaient le même modèle que leurs amis… !

Et même si l’on souhaite faire durer plus longtemps son téléphone portable, ce n’est pas toujours possible. Les principales marques de smartphones ne garantissent la fourniture de pièces détachées que pour une durée allant de 3 à 5 ans après la sortie d’un nouveau modèle. Le coût d’une réparation est prohibitif. Et si, malgré tout, on arrive à faire durer son téléphone, ce sont les mises à jour du système d’exploitation qui ne suivent plus et qui signent définitivement l’arrêt de mort de notre téléphone.

Le recyclage, une fausse bonne idée ?

La solution est toute trouvée direz-vous : le recyclage. Ce n’est toutefois pas aussi simple. En Suisse, nous avons l’illusion d’être de bons élèves car nous trions et recyclons beaucoup. Comme dans d’autres pays occidentaux, nous avons adopté le recyclage à grande échelle. Mais compter dessus pour supprimer tous nos déchets est une fausse bonne idée. Certes, il a son importance et il est nécessaire de continuer à trier ses déchets. Mais la valorisation du recyclage est aussi un piège car il ne permet pas de limiter la production de déchets ni de limiter la consommation de biens à la source. De plus, il existe des limites physiques, techniques et sociétales au recyclage, comme le dit Philippe Bihouix dans son ouvrage L’âge des Low Tech : « À chaque cycle de consommation, on perd de manière définitive une partie des ressources ». C’est-à-dire que le recyclage ne permet pas de recycler 100% de la matière, et épuise donc au final les ressources. Il ne résout pas le vrai problème : notre surconsommation.

La solution : l’économie circulaire et l’éco-design

L’économie circulaire propose une piste de sortie du modèle actuel dysfonctionnel. Ce modèle s’inspire des cycles naturels : comme dans la nature, rien ne se perd, tout se transforme – mais pas en déchet toxique ou sans valeur. Les produits, les composants et les matériaux sont systématiquement réutilisés, permettant ainsi de prolonger leur durée de vie et d’utilisation. L’économie circulaire fonctionne en circuit fermé, ce qui permet de réduire la consommation de matières premières et de limiter les dommages à l’environnement découlant de leur extraction et de la production de déchets. Pour parvenir à ses fins, l’économie circulaire s’intéresse aux produits dès leur conception, et veille à ce qu’ils puissent être réparés, transformés et réutilisés facilement.

C’est dans ce cadre que l’éco-design ou éco-conception peut jouer un rôle majeur. En effet, il est capital de tenir compte des conséquences écologiques dans la conception et la mise en œuvre d’un produit. Chaque produit doit être conçu de manière intelligente, pouvoir s’utiliser aussi souvent et longtemps que possible, pouvoir être démonté et revalorisé.

Les entreprises sont appelées à jouer un rôle toujours plus important en matière d’éco-design. Pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place des collaborations interdisciplinaires, en faisant par exemple collaborer designers, ingénieurs, utilisateurs et autres experts dès la phase de développement d’un produit pour lui assurer un avenir durable.

L’arsenal législatif a également son rôle à jouer pour favoriser cette transition. Les nouveaux règlements de l’Union européenne en matière d’éco-conception exigent par exemple que les appareils électriques et électroniques soient réparables et que les fabricants fournissent les pièces de rechange.

Du smartphone « reconditionné » au smartphone « éthique »

On l’a vu plus haut, le téléphone portable est un exemple typique de notre société d’hyper-consommation. Mais heureusement, les choses évoluent, quoi que lentement, dans la bonne direction.

La société Recommerce par exemple, s’est lancée en 2009 déjà dans le « reconditionnement » (réparation et revente à prix d’occasion) de téléphones portables. Elle a pour vocation de faire de la « reconsommation » le mode de consommation privilégié des Suisses. Ça marche, et le marché du smartphone reconditionné est aujourd’hui en plein essor. De Migros à Swisscom, tous s’y mettent et y voient un nouveau marché.

Un autre acteur de l’industrie électronique s’est donné pour mission de révolutionner le secteur et de le transformer de l’intérieur. Fairphone a décidé de fabriquer un smartphone plus durable. Cela passe par le choix des matériaux (éviter les minerais de guerre, plus de produits recyclés, …), l’amélioration des conditions de travail, l’éco-conception et la réparabilité du produit. En bout de course, l’acquisition d’un Fairphone permet une diminution des déchets électroniques et une prolongation de la durée de vie des appareils. De quoi inspirer l’ensemble du secteur vers un nouveau modèle économique.

Les communes, moteurs de changement

Quant aux communes, elles jouent un rôle majeur dans l’incitation à réduire les déchets, et par conséquent à consommer moins et plus intelligemment. Alors que la révision de l’ordonnance sur la limitation et l’élimination des déchets (OLED) est entrée en vigueur en 2016, de nombreuses communes se focalisent encore essentiellement sur son deuxième objectif, l’élimination des déchets, sans prendre de réelles mesures pour répondre au premier objectif de cette ordonnance, à savoir la limitation des déchets.

En Suisse romande, seules quelques communes ont mis en place une politique encourageant clairement la réduction des déchets. C’est le cas de Carouge (GE), qui souhaite devenir la première ville de Suisse Zéro Déchet. Dans ce cadre, elle s’est fixé un premier objectif plus modeste et réaliste : réduire de 30% en trois ans le volume des déchets incinérés. Pour y parvenir, la Ville de Carouge organise plusieurs évènements par mois (atelier, conférence, coaching) pour présenter aux habitants des solutions afin de réduire leur quantité/production de déchets.

Une remise en question globale est nécessaire

En résumé, il ne suffit plus aujourd’hui de trier ses déchets pour avoir un mode de vie « écologique ». Une remise en question plus profonde et globale est nécessaire. Il s’agit de mettre fin à la surconsommation à laquelle nous sommes si bien habitués – particulièrement dans notre pays où nous avons les moyens de remplacer un objet au moindre dysfonctionnement – en repensant nos biens de consommation dès leur conception et en mettant en place des stratégies pour limiter la production de déchets à la source. Il est de notre devoir d’entamer un changement radical en la matière dès maintenant.

 

Juliette Lerch

Rédactrice

effet rebond

Les actions “écologiques” le sont-elles toujours ? Pas si sûr !

Faire des progrès en matière d’efficacité énergétique n’est pas toujours aussi bénéfique pour notre planète qu’on le pense. Ces progrès sont en effet parfois contrebalancés par une consommation énergétique importante au stade de la production (énergie grise), ou par une surconsommation des produits estampillés « écologiques », ce que l’on appelle l’effet rebond. Décryptage de ces phénomènes.

 

Les politiques actuelles visent à réduire notre consommation d’énergie et à limiter ainsi notre impact sur le climat. Pour cela, nous sommes incités à acquérir de nouveaux objets ou technologies moins énergivores : voitures électriques, appareils électroménagers de classe A+++, ampoules LED, etc. Mais est-ce toujours une bonne solution pour parvenir à la sobriété énergétique ? La question mérite réflexion.

 

L’énergie grise, la grande oubliée

Nos politiques se focalisent sur la consommation d’énergie « ici et maintenant », et oublient donc souvent de prendre en compte l’énergie grise. Mais de quoi s’agit-il ?

L’énergie grise, c’est l’énergie nécessaire à la fabrication, au transport et à l’élimination des produits. Nous oublions souvent qu’un objet consomme également une certaine quantité d’énergie en dehors de sa phase d’utilisation. En prenant en compte cela, nous pouvons nous demander s’il est donc véritablement pertinent de changer d’appareils pour économiser de l’énergie ? Tout dépend de l’objet évalué. Lorsqu’une ampoule à incandescence (de 60 watts) est remplacée par une ampoule LED, l’énergie grise est compensée en seulement 70 heures de fonctionnement. Quant à l’énergie grise des panneaux solaires produits en Asie et utilisés en Suisse, elle est compensée après 2 ans d’utilisation déjà. Pendant sa durée de service (minimum 30 ans), une installation photovoltaïque économise donc environ 14 fois sa propre énergie grise. Les vieilles voitures, quant à elles, sont souvent montrées du doigt pour leur consommation plus importante de carburant. Mais en prenant en compte l’énergie grise, est-il plus avantageux de garder le plus longtemps possible sa vieille voiture ou de s’en acheter une nouvelle, qui consomme moins ? La question est difficile à trancher, car réaliser le bilan carbone d’une voiture s’avère être une tâche ardue. Certaines estimations proposent le chiffre de 5 tonnes de CO2 pour la production d’une voiture, soit le quart des émissions du cycle de vie total d’un véhicule. On peut donc se demander s’il ne serait pas plus écologique de faire durer un peu plus les véhicules qui circulent déjà sur nos routes.

 

 

En plus de l’énergie grise, la fabrication de produits a également un impact au niveau de la pollution chimique : un certain nombre de produits chimiques sont en effet nécessaires à l’élaboration des produits, provoquant des rejets de substances toxiques qui ne peuvent être compensés, contrairement à l’énergie. La production de téléphones portables nécessite par exemple l’extraction d’un grand nombre de matériaux (terres rares, métaux, minerais). Ces matériaux sont souvent extraits à l’aide de substances chimiques, qui sont parfois rejetées directement dans l’environnement sans traitement, souillant les eaux et les sols alentours et impactant par conséquent la santé des populations locales. Il est ainsi essentiel de consommer moins pour limiter cette pollution.

 

L’effet rebond, quèsaco ?

L’effet rebond correspond à une annulation des gains environnementaux obtenus grâce à une amélioration de l’efficacité énergétique d’un produit. Cet effet rebond peut se manifester de différentes manières.

L’effet rebond direct consiste en une annulation des gains environnementaux par une hausse de l’utilisation de l’objet. Par exemple, une voiture consommant moins d’essence engendrera moins de frais d’essence, au risque d’être davantage utilisée par son propriétaire. Le papier recyclé peut également illustrer ce phénomène : ce type de papier produisant moins de pollution par feuille, les utilisateurs ont tendance à en consommer davantage, puisqu’ils considèrent que c’est un produit relativement écologique. Le raisonnement est le même pour les entreprises : les gains d’efficacité énergétique obtenus se traduisent par des économies qui peuvent alimenter les investissements pour augmenter la production. Ces investissements mènent à une augmentation de la consommation énergétique, sauf dans le cas où ils sont placés dans des processus permettant de réduire fortement les pollutions environnementales.

 

 

L’effet rebond peut également être indirect. Une maison bien isolée peut permettre de faire des économies en frais de chauffage, qui sont alors réinvesties dans l’achat d’une deuxième voiture, ou dans l’organisation d’un voyage à l’étranger en avion. Certaines technologies semblent également être très efficaces, mais cachent en fait une grande consommation d’énergie pour leur fonctionnement global. C’est par exemple le cas de l’éclairage intelligent dans les maisons individuelles, qui permet de réduire la consommation énergétique des appareils lumineux, mais nécessite d’autres appareils électroniques gourmands en énergie pour fonctionner, tels que des capteurs et des serveurs.

L’effet rebond peut prendre encore bien d’autres formes et le nombre de SUV sur nos routes en est un exemple intéressant : l’amélioration des rendements (baisse de la consommation d’énergie par 1’000 kg de poids du véhicule) permet aux constructeurs automobiles de proposer des voitures toujours plus grosses, tout en évitant une augmentation de la consommation de carburant. Résultat, près d’une voiture neuve sur deux vendue en Suisse est un SUV. Or si le poids à vide moyen des véhicules neufs vendus ces dernières années n’avait pas augmenté, les émissions de CO2 liées à la mobilité pourraient être bien plus basses aujourd’hui.

Dans un autre registre, Uber peut sembler être une bonne initiative pour le climat puisqu’elle évite à certaines personnes d’acheter une voiture. Cependant, une étude a prouvé que si les services d’Uber n’existaient pas dans les villes américaines, 49 à 61% des trajets effectués avec eux n’auraient pas lieu ou auraient été remplacés par le vélo, la marche à pied ou les transports publics.

Autant d’exemples qui montrent que l’efficacité énergétique n’est pas toujours synonyme d’économies d’énergie.

L’exemple parlant du télétravail

En cette période de crise sanitaire, le télétravail est plus que jamais sur le devant de la scène et la majorité des entreprises suisses y ont recours. Malgré tous les avantages que peut apporter le télétravail, il n’est pourtant pas toujours si écologique que ça, suivant les comportements qu’il engendre.

 

 

Par exemple, sachant qu’on lui offre la possibilité de travailler régulièrement depuis son domicile, un employé aura davantage tendance à accepter un emploi dans une entreprise localisée relativement loin de son lieu de résidence où il devra tout de même se rendre une ou plusieurs fois par semaine. Par ailleurs, s’il permet souvent de limiter les trajets domicile-travail, le télétravail mène souvent à une augmentation des trajets pour les loisirs, les employés ayant davantage de temps à disposition pour ce type d’activités. Ainsi, une étude réalisée en 2012 au Danemark a prouvé que le télétravail a permis de réduire les déplacements domicile-travail de 105 km par semaine, mais qu’il a occasionné des déplacements personnels de 77 km, qui contrecarrent en partie les kilomètres « économisés » grâce au télétravail.

 

Quelles solutions à ces contradictions ?

Autant l’énergie grise que l’effet rebond sont très peu étudiés, et sont négligés dans les analyses officielles de potentiel d’économie d’énergie. Or, ces deux aspects ont un impact majeur sur l’efficacité énergétique réelle d’un objet ou d’un comportement. Ils ont ainsi de graves conséquences sur les efforts mondiaux pour la transition énergétique et climatique. L’accroissement de l’efficacité énergétique, analysé individuellement, peut sembler être une solution efficace, mais celle-ci s’avère parfois contreproductive si on l’analyse de manière plus globale.

La prise en compte de l’énergie grise et de l’effet rebond permet de se rendre compte que l’efficacité énergétique seule ne suffit pas à réduire notre consommation énergétique. Tant que notre motivation à réduire notre consommation énergétique dépendra des potentielles économies financières (ensuite réinvesties dans d’autres produits / services énergivores), alors l’efficacité énergétique ne portera pas ses fruits.

Mais comment réussir à contrer ces effets destructeurs afin de parvenir à véritablement limiter notre consommation de ressources ? La sobriété est-elle la clé ? La décroissance la solution ? Le débat est ouvert !

 

Juliette Lerch

Rédactrice

voiture électrique

L’avenir est-il dans la mobilité électrique ?

L’électromobilité est tendance et apparaît comme une solution d’avenir pour rendre nos déplacements plus durables et notamment pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Est-ce la seule solution ?

 

Si les premiers véhicules électriques sont apparus au milieu du XIXe siècle déjà, ce n’est qu’au début de ce siècle, et surtout depuis quelques années, que les constructeurs automobiles se sont lancés dans une course effrénée pour mettre sur le marché des véhicules 100% électriques, avec pour ambition de proposer une alternative durable à la mobilité individuelle. Les enjeux environnementaux induits notamment par l’utilisation de véhicules thermiques polluants nous amènent en effet à repenser nos modes de déplacement, et les initiatives visant à remplacer nos véhicules à énergies fossiles par leurs homologues électriques fleurissent partout dans le monde.

 

Engagement de la Confédération pour la mobilité électrique

 

La Confédération voit dans les véhicules électriques la solution à moyen terme pour limiter les impacts négatifs de la mobilité et pour contribuer à atteindre les objectifs énergétiques et climatiques de la Suisse. Elle a signé en 2018, en collaboration avec des acteurs de l’économie privée (secteurs de l’automobile, de l’électricité, de l’immobilier), des organisations ainsi que des cantons, villes et communes, une feuille de route visant à augmenter à 15% la part des véhicules électriques (et véhicules hybrides rechargeables) dans les nouvelles immatriculations de voitures de tourisme d’ici à 2022. Depuis, plus de 50 organisations et entreprises contribuent à concrétiser cette feuille de route.
Afin d’arriver à cet objectif, la feuille de route contient des mesures dans trois domaines d’action prioritaires :

  1. le bon développement du marché des véhicules électriques ;
  2. des infrastructures de recharge optimales ;
  3. des mesures incitatives et des conditions-cadres.

Qu’en est-il de ces trois domaines d’actions prioritaires aujourd’hui ?

 

1. DES VÉHICULES ÉLECTRIQUES ENCORE TROP MINORITAIRES

En 2019, 13’000 voitures électriques ont été mises en circulation, un chiffre en augmentation de 144% par rapport à 2018, selon les données de l’Office fédéral de la statistique. Toutefois, les véhicules électriques ne représentaient, toujours en 2019, que 4,2% des nouvelles immatriculations de voitures de tourisme, auxquels on peut ajouter 8,4% pour les véhicules hybrides. Alors si boom il y a, cela reste encore une vaguelette à l’heure actuelle.

Et lorsque l’on prend en compte l’ensemble des voitures de tourisme en circulation, on comprend vite que les motorisations électriques ne représentent en fait qu’une goutte d’eau dans un océan : ainsi, en 2019, 97% des voitures de tourisme en circulation étaient des voitures à essence ou diesel, 2,1% des voitures hybrides et seulement 0,6% des voitures électriques. La marge de progression est donc encore conséquente.

Martigny, pionnière de la mobilité électrique

 

Martigny

 

Depuis le début de l’année 2020, la valeur cible moyenne pour les voitures de tourisme neuves a été abaissée de 130 g de CO2 par kilomètre à 95 g : une raison de plus pour s’intéresser de plus près à la mobilité électrique. C’est ce qu’a fait la Ville de Martigny. Réalisant que 41% de l’énergie finale consommée par la Ville était due à la mobilité, tout comme 40% des émissions de CO2, et souhaitant prendre le virage de la transition énergétique, la Ville a réalisé une étude afin d’identifier les opportunités en lien avec l’électrification (et l’« hydrogénisation ») de sa flotte de véhicules communaux.

Pour cela, des alternatives possibles ont été imaginées pour chaque type de véhicules et de trajets. L’impact énergétique, environnemental et économique de chacune de ces alternatives a été comparé à l’état actuel. Il a ainsi été décidé de privilégier les véhicules électriques dès que le cahier des charges s’y prête, à savoir pour les véhicules servant uniquement aux déplacements ou à des transports de petites quantités de matériel. Les véhicules concernés sont remplacés progressivement selon le planning de renouvellement du parc de véhicules.

 

2. VERS UN RÉSEAU NATIONAL DE RECHARGE

Une des conditions préalables à l’achat d’un véhicule électrique est la possibilité de pouvoir le recharger. Le développement du réseau des stations de recharge est donc primordial pour permettre le déploiement à large échelle de la mobilité électrique. La Suisse a en tout cas pris les devants sur ce point, puisqu’elle possède l’un des réseaux de recharge de voitures électriques les plus denses d’Europe. Il s’agira toutefois, au cours des années à venir, de renforcer et diversifier les infrastructures de recharge en agissant autant sur les possibilités de recharge autour des bâtiments d’habitations, dans la rue, par exemple en utilisant des lampadaires comme station de recharge, et en développant également un réseau dense de stations de recharge rapide (notamment sur les autoroutes, sur les parkings des centres commerciaux, etc.). Les infrastructures de recharge sur le lieu de travail sont également un enjeu essentiel.

 

carte-suisse

Favoriser la mobilité électrique au sein des entreprises

Les entreprises ont bien entendu un rôle important à jouer pour favoriser la mobilité durable. En installant des bornes de recharge, les entreprises rendent la mobilité électrique plus attractive aux yeux de leurs employés. Posséder une flotte de véhicules électriques permet par ailleurs de rendre son engagement écologique visible de tous. Dans le cadre de la feuille de route sur la mobilité électrique 2022, l’initiative charge4work a été mise sur pied dans le but de motiver les entreprises à créer des infrastructures de recharge pour leurs employés, leur propre flotte d’entreprise, leurs clients, partenaires et visiteurs. Par le biais de charge4work, les entreprises sont accompagnées (conseils gratuits) d’une part pour la mise en place d’une infrastructure de recharge sur le lieu de travail, mais aussi afin de faire passer sa flotte de véhicules d’entreprise à l’électrique.

 

3. DONNÉES ENVIRONNEMENTALES SUR LES VOITURES ÉLECTRIQUES

Le troisième domaine d’action prioritaire concerne les conditions-cadres nécessaires pour promouvoir la mobilité électrique en Suisse. Dans ce domaine, la détermination des impacts environnementaux des véhicules, de leur motorisation et de leur batterie tout au long de leur cycle de vie est très importante. Il s’agit en effet de favoriser de véritables alternatives durables aux véhicules thermiques. Au final, malgré leur impact écologique important lors de la fabrication, les voitures électriques restent moins défavorables pour le climat que les voitures thermiques, à condition toutefois que le courant utilisé soit de production durable.

Entreprise productrice d’électricité

De l’énergie propre pour alimenter ses véhicules d’entreprises ? Et pourquoi pas une électricité en autoproduction ? Produire soi-même son électricité c’est bien entendu possible, y compris pour les entreprises. En devenant autoproducteur d’électricité, vous pourrez l’utiliser pour recharger les véhicules électriques de votre personnel, de vos clients ou de votre flotte de véhicule.

LA solution d’avenir : rouler moins, rouler mieux !

On le voit, la mobilité électrique devrait fortement se développer ces prochaines années afin de proposer une alternative durable aux véhicules thermiques. Mais qu’il s’agisse d’un moteur thermique ou électrique, la voiture individuelle garde un impact environnemental et climatique important. La vraie solution d’avenir reste donc de moins recourir au transport individuel motorisé, qu’il soit électrique ou non !

 

Juliette Lerch

Rédactrice

Pour replacer l’humain (et non la technologie) au cœur de la transition énergétique : pratiquons la sobriété énergétique

Pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050, plusieurs pistes se dessinent : améliorer l’efficience énergétique (des bâtiments, des appareils, des transports…), augmenter la part d’énergies renouvelables, et enfin consommer moins d’énergie. Cette dernière piste est à la base du concept de sobriété énergétique, le facteur humain de la transition énergétique.

 

Notre consommation d’énergie impacte notre climat, la gestion de nos ressources et la justice sociale

De l’énergie, nous en consommons tous – plus ou moins selon nos modes de vies. Nous en utilisons pour nous chauffer, nous déplacer, nous nourrir et nous divertir, notamment. En 2017 en Suisse, 36.3% de la consommation finale d’énergie a été attribuée à la catégorie des transports, 27,8% des ménages, 18,5% de l’industrie, 16,4% des services et 1,1% de l’agriculture. Pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050, la consommation énergétique doit être réduite de 43% pour 2035. La baisse annuelle doit donc atteindre 2,2%, alors qu’elle n’est que de 1,9% par an depuis 2000. Du côté des émissions de CO2, leur volume global a légèrement baissé depuis 2000, selon l’Office fédéral de l’énergie, mais l’objectif de les réduire à 1-1,5 tonne d’ici à 2050 reste éloigné.

Certes, l’efficacité énergétique s’améliore, mais nous consommons toujours plus

On parle beaucoup d’efficience énergétique comme étant LA solution aux problèmes d’émissions de gaz à effet de serre ou de raréfaction de l’énergie disponible. Mais bien qu’elle soit un axe important, elle n’est pas suffisante. En effet, si nos appareils ou véhicules sont plus efficients énergétiquement, mais que nous en possédons plus, de plus grands et que nous les utilisons plus souvent, ces impacts positifs seront finalement annulés. Il s’agit ainsi rapidement de nous questionner sur nos besoins réels, et d’adapter certaines de nos habitudes sans pour autant perdre en qualité de vie. Voici un petit mode d’emploi pour y parvenir.

La piste non technologique de la transition énergétique : consommer moins ou différemment

Aujourd’hui, de nombreuses personnes se questionnent sur le sens de leur consommation et se remettent en question. Il ne s’agit pas d’arrêter de consommer, mais de consommer différemment. La sobriété place les questions du besoin, des modes et des habitudes au cœur de sa réflexion. Le trop, le trop grand, le trop vite sont remis en question et le partage revient au goût du jour. La sobriété énergétique vise ainsi à diminuer les consommations d’énergie par des changements de mode de vie et des transformations sociétales.

L’association suisse négaWatt , défenseuse de la sobriété énergétique, montre différents exemples pour illustrer ce concept. Si j’ai quelques kilomètres à parcourir et que je prends mon vélo et non ma voiture, c’est de la sobriété, et ce même si ma voiture est une hybride (technique efficace). Si j’installe un fil à linge pour sécher mon linge et n’utilise ainsi plus mon séchoir électrique, c’est aussi de la sobriété. Peu importe si le séchoir était A+++. Selon négaWatt, il existe trois sortes de sobriété. La sobriété dimensionnelle est liée à la taille des équipements que nous possédons : voiture, logement, machines, etc. La sobriété d’usage est en lien avec l’utilisation des biens. La sobriété coopérative, enfin, rime avec le partage et la mutualisation des biens.

Concernant la sobriété dimensionnelle, le potentiel d’économie d’énergie est grand. Nous le voyons aujourd’hui avec les véhicules par exemple, la moitié des voitures vendues en Suisse sont des SUV, qui sont des véhicules plus lourds et énergivores. Dans le monde, les SUV sont désormais six fois plus nombreux qu’en 2010. Et selon l’Agence internationale de l’énergie, ils sont la deuxième cause de l’augmentation des gaz à effet de serre dans le monde. C’est un exemple très parlant : la moitié des Suisses a-t-elle réellement besoin de véhicules 4X4 si grands pour leurs déplacements réguliers ? En ce qui concerne les logements ensuite, on observe une tendance à l’augmentation de l’espace disponible pour chaque personne. Dans le canton de Vaud par exemple, la surface habitable moyenne par personne est passée de 40 m2 en 1980 à 46 m2 en 2000, soit 3 m2 d’augmentation par décennie. Une étude menée par l’Office fédéral du logement montre qu’un ménage sur dix estime disposer de trop de surface habitable. Il s’agit ainsi de remettre en question ses besoins lors de ses choix et achats et d’opter pour des biens adaptés.

Une fois que nous avons choisi un bien de consommation, la manière dont nous l’utilisons (ou non) a elle aussi un impact sur notre consommation énergétique. C’est là qu’intervient la sobriété d’usage. Concernant notre logement par exemple, on sait qu’une augmentation d’un degré de la température ambiante correspond à une augmentation de 6% des frais de chauffage. En veillant donc à ne pas surchauffer son appartement et en acceptant par exemple de porter un pull en hiver, on évite une consommation importante d’énergie.

Enfin, partager ce que nous utilisons permet de réelles économies d’énergie. On parle là de sobriété coopérative. En Suisse, nos voitures ne roulent qu’une heure par jour. Pendant les 23 heures restantes, elles immobilisent plus de 57 km2 de sol asphalté, c’est-à-dire plus que la Ville de Berne toute entière. En moyenne, notre perceuse ne nous servira que 13 minutes dans notre vie. Et pour celles et ceux qui en ont une, réfléchissez au nombre de jours où votre chambre d’amis reste vide. Une alternative : partager. Vos véhicules (par exemple avec Mobility), vos objets (en les empruntant à des bibliothèques d’objets ou entre voisins), vos chambres d’amis (comme le font certaines coopératives d’habitation comme la Codha).

Nous l’avons vu, la technologie n’est pas suffisante pour permettre de répondre à l’urgence climatique et pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique de la Confédération. Le facteur « humain » est au moins tout aussi important. Alors à nous d’agir en choisissant des biens adaptés à nos besoins, en les utilisant de façon responsable, et les en partageant le plus possible.

La sobriété, à la fois moins et plus

Cette sobriété peut être vue par certains comme étant une perte ou une limitation. C’est une question de point de vue. La sobriété offre pourtant de nombreux avantages, et pas seulement d’un point de vue énergétique, mais d’un point de vue économique, social ou sanitaire également. Par exemple, partager favorise les liens sociaux et l’entraide ; consommer moins d’énergie pour se déplacer promeut le mouvement et améliore ainsi la santé ; adapter notre consommation à nos besoins redonne du sens à ce qui est important pour chacune et chacun ; réduire la température de son logement permet d’économiser des frais de chauffage. À chacun d’y trouver des avantages, mais une chose est sûre, la sobriété ne met pas en danger notre qualité de vie, bien au contraire.

Zurich mise sur la sobriété pour atteindre ses objectifs énergétiques

« Simplement mieux vivre », « Abondance de temps plutôt que de biens », « Optimum au lieu de maximum ». Dans la ville la plus riche et chère de Suisse, ces slogans pour promouvoir la sobriété interpellent. Pourtant, un Zurichois dépense aujourd’hui 3636 watts par an contre 5200 watts au début des années 2000 (hors avion et énergie grise). 76,4% des Zurichois ont voté en faveur de la société à 2000 watts en 2008. Et si la politique mise en œuvre pour atteindre cet objectif paie aujourd’hui, c’est notamment grâce à la politique de sobriété menée par la Ville. Cette politique de sobriété est intégrée à toutes les politiques publiques zurichoises : logement, mobilité, alimentation, consommation, etc. Et elle est communiquée au grand public, car sans l’appropriation de ce concept par ses habitants, la sobriété est illusoire. La Ville a ainsi déjà mené de nombreuses actions de mutualisation, notamment dans les espaces bâtis et de travail, et souhaite montrer à ses habitants, avec des slogans positifs, que la sobriété permet de disposer de plus de temps pour d’autres plaisirs et partages sociaux notamment.

Vous souhaitez intégrer le concept de sobriété dans les engagements de votre commune ou de votre entreprise, alors lisez l’excellent dossier de LaRevueDurable no 61, « Sobriété et liberté : à la recherche d’un équilibre » et foncez.

 

Hélène Monod,

Rédactrice.

Végétalisons nos toitures pour améliorer notre confort, la biodiversité et notre climat

Les images de nos villes vues du ciel le démontrent : la majorité de nos toitures sont des espaces perdus et stériles. Et ils sont nombreux. À une époque où l’espace, justement, est un bien précieux, le potentiel d’utilisation de nos toits est énorme. La Ville de Lausanne l’a chiffré : plus de 2’000 toitures plates lausannoises pourraient accueillir du végétal. Cerise sur le gâteau pour les amateurs de photovoltaïques, cette végétation améliore même la rentabilité des panneaux solaires. Tour d’horizon des nombreux apports des toitures végétalisées, des techniques existantes et des soutiens pour favoriser cette architecture végétale.

 

LES NOMBREUSES RAISONS DE VÉGÉTALISER NOS TOITURES

 

1. Isolation thermique du bâtiment, confort et rafraîchissement du climat

La végétalisation des toitures améliore l’isolation thermique du bâtiment et réduit les écarts de températures en toiture. Les bâtiments sont moins sensibles aux conditions extérieures et leurs besoins énergétiques pour maintenir une température intérieure confortable sont moins importants. En été, alors qu’un toit non végétalisé peut atteindre 80°C, la température d’une toiture végétalisée oscille autour de 30°C. Des études menées sur dix ans ont montré que les toitures végétalisées permettent d’économiser de l’énergie, notamment en été justement, où elles peuvent atteindre 23% (28% si les toitures sont arrosées).

Par ailleurs, dans une perspective d’étés de plus en plus caniculaires, la végétalisation des toitures a un rôle essentiel à jouer, en atténuant la surchauffe des villes induite par le rayonnement des bâtiments et des surfaces goudronnées (albédo ou effet « îlot de chaleur »). L’évaporation produite par les plantes et le substrat contribue ainsi au rafraîchissement de l’air ambiant.

Enfin, les végétaux et leur substrat piègent et recyclent les poussières et particules fines polluantes présentes dans l’air et l’eau de pluie, et améliorent ainsi leur qualité.

2. Promotion de la biodiversité

Végétaliser les toitures est favorable à un grand nombre d’espèces animales et végétales liées aux milieux secs et ensoleillés. Ils y trouvent un lieu de vie, de reproduction ou de nourrissage adapté à leurs besoins. Et en augmentant le nombre de toitures végétales, on améliorera les corridors biologiques urbains.

3. Rétention des eaux pluies

Dans un contexte où le risque hydrologique urbain (ruissellements induits par des pluies extrêmes) devient un danger majeur, les toitures végétalisées ont leur rôle à jouer. En fonction de l’épaisseur du substrat, elles peuvent en effet stocker une partie plus ou moins importante des eaux de pluie atteignant les toitures, ce qui évite une surcharge des réseaux d’eaux claires et participe à la régulation des débits de pointe dans les cours d’eau.

4. Plus-value esthétique et économique du bâtiment

Enfin, un toit vert confère une plus-value esthétique et paysagère au bâtiment. Il valorise la cinquième façade et offre aussi un espace de détente supplémentaire s’il est accessible.

Oui, panneaux photovoltaïques et toitures végétalisées font bon ménage

La végétation n’est pas la seule à convoiter les toitures : les panneaux solaires cherchent eux aussi à se déployer sur nos toits. La bonne nouvelle, c’est qu’ils sont complémentaires : la présence de végétaux améliore l’efficacité des panneaux photovoltaïques et les panneaux favorisent la végétation.

Plusieurs conditions doivent cependant être remplies pour que cela fonctionne : les panneaux doivent être disposés en « shed », c’est-à-dire qu’ils doivent être inclinés ; les plantes choisies doivent être basses pour ne pas faire de l’ombre aux panneaux et doivent être entretenues plusieurs fois par an ; le substrat doit être plus ou moins haut aux abords des installations photovoltaïques, notamment.

Et si la végétation améliore le rendement des panneaux photovoltaïques, c’est parce qu’en été, ces derniers souffrent de surchauffe, au point que l’efficacité des cellules diminue dès que leur température dépasse 25 °C. En rafraîchissant l’arrière des panneaux par leur évapotranspiration, les plantes installées sur le toit réduisent ainsi les pertes de rendement. Si les propriétaires cherchent à valoriser autant la nature que l’énergie renouvelable, alors ils pourront faire les deux !

Comment végétaliser les toitures : techniques et sécurité ?

Pour celles et ceux qui souhaitent comprendre les différentes techniques pour végétaliser leur toiture, il existe les nombreuses et excellentes sources qui ont notamment nourrit cet article. Deux catégories se distinguent : la végétalisation intensive qui permet de cultiver des arbres ou des jardins potagers et d’accueillir des gens, offrant ainsi un usage récréatif ; et la végétalisation extensive et semi extensive qui sont destinées à accueillir de la flore et de la faune.

Pour la végétalisation intensive, il faudra s’assurer que la toiture soit capable de supporter des charges élevées, permette un système d’irrigation adapté et bénéficie de dispositifs de sécurité. Car en termes de sécurité, et à moins d’avoir été conçues d’emblée comme terrasse ou jardin, les toitures ne possèdent pas de garde-corps et peuvent donc s’avérer dangereuses pour le personnel d’entretien. Les normes de sécurité (EN 795) sont aujourd’hui très strictes : des lignes de vie, des points d’accroche ou autres dispositifs « antichute » permanents doivent absolument être installés lors du chantier de végétalisation et utilisés lors de l’entretien.

Et combien ça coûte ?

En Suisse romande, construire une toiture végétalisée coûte entre 50 et 70 francs de plus par m2 qu’une une toiture conventionnelle en gravier. Mais cet investissement pourrait être intéressant sur le long terme, car votre toiture végétalisée vivra deux fois plus longtemps qu’un toit plat à gravier. La couverture végétale protège en effet les matériaux d’étanchéité contre les U.V.

Des soutiens aux toitures végétalisées

Plusieurs collectivités soutiennent la réalisation de toitures végétalisées, comme la Ville de Lausanned’Yverdon, de Prilly ou encore le Canton de Genève, et probablement de nombreuses autres communes romandes. Si vous êtes intéressé, n’hésitez pas à contacter votre commune ou votre canton pour savoir s’ils octroient des subventions.

 

DEUX LIEUX D’EXPÉRIMENTATION POUR TRANSMETTRE ET SENSIBILISER

 

Un espace d’exposition et d’expérimentation, Lausanne

Comment réaliser une toiture végétalisée accueillante pour la biodiversité et combiner panneaux photovoltaïques et végétation ? Quels types de substrats, notamment locaux et/ou recyclés, pour quel type de végétation ? Afin de permettre aux propriétaires et professionnels de la construction de se familiariser avec un large éventail de possibilités, un espace d’exposition et d’expérimentation dédié aux toitures végétalisées a été créé dans l’enceinte de l’établissement horticole de la Ville de Lausanne. Une manière de voir à quoi pourrait ressembler votre toit de demain.

Un potager sur le toit d’une école, Genève

Toujours plus d’habitants souhaitent aujourd’hui pouvoir jardiner. Les toitures peuvent accueillir des jardins partagés, et beaucoup de projets ont déjà été réalisés dans ce sens. La haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève a réalisé un projet de potager sur son toit. Enseignants et étudiants cultivent des légumes et petits fruits bios dans des sacs. Les résultats obtenus montrent que ce type d’emplacement est propice à la culture de fraisiers, en particulier de variétés anciennes, et que les fruits obtenus ne présentent pas des quantités préoccupantes de métaux lourds, comme on pourrait le craindre à cause du trafic routier.

Envie de vert ?

Entreprises, administrations, propriétaires : les avantages de végétaliser vos toitures, vous l’avez vu, sont nombreux. Petits espaces pour la faune et la flore ou grandes terrasses potagères pour les employés de votre entreprise ; nouvelles constructions ou transformation. Autant de manières d’apporter votre motte à l’édifice. Et quand vous l’aurez fait, recevez votre certificat de la Fondation Nature & Economie qui distingue notamment des entreprises qui favorisent la biodiversité dans leurs aménagements extérieurs.

 

Hélène Monod

Rédactrice

Green Deal : quelle place pour les enjeux énergétiques et climatiques dans la relance post-Covid-19 ?

Alors que sur le front sanitaire la situation semble se calmer, du moins pour le moment, ce sont aujourd’hui les conséquences économiques de la crise du coronavirus qui préoccupent le plus grand nombre. Des dizaines de milliards de francs sont mis sur la table par nos autorités pour amortir les conséquences de la pandémie et assurer le redémarrage de l’économie et de notre société dans son ensemble.

Mais doit-il s’agir d’un redémarrage rapide en mode business as usual ou, comme de nombreuses voix et initiatives le demandent, doit-on profiter de l’occasion pour repenser notre modèle et tout faire pour éviter un retour à « l’anormal ».

Nous nous trouvons en effet à un carrefour, avec d’un côté l’autoroute de la relance du modèle actuel (qui se nourrit d’énergies fossiles, productiviste, hyper-concurrentiel et finalement très vulnérable), et de l’autre côté le chemin du changement profond de modèle de développement, une véritable bifurcation.

Qu’en est-il en particulier des enjeux environnementaux, climatiques, énergétiques dans cette affaire ? Comment les intégrer dans ce redémarrage ?

 

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Nous faisons le point sur ces enjeux avec Jacques Mirenowicz, rédacteur en chef de LaRevueDurable, revue sur l’écologie, la durabilité et la transition et codirecteur de l’association Artisans de la transition qui se donne pour mission de multiplier les opportunités et les lieux où tout le monde peut devenir acteur d’une sortie rapide des énergies fossiles et de la transition énergétique et, plus largement, écologique.

 

Jacques Mirenowicz, vous êtes un observateur attentif de notre monde et un acteur engagé de la transition écologique et sociale, comment tout d’abord replacez-vous cette pandémie qui nous touche par rapport à notre modèle de développement ?

Jacques Mirenowicz : L’origine exacte du SARS-CoV2 responsable de la pandémie de Covid-19 reste à préciser. Les scientifiques s’accordent cependant pour dire que l’émergence de tant de nouveaux virus depuis quelques décennies est due à la destruction des habitats, en particulier les forêts, aux élevages intensifs et à la proximité entre animaux domestiques, faune sauvage et humains qui multiplient les possibilités de contamination entre espèces et avec les humains. Puis, une fois des humains infectés, l’intensité des échanges mondiaux facilite la propagation de ces virus. En résumé, la mondialisation d’un développement insoutenable est bien en cause dans cette affaire.

 

Des dizaines de milliards de francs sont sur la table pour relancer l’économie. On parle d’un moment décisif pour donner un coup de volant à notre trajectoire et limiter la crise climatique dont les dégâts s’annoncent sans commune mesure avec ce que l’on vit aujourd’hui. Selon vous, quelles seraient les clés d’une reprise durable ? On parle par exemple de renforcer les mesures de soutiens comme les programmes pour économiser l’énergie, les fonds permettant d’investir dans les énergies renouvelables, les mesures pour favoriser les constructions durables ou la mobilité propre. Voyez-vous d’autres leviers d’actions ?

J.M. : Outre les mesures que vous citez, nos priorités, à l’association Artisans de la transition, sont la souveraineté alimentaire et l’agroécologie et, plus largement, la relocalisation d’une économie qui privilégie des critères éthiques, sociaux et écologiques, le désinvestissement de la place financière de l’industrie des énergies fossiles et le bannissement des pratiques de surveillance numérique (voir N°63 de LaRevueDurable) qui portent atteinte à la sphère privée, poussent à surconsommer, font exploser les transports de marchandises, font la fortune de gigantesques entreprises déterritorialisées au détriment du commerce et de l’artisanat locaux et, plus largement, sont incompatibles avec la transition malgré tous les discours lénifiants qui prétendent le contraire.

 

Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, a mentionné à plusieurs reprises que la stratégie à adopter pour sortir durablement de la crise était de faire figurer à nouveau le climat en tête de l’agenda politique et de résoudre ces deux crises ensemble. En même temps, le secteur aérien helvétique va être soutenu à hauteur de près de deux milliards de francs et le Parlement a voté ces aides sans y imposer de contrepartie environnementale. C’est mal parti pour la résolution commune de ces deux crises ?

J.M. : Le Conseil fédéral mise sur la loi sur le CO2 pour amener l’économie suisse à respecter l’Accord de Paris. Conditionner les soutiens financiers dans le secteur aérien aurait envoyé un signal clair. Mais la majorité nécessaire pour une telle mesure n’est là ni au Conseil fédéral, ni au Parlement. La majorité actuelle ne reconnaît pas suffisamment la gravité de la destruction des conditions de vie sur Terre. Elle n’a fondamentalement pas pris la mesure – et ses électeurs non plus – des raisons qu’il y a à agir de façon beaucoup plus structurelle et vigoureuse.

Ces raisons, les voici : les scientifiques exhortent les États à prendre des mesures pour ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement. Ce qui nécessite de diviser par deux les émissions de CO2eq entre 2010 et 2030 et de viser la neutralité carbone d’ici 2050. Les États ayant très peu agi entre 2010 et 2020, cet objectif est désormais à la limite du réalisable. Et si l’on tarde encore, il ne le sera définitivement plus.

La tâche à accomplir revient à réitérer chaque année, pendant dix ans, la baisse historique de – 8 % des émissions de gaz à effet de serre que prévoit l’Agence internationale de l’énergie en 2020 à cause de la pandémie : pour limiter la hausse de la température à 1,5°C, le GIEC dit qu’il faut faire baisser les émissions de 7,6 % chaque année de 2020 à 2030.

Nos sociétés sont au pied du mur : avant le confinement, leurs émissions mettaient le monde sur la voie d’un réchauffement de l’ordre de 3°C à 4°C d’ici 2100, soit la fin d’une Terre accueillante pour les humains. L’impératif de relancer l’économie les place devant un choix tout simplement existentiel : retourner vers ce scénario fatal ou profiter de cette séquence extraordinaire pour tenter de respecter l’accord de Paris.

 

La Suisse vient tout de même de débloquer 46 millions de francs supplémentaires destinés à être investis dans l’énergie solaire. Ces moyens s’ajoutent aux 330 millions déjà réservés au photovoltaïque pour 2020. Peut-on interpréter cette mesure comme une preuve que l’on voit tout de même les enjeux énergétiques et climatiques comme des leviers pour la sortie de crise ?

J.M. : Cette mesure va dans le bon sens, mais ne suffit pas. La question énergétique ne trouvera des réponses adaptées que lorsqu’elle sera subordonnée à une authentique prise en compte de la catastrophe écologique et climatique. Ce qui impose un changement philosophique et culturel de très grande ampleur, dont les ressorts principaux sont la sobriété et l’équité. Ce virage est nécessaire pour pouvoir organiser une véritable circularité des flux de matières de d’énergie, gage de durabilité sur les territoires. Nous sommes encore très loin du compte.

 

À l’échelle européenne, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, promettait un « Green deal » fin 2019 comme nouvelle stratégie de croissance. Plusieurs ministres des pays membres de l’UE ont récemment demandé que ce plan soit central dans la stratégie de sortie de crise. Mais les manœuvres se multiplient à Bruxelles pour affaiblir l’ambition environnementale portée par la Commission. Selon vous, le « Green deal » va-t-il profiter de la crise pour s’affirmer comme la voie à suivre ou au contraire, l’urgence de relancer l’économie à court terme va-t-elle prendre le pas sur la prise en compte des enjeux climatiques dans la stratégie de croissance à l’échelle européenne ?

J.M. : Je n’ai pas la capacité de savoir de quel côté la balance va pencher. Mais comme le souligne la sociologue Dominique Méda, la récession brutale que le confinement a déclenchée risque d’inciter les exécutifs « à pousser comme jamais les feux du productivisme et du consumérisme pour panser les plaies des citoyens et faire repartir l’économie comme avant » . Je garde cependant espoir qu’un basculement des opinions publiques est possible.

 

 

La Lombardie est l’une des régions les plus polluées d’Europe et a été très touchée par la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, Milan va mettre en place l’un des projets les plus ambitieux d’Europe pour réaffecter l’espace des rues de la voiture vers le vélo et la marche, en réponse à la crise du coronavirus. La ville a annoncé que 35 km de rues seront transformés au cours de l’été, avec une expansion rapide et expérimentale de l’espace pour les cyclistes et les piétons à l’échelle de la ville. La preuve que c’est possible ?

J.M. : C’est une bonne nouvelle qui prouve que les décisions peuvent aller dans le bon sens. Mais il ne faut pas uniquement faciliter la mobilité douce. Il faut la rendre possible pour un maximum de personnes en relocalisant l’économie et en orchestrant un ralentissement généralisé assumé.

Le problème est qu’une telle relocalisation et un tel ralentissement semblent incompatibles avec la logique de développement actuelle. C’est pourquoi, au-delà de mesures locales telles que celles que Milan prend, nous avons besoin de changer de paradigme et de viser plus de sobriété et d’équité. Pour que cela soit possible, il faut demander au monde académique de mettre le paquet sur les moyens de réorganiser l’économie en conséquence. Et mener notamment d’intenses recherches sur la notion de prospérité sans croissance. L’objectif d’une macroéconomie sans croissance, en particulier, devrait faire l’objet d’un programme massif de recherches comme il en existe, par exemple, sur le cerveau. Cela élèverait le niveau du débat politique sur ce sujet vital.

 

La pandémie de coronavirus a mis en évidence les limites d’un système mondialisé à l’excès. Durant la période de semi-confinement que nous avons vécue, nous avons pu constater un retour vers le local, que ce soit pour s’approvisionner en légumes frais ou par des élans de solidarité pour nos voisins, nos petits commerces locaux. Qu’en est-il pour le marché de l’énergie ?

J.M. : Je n’ai rien remarqué de particulier hormis le fait que celles et ceux qui utilisaient leur voiture pendant le confinement ont apprécié la chute du prix à la pompe. Les opportunistes en ont aussi profité pour remplir leur cuve à mazout. La leçon principale de cette séquence pour l’énergie, il me semble, est que la clef de la durabilité est une diminution généralisée de la consommation pour des raisons autrement plus profondes que les seuls prix du pétrole et des combustibles.

 

Quel impact peut avoir la crise actuelle sur la décentralisation et la relocalisation de la production d’énergie, notamment sur le développement des petites installations d’énergie renouvelables chez les particuliers ? Cela peut-il accélérer ce processus ?

J.M. : L’envie de relocalisation qui s’est exprimée pour les masques, les respirateurs, les principes actifs des médicaments et l’alimentation s’est-elle étendue à l’énergie ? Je n’ai pas eu connaissance d’un tel effet. S’il avait lieu, ce serait un pas de géant dans le bon sens. Avoir le contrôle sur les sources d’énergie est un énorme facteur d’autonomie et de résilience des territoires en cas de pépin international prolongé.

 

Les prix du pétrole qui s’effondrent à tel point que l’on doit payer pour fourguer ses barils, c’est donc plutôt une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la transition énergétique ?

J.M. : À court terme, c’est plutôt une très bonne nouvelle parce que cela rend les pétroles non conventionnels, comme les sables bitumineux ou le pétrole offshore, moins rentables. Cela met même en faillite les entreprises qui, aux Etats-Unis notamment, se sont spécialisées dans l’extraction de pétrole de schiste. Or, pour respecter l’accord de Paris, il faut laisser les hydrocarbures non conventionnels dans le sous-sol de la Terre. Pour les usagers, en revanche, ce n’est pas le meilleur signal : pourquoi changer un combustible ou un carburant bon marché ?

 

L’État doit-il alors jouer un rôle plus fort face à cette situation ?

J.M. : Oui ! Et cela grâce à des dispositifs de soutien : un système de bonus-malus, notamment, qui fait payer de plus en plus lourdement les énergies fossiles et récompense les économies d’énergie et les énergies renouvelables est une clef de la transition écologique. Mais bien sûr, il faut une adhésion majoritaire à l’idée de confier un tel rôle à l’État.

 

La relocalisation du marché de l’énergie passe notamment par une réappropriation de la production par les citoyens. Quel rôle les coopératives énergétiques peuvent-elle jouer en particulier dans cette transition énergétique ?

J.M. : Nous avons beaucoup travaillé sur l’énergie citoyenne en 2014-2015 avec LaRevueDurable. Nos sources d’inspiration étaient les modèles danois et allemand. Puis nous avons poussé pour que des coopératives voient le jour en Suisse romande. Nous avons même participé à la création d’Optima Solar Fribourg Freiburg. Aujourd’hui, Susana Jourdan copréside cette coopérative qui enchaîne depuis 2017 les toits solaires dans le canton de Fribourg.

Cependant, nous sommes à la recherche, aux Artisans de la transition, d’initiatives capables de générer l’élan citoyen qui fait encore largement défaut à la transition en Suisse romande. Or, sur ce plan, l’énergie citoyenne est à des années-lumière du pouvoir de mobilisation de l’alimentation. L’expérience prouve, pour le moment en tout cas, qu’elle n’est pas ce tremplin dont la transition a besoin.

 

Enfin, toujours dans cette approche locale, que peuvent faire les communes pour encourager la transition énergétique et pour favoriser une relance « durable » sur leur territoire ?

J.M. : Plus l’économie sera relocalisée, plus la transition énergétique sera facilitée. Les communes peuvent en particulier soutenir les circuits courts alimentaires, base de tout, mobiliser leurs terres à cette fin, et s’intéresser de très près au capitalisme de surveillance pour protéger les petits commerces et l’artisanat sur leur territoire.

L’été 2020 est en outre une formidable occasion pour les communes de séduire les touristes helvétiques, de les encourager à l’avenir à rester au pays plutôt que de reprendre leurs habitudes insoutenables dès que les vols au long court recommenceront. C’est un été propice à l’apprentissage d’autres pratiques. Il faut en profiter !

Plus fondamentalement, nous avons sur les bras un problème existentiel, philosophique et psychologique bien plus que technique et financier : les choix techniques à faire dans le secteur de l’énergie sont conditionnés par des décisions beaucoup plus fondamentales. Pour l’heure, les bonnes décisions ne sont pas prises parce qu’encore trop de personnes n’arrivent toujours pas à prendre acte de la situation plus que critique dans laquelle l’humanité se trouve. Réussir à franchir ce pas cognitif est décisif.

monitoring énergétique

Qu’est-ce que le monitoring énergétique ?

Les dernières années ont été marquées par une progression spectaculaire des technologies de l’information et de la communication. Elles permettent de mesurer, transmettre, stocker et analyser toutes sortes de données. Leurs domaines d’application sont multiples et celui de l’énergie ne fait pas exception. Le monitoring énergétique, particulièrement utile aux entreprises, en est un parfait exemple.

 

Le fonctionnement du monitoring énergétique, ou surveillance de la consommation, peut être illustré simplement en suivant le cheminement de l’information. Premièrement, cette dernière est récoltée grâce à des capteurs. Il en existe de très nombreux modèles, capables de s’adapter à toute la diversité des situations rencontrées par les industries. Une fois l’information numérisée, elle est transmise puis stockée dans une base de données. Là encore, la diversité des solutions disponibles sur le marché permet de répondre aux différents impératifs des entreprises, notamment en ce qui concerne la sensibilité des données et leur sécurité. Désormais centralisées, les mesures brutes issues des capteurs sont traitées et mises en forme de manière à pouvoir être aisément analysées par les utilisateurs finaux au travers d’une plateforme de visualisation.

 

Pour les entreprises, les utilisations potentielles du monitoring énergétique sont aussi nombreuses que les applications et les procédés dans lesquels l’énergie joue un rôle prépondérant, et ceci sous toutes ses formes. Il est ainsi possible de mesurer de manière particulièrement détaillée la consommation électrique de n’importe quel consommateur, aussi bien à l’échelle d’une usine entière que d’une seule machine.

 

monitoring-tube

 

De plus, les capteurs nécessaires, des boucles de Rogowski par exemple, peuvent être installés sans interrompre les activités concernées, ce qui est un avantage conséquent. Mais le monitoring ne se limite pas à l’électricité. Les consommations d’énergie thermique, que ce soit sous forme de chaleur ou de froid peuvent également être enregistrées grâce à des débitmètres couplés à des sondes de température. D’autres domaines d’application peuvent également être envisagés grâce à la possibilité d’interfacer des compteurs existants, notamment à impulsions, avec des solutions de monitoring modernes.

 

Pour les entreprises, les avantages de cette technologie sont nombreux. Premièrement, disposer de données détaillées sur la consommation d’énergie permet d’identifier et de quantifier les potentiels d’économies. La mise en évidence des consommations résiduelles de machine à l’arrêt en est un parfait exemple. Mais le monitoring permet également de repérer des consommations anormales et d’ainsi identifier d’éventuels dysfonctionnements avant que ceux-ci ne deviennent problématiques. Détecter ces problèmes avant que ne ceux-ci ne conduisent à une panne et un arrêt de production peut s’avérer primordial pour certaines entreprises. L’investissement requis pour l’installation des capteurs et la mise en place des infrastructures nécessaires s’avèrent donc vite rentabilisés.

 

Comme mentionné précédemment, de nombreuses solutions de monitoring sont disponibles sur le marché. La gamme de prestations proposée comprend ainsi aussi bien la simple vente des capteurs que la conception et la mise en service d’une solution complète intégrant des analyses sur mesure. De plus, bien que le terme de monitoring soit traditionnellement réservé aux systèmes de récolte, d’analyse et de visualisation des données, certains fournisseurs disposent de solutions intégrant également des éléments capables d’agir directement sur la consommation. Dans un tel cas, les données récoltées sont analysées en temps réel grâce à des algorithmes avancés dans le but de définir les actions qui permettront de réduire au maximum les coûts liés à l’énergie. Cette grande diversité de produits et de services permet ainsi à de très nombreuses entreprises de trouver la solution la mieux adaptée à leur besoin.

 

Christian Rod

Expert externe