Primes de l’assurance maladie – le cabaret continu pour 2020

Au début de l’été apparaissent les premières estimations des primes d’assurance maladie pour l’année à venir : comparis parle de 3% pour l’année 2020. Le cycle continue avec divers commentaires politiques de tous bords, puis en septembre une conférence de presse solennelle d’un conseiller fédéral qui annonce la nouvelle augmentation définitive en donnant quelques explications, le plus souvent cryptiques. Débute alors une publicité tout azimut des assureurs pour attiser le ballet des changements de caisses-maladie. Les arguments sont toujours les mêmes à savoir la hauteur des primes, les différents modèles plus ou moins contraignants, ainsi que le choix de la franchise. Ceci est suivi de l’acceptation générale à contrecœur, et dans les coulisses se prépare la discussion sur la compensation des primes pour les revenus modestes.

 

Ce qui manque dans ce foisonnement d’informations sont les explications claires de savoir à quoi est due cette augmentation inexorable des primes. Premiers arguments récurrents servis au public : les coûts de la santé augmentent ; certes, mais nettement plus rapidement que le coût de la vie, donc la question reste ouverte. Deuxième argument la population vieillit ; certes c’est vrai mais la prolongation de l’espérance de vie (En 2018 : hommes 81.7, femmes 85.4 années)  ne sera pas prolongée de 3% en 2020. Donc là aussi, l’explication n’est pas convaincante.

 

Le but de ce blog en année électorale fédérale 2019 est double : suivre l’actualité dans le domaine de la santé et trouver des explications derrières les différents messages politiques, des assureurs et du système de santé en général puis traduire ces messages dans un langage compréhensible pour le public. Le système suisse manque complètement de transparence, et il est quasi impossible de se faire un avis circonstancié.

 

Une première question-clé : qui dans le système de santé suisse a véritablement un intérêt à économiser ? A part, le citoyen payeur de prime bien sûr. Réponse et commentaires dans une semaine.

 

Quelques mots sur l’auteur : âgé de 64 ans, je suis médecin, spécialisé en médecine interne et infectiologie, ainsi qu’en médecine tropicale. J’ai exercé dans les hôpitaux universitaires suisses, ainsi qu’en Afrique du sud et au Cameroun. Après ces années en clinique, j’ai travaillé près de 10 ans dans le monde des assurances, puis dans une firme de télémédecine. Durant les dernières années de ma carrière professionnelle, j’ai été médecin cantonal du canton de Berne. Ce parcours m’a permis de connaître de nombreux aspects du système de santé suisse et mais aussi étranger, et me permet de mettre en lumière un certain nombre d’aspects très obscurs de notre système helvétique, qui a un besoin urgent de réformes très profondes.

 

 

Jan von Overbeck

Jan von Overbeck

Jan von Overbeck est né 1954. Il est médecin interniste avec une large expérience aussi bien clinique que de l’industrie, de l’administration et de la politique de santé helvétique. De 2014 à 2018, il a été médecin cantonal à Berne. En 2018, il a ouvert sa propre firme dans le domaine de la santé. Sa conviction profonde est que le système suisse, bien qu’en soi excellent, a besoin d’une réforme profonde.

4 réponses à “Primes de l’assurance maladie – le cabaret continu pour 2020

  1. Votre projet est intéressant, puisque tout récemment les assureurs et Santé Suisse ont déjà laissé entrevoir une augmentation d’environ 3%, alors que le Dr Eigenmann de la SMSR (dans les médias) ainsi que le Dr Schlup, président de la FMH, ont expliqué que les primes devraient plutôt diminuer. Qui a raison ?
    La bataille des chiffres, des pour-cents, des pratiques, des médicaments, des coûts administratifs, des réserves et des placements effectués, des primes selon LAMal et LAC, des médecins, du tarif Tarmed et sa nouvelle version Tardoc, du CF Berset (DFSanté), etc. va bientôt reprendre ses joutes.
    Puissiez vous apporter l’éclairage objectif, factuel et non biaisé SVP, que chaque assuré attend désespérément depuis 1994.

    1. Merci pour votre commentaire. Ni le Dr. Eigenmann, ni le Dr. Schlup ont quelque chose à dire dans le processus du calcul des primes. Le calcul se fait primairement par les assurances maladies, ensuite ces calculs sont vérifiés/validés par l’office fédéral de la santé publique.

  2. “qui dans le système de santé suisse a véritablement un intérêt à économiser ? A part, le citoyen payeur de prime bien sûr.”

    A part le citoyen payeur de prime? ça se discute. Le citoyen payeur de prime est aussi le bénéficiaire des soins. En tant que payeur de primes, il a intérêt à économiser, mais en tant que malade, il a intérêt à ce que tout soit mis en oeuvre, même les interventions les plus coûteuses, pour guérir.

    Le vice fondamental du système actuel est qu’il est basé sur le principe grossièrement faux que la mort est un risque. Personne n’échappe à la mort. La mort n’est pas un risque, puisque c’est une certitude. Ce qui constitue en cette matière un risque, c’est de mourir avant un âge donné.

    Le bruit court que les deux dernières années d’existence des habitants de la Suisse coûtent le 80 % de l’entier des coûts dépensés pour la santé. Ce chiffre doit évidemmment être vérifié, il n’en reste pas moins plus que probable que les luttes entreprises contre la mort à son approche sont très coûteuses. (Pour me faire comprendre, je poursuis avec ces cette hypothèse.)

    Les assurés ont pourtant droit à ces soins ultimes, dans le système actuel (en général en tous cas, je crois me souvenir que le TF a décidé de limiter les traitements dans un cas particulier).

    Si donc l’assurance obligatoire ne couvre pas les soins des deux dernières années qui précèdent la mort, se limitant aux soins palliatifs, les coûts de la santé seraient réduits de 80 %. Au lieu de 90 milliards par an (ce sont les chiffres que j’ai en tête), ils se limiteraient à 18 milliards. C’est nettement moins que les subventions des pouvoirs publics , de l’ordre de 30 milliards: les assurés n’auraient plus de primes à payer, et les pouvoirs publics économiseraient 12 milliards. En fait, l’assurance ne serait plus nécessaire.

    1. 80% des coûts de la santé sont pour 20% de la population, et ceci principalement pour les affections chroniques. Ces chiffres ne référent pas à la fin de vie.

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