(2) Alors, pour ou contre le spécisme?

Si vous vous demandez ce qu’est le spécisme, vous avez probablement manqué un épisode: cette question faisait l’objet du premier billet de ce blog. En revanche, si vous avez fait les choses dans l’ordre, tout va bien, et vous savez dores et déjà que le spécisme est une discrimination. Faut-il en conclure qu’il est injuste ? On pourrait le penser, mais on aurait tort.

Car cette inférence présuppose à tort que toutes les discriminations sont injustes. Contre-exemples. On considère généralement qu’il est légitime d’interdire la consommation d’alcool aux enfants, alors qu’il serait injuste d’en priver les adultes. Dans le même ordre d’idées, certains pensent que les intérêts des innocents méritent plus de considération que ceux des coupables. Il se pourrait bien sûr que ces deux thèses soient fausses, qu’il soit injuste de privilégier de la sorte les adultes et les innocents. Il faudrait néanmoins déployer un solide argument pour le démontrer.

Si le spécisme est injuste, ça n’est donc pas simplement parce qu’il s’agit d’une discrimination.

Vous l’aurez deviné: il tire son nom d’une analogie avec d’autres discriminations. Tandis que les spécistes accordent des droits aux individus et de la considération à leurs intérêts en fonction de l’espèce à laquelle ils appartiennent, les racistes et les sexistes le font respectivement en fonction de leur race (ou de leur couleur de peau, si l’on veut) et de leur sexe. Peut-être le spécisme est-il alors injuste pour la même raison qui nous incite à condamner le racisme et le sexisme.

On oppose souvent à cette idée le constat suivant. Il existe, entre le spécisme et les discriminations intra-humaines, des différences importantes. Par exemple, les Noirs et les femmes sont en mesure de lutter activement contre l’injustice qui leur est faite. À l’inverse, on imagine difficilement des truites et des poulets organiser une manifestation antispéciste ou revendiquer la fin de leur exploitation.

Cette objection repose toutefois sur une confusion. Personne ne prétend que le spécisme est similaire au racisme et au sexisme sous tous ses aspects – une analogie n’est jamais l’affirmation d’une exacte similarité. Ses ennemis sont simplement convaincus qu’il partage avec ces attitudes la caractéristique qui les rend moralement condamnables. Mais alors, quelle est cette caractéristique ?

Le racisme et le sexisme sont injustes en vertu du caractère arbitraire des critères sur lesquels ils s’appuient. Les racistes privilégient (typiquement) les Blancs au détriment des Noirs, alors que la couleur de la peau n’est pas pertinente. Quant aux sexistes, ils négligent (typiquement) les intérêts des femmes en comparaison de ceux des hommes, alors que le sexe n’est pas pertinent. Les frontières de race et de sexe sont moralement arbitraires, et c’est ce qui rend le racisme et le sexisme injustes.

Pourquoi sont-elles arbitraires ? Parce qu’elles ne sont que biologiques, sans connexion avec les intérêts respectifs des Noirs et des Blancs, des hommes et des femmes. Mais voilà: la frontière d’espèce est elle aussi strictement biologique; en soi, elle n’a rien à voir avec les intérêts des individus. (Certes, la plupart des humains ont des intérêts que les animaux n’ont pas. Contrairement à nous, les lapins et les chats s’ennuient quand ils regardent la première saison de True Detective, par exemple. Mais les nouveau-nés et les handicapés mentaux profonds non plus n’affectionnent pas spécialement les séries policières. Si la plupart des humains ont certains intérêts qui font défaut aux animaux, ce n’est donc pas le cas de tous les humains. En soi, l’appartenance d’espèce est sans lien avec les intérêts des individus.) Le spécisme partage donc avec le racisme et le sexisme cette caractéristique qui les rend injustes: il est fondé sur un critère strictement biologique, dénué de pertinence morale.

On peut arriver à la même conclusion par un autre chemin, en recourant à ce que les philosophes appellent une “expérience de pensée”:

À la suite d’une série de mutations génétiques somme toute assez banales, une nouvelle espèce fait son apparition: Homo robustus. Les robustus ne se distinguent pas spécialement de nous par leurs capacités ou par leur apparence. À une exception près, qui n’est pas sans conséquences pour notre condition: plus robustes et mieux organisés, ils s’emparent rapidement du pouvoir. Après s’être découvert un goût prononcé pour notre chair, ils nous élèvent à des fins gastronomiques, dans des conditions qui ressemblent assez ironiquement aux conditions d’élevage actuelles. Les robustus considèrent qu’ils n’ont pas de devoirs à notre égard.

Ce scénario invite la leçon suivante. Puisque les différences de race et de sexe sont arbitraires du point de vue moral, on voit mal comment la différence entre robustus et sapiens pourrait ne pas l’être – après tout, les robustus nous ressemblent au moins autant que les Blancs ressemblent aux Noirs et les hommes aux femmes. Seulement voilà, cette différence n’est autre que l’espèce: c’est parce que nous ne faisons pas partie de leur espèce que les robustus se croient justifiés à nous exploiter.

Tout porte donc à penser que l’appartenance d’espèce n’est pas plus pertinente du point de vue moral que l’appartenance de race ou de sexe et, a fortiori, que le spécisme est moralement condamnable, au même titre que les plus inacceptables des discriminations intra-humaines.

François Jaquet

François Jaquet

François Jaquet est docteur en philosophie (UniGe). Spécialisé en éthique, il s'intéresse en particulier au statut moral des animaux. À ses heures perdues, il est un peu musicien et haltérophile. Il est l’inventeur d’une omelette végane qui ne plaît à personne.​

18 réponses à “(2) Alors, pour ou contre le spécisme?

  1. Très bon article.
    Hélas, dans cette lutte des “ismes”, on peut se rendre bien vite compte que les “istes” sont souvent les parents de leurs victimes.
    En effet, qui se soucie encore aujourd’hui du sort du poisson ou du singe entre nos dents? Pourtant dans un passé lointain, nous humains “spécistes” selon votre definition, sommes aussi descendants des poissons et du singe que les Blancs sont descendants des Noirs. Encore plus loin, toutes ces espèces descendent des végétaux; c’est pour cela que nous avons (env.) 30% de nos gênes en commun avec les fleurs!
    D’ailleurs n’est ce pas pour éviter toutes ces tracasseries que Dieu fût inventé, afin de nous permettre de manger et d’abuser de tout ce qui est plus faible que nous; sans sourciller?
    In fine, s’approprier Dieu n’est-il pas aussi s’accaparer la tranquilité de conscience à l’égard de toutes ces transgressions morales; à l’exemple d’un serial killer ou d’un membre de l’Etat Islamique (qui tous deux, peuvent entendre la voix de Dieu leur demander de perpétrer des massacres)? Vous me direz:”Mais les chrétiens ont aussi commis des massacres au nom de Dieu”. C’est vrai! Alors que faire?
    Je pense humblement qu’il faut toujours continuer à protéger le plus faible sans distinction de race ou d’espèce. Ensuite, il est tant de protéger Dieu. Comment? Je vous laisse y penser.

    1. Merci!

      J’ignore si Dieu a été inventé pour nous éviter ces tracasseries. Mais s’il a en effet été inventé, je doute qu’il faille faire quoi que ce soit pour le protéger. Chacun fait évidemment ce qu’il veut de son temps libre. Mais qui voudrait le consacrer à écrire des lettres au père Noël ou à chasser la licorne?

  2. Merci pour votre article qui met en lumière le fondement de la pensée anti-spéciste.
    Je suis cependant surpris que vous puissiez affirmer sans l’ombre d’un doute que “la frontière d’espèce est elle aussi strictement biologique.” Voici une affirmation qui s’oppose à la majeure partie de trois millénaires de philosophie et avec laquelle plus 90% de l’humanité actuelle est très probablement en désaccord! Bien entendu, le nombre n’est jamais une garantie de vérité (loin de là!), mais balayer du revers de la main un idée maintenue si longtemps ne peut se faire à coup de présuppositions non étayées.
    A mon sens, nous n’avons pas la moindre preuve que la ou les différence(s) entre l’être humain et les espèces animales ne sont que biologiques. Qu’il y ait une différence biologique est évident. Que cette différence explique entièrement notre intérêt pour l’art, l’humour, la philosophie ou encore notre désir d’enterrer les morts l’est beaucoup moins.

    1. Merci pour votre intérêt. En ce qui concerne le caractère biologique de la différence d’espèce, je pense au contraire que mon affirmation est très consensuelle.
      Il y a évidemment des différences psychologiques entre certains humains et les animaux, mais ce ne sont pas des différences entre tous les humains et les animaux. Comme je le dis dans mon post, la frontière qui sépare ceux qui sont en mesure d’apprécier un épisode de True Detective de ceux qui en sont incapables ne suit pas la frontière qui sépare les humains des non-humains, puisque les nouveau-nés n’en sont pas capables. Pour utiliser vos exemples, il y a des humains qui n’aiment pas l’art, qui n’ont pas d’humour, qui ne comprennent rien à la philosophie et qui ne désirent pas spécialement enterrer les morts. La seule différence entre tous les humains et tous les non-humains est l’appartenance d’espèce, et cette différence est strictement biologique.
      Mais j’admets que je suis passé un peu vite sur cet argument. Il faudra que je lui consacre un post à part entière.

  3. Bonjour François,

    Vous avez donc choisi de travailler en conservant la division d’espèces, affirmant qu’elle est un caractère biologique et non un arbitraire humain. Et cela malgré Darwin qui stipule que le vivant sur Terre est un continuum d’individus dont les parties manquantes proviennent de la disparition de certains descendants et non d’un caractère biologique.

    Je suis intéressé par votre travail mais j’avoue être perplexe. Comment pourrait-on montrer l’égalité des espèces humaine/non humaines à partir d’un arbitraire humain? Comment cultiver chez l’homme une culture qui serait ainsi unique à l’humain sans vouloir que l’homme se sente quelque part différent des non-humains? Cela me semble déjà devoir être éclairci a priori…. Peut-être est-ce la suite de votre blog qui éclaircira l’affaire.

    Amicalement

    1. Bonjour Michel. Quel plaisir d’avoir un lecteur fidèle!

      Pour le moment, je ne veux pas me prononcer sur l’existence des espèces. C’est pourquoi je l’accepte pour les besoins de l’argument. Mais que la propriété d’appartenir à une espèce donnée existe ou non, cette propriété est strictement biologique. Et c’est tout ce qui compte pour mon propos.

    2. Bonjour Michel,
      Après lecture de vos divers commentaires, je me permet de venir au secours de ce cher Charles Darwin.

      L’évolution ne s’effectue pas à l’échelle d’un seul individu, mais dans une population par le processus de reproduction. Dans le cas le la reproduction sexuée, une mutation qui présente un avantage évolutif pourra ainsi être partagée et se diffuser dans tout un groupe d’individus. Plus précisément, une mutation chez un seul individu peut (potentiellement) être transmise à tous les descendant du groupe d’individu. Donc, l’évolution ne s’effectue pas à l’échelle d’un seul individu mais dans un groupe d’individus qui sont capable de se reproduire entre eux et dont les descendants demeurent indéfiniment féconds entre eux. Vous me voyez venir, nous avons ici la définition de l’espèce.

      Si le terme d’espèce apparaît dans le titre du chef d’oeuvre de Darwin, ce n’est pas une incohérence, mais c’est précisément parce que l’évolution n’a de sens qu’à l’échelle des espèces.

      Ceci dit, il est vrai que la séparation d’espèce n’est pas absolue car dépendante du temps. N’importe quel être humain et n’importe quel membre d’une autre espèce ont des ancêtres qui faisaient partie de la même espèce. Inversement, il est possible que deux de vos descendants feront une jour partie de deux espèces distinctes.

      Conclusion, l’espèce a une définition précise, a un rôle majeur dans la théorie de l’évolution, est une propriété strictement biologique. Cela étant, le spécisme n’en est pas justifié mais au contraire on met en évidence le caractère injustifiable qu’il y a à accorder du respect uniquement aux formes de vie avec lesquelles nous sommes capable de nous reproduire.

  4. Re-bonjour,

    Comme proposé la semaine dernière, je divise mes questionnements en plusieurs réponses à votre post. Ici, je désire en savoir plus sur l’expérience de pensée que vous proposez.

    En êtes-vous le créateur ou est-ce une expérience classique de l’anti-spécisme? Je suis peut-être un peu trop procédural mais il me semble (c’est à vérifier) que son énoncé n’est pas valide : Il me semble qu’une nouvelle espèce humaine ne peut pas apparaître de la façon dont vous le proposez et selon le sens que vous donnez à espèce, à savoir principalement la barrière reproductive. Si le robustus nous ressemble, ses mutations seront toujours partagées avec les non-robustus empêchant l’apparition du robustus ou alors on doit passer par le problème politique de racisme bien avant celle biologique de spécisme.

    Et du coup on peut se demander pourquoi cette expérience de pensée passe par le concept d’espèce? L’exemple d’hommes, mieux organisés mais ressemblant à n’importe quels autres et s’emparant du pouvoir pour asservir d’autres hommes (les mangeant aussi) existent déjà dans l’histoire humaine sans avoir à parler d’espèce. Nous sommes ainsi sur une question de morale simple à laquelle cette expérience de pensée greffe arbitrairement le concept lui aussi arbitraire d’espèces. Quel est le dessein de cette expérience? Ne cherche-t-elle pas plus implicitement à confirmer le concept d’espèce qu’elle ne fait réfléchir sur la morale. Cela est à vérifier bien sûr.

    1. J’ignore si je suis le créateur de cette expérience de pensée. Il me semble avoir lu quelque chose de similaire – un scénario dans lequel on découvre que les gens qui ont les yeux verts ne font pas partie de l’espèce humaine – mais je ne sais plus du tout où.

      J’avoue que j’ai du mal à voir pourquoi un groupe d’humains ne pourrait pas, suite à un ensemble de mutations génétiques, se distinguer suffisamment des autres humains pour que la reproduction entre des membres des deux groupes devienne impossible. Il faudrait simplement que ces individus soient isolés du point de vue de la reproduction, ce qui sera le cas par exemple s’ils sont isolés géographiquement. Mais on peut imaginer que, par hasard ou délibérément, ces individus ne se reproduisent qu’entre eux au sein d’une société plus large.

      Vous demandez pourquoi l’expérience de pensée passe par le concept d’espèce. La réponse est simple: parce qu’elle vise à démontrer que l’appartenance d’espèce n’est pas moralement pertinente. Si les robustus et les sapiens faisaient partie de la même espèce, l’expérience de pensée ne démontrerait rien de tel. De fait, on pourrait rétorquer que les robustus n’ont pas le droit d’exploiter les sapiens parce qu’ils font partie de leur espèce.

  5. Nous, les vivants, sommes tous prisonniers de notre DNA.
    Chaque espèce sa spirale de vie.
    Chacun sa spirale dans son espèce.
    Chacun s’informe, apprends, évolue dans ses conditions .
    Chacun est intelligence.
    Chacun est action.
    Chacun est réaction.
    Chacun est course à la survie.

    La Vie sur Terre est ce que nombre d’humains appellent Dieu,
    Le Grand Mystère Créateur qui englobe toutes les formes de Vie.

    Dieu est une notion humaine qui n’est pas partout partagée.
    Pour ceux de la tradition Abrahamique, Dieu est un mot traduit des Livres dits Sacrés.
    L’écriture Hébraïque montre que La Vie HY, Haï, reflette Dieu, YHWH et que Dieu reflète la Vie, dite sa création….. HY//YHWH

    Les Amérindiens, Native American People, ont une façon inclusive de comprendre le monde, la Vie sur Terre.
    Cette formule Nakota Sioux Oglala:
    “Que le Peuple des Pierres,
    Le Peuple des Plantes,
    Le Peuple des Animaux,
    Le Peuple des Humains,
    Vivent ensemble,
    En Harmonie,
    Avec le Grand Esprit,
    Dans le Grand Mystère”.

    C’est une façon de comprendre le monde où il n’y a pas d’élu, de meilleur, de chassé de paradis, d’enfer, rien n’est exclus, tout est inclus.

    Tous les vivants sont unis par et dans La Vie.
    Aucune espèce vivante est meilleure ou pire qu ‘une autre espèce.
    Toutes des Relations, des Parentées.

    La grande Loi qui relie Toute la Vie, est celle du Service.
    Les espèces et leurs individus qui coopèrent et servent mieux survivent plus facilement.

    Les humains peuvent savoir cela par exemple, de l’observation de la vie des Fungi qui à cause de grandes météorites qui par deux fois, il y a 260 millions d’années et il y a 17 millions d’années, plongèrent la planète dans l’obscurité qui leurs donnaient l’avantage ce qui eut pour conséquence que les peuples des plantes et des animaux pour leur survie eurent à composer avec les Fungi qui favorisèrent ceux qui parmi les plantes et les animaux leurs rendirent meilleurs service.

    Toute forme de Vie est intelligence.
    Chose que les humains n’acceptent pas facilement
    Dont certains font esclaves ceux qui sont autres dans leur propre espèce et chez les autres.

    La fourniture de nourriture animale sur terre et en mer.
    L’agriculture intensive, chimique, Tue les Sols et les Espèces.
    Tue La Vie, ce qui crée des déséquilibres que les expériences passées connues depuis l’antiquité humaine avaient déjà révélé.
    Choses inscrites dans les livres dits sacrés qui ne sont pas comprises par la grande part ceux qui les lisent ou les enseignent.

    Situé dans un endroit soumis à la dictature de la distribution agricole industrielle je mange 100% Végétarien ne souffre pas de manques, au contraire, jouis de mes repas.

    Salut et amitié.

    jfl

    Wag n’ Wah!

    Superdog.Org
    Advocating for Peace from an Economic point of view
    Life is Capital, The Capital
    Peace makes more money longer
    Compassion is profitable

    1. Merci d’avoir partagé ces pensées avec nous. Elles sont un peu ésotériques à mon goût, mais je suis convaincu qu’elles plairont à certains.

    1. Bonjour jfl,

      Juste un message pour vous dire que vous n’avez pas à vous sentir en solitude ou ésotérique. Ne vous inquiétez pas de la réponse un peu rapide de François. Votre texte est extrêmement simple. Il est direct et je suis d’ailleurs d’accord avec la plupart des choses que vous avez écrites.

      Je ne comprends pas pourquoi François voit de l’ésotérisme dans votre texte. C’est même un comble pour quelqu’un qui s’appuie sur la morale pour réfléchir tout en se dispensant du principe de réalité. Avez-vous vu la réponse que François à partager suite à mon premier commentaire? “Que la propriété d’appartenir à une espèce donnée existe ou non, cette propriété est strictement biologique.”… Cela tend à dire qu’une propriété est (biologique) même au cas où celle-ci n’existerait pas. Autrement dit, il n’y a aucun risque à établir une morale sur une base inexistante. C’est une dérive que je trouve personnellement sidérante et c’est cela, je pense, l’ésotérisme pur et dur… mais finalement tellement conformiste.

      Non, vraiment, ne vous inquiétez pas. Vous n’êtes ni seul ni ésotérique.

      Je suis impatient de lire la suite de ce blog, et j’espère, vos commentaires également.

      Amitié,

      1. Je ne vois pas en quoi je me dispense du principe de réalité. Vous avez l’air de penser que je le fais en affirmant que la propriété d’appartenir à l’espèce humaine est une propriété biologique qu’elle existe ou non. Il doit y avoir un malentendu. En admettant que la propriété d’appartenir à l’espèce humaine n’existe pas, il ne s’ensuit pas qu’elle cesse d’être une propriété biologique – pour devenir une propriété psychologique, par exemple. La propriété d’appartenir à l’espèce humaine est une propriété biologique; son existence est une autre question. De la même manière, la propriété d’être une sorcière est surnaturelle qu’elle existe ou non. D’ailleurs, on considère généralement qu’elle n’existe pas parce qu’elle est surnaturelle (et que les propriétés surnaturelles n’existent pas).

        Vous m’accusez d’établir une morale sur une base inexistante. Mais, comme je l’expliquais dans ma réponse à votre premier message, mon argument ne repose pas sur l’existence des espèces; il se contente de l’admettre pour les besoins de l’argument. Cette manoeuvre n’a rien d’ésotérique. Pour le voir, considérez une analogie. Il y a deux manières de s’opposer à la discrimination raciale: nier l’existence des races ou l’accepter pour les besoins de l’argument afin de montrer que le racisme n’est pas justifié pour autant. Ces deux stratégies sont parfaitement compatibles, et vous conviendrez que la seconde ne consiste pas à établir une morale sur une base inexistante.

        1. Je ne veux pas argumenter sur ces points-là car cela est trop complexe, crée de la morale et est source d’exclusion inutile. La preuve en est votre mise à l’écart (que vous reconfirmez d’ailleurs) de jfl pour ésotérisme alors qu’il parle si simplement.

          Je comprends ce que vous dites et votre analogie mais je ne suis en rien d’accord avec vous. Réfléchir à partir de chose inexistante pour expliquer l’existant, c’est prendre le risque de l’ésotérisme. Créer une morale spéciste anti-spéciste me semble un aveuglement. Cependant, je suis intéressé par voir la suite de votre travail. Est-ce qu’il pourra déconstruire l’anti-spécisme? Est-ce qu’il ne va pas proposer la construction d’un autre biais? Comment cela va-t-il évoluer? C’est vraiment chouette de votre part de jouer le jeu du blog…

          Je repense à une conférence d’il y a 15 ans (https://www.canal-u.tv/video/ecole_normale_superieure_de_lyon/actualite_de_l_animal_machine.4803). Regardez-en les dernières minutes. Un homme du public alerte deux conférenciers qui ont dédié leur vie et leur recherche à l’animal. Il leur dit : Attention, votre argumentaire vous amène à ne pas voir la réalité des animaux qui meurt en masse sur Terre. Réponse condescendante et irréelle des intervenants :”ben, la biodiversité, il en reste encore pas mal”. Faute : La biodiversité s’écroule et on le savait depuis au moins 2 générations avant cette conférence. Comment des chercheurs peuvent-ils avoir si faux, passés à coté d’une telle évidence de catastrophe et aussi des cris des animaux et de leur défenseurs? Peut-être en les excluant dans leur niveau théorique autant que dans leur interactions. Cela est une sorte d’ésotérisme.

          Pour reprendre les mots de jfl, si vous ne voyez pas que le vivant est unis par et dans la vie, c’est que vous ne voyez plus la simple réalité. Cela est juste une réalité écologique.
          Et ne craignons pas la majuscule à Vie, ce n’est peut-être ni une personnification, ni une réification. Perso, j’ai trouvé le texte de jfl très matérialiste.

          Ben avec tout cela, on ne travaille pas.
          Au plaisir de lire votre prochain post.

    2. Désolé si ma réponse vous a paru un peu sèche. Ca n’était vraiment pas mon intention. Quoi qu’il en soit, Michel a raison sur un point: vous n’avez pas à vous sentir seul. Dans mon expérience, beaucoup de gens aiment ce que j’ai appelé l’ésotérisme. (Ce que je trouve ésotérique, c’est par exemple le fait d’utiliser les termes “vie” et “relation” comme des noms propres ou l’idée que tous les vivants sont unis par et dans la vie.)

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