42% ! Pourquoi ça change tout ?

C’est le 2e événement de ces élections fédérales : la vague verte est teintée de violet ! Le Conseil national élu pour les quatre prochaines années compte 42% de femmes, c’est énorme (au sens luchinien du terme) et ça change tout ! Vraiment ? Oui, vraiment.

La démocratie suisse, après avoir traîné durant la quasi-totalité du vingtième siècle pour accorder le droit de vote aux femmes dans ses diverses instances, pourrait aujourd’hui donner des leçons à ses voisins. Malgré un modèle familial traditionnel qui peine à être questionné, un libéralisme économique peu enclin à investir dans une réelle politique familiale, une inégalité salariale persistante, moins de 10% de femmes à la tête d’entreprises privées, la Suisse vient de faire un pas de géante en élisant 84 femmes, sur 200, et sans quotas ! Elle dépasse ainsi, en termes de représentation féminine à la chambre basse, la France (38.7%), qui a pourtant une législation favorisant la parité depuis 2000, le Royaume-Uni (32%), l’Allemagne (30.9%), le Canada (26.9%) ou encore les Etats-Unis (23.6%). Alors certes, le nombre de femmes parlementaires n’est pas le seul critère à prendre en compte pour évaluer l’égalité des sexes dans un pays, mais c’est tout de même une victoire incroyable.

Pourquoi ? En tout premier lieu, parce que cela va devenir banal, normal, plus un sujet, d’être une femme en politique. Juste une évidence, la représentation démocratique de la population. Ensuite, parce que, pour faire avancer les choses, une « minorité » doit dépasser un certain seuil. Sur la question de la mixité entre femmes et hommes, ce seuil est fréquemment estimé entre 30% et 40%. En dessous, il est difficile que cela génère de réels changements. Avec 42% de femmes, le Conseil national devient une Chambre réellement mixte, où le sexisme ordinaire aura de plus en plus difficilement sa place. Ceux qui s’accrocheraient encore à un semblant d’entre-soi où commentaires désobligeants, remarques sur le physique, interruptions de parole, dénigrements de la compétence ou blagues sexistes font partie du jeu, feraient bien de faire une mise à jour de leur logiciel cérébral. La culture politique du Conseil national va forcément évoluer sous l’impulsion de cette plus grande mixité. Pas parce que les femmes font de la politique autrement ou ont des compétences différentes de celles des hommes, bien sûr que non. Mais parce qu’elles ont des expériences de vie variées, et souvent, dès le plus jeune âge, encore différentes de celles des hommes.

Faire partie du groupe des « dominées » donne forcément une autre couleur à l’expérience de la politique. Être de celles que l’on prend moins facilement au sérieux, qui doivent prouver deux fois plus pour être jugées légitimes, et dont la crédibilité est remise en cause au moindre faux pas quand certains hommes s’accrochent alors que la boue les recouvre presque entièrement, cela forge le caractère certes, mais peut aussi donner un autre regard sur les réalités sociales, économiques et politiques. Et puis 84 femmes, cela permet de ne plus pouvoir simplifier avec une représentation simpliste et stéréotypée de « la » politicienne. Ce sont des femmes de tous âges, de tous partis, avec des sensibilités, des personnalités, des connaissances et des parcours variés qui apportent autant de richesse et de visions différentes que leurs collègues masculins.

 

Faut-il être une femme pour mener une politique en faveur de l’égalité ? La réponse est évidemment non. On peut être un homme et porter ces valeurs. Ou être une femme conservatrice et favorable à « l’ordre divin ». Néanmoins, parmi celles élues dimanche, nombre de femmes vertes, socialistes, centristes ou libérales sont engagées en faveur de l’égalité des sexes et veulent faire changer les choses en profondeur. On peut attendre beaucoup d’elles et de ce nouveau parlement sur les questions d’égalité dans le monde économique, de politique familiale (congé paternité, congé parental, crèches et structures d’accueil en première ligne) ou d’écologie. Elles portent l’espoir d’un changement de paradigme. Le vent de la diversité, d’un univers politique ouvert à d’autres styles de leadership et d’exercice des responsabilités que celui de l’ancien monde, se fait déjà sentir. Souhaitons qu’il souffle fort et qu’il donne envie à d’autres sphères de pouvoir, notamment les directions d’entreprise, de bénéficier de cette mixité énergisante, de ses talents et de ses promesses.

Eglantine Jamet

Eglantine Jamet

Docteure en sciences sociales, spécialiste des questions de genre et de diversité depuis 18 ans, à la fois dans la recherche académique et dans le monde de l’entreprise, Eglantine Jamet est co-fondatrice du cabinet Artemia Executive, spécialisé dans le recrutement de femmes cadres (www.artemia-executive.com), et de l’association SEM Succès Egalité Mixité (www.sem-association.ch).

2 réponses à “42% ! Pourquoi ça change tout ?

  1. félicitations; évitez que des femmes ne deviennent semblables à celles qu’on rencontre en France telle que Christine LAGARDE, ex FMI, et désormais BCE (impliquée dans le scandale Tapie, et la Crise en Argentine par ses directives depuis le FMI), ou Florence PARLY, ministre des armées (niant l’impact criminel des ventes d’armes françaises à l’Arabie Saoudite et utilisées au Yémen), ou Sylvie GOULARD récemment retoquée par les parlementaires UE , ou encore Anne LEVERGEON qui a mené la dégringolade du nucléaire français notamment avec le scandale de l’EPR de Flamanville en Normandie; ces personnes ont favorisé l’actuelle oligarchie française au détriment de la démocratie ! bonne chance à vous toutes et bon courage; cordialement.

    1. Merci pour votre commentaire. Les femmes ne sont ni meilleures ni pires que les hommes… Mais les exemples que vous donnez sont intéressants car ils concernent justement des femmes qui ont dû se couler dans l’unique moule (bien étroit) existant pour l’exercice du pouvoir. Ces femmes ont accédé à des postes à responsabilité mais n’ont pas questionné le système ni le modèle de leadership et, dans la plupart des cas, elles ne le pouvaient sans doute pas, étant encore des “exceptions”. C’est la même chose en entreprise, lorsque les femmes demeurent seules ou très peu nombreuses aux plus hautes fonctions, on peut parler d’un changement “cosmétique” (pas seulement des costumes cravates sur la photo), mais rarement d’un changement culturel, en profondeur. D’où l’importance d’une réelle mixité et la chance que constitue ces 42% aujourd’hui! Merci pour vos voeux!

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