Italie : Giorgia Meloni entre dans l’arène

Giorgia Meloni, la leader de Fratelli d’Italia, a été officiellement nommée Présidente du Conseil par le Président Sergio Mattarella. Elle devient ainsi la première femme à occuper cette fonction dans la péninsule italienne. Son gouvernement va devoir faire face à d’immenses défis. Les relations entre Berne et Rome, déjà bonnes, ne pourront que s’améliorer.

L’Italie entame un nouveau chapitre de son histoire politique. Giorgia Meloni était hier au Palais du Quirinal (résidence officielle du président italien) pour prêter serment devant le Président Sergio Mattarella. Victorieuse des élections législatives du 25 septembre dernier avec son parti post-fasciste Fratelli d’Italia qui a recueilli 26% des voix, la nouvelle Présidente du Conseil et première femme à ce poste, s’apprête à diriger le pays aux 60 millions d’habitants. C’est devant Sergio Mattarella qu’elle a juré fidélité à la République italienne, aux lois et à la constitution. La passation de pouvoir avec Mario Draghi est prévue ce dimanche matin au Palais Chigi (siège de la présidence du Conseil).

Une coalition très à droite

Ses partenaires de coalition, nommés vice-présidents du Conseil, vont l’accompagner dans ce nouveau gouvernement. Parmi eux, on relève la présence d’Antonio Tajani, leader de Forza Italia et nouveau Ministre des Affaires étrangères aux orientations pro-européennes et atlantistes. Ensuite il y a Matteo Salvini, le leader de La Ligue et populiste d’extrême-droite qui doit se contenter du ministère des Infrastructures et de la Mobilité durable alors qu’il visait plutôt l’Intérieur. L’avenir nous dira si ce dernier est prêt à œuvrer pour le bien du pays et de son gouvernement en mettant de côté son désir de pouvoir absolu ou s’il fera sauter la coalition d’ici quelques mois. Cela provoquerait à nouveau des élections législatives. Sur 24 ministres, on peut regretter la faible présence des femmes. Elles ne sont que six et occupent des postes mineurs, c’est-à-dire à la tête de ministères dits moins importants.

La nouvelle Présidente du Conseil, Giorgia Meloni, entourée de Silvio Berlusconi (Forza Italia, à gauche) et de Matteo Salvini (La Ligue, à droite), les chefs des deux partis qui composent avec la formation de Giorgia Meloni la coalition gouvernementale. PHOTO : GETTY IMAGES / ANTONIO MASIELLO

Les nombreux défis du gouvernement Meloni

Son gouvernement, le plus à droite dans l’histoire récente de l’Italie, devra faire face à de nombreux défis qui seront scrutés en Suisse, mais aussi en Europe. Il y a tout d’abord l’inflation. Elle a augmenté d’environ 9% entre 2021 et 2022 à cause de la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie. Cela frappe directement les ménages et les entreprises. Ensuite, il y a l’éternel problème de la dette avec plus de 2’700 milliards d’euros, soit environ 150% de son PIB. Sur le plan des réformes demandées par l’Union européenne, Giorgia Meloni a promis de défendre davantage les intérêts de son pays avant ceux de l’union. De quoi créer des tensions avec la Commission européenne. Enfin il y a la guerre en Ukraine. Mario Draghi a été un défenseur ardu des sanctions européennes contre la Russie à cause de l’invasion militaire déclenchée au mois de février. Là-dessus, Giorgia Meloni a pris position pour l’Ukraine. Mais au sein de sa propre coalition, des voix se font entendre qui remettent en cause le soutien à l’Ukraine et demandent l’abolition des sanctions contre la Russie de Vladimir Poutine.

Les relations avec le petit voisin suisse

Les relations diplomatiques entre la Suisse et l’Italie sont anciennes et excellentes comme le confirme le DFAE sur son site internet. Il y a d’abord le partage d’une langue commune, l’italien. Ensuite, « la plus grande communauté étrangère du pays » compte environ 320’000 ressortissants italiens qui vivent dans notre pays. Sur le plan économique, l’Italie est notre troisième client commercial avec en 2021 15,5 milliards de produits exportés contre 18,8 milliards de produits importés. On attend avec impatience l’orientation de Giorgia Meloni sur les relations entre Berne et Rome. A noter que cette semaine le Président Sergio Mattarella aurait dû se rendre en Suisse pour une visite d’Etat. Il n’est jamais venu. Malgré plusieurs interpellations de ma part au sujet de cette visite, je n’ai eu aucune réponse des autorités suisses et c’est bien dommage. J’espère sincèrement que cette visite n’a pas été annulée, mais juste reportée de quelques semaines. La dernière visite d’un président italien en Suisse remonte à 2014 et la dernière visite d’un président suisse à Rome date de 2020.

Emmanuel Macron : 2022-2027 à l’Elysée?

Le Président de la République sera candidat à un deuxième mandat présidentiel. Emmanuel Macron a choisi la presse régionale pour annoncer aux Français sa candidature. Après cinq années marquées par différentes crises sociale, sanitaire ou encore internationale, il a la volonté de poursuivre ses réformes et de rassembler un pays fracturé par les mesures liées au Covid-19 (port du masque, pass sanitaire, etc.). Peut-il être réélu? Quid des relations avec notre pays la Suisse?

Très occupé avec le conflit ukraino-russe et de nombreux échanges téléphoniques, Emmanuel Macron a tardé à se déclarer officiellement candidat à la présidentielle. Ces dernières semaines, il avait entretenu un faux suspense. Il faisait bien campagne à travers la France, mais sans vraiment faire campagne et sans être encore candidat. Les 10 et 24 avril prochain, l’ancien ministre dans le gouvernement de François Hollande (2012-2017) devra affronter ses principaux adversaires (Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot, Fabien Roussel, Valérie Pécresse, Marine Le Pen et Eric Zemmour). Tous ces candidats ont obtenu les 500 parrainages obligatoires pour se présenter. Ils ne se priveront pas d’attaquer le bilan “catastrophique” selon eux d’Emmanuel Macron. Le premier mandat de l’actuel locataire de l’Elysée est sur le point de s’achever et aura été marqué par le mouvement des gilets jaunes, une refonte de l’ordre international avec un Donald Trump très hostile aux institutions mondiales et enfin une pandémie qui a bouleversé nos existences. Emmanuel Macron n’a pas arrêté de jouer cette carte du “en même temps” en essayant de rassembler des élus de gauche et de droite dans ses envies de réformer la France. S’il est réélu en avril prochain, sa tactique ne devrait guère changer. Je vous propose l’article des Echos qui revient sur les succès et les échecs d’Emmanuel Macron avec différentes thématiques comme l’emploi, le pouvoir d’achat ou l’éducation.

Macron, réélection?

D’après un sondage publié hier, Emmanuel Macron se situe au-dessus de 30% pour le premier tour. Il se trouve loin devant Marine Le Pen (14,5%), Eric Zemmour (13%), Jean-Luc Mélenchon (12%), Valérie Pécresse (11,5%), Yannick Jadot (7,5%), Fabien Roussel (4%) et enfin Anne Hidalgo (2,5%). Onze jour après le déclenchement de l’invasion et de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, le chef de l’Etat est crédité de quatre points par rapport au dernier sondage d’Ipsos-Sopra-Steria publiée à la fin du mois de février. Ceci s’explique par le fait qu’en temps d’incertitude ou de guerre comme c’est le cas malheureusement à nos portes, chaque peuple se rattache à une figure d’Etat. Derrière le risque d’un embrasement sur tout le continent européen, les Français accordent leur confiance à celui qui fait actuellement face à ce conflit inédit. En prenant compte cinq sondages réalisés ces derniers temps, Emmanuel Macron cumule désormais à 27,6% des intentions des électeurs contre 16,7% pour Marine Le Pen. J’ai la conviction qu’on va se retrouver avec un scénario identique à celui de 2017, c’est-à-dire Macron – Le Pen lors du deuxième tour. Et je peux déjà dire que si c’est le cas, Macron peut se réjouir, car il sera bien réélu pour un second mandat.

Macron et la Suisse

A son arrivée au pouvoir en 2017, tout avait bien commencé dans les relations entre Berne et Paris. En juillet de la même année, la Présidente suisse d’alors Doris Leuthard était reçue à l’Elysée par son jeune homologue français. En 2018, Emmanuel Macron s’était rendu au WEF de Davos, attendu comme une star de rock. Quelques mois plus tard, c’était au tour d’Alain Berset de se rendre à Paris. D’abord en septembre pour une visite officielle. Ensuite en novembre pour prendre part aux commémorations du centenaire de l’armistice qui a mis fin à la Première Guerre mondiale. Deux ans plus tard, sur invitation d’Emmanuel Macron, Alain Berset a représenté la Suisse pour les festivités du 14 juillet. L’occasion de remercier la Suisse pour la coopération entre Etats lors de la crise du coronavirus. Et depuis, plus rien hormis un échange téléphonique et une brève rencontre avec Guy Parmelin en 2021. La France n’a pas apprécié et à juste titre l’achat par la Suisse d’avions américains. En tant que démocrate-chrétien, j’aurais préféré acheter les avions Rafales français. La Suisse se situe au coeur de l’Europe, cela aurait été une bonne occasion de montrer à l’Union européenne notre attachement à ce continent. Je regrette aussi que Berne n’ait jamais invité Emmanuel Macron pour une visite officielle ou d’Etat à Berne. François Hollande s’était rendu en visite d’Etat dans notre pays en 2015. Il est coutume pour un président français d’effectuer une visite de ce type-là chez le voisin suisse. J’espère sincèrement que s’il est réélu, il viendra visiter notre pays entre 2022 et 2027.

Doris Leuthard rencontre le Président français Emmanuel Macron lors d’une visite officielle à Paris en 2017.

Macron est l’homme dont la France a besoin pour se réformer. Macron est l’homme dont l’Europe a besoin pour s’imposer face aux puissances chinoise, russe et américaine. Macron est l’homme dont l’Europe de la défense a besoin pour se protéger des attaques de pays ennemis et de l’arrivée massive de  migrants illégaux en provenance de l’Orient ou de l’Afrique. Macron est l’homme dont la Suisse a besoin pour continuer à développer les excellentes relations entre nos deux pays. Je ne peux que souhaiter sa réélection au printemps pour que la France puisse continuer à jouer son rôle de leader en Europe et ailleurs dans le monde.

Sergio, grazie!

Les Parlementaires italiens se réunissent demain pour désigner le nouveau président. Sergio Mattarella s’apprête à quitter le Palais du Quirinal. Mais son départ provoque beaucoup d’inquiétudes en Italie et en Europe. Les candidats qui pourraient lui succéder sont pour le moment Paolo Gentiloni ou l’actuel Président du Conseil des ministre Mario Draghi.

L’Italie s’apprête à plonger dans l’incertitude politique. En effet, les députés italiens se réunissent demain pour procéder à l’élection du nouveau président de la République. La fin du septennat de l’actuel Président Sergio Mattarella touche presque à sa fin. Le chef de l’Etat de 80 ans n’a malheureusement pas souhaité rempiler pour un deuxième mandat. Sa succession a entrainé un grand round de négociations entre les différents partis politiques. A la différence d’une élection présidentielle en France, ce sont les Parlementaires de la Chambre des députés (chambre basse) et du Sénat (chambre haute) qui élisent le président pour un mandat de sept ans. En Italie, le rôle du président est essentiellement honorifique. Il n’intervient pas dans les débats politiques. Il a plutôt un rôle d’assurer l’union nationale, par exemple lors de crises gouvernementales ou de tensions entre le Nord et le Sud du pays.

Un homme à la hauteur de la fonction

Sergio Mattarella est une figure politique respectée dans le pays. Il a été député (1983-2008), Ministre de la Défense (1999-2001), Vice-Président du Conseil des ministres (1998-1999), Juge à la Cour constitutionnelle, car jeune il a étudié le droit (2011-2015) et enfin Président dès 2015. En 1980, il fait face à un drame terrible avec la mort de son frère, tué par la mafia. C’est le premier Sicilien à entrer au Palais du Quirinal. Je loue l’ancien juge constitutionnel, car il a su faire face à différentes crises politiques pendant son mandat. Comme en 2018 face à la coalition gouvernementale entre le Mouvement 5 Etoiles (parti populiste de gauche) et la Lega (parti d’extrême-droite). Il a su se poser en garant du respect de la démocratie et de l’Etat de droit. Un comble pour un pays fondateur de l’Europe.

Matteo Salvini de la Lega (à gauche) prête serment devant le Président de la République Sergio Mattarella et le Président du Conseil des ministres Giuseppe Conte à la cérémonie d’investiture du gouvernement italien, le 1er juin 2018, à Rome. Photo : Francesco Ammendola, AFP.

Qui pour lui succéder?

Parmi les candidats les plus cités dans la presse italienne, on retrouve Paolo Gentiloni et Silvio Berlusconi (deux anciens chefs de gouvernement). Mais celui-ci a annoncé hier qu’il renonçait à briguer la présidence italienne. Je verrais bien Paolo Gentiloni à la tête de l’Italie, car c’est un homme qui croit au destin européen. Un autre nom qui circule est l’actuel Président du Conseil des ministres Mario Draghi.

Vers un séisme politique?

J’ai l’intime conviction que Mario Draghi a toutes les qualités requises d’un homme d’Etat. Son engagement pro-européen n’est plus à démontrer, car il a sauvé l’euro lors de la crise financière à la fin des années 2000. Son gouvernement d’union nationale permet à l’Italie de profiter des nombreux fonds du plan de relance européen alors que le pays avait été l’un des États membres de l’Union européenne les plus touchés au début de l’épidémie de Covid-19. Avec le départ possible de Mario Draghi du Palais Chigi, je crains le pire. Les Italiens seront une nouvelle fois appelés aux urnes et l’Italie connaîtra probablement une longue zone de turbulence.

L’actuel Président du Conseil des ministres Mario Draghi (à droite) figure parmi les favoris pour succéder à Sergio Mattarella (à gauche) à la présidence italienne. Photo : AFP.

Et les relations avec le voisin suisse?

Comme l’indique le Département fédéral des affaires étrangères sur son site, les relations diplomatiques entre Berne et Rome excellentes. Cependant, je regrette que Sergio Mattarella ne se soit jamais rendu dans notre pays pour une visite officielle ou d’Etat. L’Italie est quand même notre troisième partenaire commercial. En sept ans de pouvoir, Sergio Mattarella n’aura rencontré que Simonetta Sommaruga lors de la visite de celle-ci à Rome en 2020. J’espère sincèrement que notre Président Ignazio Cassis recevra un officiel italien cette année à Berne.

Ignazio Cassis : un président et des défis

Ignazio Cassis est devenu officiellement Président de la Confédération le 1er janvier dernier. Le PLR tessinois de 60 ans a succédé à Guy Parmelin (UDC/VD), après une excellente année présidentielle tant au niveau national qu’international. Quels sont les défis qui attendent Ignazio Cassis en Europe et dans le monde?

Ignazio Cassis est le cinquième Tessinois à occuper le poste suprême. Le dernier représentant italophone était Flavio Cotti (1939-2020). Celui-ci a été à deux reprises président, en 1991 et en 1998. Il était membre comme moi du Parti démocrate-chrétien (devenu entre-temps Le Centre). Ignazio Cassis occupe la tête du Département fédéral des affaires étrangères depuis 2017.

Des défis diplomatiques en Europe

La semaine de la rentrée a commencé fort. Lundi, Ignazio Cassis s’est entretenu par téléphone avec le Président ukrainien Volodymyr Zelensky. Ensemble, ils ont abordé la situation sécuritaire à la frontière russo-ukrainienne. Ils ont également évoqué la prochaine conférence sur les réformes en Ukraine, prévue à Lugano cet été. Jeudi, il a respecté la tradition en se rendant pour la première visite à l’étranger à Vienne. Il a rencontré le Président fédéral Alexander Van der Bellen ainsi que le Chancelier fédéral Karl Nehammer (par téléphone puisque ce dernier avait été testé positif au Covid-19 quelques jours plutôt). Ils ont évidemment abordé le sujet phare, celui des relations entre la Suisse et l’Union européenne. L’Autriche est un pays ami et allié et je sais que le gouvernement autrichien fait tout son possible pour trouver des pistes de résolution dans ce long “conflit”. Et dans quelques jours, Ignazio Cassis se rendra à Berlin et y rencontrera le Président Frank-Walter Steinmeier ainsi que le nouveau Chancelier Olaf Scholz. A ce stade, il s’agit de deux pays importants avec qui la Suisse a généralement de très bons contacts. Il faut espérer qu’Olaf Scholz se montrera compréhensif envers son voisin suisse.

Le Président de la Confédération Ignazio Cassis a été reçu jeudi passé à Vienne par son homologue autrichien Alexander Van der Bellen. Image : compte Twitter d’Alexander Van der Bellen.

Les bémols italien et français

Petit bémol, il reste encore les autorités italiennes et françaises à rencontrer. Il faut absolument que ces rencontres se fassent cette année pour trois raisons. La première est que la dernière rencontre présidentielle Suisse-France a eu lieu en 2018 (Alain Berset et Emmanuel Macron). Quant à la dernière rencontre présidentielle Suisse-Italie, elle s’est tenue en 2020 (Simonetta Sommaruga et Sergio Mattarella). Pour des pays voisins, je reste surpris du peu d’échanges présidentiels. Ils sont quasiment faibles. La deuxième est qu’en Italie le président s’apprête à laisser son poste et qu’il ne s’est jamais rendu en Suisse depuis 2015 pour une visite officielle ou d’Etat, contrairement à son prédécesseur Giorgio Napolitano qui avait effectué une visite d’Etat en 2014. En France, il y a bientôt une élection présidentielle et il pourrait y avoir un changement à l’Elysée. Emmanuel Macron ne s’est jamais rendu en Suisse depuis 2017 dans le cadre d’une visite officielle ou d’Etat, contrairement à son prédécesseur François Hollande qui avait effectué une visite d’Etat en 2015. La troisième est que la Suisse a besoin de clarifier sa position sur les relations diplomatique Suisse-UE auprès de ses voisins et partenaires européens.

La Présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga reçue en 2020 à Rome par son homologue italien Sergio Mattarella. Image : compte Twitter de la présidence italienne.

Les défis diplomatiques internationaux d’Ignazio Cassis

A quand remonte la dernière visite d’un chef d’Etat et/ou de Gouvernement de l’Australie, de l’Afrique du Sud ou du Brésil en Suisse? Difficile de répondre, n’est-ce pas? L’Asie et l’Europe sont deux marchés économiquement importants pour la Suisse, personne ne le contestera. Il y a déjà eu beaucoup de rencontres bilatérales avec des pays asiatiques et européens. Mais ces dernières années, il a plutôt été rare de voir un officiel de l’Océanie, de l’Afrique ou de l’Amérique latine venir à Berne. Cette année, je souhaiterais qu’Ignazio Cassis se concentre sur ces trois régions-là. Nous devons absolument ne pas oublier ces régions et voir où la Suisse peut encore renforcer ses échanges commerciaux. Par exemple avec la Nouvelle-Zélande, l’Ethiopie ou encore le Chili? C’est à prendre ou à laisser!

 

 

Les folles semaines du Conseil fédéral

Parmi les sept membres du Conseil fédéral, quatre d’entre eux auront mérité leurs vacances d’été. Le Président de la Confédération et chef du DEFR Guy Parmelin, le Vice-Président de la Confédération et chef du DFAE Ignazio Cassis, la cheffe du DETEC Simonetta Sommaruga et le chef du DFF Ueli Maurer ont vécu ces dernières semaines une séquence diplomatique d’une densité rare. Après la date du 26 mai 2021, synonyme de la rupture voulue par Berne des négociations de l’accord institutionnel entre la Suisse et l’Union européenne, les quatre ministres ont enchainé pas moins d’une vingtaine d’entretiens avec des chefs d’Etat et/ou de Gouvernement répartis entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. Une manière peut-être d’atténuer les effets négatifs à venir de l’abandon de l’accord-cadre. Après l’échec de cet accord, doit-on voir dans ces différentes rencontres une offensive économico-diplomatique du Conseil fédéral pour rassurer et diversifier les partenaires commerciaux de la Suisse? Tour d’horizon pour chacun des Conseillers fédéraux de leurs différents voyages.

Guy Parmelin, un UDC à l’esprit européen

Les 8 et 9 juin, Guy Parmelin s’est rendu en Slovénie pour y rencontrer le Président Borut Pahor ainsi que le Président du Gouvernement Janez Janša. Cette rencontre a eu lieu dans la perspective de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. A chaque fois qu’un pays membre de l’UE accède à la présidence pour une période de six mois, il est de coutume pour un Président de la Confédération de se rendre dans ce pays-là et de faire le point sur la relation bilatérale, la collaboration Suisse-UE et les défis à venir pour le continent. La France succédera à la Slovénie le 1er janvier 2022 donc normalement Guy Parmelin devrait rencontrer à Paris son homologue français Emmanuel Macron. Le 14 juin, Guy Parmelin a effectué un déplacement en Suède dans le cadre d’une visite présidentielle. Reçu par le Roi Charles XVI Gustave et par le Premier ministre Stefan Löfven, ils ont célébré ensemble 100 ans de relations diplomatiques entre Berne et Stockholm. Les 15 et 16 juin, à l’occasion du sommet historique entre Vladimir Poutine et Joe Biden à Genève, Guy Parmelin a obtenu une rencontre avec les deux chefs d’Etat. Remercier et parler avec le président du pays hôte était la moindre des choses. Enfin, les 28 et 29 juin, Guy Parmelin a pris part à la rencontre annuelle des chefs d’Etat des six nations germanophones, aux côtés du Président allemand Frank-Walter Steinmeier, du Grand-Duc Henri de Luxembourg, du Prince héritier Alois de Liechtenstein, de Philippe, Roi des Belges ainsi que du Président autrichien Alexander Van der Bellen.

Rencontre sexpartite annuelle des chefs d’Etat des pays germanophones fin juin à Potsdam en Allemagne. Photo : compte Twitter du Président suisse.

Ignazio Cassis décroche l’édition 2022 de la Conférence sur les réformes ukrainiennes

Les 11 et 12 juin, Ignazio Cassis était en Autriche pour y rencontrer son homologue et prendre part au Forum européen de la Wachau. Il a rencontré brièvement le Chancelier fédéral Sebastian Kurz. Ce dernier a plaidé encore une fois pour une bonne entente entre notre pays et l’UE. A l’occasion d’une tournée dans les trois Etats baltes pour une double célébration (100 de relations diplomatiques et 30 ans de reprise des relations suite à la chute de l’URSS) entre le 4 et le 8 juillet, Ignazio Cassis a pu s’entretenir avec le Président letton Egils Levits. Malheureusement et pour une raison inconnue de ma part, il n’a pas été en mesure de rencontrer les chefs d’Etat et/ou de Gouvernement de l’Estonie et de la Lituanie. Présent à Vilnius pour l’édition 2021 de la Conférence sur les réformes en Ukraine, il a échangé avec le Président Volodymyr Zelensky ainsi que le Premier ministre Denys Shmyhal. Coup de poker pour la diplomatie suisse puisque l’édition 2022 se déroula au Tessin.

Discussion entre le Président ukrainien Volodymyr Zelensky et le Vice-Président suisse Ignazio Cassis à Vilnius en Lituanie, en marge de l’édition 2021 de la Conférence sur les réformes en Ukraine. L’an prochain, l’édition 2022 se tiendra dans le Canton du Tessin. Photo : compte Twitter du Président ukrainien.

Simonetta Sommaruga et Nana Akufo-Addo, une amitié helvetico-ghanéenne

Entre le 5 et le 9 juillet, Simonetta Sommaruga s’est rendue sur le continent africain, plus particulièrement au Sénégal et au Ghana. A Accra, elle a pu s’entretenir avec le Président Nana Akufo-Addo. Pour la petite anecdote, en 2020 et juste avant la fermeture des frontières presque partout dans le monde, Simonetta Sommaruga, alors Présidente de la Confédération, avait reçu Nana Akufo-Addo pour une visite d’Etat historique en Suisse. Une manière sûrement de la part du Ghana de souligner les liens forts entre les deux pays.

Rencontre informelle dans la capitale ghanéenne Accra entre le Président Nana Akufo-Addo et la Ministre en charge de l’environnement et des transports Simonetta Sommaruga. Ils ont souhaité un approfondissement des relations économiques entre les deux pays. Photo : Business Ghana.

Ueli Maurer et son goût pour l’Orient

C’est Ueli Maurer qui a ouvert le bal des voyages officiels au printemps. Le 28 mai dernier, il s’est rendu en Slovénie pour une visite de travail au cours de laquelle il a rencontré son homologue ainsi que très brièvement le Président Borut Pahor. Au début de cette semaine, après une visite en Egypte, Ueli Maurer s’est arrêté quelques heures au Qatar où il a été reçu par l’Emir Tamim ben Hamad Al Thani. Ueli Maurer connaît bien cette région puisqu’à l’automne 2019, il s’était déjà rendu dans cette partie du monde et avait effectué une visite officielle aux Emirats arabes unis et en Arabie saoudite.

Rencontre informelle à Doha au Qatar entre le Ministre en charge des finances Ueli Maurer et l’Emir Tamim ben Hamad Al Thani . En 2023, la Suisse et le Qatar célébreront 50 ans de relations diplomatiques. Photo : Département fédéral des finances

Tous ces voyages qui interviennent après l’abandon des négociations sur un accord entre Berne et Bruxelles ne sont pas anodins. Je crois à une prise de conscience de la part du Conseil fédéral quant à une possible dégradation des relations avec un partenaire économique aussi important que l’Union européenne. Certes, nous devons aller au-delà du marché européen et assurer nos relations ou chercher des nouveaux acteurs économiques dans ce monde. Mais le Conseil fédéral ne doit pas oublier que la relation avec l’UE est primordiale pour notre économie. Maintenant que cet accord est enterré, il faut que le Conseil fédéral arrive après l’été avec un nouveau projet de stabilisation des relation bilatérales.

Tunnel de base du Ceneri : un pont entre le Nord et le Sud de l’Europe

Après l’ouverture des tunnels du Lötschberg en 2007 et du Saint-Gothard en 2016, la Suisse a inauguré vendredi 4 septembre dernier un nouveau tunnel : le Ceneri. Il s’agit du dernier ouvrage à travers les Alpes qui doit transformer ces prochaines années le trafic ferroviaire entre le nord et le sud du continent européen. Même si aucun hauts représentants de l’UE ou des pays voisins de la Suisse n’ont fait le déplacement au Tessin, la Suisse, par sa position géographique, a une carte à jouer en matière de transports pour de futures négociations avec l’Union européenne.

La Suisse officielle a inauguré tout récemment le tunnel de base du Ceneri à Camorino (TI). Il s’agit du dernier ouvrage des NLFA (Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes) qui doit redessiner le trafic ferroviaire du nord au sud du continent européen. La Présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga, accompagnée du Ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis sont arrivés à bord d’un train en provenance de Berne. Le Président du Conseil d’Etat tessinois Norman Gobbi était lui aussi sur place pour cet événement national. C’est donc ensemble qu’ils ont inauguré ce nouveau tunnel de base. Je regrette l’absence d’invités de marque européens à cette journée historique non seulement pour la Suisse mais aussi pour l’Europe. Aucun des hauts représentants (chefs d’Etat et/ou de Gouvernement) de l’Union européenne, des Pays-Bas, de l’Allemagne et/ou de l’Italie n’étaient malheureusement présents à la cérémonie. Malgré une présidente suisse socialiste et plutôt pro-européenne cette année au pouvoir. Une occasion manquée pour la Suisse de montrer aux Européens sa politique de transports développée et qui profite aussi aux pays voisins.

 

Le Ceneri, un pont entre le nord et le sud de l’Europe

Après l’ouverture du tunnel du Lötschberg (cantons de Berne et du Valais) en 2007 et celui du Saint-Gothard (cantons d’Uri et du Tessin) en 2016, ce  nouveau tunnel construit dans le Canton du Tessin est la dernière oeuvre des NLFA. Il a plusieurs objectifs à long terme : transférer le trafic déjà chargé de la route au rail, continuer à protéger les Alpes ainsi que fluidifier la circulation sur un axe ferroviaire reliant Rotterdam aux Pays-Bas à Gênes en Italie.

Le Ceneri en chiffres

Long de 15,4 km, le tunnel du Ceneri qui culmine à 329 mètres au-dessus du niveau de la mer doit pouvoir accueillir jusqu’à 170 trains de marchandises et 180 trains de voyageurs par jour. Les NLFA ont coûté à ce jour quelque 22,6 milliards de francs suisses. Petit rappel historique : les Suisses avaient dit oui à 63,6% aux NLFA en 1992. Deux ans plus tard, les citoyens helvètes approuvaient l’initiative des Alpes à 52%. Celle-ci demandait un transfert de la route au rail des marchandises passant sur l’axe nord-sud de la Suisse pour protéger les régions alpines du trafic.

Une Suisse géographiquement au centre de l’Europe

Lors de cette inauguration, le Ministre des affaires étrangères Ignazio Cassis a déclaré que : “La Suisse est née et a grandi en faisant fructifier sa position géographique au cœur des Alpes, au centre de l’Europe. Avec cet ouvrage futuriste, nous marquons notre appartenance au continent européen, hier comme aujourd’hui, (…)”. Ignazio Cassis a eu raison de souligner que notre pays se trouve au centre de l’Europe. Cette politique de transports forte va servir les intérêts du Tessin, de la Suisse mais aussi des pays voisins de la Suisse. Les futurs présidents suisses ne devront pas hésiter à mettre ce dossier sur la table des discussions lors de rencontres bilatérales entre Berne et Bruxelles. Certes, la majorité des citoyens suisses ne veulent pas d’une adhésion de leur pays à l’UE mais ils sont prêts à “arranger” les Européens en votant les crédits et à faire leur part en ce qui concerne la construction et l’entretien des lignes ferroviaires. Nous avons rien à gagner d’une adhésion hormis une perte de souveraineté mais nous avons le devoir de défendre non par les intérêts de l’Union européenne mais les intérêts du continent européen. Nous sommes Suisses et Européens par nos valeurs, nos modes de vie, notre amour de la démocratie et de l’Etat de droit. La Suisse, par sa position géographique, se trouve au cœur du Vieux Continent, il nous faut donc des relations stables et de confiance avec notre premier partenaire commercial. Que cela plaise ou non aux extrémistes de gauche comme de droite!

Carte du continent européen. Photo : muck hole