L’accès au savoir n’est pas négociable

Il y a deux semaines, nous nous préparions à accueillir à nouveau les étudiants à l’Université, en présentiel complet, avec le respect des mesures sanitaires en vigueur.

Nous avions même réfléchi comment les motiver à revenir sur le campus après plus d’une année et demi à distance.

Mercredi passé, le couperet tombe, avec les annonces du Conseil Fédéral. Et dans la foulée, les Universités romandes décident que le pass Covid est obligatoire pour accéder aux cours en présentiel.

Soyons honnêtes, cela signifie que seuls les étudiant(e)s vacciné(e)s auront accès au cours. Car qui irait se faire tester tous les 2-3 jours pendant des mois ? Sachant que les tests seront bientôt payant? Personnellement je ne le ferais pas.

Dont acte.

N’en déplaise aux personnes qui adorent ranger les gens dans des catégories, il n’y a pas que les complotistes, ou antivax comme aiment les surnommer les médias, qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se faire vacciner.

Ce n’est pas à moi de juger de leurs choix. Mon rôle est d’enseigner au plus grand nombre.

Nous avons face à nous des défis environnementaux considérables.

Le dernier rapport du GIEC sorti en août 2021 est sans appel. Nous nous devons de mettre en place, dans les prochaines années, des solutions innovantes pour réduire les émissions de CO2.

Dans mon domaine plus spécifiquement, il n’est plus discutable que la pollution que nous engendrons a des effets sur l’environnement, mais également sur notre propre santé. Ici aussi il va falloir se retrousser les manches et brasser les cerveaux pour trouver des solutions.

Au-delà de ça, il est maintenant reconnu que l’accès aux réseaux sociaux a permis l’émergence de pseudo-savoirs, alimentés par des croyances bien plus que par des faits.

En tant qu’universitaires, notre rôle, tel que je le considère, est de donner accès à un savoir transparent et basé sur des faits, ceci au plus grand nombre. Il est aussi de permettre aux étudiants de développer leur sens critique, ceci en confrontant leurs idées avec leurs pairs et avec leurs enseignants.

Enseigner, ce n’est pas enregistrer des cours que les étudiant(e)s pourront voir en ligne. Cette dernière année et demi me l’a montré.

Je n’ai pas encore pris toute la mesure des décisions qui ont été prises la semaine passée. Mais elles heurtent profondément mes valeurs d’enseignante.

Si les étudiant(e)s qui le souhaitent ne peuvent pas avoir accès à mes cours en présentiel, ce que je qualifie d’un enseignement de qualité, il me faudra trouver d’autres solutions innovantes pour que mon enseignement leur soit accessible.

Nathalie Chèvre

Nathalie Chèvre est maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne. Ecotoxicologue, elle travaille depuis plus de 15 ans sur le risque que présentent les substances chimiques (pesticides, médicaments,...) pour l'environnement.

9 réponses à “L’accès au savoir n’est pas négociable

  1. J’ai le même sentiment que toi Nathalie. Le paradoxe est que la justification du certificat covid est de pouvoir utiliser les auditoires au max. de leur capacité alors que les étudiant.e.s font partie d’une classe d’âge dont on sait que beaucoup ne sont pas vaccinés et qu’ils ne pourront par conséquent pas venir remplir lesdits auditoires à la rentrée… on aurait au moins pu donner un délai jusqu’à début nov. pour donner le temps à celles et ceux qui le souhaitent de se faire vacciner. Et il est impératif que les tests restent gratuits pour celles et ceux qui ne veulent pas se faire vacciner.
    Enfin, enseigner tout à distance n’est déjà pas évident par rapport au présentiel, mais le bi-modal c’est la pire des situations… mais on fera le max. pour relever le défi, on le doit à nos étudiant.e.s.

  2. Bravo pour la prise de position au sujet des Universités. Une chose est sûre, la justice s’en mêlera, car la Confédération a autorisé les employeurs à exiger le pass des employés (y cmpris prof.) et pas des clients (les élèves dans ce cas). Il suffit que la famille d’une seule personne contrainte au vaccin, qui subira des effets secondaires graves, de poursuivre le dirigeant de l’école et ainsi d’ouvrir la boite de pandore et effrayer politiques et médecins !

  3. Parfaitement d’accord avec toi Nathalie.
    Bravo pour cette prise de position !
    Je partage ces mêmes valeurs. J’ajouterai ici mon sentiment…
    Les enseignants (et les étudiants) ne sont pas non plus des pantins à qui on peut imposer à quelques jours de la rentrée de tout bouleverser (notamment un programme pédagogique qui dans nos cas sont fondés sur du présentiel et de la pratique) et de devoir quasi “choisir un camp” malgré eux.
    La qualité nécessite un minimum de temps. Ni les profs ni les étudiants ne sont des sûr-humains. Ce temps, personne ne nous en donnera plus…
    De plus, alors qu’on allait vers un concept qui tenait je pense mieux la route et qui permette à tous de revenir en classe et en labo, pourquoi imposer un vaccin que certains ne peuvent pas faire (et respecter le choix de ceux qui ne veulent pas) à l’école aujourd’hui ? Cela veut-il dire que tout à coup les gestes barrière étaient inutiles alors ? Pourquoi ne permettent-ils pas les deux façons de faire ?
    Ils auront réussi à faire se diviser et se révolter encore davantage de gens au lieu de les réunir… Bravo!…

  4. Merci pour cet article. L’union des différents acteurs des milieux universitaires portera ses fruits, nous garantirons l’accès à l’éducation pour tous car sans ce droit nous perdons aussi celui de nous prétendre une démocratie.

  5. ”Au-delà de ça, il est maintenant reconnu que l’accès aux réseaux sociaux a permis l’émergence de pseudo-savoirs, alimentés par des croyances bien plus que par des faits.”
    Tellement vraie…….

  6. Chère Nathalie,
    Je suis vos articles avec intérêt et suis toujours d’accord avec votre point de vue.
    Dans le cas présent, tel n’at vraiment pas le cas. Dans la crise que nous traversons depuis bientôt deux ans, il y a eu trop de morts, trop de dégâts sociaux et trop de faillite qui ont été provoqués par le Covid.
    En l’état actuel de la situation, seul le vaccin est en mesure de freiner cette pandémie. Gratuit chez nous,à disposition de tous sans créer l’hécatombe imaginée par certains nein sager, il est tout simplement irresponsable et inadmissible que certains le refusent. Dans le cas de l’université, c’est d’autant plus navrant, les étudiants étant censés avoir un certain niveau.
    Je respecte toutefois leur choix, la démocratie devant primer. La question est donc simple : tu te vaccines et tu accèdes à beaucoup d’endroits. Tu ne te vaccines pas, tu te limites en toute connaissance de cause et tu assumes.
    Meilleures salutations

    1. Cher Monsieur,
      J’entends votre point de vue. J’ai des collègues et des amis qui le partage.
      J’ai pour ma part une vision un peu différente. Si j’ai accepté de tenir ce blog lorsque le Temps me l’a demandé, si j’ai passé de nombreuses heures à faire des conférences à gauche et à droite, c’est parce que je pense important de partager ce que j’ai pu apprendre durant ma carrière de chercheuse. Et aussi, disons-le, il y a des gens qui sont intéressés à me lire et à m’écouter.
      Donc les décisions prises les semaines passées me questionnent, et questionnent mon rôle d’enseignante.

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