Immersion dans la police genevoise (2) : interview de l’ex-flic Lucien Vuille

Un ancien de l’identité judiciaire se livre de son plein gré

Ancien inspecteur de l’identité judiciaire genevoise et ensuite neuchâteloise, Lucien Vuille avait quitté son métier d’enseignant pour entrer dans la police où il a passé plusieurs années. A présent il est retourné à l’enseignement, mais il nous livre un ouvrage sans détours – voir la première partie de cet article – sur ses années passées dans La Grande Maison, comme les policiers dénomment eux-mêmes la police. Un récit coup de flingue qui décrit les débuts d’un inspecteur de la police judiciaire dans la ville de Genève. J’ai voulu savoir ce qui avait motivé Lucien Vuille, qui prétend qu’il y a peu de différence entre la police et l’enseignement, à relater cette expérience en nous dévoilant l’envers du décor.

La Grande Maison : interview de Lucien Vuille

N’avez-vous pas peur que votre livre n’apporte de l’eau au moulin de certaines idées populistes, qu’elles soient de gauche ou de droite ?

Lucien Vuille, ex-inspecteur de l’identité judiciaire, vient de publier “La Grande Maison”, ou il témoigne de son passage à la police.

Ce que j’ai fait, c’est décrire de manière factuelle ce que j’ai vécu, en restant le plus objectif possible, quel que soit le sujet abordé, la violence éventuelle de celui-ci et l’impact qu’il a pu avoir sur moi. J’ai écrit ce livre de la même façon qu’on nous avait appris à rédiger un rapport de police, soit être complètement objectifs dans notre manière de décrire les événements : « les faits, rien que les faits ». Ne pas écrire « alors que nous patrouillons le long de la rue de Berne, nous avons contrôlé un individu qui nous semblait louche » mais « notre attention a été attirée par un individu et nous avons procédé à son contrôle », ne jamais être subjectif pour que notre rapport soit inattaquable de ce point de vue-là. Ainsi, je n’ai pas de scrupules à mentionner les nationalités des délinquants, les agissements de certains collègues ou la façon de fonctionner de l’état-major parce que j’ai écrit avec sincérité. Tout ce qui est mentionné, je l’ai vu et vécu. Chaque lecteur, quelles que soient ses affinités politiques, ses opinions sur la délinquance ou autres, peut suivre le parcours de ce jeune flic et lorsqu’il se confronte aux différents écueils de sa progression, il est confronté à ses propres perceptions ses a priori. Cela n’aurait pas de sens dans cette optique de divulguer mes propres opinions au fil du récit alors je me contente de transmettre ce que les individus que je croise me confient. Je cherche à ce que chaque lecteur y trouve quelque chose qui résonne par rapport à son propre vécu, certains y voient un livre sur la détresse des habitants d’une grande ville contemporaine, d’autres une critique du milieu du travail en général, un hommage à des méthodes policières à l’ancienne et désormais désuètes, un Entwicklungsroman… On y trouve ce qu’on vient y chercher, selon sa sensibilité. Si qui que ce soit lit ce livre et y voit une attaque dirigée contre lui, c’est qu’on s’est mal compris.

Avant d’intégrer la police, imaginiez-vous que de telles choses arrivaient en Suisse ?

Je n’ai travaillé que quelques années et pourtant j’ai vu de quoi remplir plusieurs bouquins. J’ai été inspecteur de police à Genève puis dans le canton de Neuchâtel et j’ai été encore plus choqué de ce qui se passait dans mon canton d’origine. J’ai découvert Genève à travers mon job, je ne connaissais pas du tout la ville et ses environs avant d’y bosser. Je me suis construit une image sans doute trop lugubre, mais je n’avais aucun a priori. Tandis qu’à Neuchâtel, j’ai été d’autant plus marqué parce que j’imaginais mon canton d’origine beaucoup plus préservé de toute cette noirceur. Meurtres, enlèvements, stupéfiants, viols, pédophiles… On n’est absolument pas épargnés et la plupart des citoyens ne s’en rendent sans doute pas compte. Et c’est tant mieux. Pas mal de lecteurs imaginent que j’ai inventé certains passages, certains me demandent si tel ou tel passage est authentique. Je dois souvent répéter que rien n’est faux, que tout est vrai et que le pire n’est pas publié.

S’habitue-t-on à la détresse et à la noirceur de certaines situations ?

Je crois qu’on ne s’habitue jamais aux drames, aux épreuves mais qu’on s’habitue plutôt à la façon d’y répondre, à la manière de réagir. Si on a déjà vécu une situation extrême, on se sait capable de l’endurer quand elle se répète. Il faut savoir s’avouer qu’on ne peut pas être imperméable, mais cette honnêteté dépend des gens. Certains préféreront affirmer qu’ils sont devenus insensibles mais c’est impossible de ne pas subir la détresse, la véritable et profonde détresse d’autrui quand on y est confronté, on peut trouver mille façons de se protéger mais personne n’y est hermétique, à mon avis. Et c’est important d’avoir cela en tête. Enquêter sur une affaire de pédophilie, ça peut vouloir dire visionner des centaines de vidéos pédo-pornos, à des fins d’enquête. Les regarder, et attentivement, pour essayer de trouver un indice qui permettrait d’identifier les auteurs, les victimes, l’endroit où cela se déroule. De retour de mon très bref congé paternité, après la naissance de mon petit dernier, on m’a transmis une nouvelle enquête de mœurs, qui portait sur des viols filmés de nourrissons. J’avais un nouveau-né à la maison et au bureau je devais regarder ce genre de films… On m’a répondu que j’allais m’y faire, qu’au bout d’un moment ça ne me ferait plus rien. Apparemment, demander à passer mon tour dans ces circonstances, c’était faire preuve de trop de sensiblerie. A noter que cette exigence n’a pas eu lieu quand j’étais dans La Grande Maison, à Genève, où se déroule le livre, mais à Neuchâtel quand j’étais à la brigade des mœurs.

A peine formé, vous avez quitté la police pour divers motifs expliqués dans votre ouvrage. Avez-vous des regrets ?

Quand mes élèves « découvrent » ce que je faisais avant de devenir prof (je n’ai plus besoin de leur mentionner ça, ils se transmettent l’info d’une année à l’autre), ils me demandent souvent si je regrette, c’est systématique. « Pourquoi vous avez arrêté ? Vous devez trop vous ennuyer maintenant ! » Je n’ai aucun regret, ni d’avoir été inspecteur, ni d’avoir démissionné. Avec un peu de réflexion sur soi-même et de recul, ce genre d’expérience apporte énormément dans le façonnage de notre identité. Ça m’arrive encore de rêver que j’arpente les rues des Pâquis pour contrôler des dealers, je retrouve la sensation que j’éprouvais alors mais au réveil, aucun regret que tout ça s’évapore. Juste le soulagement de ne plus y être et le plaisir d’avoir connu ça.

Ce n’est pas trop difficile de se passer de l’adrénaline ?

Quand j’étais dans la casserole, je ressentais ce besoin d’action, en arpentant les rues sur les traces des voleurs, on bouillonne, on a envie de ça, il y a peut-être un effet de meute. Mais ça ne me manque pas du tout. Comme la plupart d’entre nous, je déteste la brutalité, quelle qu’elle soit et j’espère bien ne plus jamais prendre ou donner un coup. Mais je suis conscient que j’en ai été capable. C’est quelque chose de s’être battu, pour de vrai, hors d’un ring, de s’être confronté à la violence. Cette même violence qui nous est épargnée, jour après jour, grâce à la police. Il y a une citation d’Orwell à ce propos, qui explique que la part de violence à laquelle chacun d’entre nous devrait être confronté durant sa vie, c’est les flics qui se la coltinent à notre place.

Quand mes amis policiers me racontent leurs affaires ou me parlent des derniers potins à l’intérieur de la grande maison, ça m’intéresse mais je ne les envie pas pour autant. Quand ils me paraissent heureux et épanouis, je suis content pour eux, mais je n’échangerais pour rien au monde ma salle de classe et mes élèves pour une plaque de police et un flingue.

Aviez-vous du temps à accorder à une vie privée ou étiez-vous constamment plongé dans le travail ?

C’est peut-être étonnant à la lecture de La Grande Maison mais durant les faits que je raconte, je me suis marié, j’ai eu mon premier enfant, j’ai voyagé, j’ai rencontré des amis. Cela incombe au parti-pris de rester axé sur les faits objectifs qui concernent la police que je ne raconte quasiment rien de ma vie privée, dans ce livre-là en tout cas.

Dans quel but avez-vous écrit La Grande Maison ?

À un moment donné, j’ai eu envie de raconter ce que j’avais vécu, sans imaginer que quelqu’un d’autre le lirait, en tout cas pas dans l’immédiat. J’avais envie d’en garder une trace écrite, peut-être avant que j’en oublie des morceaux. Et puis petit-à-petit, je me suis dit que mon récit pourrait éventuellement intéresser certains de mes (très) proches. J’ai terminé d’écrire une première fois La Grande Maison en me disant que j’allais proposer à mon épouse de le lire, pour partager cette histoire-là avec elle, ce que j’avais vécu, comment je me sentais, notamment parce qu’on n’était pas ensemble à ce moment-là de ma vie. Or d’écrire ce vécu, je me suis rendu compte que ça me soulageait. Ensuite, je l’ai transmis à ma grande sœur, pour les mêmes raisons. Les choses se sont un peu emballées à ce moment-là, ma sœur l’a confié à son mari (elle a bien fait, je le lui aurais transmis de toute façon). Et un jour, alors qu’il le lisait dans sa boutique, un écrivain de sa connaissance est venu lui acheter des bouquins, il est reparti avec mon manuscrit sous le bras et après l’avoir lu – et apprécié – il l’a transmis à son éditeur, qui est devenu le mien.

Avez-vous l’intention de continuer à écrire des livres avec des policiers et des malfrats ?

J’ai écrit un roman basé sur ce que j’ai vu et vécu lors de mon passage à la police judiciaire neuchâteloise, ma seconde expérience dans la profession. Peut-être que cela pourrait intéresser quelques lecteurs. Je ne sais pas encore si je vais le laisser tel quel ou y ajouter une pointe de fiction, peut-être qu’on ne saura pas vraiment où s’arrête la vérité et où débute l’imagination. Je vais laisser mijoter tout ça un moment.

La formation reçue pour devenir inspecteur, vous sert-elle dans votre métier d’enseignant ?

Je n’utilise pas chaque jour les tactiques d’interrogatoire ou les techniques de menottage, mais ce genre d’expérience de vie apporte énormément, au niveau de l’empathie, du rapport à l’autre, du recul sur les situations, sur le rôle de l’école, de l’enseignement… J’ai été prof quelques années avant de passer par la grande maison et je sais que je suis un enseignant bien différent de celui que j’étais alors. Cela amène du recul. On pourrait croire que j’ai côtoyé des collègues très à gauche dans l’un de ces milieux et que j’ai découvert une façon de penser plus ancrée à droite dans l’autre. Mais la réalité est plus contrastée. Il existe de nombreuses exceptions. Des profs qui regrettent le nombre d’étrangers dans leur classe, qui compliquent selon eux l’enseignement et péjorent le niveau scolaire des braves enfants suisses, tout comme j’ai rencontré des tas d’inspecteurs ou de policiers tolérants et ouverts d’esprits. Ces changements d’environnement permettent d’avoir une vision d’ensemble, modeste bien sûr, mais qui permet d’apprécier certains états de fait avec plus de perspicacité, peut-être, que si j’avais uniquement côtoyé le même milieu professionnel. Ça permet de ne plus voir uniquement les choses en noir ou en blanc, la vérité se cache quelque part dans les niveaux de gris. Par-dessous tout, il n’y a finalement pas une si grande différence entre ces deux jobs, flic et enseignant. Je l’ai beaucoup répété durant mes carrières et je le pense toujours : ce sont deux métiers plus proches qu’on ne croit, parce que ce sont des métiers humains, des métiers de l’humain, dans le sens où la matière première, dans un job comme dans l’autre, ce sont des êtres humains.

La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage de roman vous identifieriez-vous ?

J’aime bien imaginer que je ressemble à un personnage de Jim Harrison, mais c’est sans doute parce qu’il savait les décrire si profondément que je peux me retrouver dans la plupart d’entre eux aisément. Je suis bon client, je lis beaucoup de livres, de BD, je regarde des tas de films et de séries et je pioche à gauche à droite, de ces petits quelques choses qui nous façonnent, qui nous inspirent. Le dernier personnage de roman qui m’a ainsi inspiré, c’est Cigano dans le roman Narcisa de Jonathan Shaw. Un personnage qui se rend compte notamment qu’il faut être fou pour continuer de faire toujours la même chose, de répéter constamment les mêmes erreurs en espérant un résultat différent au final.

Immersion dans la police genevoise (1) : Lucien Vuille, ex-flic, raconte

La Grande Maison : un livre coup de flingue

J’ai demandé à Lucien Vuille, ancien inspecteur de la police judiciaire, si tout ce qu’il relate dans son livre est vrai. « Tout ce que j’écris je l’ai vu mais à l’inverse je n’écris pas tout ce que j’ai vu ». Certes, ce qu’il décrit dans « La Grande Maison » – éditions BSN Press -, a déjà été mâché et remâché dans les films et les séries. Mais une fois sortis du cinéma, ou Netflix éteint, on se dit que ce sont des fredaines de scénaristes. Au pire, que si c’est inspiré d’une certaine réalité, cela se passe ailleurs quelque part à New-York ou à Marseille. Pourtant, cette « Grande Maison » comme les policiers eux-mêmes dénomment la police, est située à Genève. Or, ce témoignage est une assourdissante détonation. Un coup de Glock 9 mm tiré en l’air mais dont la déflagration nous laisse tétanisés.

Lucien Vuille : policier par hasard

Avant d’entrer à l’école de police, Lucien Vuille était enseignant dans un quartier difficile de Lausanne. Dans le cadre de ce travail, il rencontrait des enquêteurs de la brigade des mineurs qui cherchaient parfois des renseignements sur des adolescents fugueurs ou qu’ils devaient présenter devant le juge. Leurs récits de la vie de flic le passionnaient. C’est ainsi que l’un des policiers lui suggéra de tenter sa chance. L’idée fit son chemin.

Dans son livre, Lucien Vuille nous raconte toutes les étapes franchies avant de devenir inspecteur. Le début semble fastidieux. Pourtant, très vite, l’on se fait happer par les incohérences, les injustices et le favoritisme relevés au sein même de la police. Une fois le lecteur hameçonné, malgré le procédé d’écriture qui ressemble quasiment à la rédaction d’un procès-verbal, on ne lâche plus ce texte qui, peu à peu, nous mène au bord de l’étouffement.

La Grande Maison : des faits rien que des faits

Entre le racisme banalisé, le jargon professionnel issus des bouchers parisiens, celui-là même autrefois utilisé par les truands de Paname – le louchebém, ça vous dit ? – qui nous donne parfois l’impression que la police genevoise se croit dans une aventure de San-Antonio ou dans un film de Michel Audiard, les délinquants à la dérive parfois très stupides, les gaffes policières qui nous font nous éclater de rire, et la terrifiante détresse de quelques marginaux écrasés par l’existence, on s’immerge totalement dans la vie d’un flic. Un travail qui comporte ses moments fastidieux, ses subites montées d’adrénaline, ses confrontations à l’horreur de la drogue ou de la pédophilie, le tout saupoudré de violence ordinaire. Un livre qui nous apprend que pour être sauvé d’une femme maltraitante, il vaut mieux être son chien plutôt que son enfant.

Lorsqu’on lit les épreuves physiques et psychologiques auxquelles sont soumises les forces de l’ordre, l’on ne s’étonne guère que ce soit un métier avec un risque de suicide particulièrement élevé. Alors oubliez les stars françaises de la rentrée littéraire et leurs livres trop convenus, et lisez La Grande Maison de Lucien Vuille. Vous y apprendrez deux ou trois choses sur ce qui se passe dans nos jolies villes suisses, dans nos quartiers ou peut-être chez vos voisins. Vous y rencontrerez de vrais flics, de vrais dealers, de vrais indics, de vraies prostituées et de vrais paumés. Ces personnes que l’on s’acharne à ignorer et qui pourtant sont là, qu’on les aime ou non, qu’elles nous intriguent, nous peinent où nous révulsent.

Demain, ici même, vous lirez une grande interview de Lucien Vuille. Il abordera son vécu au sein des polices genevoises et neuchâteloises, et ce qu’il en a appris avant de retourner à l’enseignement.

Mais auparavant je vous laisse découvrir sa biographie, telle qu’il me l’a livrée avec beaucoup d’humour, une chose à laquelle l’on ne s’attend pas forcément après avoir lu son ouvrage.

Lucien Vuille : sa biographie

« Je suis né à la Brévine, au cœur d’une vallée entourée de sapins dont on ne voit que le commencement, Sibérie de la Suisse au climat subarctique. J’y ai grandi, dans une ferme située dans un hameau nommé « Le Cachot », ça ne s’invente pas. Une fois mon bac empoché à La Chaux-de-Fonds, j’ai fait un bachelor en français et en histoire à l’université de Neuchâtel, puis un autre en sciences de l’éducation à la HEP. Je suis parti enseigner à Lausanne, dans le quartier haut en couleurs de la Blécherette, avant de partir travailler à la police judiciaire genevoise. Après avoir écumé les artères ténébreuses de la cité de Calvin, j’ai accepté la proposition de l’ancien chef de la police judiciaire neuchâteloise de revenir sur mes terres d’origines pour y rejoindre le bras armé de la justice locale. J’ai passé trois ans à la brigade des mœurs de la Chaux-de-Fonds, puis j’ai décidé de tourner définitivement la page de la vie policière et je suis retourné à l’enseignement. Tout en arrêtant des suspects et rédigeant des rapports de police, j’ai eu des enfants, des lapins et je me suis établi au Landeron, dernière frontière du monde neuchâtelois. Tranquillement installé à l’orée des bois, j’écris des livres, j’enseigne et je fais pousser des enfants, pas forcément dans cet ordre ».

 

 

Sources :

Roman graphique : « Le syndrome de l’imposteur » de Claire Le Men

Les angoisses d’une jeune interne en psychiatrie

Lucile Lapierre, jeune interne en médecine en proie à un sentiment maladif d’illégitimité qu’elle traîne depuis l’école primaire, est affectée à une unité pour malades difficiles d’un hôpital psychiatrique. Inexpérimentée mais sachant les biais de la psychiatrie, elle est immédiatement saisie par le syndrome de l’imposteur, un mélange d’anxiété et de manque de confiance en soi qui provoque un sentiment d’imposture amenant les personnes qui en sont atteintes à nier leurs mérites et leurs succès.

Ce roman graphique balaie nos présupposés sur la folie, en brossant un portrait de l’institution psychiatrique et des personnages qui la peuplent. Dans ce récit initiatique inspiré de son expérience personnelle, Claire Le Men interroge les normes pour nous apprendre que les troubles mentaux sont définis selon l’époque ou la culture dans lesquelles évoluent les patients. Par exemple : si vous êtes freegan, – mode de vie alternatif qui consiste à consommer ce qui est gratuit, comme des produits invendus ou jetés dans des containers, afin de dénoncer le gaspillage alimentaire et la pollution engendrée par les déchets – il est probable que vous soyez considéré par les bobos comme un visionnaire politiquement impliqué. En revanche, dans un hôpital psychiatrique, cette habitude viendra renforcer l’hypothèse d’un trouble psy.

Le syndrome de l’imposteur : extraits

« Dans les pays industrialisés, le taux d’homicide et de 1 à 5 pour 100’000 personnes, et 0,16 pour 100’000 sont commis par des personnes ayant un trouble mental, soit 1/20 des homicides. Toutes violences confondues seuls 3 à 5% des auteurs souffrent de troubles psychiques.

Paradoxalement, ça choque moins un mari sain qui bat sa femme avec discernement tous les jours, qu’un « fou » qui frapperait un inconnu une fois parce qu’il croyait qu’il lui voulait du mal.

Il y a sûrement des tonnes de violences faites par des personnes « saines » qu’on ne lit même pas dans les faits divers, mais si c’est un malade ça intéresse soudainement tout le monde. »

« On dit classiquement que tout ça est devenu médical au XIXe siècle quand les médecins aliénistes se sont intéressés aux fous enchaînés de l’hôpital général et les ont libérés pour créer l’asile. Pinel est considéré comme le père de la psychiatrie moderne car il a libéré certains aliénés de leurs chaînes à Bicêtre et à La Salpêtrière.

D’après Foucault, c’est à Pinel que l’on doit le statut médical « moral » de celui qui sait et qui juge. Foucault disait « On croit que Tuke et Pinel ont ouvert l’asile à la connaissance médicale. Ils n’ont pas introduit une science mais un personnage dont les pouvoirs n’empruntent à ce savoir que leur déguisement ou, tout au plus, leur justification.

Ces pouvoirs, par nature, sont d’ordre moral et social, ils prennent racine dans la minorité du fou, dans l’aliénation de sa personne, non de son esprit. Si le personnage médical peut cerner la folie, ce n’est pas qu’il la connaisse mais qu’il la maîtrise.

Si la profession médicale est requise, c’est comme garantie juridique et morale non pas au titre de la science. Un homme d’une haute conscience, d’une vertu intègre et qui a une longue expérience de l’asile pourrait aussi bien se substituer à lui ». »

Claire Le Men : biographie

Claire Le Men est née en 1990 à Paris. Elle suit d’abord des études de médecine et se spécialise en psychiatrie. Son internat, qu’elle commence dans une unité pour malades difficiles, lui inspire Le Syndrome de l’imposteur son premier roman graphique. Elle se consacre désormais à la bande dessinée, entre Paris et Berlin.

Sources :

  •  Le Syndrome de l’imposeur, Claire Le Men, éditions La Découverte
  •  Lisez, plateforme des éditeurs

Un livre 5 questions : « Grenier 8 » la rue des souvenirs d’Emanuelle Delle Piane

Un voyage dans une Suisse populaire et d’antan

Certaines lectures nous rappellent nos propres souvenirs : le cagibi secret où l’on se cachait avec nos cousins ou les vêtements que nous portions le dimanche quand c’était encore un jour exceptionnel et sacré. C’est le cas du roman Grenier 8 d’Emanuelle Delle Piane, connue pour ses scénarios de séries télévisées ou ses pièces de théâtre.

L’action se situe principalement à La Chaux-de-Fonds, dans les années 1960-1970, à la rue et au numéro où se trouve l’actuel mais très ancien restaurant La Pinte Neuchâteloise. D’où le nom du roman : Grenier 8. En compagnie d’Éli, la narratrice, on entre dans la machine à remonter le temps. Rafraîchie, notre mémoire retrouve les gens, les habitudes, les mots populaires et les objets de l’époque. Les qué, pétler, kratz, bringuer et fouzytout, ce parler d’antan qui s’utilisait encore, nous revient en tête. On se souvient des heures passées à jouer au flipper. On entend la musique de ces 45 tours que l’on écoutait au mange-disque. On se souvient du ronronnement de la vieille machine à coudre Pfaff, des peintures qui décoraient les boîtes à biscuits en métal blanc et des recettes de cuisine de grand-mère qui ne s’encombraient pas des adjectifs « légère » ou « détox ». Grenier 8 est un roman humoristique et nostalgique assaisonné d’un suspens exempt d’innocence.

Grenier 8 : résumé

L’héroïne de l’histoire aurait pu continuer à vivre paisiblement en dessinant ses BD, mais elle n’a jamais su refuser un service. Alors, quand son cousin lui demande d’aller récupérer des documents compromettants dans la maison de son enfance, elle s’exécute. La bâtisse, qui en plus des souvenirs de la narratrice a pendant longtemps abrité un café-restaurant, et dans ses combles, de sulfureuses affaires (que l’on découvrira en même temps qu’Éli) est un personnage à part entière du roman.

Grenier 8 vient de paraître aux Éditions Livreo-Alphil dans la collection Lieu et temps, supervisée par l’Association pour l’aide à la création littéraire qui vise à constituer, à raison d’un livre par an, une collection d’auteur-e-s du canton de Neuchâtel, invités à traiter du thème du temps en résonance avec un lieu vernaculaire de leur choix.

Emanuelle Delle Piane : l’interview

Comment est né le roman « Grenier 8 » ?

Il est né en pleine pandémie. Alors que tous mes projets théâtraux s’annulaient les uns après les autres du fait de la fermeture des salles de spectacle, l’AACL (l’Association des

Auteurs neuchâtelois pour la Création Littéraire) m’a approchée pour relever ce défi longtemps inimaginable pour moi : me lancer dans l’écriture d’un premier roman ! Pourquoi inimaginable ? Parce que j’avais jusqu’ici privilégié des formes d’écriture courte, vive, percutante. L’écriture a toujours été pour moi un processus plutôt fulgurant. Travailler à un roman m’angoissait. Je craignais de ne pas être capable d’un investissement sur le long terme.

Grenier 8 se situe en partie dans les années 1960-1970, comment avez-vous procédé pour retrouver les ambiances, les expressions et le vocabulaire de ces années-là ?

J’ai vécu une partie de ma petite enfance à La Chaux-de-Fonds. Certaines expressions et plusieurs souvenirs étaient encore très présents à mon esprit. D’autres, je les ai inventés, imaginés tout exprès pour l’histoire que raconte ce roman. Pour vérifier mes sources et « mes dires », j’ai également eu la chance de pouvoir séjourner dans l’appartement de la Fondation Velan (APOYV) durant plusieurs jours pour m’imprégner de l’atmosphère de la ville et peaufiner « in situ » certains passages qui concernent non seulement La Chaux-de-Fonds d’hier, mais aussi celle d’aujourd’hui.

 

Pourquoi avez-vous choisi de faire parler Éli à la 2ème personne du singulier, comme si elle se parlait à elle-même, plutôt qu’à la première ou à la troisième ?

Je ne suis pas une fanatique du « Je » et je voulais éviter que mon personnage fasse étalage de ses états d’âme. Si j’ai choisi d’utiliser le « tu », c’est d’abord pour offrir une sonorité et une oralité à l’écriture. Pour que le lecteur se sente proche, complice et au plus près de l’intrigue et de mon personnage principal. En optant pour cette forme, j’ai peut-être eu envie aussi de me forcer à sortir des sentiers battus…

Vous avez écrit des scénarios de séries télévisées et vous travaillez surtout pour le théâtre. Quelles différences il y a-t-il entre écrire des séries télévisées, du théâtre ou du roman ?

Peu importe la forme ou le fond, il faut avant tout que j’aie en tête des personnages qui me racontent leur histoire. Une histoire originale, cohérente, qui me surprenne et qui me tienne en haleine de bout en bout. Tant que je n’ai pas réussi à réunir ces principaux ingrédients, je suis incapable d’écrire quoi que ce soit.

La question que je pose à chaque auteur-e : à quel personnage de la littérature pourriez-vous vous identifier ?

Je ne sais pas si « identifier » est le mot juste, mais il y a sans doute plusieurs personnages nés de la littérature qui m’interpellent. Celui qui me vient tout à coup à l’esprit est Cyrano de Bergerac. J’apprécie son côté frondeur, idéaliste, téméraire, fier, qui se bat coûte que coûte pour défendre ses convictions. J’aime aussi son côté « personne de l’ombre » hypersensible qui se cache, s’efface, se sacrifie pour des causes qu’il croit belles et importantes… même si elles sont désespérées !

Emanuelle Delle Piane : biographie

Née un 24 décembre à La Chaux-de-Fonds, d’origine suisse et italienne, Emanuelle Delle Piane a suivi des études de lettres et des formations variées en écriture de scénarios en France et aux États-Unis. Elle a enseigné aux étudiants en audiovisuel de l’Université de la Sorbonne-Paris IV et donné des ateliers à des professionnels ou des enseignants. Elle est l’auteure de plus d’une trentaine de pièces pour adultes et pour enfants, mais aussi de scénarios, de pièces radiophoniques et de nouvelles. Ses textes ont fait l’objet de créations en France, en Suisse, en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Pologne, au Canada, en Arménie, et sont régulièrement joués.

Pour en savoir plus visitez son site en cliquant ici.

Crédit de la photographie d’Emanuelle Delle Piane en début d’article : N.Sabato

 

Le Gore des Alpes (2) : quelques auteur*e*s et numéros de la saignante collection

Le Gore  des Alpes : 13 romans, 1 BD et 1 recueil collectif

Cette collection est un hommage à la littérature pulp des ’50s. Ce sont des références à la culture populaire, aux monstres du passé et à ceux, plus vicieux encore, d’aujourd’hui. C’est de l’horreur, du macabre, du funeste. Sorcières et animaux anthropophages, mafieux toxicomanes et fascistes cannibales, clergé décadent et cadavres revenus du royaume des morts. C’est un sabbat au milieu d’une clairière, un carnotzet aux parfums de l’enfer, des hurlements lugubres dans les ténèbres.

Ces récits s’adressent à un public averti qui cherche à se divertir tout en apprenant deux ou trois choses sur l’âme humaine, l’Histoire ou les mythes de nos régions. Le Gore des Alpes c’est l’opposé, en très exagéré, de la vision idyllique que les touristes se font de la Suisse et de la montagne. Jusqu’à présent cette collection a publié 15 numéros dont un roman graphique et un collectif.

Les auteurs : CV longs comme des bras (tranchés)

Hier, nous avons rencontré le directeur de collection Philippe Battaglia. La pointe acérée de sa plume a également griffé deux ouvrages du Gore des Alpes : La robe de béton et La fête de la vicieuse.  Aujourd’hui, je vous propose de faire la connaissance de quelques auteur-e-s et de leurs livres. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils affichent tous et toutes de sérieux curriculum vitæ. A l’évidence, ce ne sont ni des paumés ni des petits rigolos.

Gabriel Bender : Les folles de Morzine

Le livre : Sociologue et historien Gabriel Bender, l’universitaire qui considère que de nos jours l’humain est un Celte avec un smartphone, s’est penché sur une véritable histoire qui a eu lieu  dans un village de Haute-Savoie au 19ème siècle.  Pendant environ treize ans, de 1857 à 1870, plusieurs dizaines de femmes de Morzine furent prises de convulsions, d’hallucinations, de crises de somnambulisme. Elles se disaient possédées par des diables. Malice ou maléfice ? Femmes malades ou révolte féministe ? Gabriel Bender résout l’énigme avec la prudence de l’historien des Alpes et la hauteur de vue d’un sociologue alpestre.

Bio : Originaire de Fully, Gabriel Bender est né en 1962. D’abord travailleur social, il obtient en 1993 une licence en sociologie, puis en 1996, un diplôme d’études supérieures en histoire économique et sociale. Aujourd’hui, il est professeur et chargé de recherche à la HETS – Haute École de Travail Social. Après la publications de plusieurs ouvrages consacrés aux sciences sociales, comme Politiques culturelles en Valais ou Fioul Sentimental, Gabriel Bender s’est éclaté à écrire du gore. C’est d’ailleurs lui qui a eu l’honneur d’inaugurer cette collection avec La Chienne du Tzain-Bernard qui rend hommage aux premières œuvres de la littérature gothique trash.

Stéphanie Glassey : L’Éventreuse

Le livre : spécialiste de la littérature du 17ème siècle, Stéphanie Glassey nous emmène dans le vécu le plus sordide des femmes. Le récit s’écrit sous les clochers des villages d’autrefois, bien-pensants et malfaisants, où le sexe prétendu faible était victime de la violence de l’hypocrisie et de la religion.

L’auteure nous ouvre une lucarne sur une faiseuse d’anges que le destin condamne à devenir éventreuse. Impuissant, le lectorat assiste aux horreurs des avortements à la dure, avec aiguilles à tricoter, cuillères et coups de poings, au destin des fœtus, aux abus subis par les enfants placés, et à la culture patriarcale pratiquée dans le secret et l’oppression. Stéphanie Glassey ne nous épargne rien des souffrances du viol, des grossesses à répétitions, de l’accouchement et surtout de celles des fausses couches provoquées ou pas. Un monde où les femmes ne sont que des objets corvéables, des outres à soulager les instincts les immondes de certains mâles – peut-on encore les appeler des hommes ? Une époque pas si lointaine où l’on accuse de sorcellerie celles qui apportent de l’aide à leurs pairs. Dans cet odieux obscurantisme, contre toute attente, c’est par le démon et ses suppôts que le Bien arrive. L’Éventreuse est un roman d’une violence hurlante de vérité. Entre deux saines manifestations démoniaques il nous rappelle pourquoi, nous les femmes, nous sommes battues pour obtenir le droit à la contraception et à l’avortement.

Bio : Née en 1988 et domiciliée à Nendaz, Stéphanie Glassey exerce les métiers de thérapeute et d’enseignante. En 2008, elle entre à l’Université de Fribourg où elle étudie les Lettres et se consacre essentiellement à la littérature du 17ème siècle. En 2013, elle obtient son Master en français. Confidences assassines est son premier roman paru en 2019, L’Éventreuse en 2020 et la La Dernière danse des lucioles en 2021. Son projet actuel, Enfances assassinées, est au bénéfice d’une bourse de la culture de l’État du Valais.

Extrait de L’Éventreuse de Stéphanie Glassey.

François Maret : VenZeance

Le livre : le dessinateur signe l’unique bande dessinée du Gore des Alpes. Une expérience qu’il faudrait renouveler.

VenZeance est un roman graphique, accouplement farouche et sanglant entre un road movie post-apocalyptique et une errance burlesque pour la survie. Une toxine a transformé les joyeux convives du Gala du FC Sion en zombies décérébrés. La horde sous contrôle va déferler sur le Valais. Heureusement l’armée suisse veille…

Bio : Né en 1961, François Maret est un dessinateur et scénariste de bande dessinée, illustrateur et enseignant. Instituteur, il a travaillé pendant dix ans dans les écoles primaires. Ayant obtenu le diplôme d’enseignement du dessin, il devient professeur des Arts Visuels et de l’Histoire de l’Art au lycée-collège cantonal de la Planta. De 1989 à 1992, il a été responsable des graphismes et des illustrations pour des livres scolaires d’histoire, de géographie et de sciences naturelles. Il a également travaillé comme dessinateur pour la presse suisse : Femina, La Liberté, Le Courrier, Le Quotidien Jurassien. Il a publié Eden, trois tomes de science-fiction humoristique aux Éditions Paquet, en 2008. Il partage son temps entre le dessin de presse, l’enseignement, et la BD.

Louise Anne Bouchard : Delirium

Le livre : L’écrivaine helvético-canadienne signe ici son 18ème ouvrage où l’on découvre les aventures de Jérôme, un homme qui boit trop, baise trop, et s’est fait renvoyer de son travail. Il décide de se refaire une santé en Valais, mais là encore, il baise et boit trop. Pompon : dans ses délires, on l’enlève et on le malmène. Une séquestration ou se multiplient les sévices pour l’empêcher de toucher à la légende du Dolly Pop, la mystérieuse disparition de huit beautés qui gagnaient leur vie en vendant leurs charmes et parfois leurs petites culottes.

Bio : Grâce à ce livre et à ses précédents ouvrages noirs, Louise Anne Bouchard fait partie des 25 autrices du monde entier à être invitée dix jours durant au Festival International du Roman Noir (FIRN). Ce projet est cofinancé par Pro Helvetia.

Louise Anne Bouchard a commencé à écrire à l’âge de douze ans. D’abord photographe de formation (pendant trois ans, elle est photographe de mode free-lance), elle poursuivit des études en Littérature à l’Université du Québec à Montréal. Sa rencontre avec son professeur de Littérature Étrangère, Eva Le Grand, est l’une des plus éblouissantes de ses débuts d’écrivain. Elle a reçu deux prix littéraires dont un canadien.

Jean-François Fournier : Les démons du pierrier

Le livre : Un curé voit, avec rage, la modernité arriver dans son petit village. Pour maintenir les villageois sous le pouvoir de l’église, il n’hésitera pas à pousser au crime les deux hommes les plus riches de la région, dont l’ampleur de la perversité assoit les dégénérés de Délivrance sur le banc des enfants de chœur. La situation va évidemment lui échapper et devenir un véritable enfer. Un hommage émétique à Necrorian, l’auteur culte de la littérature gore, et à son mythique Blood-Sex !

Bio : L’écrivain et critique littéraire Jean-Michel Olivier n’a pas hésité à affirmer, dans sa présentation des Démons du pierrier, que Jean-François Fournier mériterait l’une des premières places parmi les écrivains suisses.

Né le 12 janvier 1966 à Saint-Maurice, Jean-François Fournier est journaliste et écrivain. Il était rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, jusqu’en octobre 2013. Il a dirigé ensuite la mythique Revue Automobile, le plus vieux journal européen traitant des quatre roues. Puis il a administré le Théâtre du Baladin et officié comme Délégué culturel de la commune de Savièse. Premier Prix de poésie de l’Association valaisanne des écrivains en 1983, il reçoit en 1988 le Prix de journalisme du Conseil de l’Europe et, en 1998, le canton du Valais lui décerne le Prix d’encouragement pour l’ensemble de sa production littéraire.

Extrait des Démons du pierrier de J.-F Fournier.

Collectif : Ça sent le sapin

Livre : Un ouvrage collectif rassemblant treize aventures macabres. Un Noël pas piqué des vers où l’on cueille, sous le sapin, des champignons parasites, des occultistes nazis, des extraterrestres vicieux, des lutins esclavagistes, des morts-vivants, des cannibales, des sociopathes, des psychopathes, des mille-pattes et du pâté en croûte.

Les auteurs : Philippe Battaglia, Gabriel Bender, Louise Anne Bouchard, Nicolas Feuz, Jean-François Fournier, Jordi Gabioud, Stéphanie Glassey, Joël Jenzer, François Maret, Nicolas Millié, Olive, Dita von Spott & Vincho.

 

Sources

– Site Le Gore des Alpes

– ViceVersa littérature

– Le village suisse du livre

– Babelio

– Wikipedia

Philippe Battaglia et Le Gore des Alpes (1) : du sexe, de l’horreur et même de l’Histoire

Le Gore des Alpes : un inconvenant délice

Monstres humains ou fantastiques, démons, adorateurs de Satan, tortures, possessions, sexe, Nazis, médecins sadiques, sorcellerie, zombies, vengeances… – la liste n’est pas exhaustive – la collection de petits livres trash, née en Valais et sobrement intitulée Gore des Alpes, ne nous épargne aucune fantaisie extrême et sanglante. Tout cela sans nous sortir de nos beaux paysages de cartes postales. Sans que les auteur-e-s et les personnalités suisses les plus en vue ne rechignent à se lancer dans le jubilatoire mais périlleux exercice d’une écriture violente et excessive. Imaginez le spectre d’une espèce de Quentin Tarantino déjanté possédant les écrivain-e-s et dessinateurs de notre belle Helvétie, et vous serez encore loin du compte.

Parmi les personnes de plume qui ont succombé au charme de la terreur et de l’hémoglobine, l’on trouve le sociologue et historien Gabriel Bender, les journalistes Joël Jenzer et Jean-François Fournier, l’écrivaine Louise Anne Bouchard ou le talentueux artiste peintre et illustrateur Ludovic Chappex qui signe toutes les couvertures. Olivia Gerig, autrice de L’Ogre du Salève dont tout le monde se souvient et de la trilogie Le Mage Noir, s’est également laissé ensorceler. C’est ce printemps que l’on lira sa prose la plus hard !

Évidemment, cet esprit n’a pu s’empêcher d’envoûter Nicolas Feuz qui, depuis des années déploie l’ombre de ses immenses ailes sur l’ensemble de la littérature romande. Sont-ce celles d’un ange gardien qui protège les lettres et ses humbles serviteurs, ou celles d’un féroce vampire suceur d’encre et de sang ? Toutes les rumeurs circulent. Toutes les hypothèses semblent possibles. Seul Chronos, dieu issu du néant selon certaines traditions, nous révèlera peut-être un jour la véritable substance de ce que sème, entre les lignes, ce procureur devenu un incontournable de tout ce que l’édition locale produit depuis deux lustres. En attendant ce Jugement Dernier, les milliers de lecteurs qu’il délecte se régalent notamment du Verdict de la Truite.

A noter pourtant que cette collection, terriblement sombre, saupoudrée d’une touche de grotesque, se réfère souvent à l’Histoire avec un grand H. Dans ma publication de demain, je présenterai quelques-unes de ces publications ainsi que leurs auteur-e-s.

Philippe Battaglia : l’homme aux multiples casquettes

Philippe Battaglia, c’est le genre d’irrévérencieux monsieur suffisamment hyperactif et bien intégré dans la société pour qu’à l’instar d’un certain procureur, on le trouve partout. Je suis d’ailleurs surprise de ne pas encore l’avoir rencontré dans ma paella entre cinq grains de riz, quatre lamelles de poivron, deux moules, une crevette et une cuisse de poulet. Je vous invite à lire sa biographie au bas de l’article. Elle est aussi divertissante et dense en rebondissements que cette série de livres à laquelle il participe, entre autres, comme directeur de collection.

– Comment vous est venue l’idée de vous lancer dans cette aventure ?

Avant toute chose, je dois préciser que je suis une pièce rapportée, même si j’ai aujourd’hui plusieurs casquettes au sein du collectif, puisque j’y suis éditeur, directeur de la collection et auteur. Au commencement étaient trois hommes (comme pour la création de la Suisse, mais n’y voyez aucun lien de cause à effet) qui sont ensuite venus en chercher deux autres dont moi. Le Gore des Alpes est donc une maison d’édition et une collection du même nom, le tout géré par cinq individus peu recommandables. L’idée est venue peu après les votations sur les Jeux Olympiques en Valais, une campagne extrêmement clivante durant laquelle le canton a été peint dans tout ce qu’il a de plus merveilleux. Une vraie carte postale. Les trois fondateurs se sont alors dit que non, la Valais, ce n’est pas que ça. Ce sont aussi des drames, des secrets, des catastrophes naturelles, une part d’obscurantisme lié à la tradition religieuse, bref, un terrain fertile pour qui veut s’amuser avec la part d’ombre des choses. Cela étant dit, nous souhaitons aujourd’hui sortir des limites valaisannes, tant avec nos histoires qu’avec nos auteurs et autrices. Après tout, il y a des aussi des Alpes en France et en Italie, par exemple.

Nous choisissons nos textes avec soin. Il y a des plumes que nous allons chercher car nous apprécions leur style ou leur force et d’autres qui viennent à nous. Il nous arrive malheureusement fréquemment de refuser des manuscrits parce qu’ils ne correspondent pas à l’esprit que nous souhaitons donner à la collection.

Il y a, c’est vrai, plus d’hommes que de femmes parmi notre collectif. Je ne saurais donner d’arguments valables à cet état de fait car nous faisons pourtant notre possible pour trouver des autrices. D’après les discussions que j’ai pu avoir avec certaines d’entre elles, il ressort qu’il y a une forme d’illégitimité à écrire du gore ou de l’horreur, comme si elles ne s’y sentaient pas à leur place. Je le déplore.

– Pourquoi vous risquer dans du gore à une époque où tout semble conduire vers l’aseptisé politiquement correct ?

Nous allons justement à contre-courant car il y a chez nous un gros ras le bol du politiquement correct. Beaucoup d’artistes vous le diront, créer aujourd’hui, c’est danser sur une corde très fine. Le gore et le trash ont ceci qu’ils peuvent nous permettre toutes les exubérances, toutes les fantaisies. C’est très jouissif. Pour autant, cela n’est pas totalement gratuit. Dans la grande majorité de nos textes, il y a des thématiques, des sous-textes historiques ou sociaux. Ce que je dis toujours à nos auteurs / trices, c’est que l’histoire doit fonctionner sans le gore. Si l’histoire est bonne ainsi, alors il est possible de rajouter quelques tartines de gore pour que la sauce prenne.

Éveiller des colères, ma foi, c’est toujours le risque quand on s’expose publiquement. Pour ma part, j’y suis habitué. J’écris des livres et des chroniques pour la presse et la radio. Il faut bien être conscient qu’on ne sait jamais par qui on va être lu et donc comment nos mots seront perçus ou interprétés. Pour autant, j’estime n’être responsable que de ce que je dis, pas de la manière dont ce que je dis sera compris.

C’est pourquoi nous ne faisons aucune censure. Ce que nous jugeons, ce sont les intentions de l’auteur, sa sincérité. Il nous est arrivé de demander à des auteurs de supprimer ou de modifier un passage. Pas parce que c’était trop choquant mais parce que c’était gratuit et que ça n’apportait rien au récit. Ce ne sont d’ailleurs pas forcément les scènes les plus trash que nous faisons modifier.

– Le cahier des charges demande aux auteurs d’écrire des histoires gores qui se passent à la montagne. Ne craignez-vous pas de lasser votre lectorat avec toutes ces montagnes qui d’ailleurs sont souvent les Alpes ?

Le gore et la montagne, nous ne pouvons pas y couper, tout est dans le titre de la collection. Mais il y a mille et une manières de raconter et de décrire cet environnement. Certains de nos récits se déroulent au passé, d’autres au présent, d’autres encore dans un décor futuriste. Certains s’ancrent dans le fantastique alors que d’autres sont résolument terre à terre (et donc d’autant plus frontaux). Je pense que nous pourrions sortir trois cents volumes sans en avoir fait le tour.

– L’un de vos ex-lecteurs, un homme d’âge moyen ayant lu vos premières parutions, m’a asséné qu’il n’en lirait pas davantage parce que cette collection est trop sexiste. Qu’avez-vous à répondre à cela ?

Je suis entièrement d’accord avec ce lecteur. Nos textes sont souvent sexistes mais pas seulement. Il est possible d’y voir du racisme, de l’homophobie et tout autre attitude problématique. La raison en est simple, nous parlons de la réalité, surtout de son côté le moins élégant. Il est donc tout à fait normal que ces comportements y aient leur place. Bien entendu nous n’en faisons aucunement l’apologie, au contraire. A travers ces textes, nous pointons du doigt ces dysfonctionnements. Mais quand une histoire se déroule dans le Valais d’il y a deux siècles, comment voulez-vous éviter de montrer le sexisme et les autres oppressions. C’est impossible. Quand on pense que ces problèmes ne sont pas encore résolus aujourd’hui…

Cela étant dit, le Gore des Alpes s’adresse à un public averti. Je comprends tout à fait que cela ne puisse pas plaire à tout le monde. Ce n’est de toute manière pas notre but. J’ai travaillé de nombreuses années comme programmateur pour un festival de cinéma de genre à 2300 Plan 9 : Les Étranges Nuits du Cinéma et devant certains films, il est arrivé que des membres du public nous fassent ce genre de remarques. A un certain point, quand vous allez dans un festival de film d’horreur ou que vous achetez un Gore des Alpes, je pense que vous savez un peu où vous mettez les pieds.

Je ne dis pas que nous sommes sans reproche, je dis : voilà ce que nous faisons. Nous avons le droit de le faire, vous avez le droit de ne pas aimer, nous avons le droit de nous en foutre.

Mais c’est une très vaste question qui soulève énormément de débats en ce moment, que ce soit dans le monde de la littérature, du cinéma ou même de l’humour et je crains que nous ne puissions en faire le tour ici.

– En ce qui concerne le lectorat et le nombre de ventes avez-vous atteint vos objectifs ?

Nous sommes très satisfaits.  Nous croyions un peu, au début, de nous enfermer dans un marché de niche. Mais nous avons vite constaté, à travers nos dédicaces, lectures et rencontres, que notre lectorat est bien plus large que les seuls amateurs d’horreur. Je pense que c’est dû à notre attachement au local, tant par nos histoires que nos auteurs. Pour ne donner qu’un seul chiffre, tous livres confondus, nous arrivons bientôt à 10’000 exemplaires vendus. Ce qui, compte tenu de la situation générale et de ce que nous proposons en particulier, est un chiffre honorable.

Nous publions une moyenne de 6 livres par an, par tranche de 3 par semestre. Nous souhaitons dans la mesure du possible poursuivre cette moyenne mais cela dépendra bien entendu des manuscrits que nous recevrons. Nous privilégierons évidemment la qualité à la quantité. Nos livres sont disponibles en Suisse dans toutes les librairies et il est également possible de les commander par e-mail directement sur notre site : www.goredesalpes.ch. Nous n’avons pas encore de distributeur en France mais nous y travaillons car nous recevons de plus en plus de commandes d’autres pays francophones.

– A quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

Il m’est absolument impossible de répondre à cette question, ils sont bien trop nombreux /euses.

Philippe Battaglia, directeur de collection du Gore des Alpes.

Philippe Battaglia : la biographie

De manière plus générale, Philippe Battaglia a été (dans le désordre) : enfant turbulent, adolescent bordélique, étudiant peu assidu, punk de salon, cuisinier dans un institut psychiatrique, vide-poubelle dans une banque, archiviste dans une abbaye, directeur d’une collection littéraire, employé de commerce équitable dans un hôpital, vidéaste amateur mais primé, Président du Kremlin, programmateur pour un festival de films d’horreur, donneur de leçons à l’Union Suisse des Professionnels de l’Immobilier, vendeur en multimédia, chroniqueur presse & radio, critique cinéma improvisé, caissier dans un centre commercial, courtier en immeuble, animateur radio, blogueur, écrivain, bédéiste dans un magazine informatique ayant fait faillite juste après sa première publication et essaye encore aujourd’hui avec beaucoup d’application de devenir un être humain à peu près convenable.

Jusqu’à présent Le Gore des Alpes compte ces auteur-e-s :

Philippe Battaglia, Gabriel Bender, Louise Anne Bouchard, Ludovic Chappex, Nicolas Feuz, Jean-François Fournier, Jordi Gabioud, Stéphanie Glassey, Joël Jenzer, François Maret, Nicolas Millé et Olive.

J’attends avec impatience de connaître les plumes qui suivront, surtout si elles sont féminines.

 

Lectures : d’un passé romancé à un futur dystopique avec Henri Gautschi et Sabine Dormond

Mondes en mouvements

Violent et chaotique, le monde actuel paraît brûler puis s’en aller à vau-l’eau. Peut-être. Ou peut-être pas. Peut-être en a-t-il toujours été ainsi. Le bon vieux temps était-il si bon que l’on veut bien le croire ? Certainement pas le 16ème siècle où nous emmène Henri Gautschi. Et cet avenir qui nous terrifie, sera-t-il aussi angoissant et cruel que le 16ème siècle, ou simplement d’une distanciation glaciale comme décrite par Sabine Dormond ? Nous ne pouvons rectifier le passé mais peut-être reste-t-il encore de belles choses à imaginer pour changer l’avenir peu engageant dans lequel on semble se précipiter. Pour qu’il ne devienne ni aussi intolérant et violent que le 16ème siècle, ni aussi insipide que le futur proche pressenti par l’écrivaine montreusienne, faisons connaissance avec les deux cas de figure.

La fuite des protestants de France

Après La nuit la plus longue – Au temps de l’Escalade, Henri Gautschi poursuit son exploration de l’histoire genevoise avec un deuxième roman Clothilde – Au temps de la Saint-Barthélémy, paru aux éditions Encre Fraîche. Un roman illustré par les dessins de l’auteur.

En 1572, suite à l’onde de choc causé par la Saint-Barthélémy en France, Clothilde et sa famille quittent Bourges et les persécutions qui s’abattent sur les protestants. Dix ans plus tard, à Genève, Clothilde est arrêtée, accusée d’avoir tué un homme. Durant son emprisonnement, redoutant le verdict, elle laisse son esprit parcourir la route de son existence mouvementée. Raconté comme un récit d’aventures dans une langue très actuelle, dûment documenté et référencé, mélange de faits réels et de fiction, ce roman nous rappelle que les mœurs de l’époque n’étaient pas douces. La Genève d’alors est encore loin de devenir la ville pacifique ou sera signée, plus tard, la première convention de la Croix-Rouge. En effet, au 16ème siècle, on y noie dans le Rhône les femmes qui « fautent », on exécute les hommes pour des peccadilles, en méchante touriste la peste réapparaît tous les ans au mois d’août, les femmes n’y ont aucune liberté et les Genevois attaquent souvent les Français des campagnes environnantes.

Clothilde – Au temps de la Saint-Barthélémy : extrait

 

Henri Gautshi : biographie

Henri Gautschi est né en 1949, de père suisse allemand et de mère italienne. Pendant plus de trente ans, il a dirigé son entreprise d’installation de chauffage et enseigné à mi-temps le dessin et la théorie de son métier au Centre professionnel de Lancy. Féru d’histoire et en particulier d’histoire genevoise, depuis sa retraite, il écrit régulièrement des articles pour la rubrique historique du ChancyLien. En 2017, Henri Gautschi reçoit le mérite de la commune de Chancy pour ses recherches. Clothilde – Au temps de la Saint-Barthélémy est son deuxième roman.

 

 

Cara : un futur surnumérisé

Avec son roman Cara, paru chez M+ Éditions, Sabine Dormond a imaginé un proche avenir qui semble tristement réaliste et dangereusement près de nous.

Clémence, une ex-soixante-huitarde, vit coupée de sa famille et cloîtrée chez elle, dans un monde où tout est informatisé. La distanciation sociale est devenu une constante.  Tout s’effectue en ligne y compris les soins à domicile. Par exemple, les pilules sortent d’un ordinateur et les appartements sont autonettoyants. Même âgé et malade, on n’a plus besoin d’autres humains pour survivre, mais une telle vie est-ce vraiment vivre ? Le roman Cara dépeint un univers vautré dans le confort mais pas forcément dans le bien-être, à une époque où les contacts humains sont devenus superflus puisque tous les services sont proposés sous une forme numérisée.

A la veille de Noël, Clémence reçoit un appel de son petit-fils, dont elle n’a plus de nouvelles depuis des années, la vieille dame étant tenue pour responsable d’un drame familial qui a eu lieu autrefois, durant la tempête Lothar. Son petit-fils lui annonce qu’il ira passer Noël chez elle afin qu’elle connaisse sa femme et son arrière-petit-fils qu’elle n’a jamais vus. D’une manière assez inattendue dans le roman, mais qui va dans le sens des cycles qui arrivent, s’en vont et reviennent, l’arrière-grand-mère s’entendra très bien avec son arrière-petit-fils puisqu’ils sont très proches au niveau des idées. En revanche son amie Cara, qu’elle trouve trop envahissante et superficielle, l’agace.

Influenceuse, Cara est pourtant la star de toute une génération, dont Chigiru, une adolescente d’une quinzaine d’années surdouée en informatique. Contrairement à Clémence qui vient d’un autre temps, sa jeunesse l’a rend à l’aise avec la surnumérisation. En revanche, elle peine à trouver sa place parmi les humains. Afin d’éradiquer les discriminations dues au genre, les féministes sont parvenues à abolir la mixité en classe au nom du progrès et de l’épanouissement des filles. Malgré cela, tout n’est pas violet pour les jeunes femmes. D’autres discriminations se sont mises en place. Chigiru vient d’un milieu modeste or, pour être acceptée par ses pairs, il faut le prestige des accessoires et des habits qu’on arbore. N’ayant pas les moyens de suivre le rythme dépensier de ses camarades, elle est moquée et mise à ban.

Cara : extrait

Sabine Dormond : biographie

Écrivaine et traductrice, Sabine Dormond a présidé pendant 6 ans l’Association vaudoise des écrivains. En 2007, elle coécrit avec Hélène Küng, pasteure lausannoise, un premier recueil de contes intitulé 36 chandelles. Depuis, elle a publié sept ouvrages et a participé à quatre reprises au Livre sur les quais à Morges. Ses nouvelles ont fait l’objet de plusieurs lectures radiophoniques. Elle anime aussi des ateliers d’écriture et des tables rondes, et rédige des chroniques littéraires pour le journal en ligne Bon pour la tête.

Elle a également siégé au conseil communal de Montreux parmi les socialistes.

 

Sources :

  •  Éditions Encre Fraîche
  • M+ Éditions
  • Wikipédia
  • Radio Chablais
  • Radio Cité

Laurence Malè : un procureur et une médecin urgentiste aux plumes fantaisistes piliers des éditions Okama

Editions Okama : des livres merveilleux pour Noël

Il est procureur. Elle est médecin urgentiste. Tous deux travaillent et ont des ancrages dans le canton de Neuchâtel. Tous deux écrivent tant et si bien qu’ils sont devenus les figures de proue des éditions Okama. Je me réfère à l’incontournable Nicolas Feuz, que l’on rencontre immanquablement sur l’étal de toutes le librairies – et d’autres lieux qui vendent des livres – et à Catherine Rolland qui a publié plusieurs romans ces dernières années dont Le cas singulier de Benjamin T., en 2019, sélectionné pour plusieurs prix littéraires internationaux. Dans cette aventure okamaïenne, ils sont accompagnés d’autres plumes non moins connues, comme celle de la genevoise Olivia Gerig, de la journaliste et auteure Zelda Chauvet ou de la belge Juliette Nothomb. Bientôt, les jeunes de 16-20 ans qui gagneront le concours de littérature que Laurence Malè et les éditions Okama ont mis en place – vous trouvez les informations et conditions ici – les rejoindront.

Mais en cette période de l’Avent, où le jour se couche tôt, l’idéal c’est de se préparer un thé, un chocolat ou un vin bien chauds, d’allumer quelques bougies, d’ouvrir un livre et se laisser glisser dans les mondes insolites que nous proposent les éditions Okama.

L’étrange Nöel de Sir Thomas

Le moins que l’on puisse dire c’est que nous sommes dans la saison idoine pour nous laisser entraîner par un mystérieux monsieur chapeauté. Dans ce premier livre des éditions Okama, six auteurs issus d’univers littéraires différents et réunis par Laurence Malè, donnent vie à Sir Thomas, personnage fictif et fil conducteur d’une demie douzaine de novellas. Est-il croque-mort, exorciste ou esprit incarné ? Découvrez cet homme énigmatique, laissez-vous emporter dans des contrées où le réel flirte avec le fantastique, en Colombie britannique, en Angleterre, en Suisse, aux États-Unis ou encore dans un parc d’attraction. Ces histoires réservent bien des surprises où le mystérieux anglais coiffé d’un chapeau melon se révèle tour à tour drôle, effrayant, sérieux ou attachant. Laissez souffler le vent d’hiver, préparez-vous un bon thé aux épices, vous êtes conviés aux festivités de l’étrange Noël de Sir Thomas ! Et à glisser ce livre sous le sapin.

Auteurs de ces novellas : Nicolas Feuz, Olivia Gerig, Marie Javet, Christelle Magarotto, Olivier May, Catherine Rolland.

La Dormeuse

Une écrivaine aveugle engage une auxiliaire de vie pour écrire son dernier roman. Une jeune fille, revenue d’entre les morts, retourne à Pompéi pour chercher les clefs de son passé. Un savant et son neveu, un riche commerçant amoureux d’un esclave, une petite fille enjouée et son inséparable chiot mènent une existence paisible et routinière en baie de Naples, au pied d’une montagne nommée Vesuvio. Trois époques différentes et destins qui s’entremêlent dans une aventure sans précédent. Question : parviendront-ils à empêcher une tragédie qui a déjà eu lieu ? Catherine Rolland, est l’une des écrivaines favorites de ma libraire qui n’a pas manqué de me conseiller ce récit.

Bande annonce de La Dormeuse

Léa

Au cours d’une tempête, la jeune Léa Jourdan et son équipage font naufrage au large des côtes de Bretagne. Elle est propulsée dans un monde parallèle, peuplé d’êtres extraordinaires qui la prennent pour l’Élue, celle qui délivrera enfin leurs terres du joug de Wargok le Cruel.

Dans cette aventure, elle va rencontrer trois compagnons. Seth, un patrouilleur, Azzam, un maître de l’air, et enfin Staëgus, une créature inquiétante avec laquelle elle découvre son don de télépathie. Ensemble, ils vont devoir affronter de nombreuses épreuves avant d’atteindre la forteresse de Wargok.

Rempli de suspense, d’amour et de magie, ce roman s’adresse aux adolescents comme aux adultes !

Imaginé et écrit durant le confinement, les bénéfices réalisés sur cette édition papier seront reversés à La Croix Rouge vaudoise.

Textes : Catherine Rolland, Marie-Christine Horn, Florence Herrlemann, Gilles Marchand, Carmen Arévalo, Juliette Nothomb, Mélanie Chappuis, Zelda Chauvet, Marilyn Stellini, Leïla Bashaïn, Johann Guillaud-Bachet, Laurent Feuz, Nicolas Feuz & Cali Keys

Nuits blanches en Oklahoma

Une maison perdue en Oklahoma, l’approche inquiétante d’Halloween, un évènement survenant chaque matin à 3h11, et cinq auteurs qui s’emparent de l’histoire. Des adolescents en mal de sensations ou un agent immobilier très décidé, une gentille famille, une écrivaine en quête d’inspiration ou un jeune garçon sur la route des vacances… Tiendront-ils jusqu’au matin ?

Textes :  Nicolas Feuz, David Ruiz Martin, Sandra Morier, Catherine Rolland & Lolvé Tillmanns

Bande annonce de Nuits blanches en Oklahoma

 

Photographies en noir et blanc de Nicolas Feuz et Catherine Rolland : crédit Steve Gaillard

Une éditrice 5 questions : Laurence Malè cheffe d’orchestre des Éditions Okama

Laurence Malè : du chamanisme au fantastique

Fondatrice d’une petite maison d’édition de littérature fantastique et fantasy qui compte les plumes actuelles les plus appréciées de Suisse romande, de l’Hexagone ou de Belgique – Nicolas Feuz, Mélanie Chappuis, Marie-Christine Horn, Lolvé Tillmans… ou Juliette Nothomb la sœur d’Amélie -, Laurence Malè est également musicienne, compositrice, ancienne responsable éditoriale aux éditions Infolio, libraire initiée au chamanisme et au reiki. Avant de diriger sa propre entreprise éditoriale, Laurence Malè a écrit et publié, avec Alexandra Dechezelle, L’inspiration chamanique au quotidien paru aux éditions Véga. Une initiation au chamanisme pour tout un chacun. Un livre qui contient également un CD avec des méditations et des musiques composées par elle-même. Un ouvrage adressé à toute personne qui souhaite retrouver sa vraie nature à travers une pratique alternative mais qui hésite encore à contacter un-e chaman-e pour la conduire. Avec ce guide pratique, chacun-e peut vivre sa connexion à l’Univers d’une manière personnelle à travers la voie du conte.

Dans la même lancée, Laurence Malè a également publié un jeu de cartes L’Oracle des Trois Cercleséditions Véga – qui s’appuie sur son savoir chamanique. Laurence Malè a-t-elle été guidée par ses animaux de pouvoir ou ses guides spirituels ? Ou sont-ce davantage ses connaissances du monde éditorial qui l’ont amenée à créer avec Marlyse Audergon, autre ancienne collaboratrice des éditions Infolio, les éditions Okama ? Il ne m’appartient pas d’apporter une réponse ésotérique ou rationnelle, en revanche Laurence Malè raconte volontiers que, Sir Thomas, le protagoniste du premier livre publié par les éditions Okama, lui est apparu en songe.  En effet, la particularité des éditions Okama c’est de proposer aux auteurs d’écrire un récit sous contrainte.

Editions Okama : originalité et contrainte

L’homme qui, en rêve, a hanté Laurence Malè, est devenu le principal acteur du premier livre publié par les Éditions Okama L’étrange Nöel de Sir Thomas, paru en octobre 2019. C’est bien ainsi, avec le tréma sur le O, que l’écrit Laurence Malè et que Noël est écrit sur la couverture. Un projet qu’elle a proposé à des auteur-e-s qu’elle connaît bien. « J’ai décrit le personnage en quatre lignes tel qu’il m’est apparu et j’ai émis plusieurs hypothèses: est-il exorciste, croque-mort ou une âme errante? A eux de voir » dira-t-elle au micro de Jean-Marie Félix. Une formule qui enthousiasme écrivain-e-s et lecteurs et que les éditions Okama continuent d’appliquer.

Le concours des éditions Okama : prochain ouvrage écrit par des 16-20 ans

Fidèles aux buts qu’elles se sont fixées, désireuses de révéler les plumes de demain, pour sa prochaine anthologie de novellas les éditions Okama ont lancé un concours destiné aux 16- 20 ans. Les conditions de participation : être encadré par un professeur ou un coach en écriture, être domicilié en Suisse, accepter d’écrire sous contrainte un texte entre 25’000 et 30’000 signes. La réception des textes est fixée au 15 mars 2022. Pour recevoir d’avantage d’information vous pouvez poser vos questions à cette adresse : [email protected]

Demain, dans la suite de cet article, nous découvrirons les ouvrages déjà publiés par les éditions Okama.

Laurence Malé : l’interview

Vous êtes – entre autres – libraire, comment vous est venue l’idée de fonder les éditions Okama ?

J’ai été libraire pendant des années avant de me diriger vers l’édition. L’idée est venue alors que je travaillais pour les éditions Infolio, en tant que responsable éditoriale. A l’époque, je travaillais avec mon ex-associée, qui est graphiste, et nous avions envie de nous lancer dans une aventure qui correspondrait plus à nos domaines de prédilection, autant pour le graphisme que pour le genre de publication.

Hormis “La Dormeuse”, le roman de Catherine Rolland, jusqu’à présent vous avez principalement publié des livres contenant plusieurs novellas que les auteurs écrivent sous contrainte. Pourquoi ce choix ?

Les éditions OKAMA souhaitaient publier des ouvrages originaux avec des contraintes imposées. Ce qui me séduit dans cette démarche, hormis de proposer un cadre (un curieux personnage, comme dans L’étrange Nöel de sir Thomas, une situation particulière et une maison, comme dans Nuits blanches en Oklahoma), c’est de demander à des auteurs spécialisés dans d’autres domaines (littérature blanche & littérature noire) d’écrire pour le genre fantastique et fantasy. Le fait d’éditer des ouvrages collectifs permet au lecteur de découvrir des plumes sous un nouveau jour. Pour le roman-feuilleton Léa, la démarche est autre. En effet, il a été diffusé, chapitre par chapitre, lors du premier confinement, gratuitement sur notre site internet avec une communication faite sur les réseaux sociaux (Facebook et Instagram) afin de sensibiliser les jeunes (public de 14 à 20 ans) à la lecture et de soutenir la culture littéraire pendant cette période. Nous avons eu de la chance d’avoir pu produire une version audio, diffusée chapitre par chapitre également dans un deuxième temps grâce à l’idée merveilleuse de Zelda Chauvet, productrice et journaliste. Xavier Loira a donc prêté volontiers sa voix aux différents personnages. Une belle aventure fédératrice, où un beau panel de généreux auteurs a répondu par la positive. Je pense notamment à Marie-Christine Horn, Mélanie Chappuis ou encore Juliette Nothomb sans compter les fidèles auteurs okamaïens : Nicolas Feuz et Catherine Rolland. Grâce au soutien de donateurs et à la Fondation Jan Michalski, nous avons pu publier le livre pour ponctuer cette merveilleuse épopée. Étant donné que toute l’équipe avait travaillé gratuitement, nous avons décidé que les bénéfices de l’ouvrage iraient à la Croix-Rouge vaudoise afin de rester dans la lignée du projet et du message qu’il véhiculait. Les anthologies de novellas s’adressent aux adultes (dès vingt ans), même si quelques plus jeunes lecteurs ont lu les novellas les plus accessibles dans les différents ouvrages. Le roman Léa, comme évoqué plus haut, s’adresse à un public young adults (dès quatorze ans).

Un concours organisé par les éditions Okama, invite les jeunes de 16 à 20 ans à participer à l’écriture de la troisième anthologie de novellas. Par quoi cette sollicitation est-elle motivée ?

Nous avions déjà proposé un concours pour Nuits blanches en Oklahoma, concours ouvert aux nouvelles plumes afin de donner l’opportunité d’une vraie publication aux côtés d’auteurs connus et reconnus. La gagnante du concours, Sandra Morier, a écrit une novella au scénario incroyable ! Pour cette anthologie à paraître, qui ouvrira, en parallèle d’autres ouvrages, la nouvelle collection young adults Heyoka, il me tenait à cœur de pouvoir proposer à des graines de plumes de figurer, là aussi, dans une anthologie, cette fois-ci, du genre fantasy. Le but étant de promouvoir l’écriture auprès d’un plus jeune public. La seule condition à respecter est d’être encadré par un professeur ou un coach en écriture. Le délai de remise de textes a été étendu au 15 mars 2022. A vos plumes ou claviers !

Quels sont vos futurs projets ?

Nous avons dû repousser la production 2021, entre autres, à cause de l’impact de la crise sanitaire. Le confinement (fermeture des librairies, divers salons reportés, etc.) pendant un certain temps, a péjoré la promotion du livre, bien que les libraires aient su rebondir en proposant un service de livraison (par exemple : la librairie-galerie Atmosphère, les librairies Basta, Payot, pour ne citer qu’eux). Par ailleurs, une restructuration des éditions a été faite : une nouvelle équipe d’associés et un changement de siège social (les éditions OKAMA deviennent genevoises). En 2022, nous allons donc publier deux ouvrages destinés aux adultes, et en tous cas deux ouvrages dans la collection Heyoka. Pour les futurs ouvrages, je peux vous citer Agrotopia, dystopie écrite par Olivier May, qui avait écrit une novella dans L’étrange Nöel de sir Thomas. Pour le reste, étant donné les retards de publication, je préfère attendre avant d’en parler. Parallèlement aux futurs ouvrages okamaïens, un très beau projet de fiction interactive audiovisuelle Dans la peau de Sir Thomas, basée sur la novella de Nicolas Feuz Dernier Noël à Trapellun est en cours. Une merveilleuse équipe est en train de mettre en place ce projet (les maisons de production Nous production & Maison Wahren) avec Valeria Mazzucchi comme réalisatrice. Je me réjouis de cette nouvelle aventure.

La question que je pose à tous mes invités et invitées : quel est le personnage littéraire auquel vous pourriez vous identifier ?

Le personnage principal de Rien ne s’oppose à la nuit, écrit par Delphine de Vigan. Pour son courage à explorer l’histoire familiale difficile, sa sensibilité et sa force de vie. Cela est plutôt de l’admiration qu’une réelle identification.

Laurence Malè : biographie

Née en 1976, Laurence Malè, libraire de formation, a été directrice de collection et responsable éditoriale aux éditions Infolio, après avoir exercé le métier de représentante commerciale à l’Office du Livre Fribourg et chargée de mission extérieure pour les librairies Payot. Forte de ces expériences, elle a fondé les éditions OKAMA avec une ex-associée. Maison d’édition nouvellement genevoise, créée à Lausanne, spécialisée dans le domaine de la littérature fantastique et fantasy.

L’éditrice Laurence Malè. Crédit photo : Steve Gaillard

Sources :

  • Editions OKAMA
  • RTS
  • Club du Livre

 

 

Matthieu Corpataux (2) : la revue littéraire L’Épître et les livres des éditions PLF

Matthieu Corpataux : écrire et éditer

Matthieu Corpataux, dont nous avons fait la connaissance hier, n’est pas que poète. C’est l’une des têtes pensantes de la littérature suisse actuelle. Aujourd’hui nous découvrons L’Épître, la revue de la relève littéraire qu’il a imaginée et mise en place, à l’instar des éditions Presses littéraires de Fribourg qu’il a créées avec Lucas Giossi l’actuel directeur d’EPFL Press. Voici des exemples et des extraits de ces publications.

Quelques livres parus aux éditions PLF

 La Faille Ethics, roman policier de Laurent Jayr

Le résumé : Ethics, c’est le nom du logiciel de trading intelligent et autonome conçu par Antoine Dargaud pour une jeune société d’investissement genevoise. Le logiciel est performant – trop – et rapidement, il attire l’attention de la presse, des banques, puis de tout Wall Street. La Faille Ethics est un polar saisissant de réalisme sur le monde de la finance et sur le trading où le logiciel, monstre de Frankenstein moderne, se révèle étonnamment humain.

L’extrait : “Sa main glisse sur la surface du serveur. Il ressent une vibration, une sorte de grondement, se propager à travers sa paume. Au-dessus du boîtier métallique, un moniteur clignote faiblement, diffusant une lueur verdâtre tandis qu’un condensateur sifflote en se déchargeant. Des câbles de fibres optiques mal alignés sortent de la face arrière des lames du serveur pour disparaître dans le faux plafond. Antoine Dargaud s’apprête à donner vie à Ethics, le robot de trading qui va assainir la finance.”

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Le livre : ce roman a figuré parmi les finalistes du Prix SPG 2021

L’auteur :  son site, sa page Facebook

Alegría ! roman de Camille Elaraki

Résumé : Alegría ! est l’histoire d’Ola, jeune femme courageuse et insatiable, mais écrouée dans le quotidien gris de Paris. Après avoir échappé par hasard aux attentats du Bataclan, elle fuit le deuil de son père et les amours ratées. En Espagne, lors d’un séjour Erasmus, elle renoue avec le désir et l’allégresse. Ce roman, écrit avec précision et douceur, raconte l’intime et la soif de liberté : c’est surtout le portrait de toute une génération.

L’extrait : “Elle s’amusait des taxis débordants de passagers, des enfants assis sur les genoux de leur père à mobylette, sandales aux pieds, casques sur la tête, mais sangles au vent. Et surtout, elle avait décidé de ne pas voir le linceul recouvrant le Café de France. La dépouille de cette grande bâtisse dominant la place Jemaa el-Fna, au-delà de la mort. Ola balaie d’une phrase la comparaison que Grégoire énonce entre les attaques d’ici et celles qui ont frappé les locaux de Charlie Hebdo en janvier. « C’est différent. »”

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Le livre

L’auteure :  sa page Facebook

Écrire depuis ici, essai de Jean-François Haas

Résumé : Écrire depuis ici est la première publication en Suisse de l’écrivain Jean-François Haas, lauréat des Prix Schiller, Dentan ou encore Bibliomedia. Cette réflexion sur l’écriture et sur le parcours d’écrivain est inestimable. L’écrivain retrace les paysages de son enfance, les fêtes, l’éducation parfois rude souvent bienveillante à Fribourg puis à Saint-Maurice, l’Université mais aussi ses découvertes de Moby Dick ou de Philipe Roth. L’écrivain suisse se dévoile sans impudeur mais avec beaucoup d’humanité.

L’extrait : “« Et, à part ça, est-ce que vous taquinez toujours la Muse ? » [Cette question] dit quelque chose d’une certaine difficulté à traiter ici de cette activité étrange, par nature solitaire et donc, au moins en apparence, marginale, qui fait de l’écrivain un être un peu à part, un peu bizarre, pas foncièrement dangereux ni malsain, mais dont on n’est pas très sûr de la bonne santé mentale et/ou du bon comportement social, et de surcroît enclin à s’abandonner à la distraction de taquiner la Muse plutôt qu’à s’adonner à une activité sérieuse.”

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Le livre

L’auteur :  sur la page Facebook de l’éditeur

Abécédérangé, recueil de poésie de Simon Lanctôt

Résumé : L’Abécédérangé est un recueil de poésie inspiré des expérimentations poétiques médiévales : l’approche de Simon Lanctôt est sensible, même sensuelle. Il s’empare des mots, les hume, les goûte, les déguste, même les dévore. […] C’est tout un Oulipo médiéval qui surgit, vivifié dans la jouissance de l’anachronie, qui nous renvoie l’écho des Grands Rhétoriqueurs, ces virtuoses de l’acrobatie lettriste que Georges Pérec qualifiait de plagiaires par anticipation.

Une page de cette poésie visuelle :

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Le livre

L’auteur :  sa page Facebook

 

Revue littéraire L’Épître – collectif

vol. VII

Recueil de poésie et de nouvelles

L’Épître est la revue de la relève littéraire suisse francophone. Créée en 2013 par Matthieu Corpataux, elle agit en ligne et sur papier pour promouvoir l’écriture : à la fois laboratoire et tremplin, elle a révélé de nombreux talents romands ces dernières années. En 2018, la revue se professionnalise et bénéficie depuis du soutien de Pro Helvetia et de la Fondation Michalski ; et organise un riche programme d’événements.

Extrait : Quand je suis redevenue d’Isabelle Paquet

“Tu me parles et aussi parfois tu te tais. Alors je t’articule quelques mots de mon cru. Ce soir se mitonner un raboliot en civet ? Je ne peux pas te dire que souvent je suis au beau milieu d’un étang plat comme l’horizon, épais et verdâtre, en sèche Sologne, que je fais la planche sans maillot, mon corps en x parfait, paupières closes, rempart à l’eau et au soleil de brûler mes rétines. Non plus que je nage avec les canards. Ni que je laisse mon corps sécher sur la rive. Là, tu me rejoins.”

Autre extrait :  Les gens d’ici de Philippe Rebetez

depuis qu’il est parti

Jeanne pose chaque soir deux bols

sur la table de la cuisine

à l’aube

après avoir pris son café

elle croise les doigts devant la photo jaunie

Auteurs et autrices de ce volume :

Pierre Voélin, Bastien Roubaty, Isabelle Paquet, Yves Noël Labbé, Stefano Christen, Fanny Dersarzens, Philippe Rebetez, Ed Wige, Vincent Annen, Charly Rodrigues, Coralie Gil, Olivier Pitteloud, Louis Haentjens, Nathalie Quartenoud, Jérémy Berthoud, Sibylle Bolli, Cédric Pignat

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La page de ce volume

La page de la collection

La page de L’Épître en ligne

La page information Facebook de L’Épître ( ateliers d’écriture, publications…)

 

Photographie d’entête : Matthieu Corpataux. Crédit : Nicolas Brodard