Responsabilité, laïcité et dignité

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Je m’imagine une réponse de toute la presse francophone ou pas. D’une presse libre et démocratique. Que tous les quotidiens français, suisses, européens et au-delà impriment sur leur une de demain les caricatures de Mahomet. Car Nous sommes tous des « Charlie Hebdo » en ce jour.

Que l’on comprenne aussi que le terrorisme islamique a toujours eu pour dénominateur commun l’atteinte à la culture. Que l’on se souvienne de la destruction des temples en Afghanistan par les Talibans, du rapt des lycéennes au Nigéria par la secte Boka Haram ou de l’attentat au musée juif de Bruxelles, perpétué par le djihadiste français Mehdi Nemmouche. Les cibles du terrorisme islamique sont connues : elles dénigrent toujours le savoir, l’éducation et la pensée. Comment aussi ne pas se souvenir de Mohammed Merah qui, le 19 mars 2012 devant les portes de l’école et du lycée Otzar Hatorah de Toulouse, assassina des écoliers juifs et leur professeur ?

La raison veut que l’on ne fasse pas le moindre amalgame. C’est là la voie de la sagesse et de la retenue. Chaque dirigeant y fera appel, car c’est là aussi son rôle et son devoir. Mais rien ne sert de dédouaner certaines responsabilités. Certes, ce n’est pas la religion musulmane qui est en cause. Mais, que l’on ne l’admette ou pas, nul ne pourra contredire les mots qui suivent : si l’immense majorité des musulmans ne sont pas des terroristes, tous les terroristes islamiques sont musulmans. Ce n’est pas une attaque, ce n’est qu’une constatation.

D’ailleurs pourquoi demander aux instances musulmanes de s’expliquer, voire de s’excuser ? Ce ne sont pas elles qui sont en cause. Rien ne serait plus inadéquat que de s’emparer de cet attentat odieux pour nourrir ou plus encore développer les communautarismes. Ils ne peuvent qu’alimenter les haines, favoriser les divisions et appauvrir nos valeurs. Si les religions demeurent au centre de nos sociétés, elles ne doivent pas guider leur destinée. Elles doivent demeurer ce qu’elles sont au plus profond de l’âme de chacun d’entre nous, soit une affaire privée.

Dès que l’on tue au nom de la religion, la guerre rôde à grands pas. Aujourd’hui, elle a sévit à  Paris. Et s’il est question de la France en ce 7 janvier 2015, que celle-ci nous enseigne aussi ce qu’elle a peut-être de meilleur : la laïcité.  Non l’anticléricalisme, souvent outrancier et affreusement réducteur. Mais une laïcité du respect, du respect de croire ou de ne pas croire, du respect de l’autre et de soi-même. C’est là qu’intervient ce mot si galvaudé de « tolérance » qui devrait peut-être disparaître de nos tablettes. Peut-on être tolérant avec les intolérants ? Peut-on être tolérant aujourd’hui avec les assassins de Charlie Hebdo ?

La force de nos sociétés démocratiques réside dans leur volonté de résister aux excès. De ne pas répondre œil pour œil, dent pour dent, aux pires crimes de l’histoire. Il en sera aussi de même aujourd’hui. Et, c’est bien qu’il en soit ainsi. Par sa présence dans un rassemblement, par un geste simple, un dépôt d’une fleur ou une larme, voire par quelques mots écrits à la va-vite, le citoyen sera digne. Car la dignité est, a été et restera toujours la meilleure des réponses qu’il pourra adresser aux assassins, aux assassins de la culture, aux assassins de la liberté, aux assassins tout court.       

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Gilbert Casasus

Gilbert Casasus est professeur émérite en Études européennes de l’Université de Fribourg. Politologue, diplômé de l’IEP de Lyon et docteur du Geschwister- Scholl-Institut de l’Université de Munich, il est spécialiste des processus historiques et politiques en Europe.