Poème: trains qui passent trains qui restent

Embouteillages et collisions

Actuellement je lis. Je me documente. Je prends des notes afin d’écrire mes futurs récits littéraires et les articles pour ce blog. Cela crée parfois certains embouteillages temporels et quelques collisions de style. Pour ces motifs, afin d’éviter certains entre-chocs, ces prochains temps je présenterai plus souvent des poèmes de ma propre souche plutôt que de travailler sur la poésie d’autrui.

 

 

 

Un livre 5 questions : « Nos vies limpides » de Valérie Gilliard

Nos vies limpides de Valérie Gilliard: un mélange de poésie et de crue réalité

Dans une langue tendre et poétique, l’écrivaine Valérie Gilliard nous emmène dans un monde onirique d’une cruauté bien réelle. Pour accorder nos cœurs au diapason de celui de ses personnages, Valérie Gilliard s’est attachée à la lettre E. Chacun des prénoms des dix femmes, dont elle conte un moment de vie, commence par un E. Une lecture ou l’on peut facilement reconnaître une sœur, une voisine ou cette dame que l’on croise tous les samedis au marché.

Edwige amarrée dans ses lignes aspire au changement.

Elisabeth parvenue aux regrets nourrit sa frustration.

Elsuinde sonde le temps et les jours dans sa boule.

Eden, dans les éclats, scrute la brume atomique.

Elke rencontre un être et se met à chanter.

Eulalie aux aguets s’oublie déconnectée.

Elphie nettoie et lustre un peu la ville.

Emérence voudrait bien donner.

Estée décidément s’en va.

Edge refuse et recule.

Entre les pages de Nos vies limpides, paru aux Éditions de L’Aire, il y a des larmes, des hésitations, mais aussi des sourires et des instants de bonheur d’une douceur presque naïve.

La phrase extraite du livre :

“Décidément, les hommes murs ne sont plus si attirants une fois qu’on a passé soi-même la quarantaine, se dit Edwige”.

 

Nos vies limpides: interview de Valérie Gilliard

– Vous êtes enseignante au gymnase d’Yverdon or vos personnages sont souvent des personnes à la dérive, un peu paumées, décrites avec une grande sensibilité comme si vous les souffriez dans votre propre chair. Comment faites-vous pour plonger aussi profondément dans leurs problèmes, leurs vies, alors qu’à première vue vous faites partie de la classe moyenne un peu privilégiée.

Je pense que nous sommes tou(te)s à la dérive, peu importe notre classe sociale ou le montant de notre compte en banque. Collectivement. La dérive, c’est ce sentiment que le sol sous nos pieds est d’une solidité toute relative, qu’il n’est pas loin de se dérober. A quoi tient notre assise de tous les jours ? A nos horaires, aux gens qui dépendent de nous et dont nous devons nous occuper, aux contraintes imposées pas nos jobs, ou à l’autodiscipline que nous avons mise sur pied… tout ceci est très fragile si l’on y pense (d’ailleurs nous passons notre temps à éviter d’y penser).

Mises à part de rares personnes vivant dans de hautes sphères bourgeoises, il me semble que nos destins d’aujourd’hui, en pays occidental, ne sont pas si contrastés qu’à d’autres époques. Ne sommes-nous pas plus ou moins tous des « moyens » ? Pour ma part, j’ai la chance de vivre dans une petite ville plutôt modeste pour la Suisse, une ville qui a été ouvrière et dont le tissu social est à la fois hétéroclite et très serré : je veux dire que nous vivons les uns avec les autres. Il n’y a pas de ghetto. A l’époque où j’ai écrit ce recueil de nouvelles et de textes, j’habitais dans un quartier empli de gens de toutes origines ethniques et sociales. Certains voisins de l’immense l’immeuble sis à côté de ma minuscule maison ont migré dans mon imaginaire à mesure qu’ils passaient dans ma rue.

Pour écrire, j’élargis en quelque sorte une sensation particulière que j’ai éprouvée, je l’explore et je la mets dans un contexte fictif pour que le personnage prenne forme ; parfois il me suffit de suivre du regard une silhouette entrevue dans la rue pour que son allure ou son pas me suggère qui elle est. C’est de la dilatation empathique.

-Dans “Nos vies limpides” les prénoms de toutes les protagonistes commencent par E ? Pourquoi ? Quel rapport entretenez-vous avec la lettre E ?

Les premiers prénoms ont pris la lettre E par hasard – même si le hasard n’existe pas. Ayant remarqué ce méandre de mon inconscient, j’ai décidé de donner la première lettre E aux prénoms de tous mes personnages. Je me suis amusée à en chercher la cause a posteriori, et voilà ce que j’ai trouvé. D’abord, une coquetterie littéraire : la lettre E est celle qui est absente dans le roman de Georges Perec La Disparition. Il me fallait donc d’une certaine manière la retrouver. Ensuite, cette retrouvaille du E est peut-être une occasion d’explorer la féminité du Elle. Enfin, le E est aussi la première lettre du mot Echappée, qui pourrait rassembler thématiquement toutes mes protagonistes. Elles tentent, comme nous, de s’arranger de leurs dérives quotidiennes, de trouver l’échappée pour ne pas tomber dans les failles. Elles sont sœurs, elles sont de la même étoffe ; ces E partagés leur tisse comme un fil en commun. Je pense que nous sommes les larmes d’une même mer humaine. Ce sentiment de communauté subtile m’habite presque à chaque fois que j’arpente ma ville.

– A quel personnage de votre livre êtes-vous le plus attachée?

Certains personnages sont plus ou moins issus de moi ; d’autres sont davantage venus à moi. J’ai un faible pour Elphie parce que, n’ayant rien de ce qui fait les avantages pour réussir dans notre monde, ni beauté physique ni solidité psychologique et par conséquent, ni argent ni place sociale, elle crée un monde idéal d’une force telle que je le vois clairement briller dans les lignes qui lui sont consacrées.

Dans le recueil, il y a les femmes frustrées, arrimées à des manques ou à des complétudes normées (certaines idées du bonheur), qui sont en échec, et celles qui trouvent une échappée autre, le plus souvent dans les pages encore blanches de leur imaginaire. J’aime tous mes personnages.

-En 2018, vous avez obtenu la Bourse à l’écriture décernée par le Canton de Vaud. Cela vous a permis de prendre un congé sabbatique pour écrire un nouveau livre. Quelle différence il y a-t-il entre écrire un livre durant les loisirs que laissent un travail comme l’enseignement, comme cela été le cas pour Nos vies limpides, ou avec du temps devant soi ?

Ayant obtenu cette bourse en 2018, je me suis organisé quatre mois de temps libre au printemps 2019. J’ai expérimenté que ce temps dit libre était aussitôt squatté par des problèmes à résoudre qui n’attendaient que cela pour exploser, occupant tout l’espace et le temps ; de plus, l’inspiration pour la littérature, convoquée en force dans ce temps libre, s’est ingéniée à se dérober et à prendre les masques effrayants du doute et de l’autodénigrement. Ce qui fait qu’au final, j’ai très mal vécu cette période que j’avais d’abord reçue comme un cadeau magnifique (ce qu’est en réalité une bourse !). J’ai travaillé malgré tout, tenue par un sentiment de loyauté face à ceux qui m’avaient fait confiance en sélectionnant mon projet ; mais tout s’est fait dans la douleur. Je voulais produire des pages et mon esprit se refusait à la production. Finalement, ce temps a été bénéfique car le projet a pris corps, mais il me reste encore beaucoup à faire pour achever le livre qui devrait être d’une taille conséquente. Pour l’instant, il est ébauché sur un manuscrit incomplet, mais devenu clair dans ma tête. Enfin, je me suis promis de ne plus tenter une aventure de bourse, en tout cas pour le moment, car je crois que mon travail en tant qu’enseignante sert de ferment pour la littérature, même s’il me vole mon temps. Il faut savoir vivre dans les paradoxes.

– La question que je pose à toutes les écrivaines et écrivains : à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

Je dois parfois être un fondu-enchaîné de Madame Bovary et d’Ariane Deume, dans Belle du Seigneur. Nous avons en commun la naïveté et l’amour de l’art. Nous voulons nous sublimer pour vivre une vie sublime. Nous aimons caresser la matière de notre quotidien et nous rouler dedans tout en souhaitant qu’elle soit dans une quatrième dimension romanesque plutôt qu’ici-bas. Nous aspirons à la pureté. Nous habitons dans un livre. Et puis, c’est fini : je les quitte toutes deux autant que je les adore. Basta ! Retour à moi.

 

Propos recueillis par Dunia Miralles

 

L’écrivaine Valérie Gilliard. Photographie de Dominique Gilliard-Lurati.

Actualités

Au Broadway Av. lundi 4 novembre :

Lecture en musique d’extraits de Nos Vies limpides. La musique, spécialement imaginée pour l’œuvre, sera jouée par Davide Di Spirito qui l’a également composée. Cet instant de poésie sera suivi d’une interview de Valérie Gilliard menée par Pierre Fankhauser. Adresse: Au Broadway Av., place du Tunnel, Lausanne, le lundi 4 novembre à 20h

A venir

Décembre: écriture pour les Paniers culturels, association lausannoise qui propose un concept de package culture. Confection, pour le panier de Noël, d’un opuscule original et inédit. Sortie début décembre.

Au printemps:  préface d’un roman de Ramuz, Adam et Eve, commandée par Michel Moret des Éditions de l’Aire.

Biographie

Valérie Gilliard est née en 1970 à Lausanne. Enseignante au gymnase d’Yverdon, elle devient aussi écrivaine dans les années 2000. Son second roman, Le Canal, publié aux éditions de l’Aire en 2014, obtient une sélection Lettres frontière. Valérie Gilliard diversifie sa plume par des chroniques journalistiques, des pièces de théâtre pour adolescents et enfin, par la publication en 2018 d’un recueil de nouvelles et de courtes proses poétiques, intitulé Nos vies limpides. La même année, elle reçoit la bourse à l’écriture du canton de Vaud pour un projet de roman sur le monde disparu des vocations.

 

Rencontre avec Valérie Gilliard par l’Association Tulalu

Emily Dickinson: le plus grand poète de langue anglaise surnommé “La Reine Recluse”

Emily Dickinson: excentrique et profonde

Très jeune, Emily Dickinson limite son horizon au jardin de la demeure familiale. Puis, un jour, elle s’enferme dans la maison et n’en sort plus. Elle regarde l’extérieur de la fenêtre du salon ou de sa chambre. Ses amitiés sont épistolaires. « Si tu ne parles à personne, tu accumules des pensées qui seront d’or et de lumière », écrit-elle à Austin, son frère aîné. Samuel Bowles, rédacteur en chef du Springfield Republican l’appelle« La Reine Recluse ». Perçue comme une excentrique par les amis de sa famille, Emily Dickinson, qui de son vivant refuse que ses poèmes soient publiés – elle en publie moins d’une douzaine –  est, de nos jours, considérée comme l’un des plus grands poètes de langue anglaise. Sensible, mystérieuse et profonde, son œuvre est célébrée comme l’une des plus grandes œuvres poétiques anglophones de tous les temps. Les poèmes suivants sont issus du recueil bilingue “56 poèmes” suivi de “Trois lettres” paru aux éditions Le Nouveau Commerce. Traduction de Simone Norman et Marcelle Fonfreide.

 

Emily Dickinson: une éducation calviniste et riguoureuse

Emily Dickinson naît le 10 décembre 1830 à Amherst, une ville du Massachussets fondée par ses ancêtres. Son père, membre du Congrès et trésorier de l’Amherst College, est un avocat cultivé, austère et pieux. Sa mère, froide et distante, la pousse à chercher de la tendresse auprès de son frère Austin. Elle étudie à l’Amherst Academy et au Mount Holyoke Women’s Seminary où elle reçoit une éducation calviniste rigide qui marquera sa personnalité.

Emily Dickinson: une poétesse quasi mystique

Très vite, Emily Dickinson s’isole, ne gardant le contact qu’avec quelques amis, comme l’écrivain Samuel Boswell avec qui elle entretient une longue correspondance. À l’âge de vingt-trois ans, Emily Dickinson est déjà consciente de sa vocation de poétesse quasi mystique. A trente ans, sa distance du monde est absolue, presque monastique. Retirée dans la maison de son père, elle se consacre aux occupations domestiques et gribouille sur des feuilles de papier, qu’elle cache dans les tiroirs, ses notes et vers qui, après sa mort, s’avèrent être l’une des plus remarquables réalisations poétiques de l’Amérique du XIXe siècle. Dans son isolement, elle ne s’habille qu’en blanc. “Mon choix blanc” selon ses propres termes, trait qui exprime l’éthique et la transparence de sa poésie.

L’une de ses biographes écrit au sujet de sa nature poétique : “C’était une spécialiste de la lumière. Son écriture peut être décrite comme le produit de la solitude, du retrait de toute forme de vie sociale, y compris celle relative à la publication de ses poèmes ». Jorge Luis Borges dira d’elle : “Pour autant que je sache, il n’y a pas de vie plus passionnée et solitaire que celle de cette femme. Elle a préféré rêver l’amour et peut-être l’imaginer plutôt que de le vivre”. En effet, certains de ses poèmes, et quelques lettres adressée à un homme qu’elle appelle « Maître » mais dont on ne connaît pas le nom, révèlent sa déception amoureuse ainsi que sa sublimation. Par la suite, elle transférera cet amour à Dieu.

Bouleversée par plusieurs deuils consécutifs, en automne 1884 Emily Dickinson s’évanouit en faisant la cuisine et reste malade durant de longues semaines. En novembre 1885 sa santé se péjore au point que son frère annule un voyage pour rester avec elle. Début mai 1886 son état s’aggrave. Elle meurt le 15 du même mois à l’âge de 55 ans. C’est sa sœur Lavinia qui fait publier ses poèmes en 1890.

 

Sources: France Culture, La Croix, Biografias y Vidas,  Wikipedia

Robert Desnos : entre rêves, hypnose et crue réalité

Robert Desnos : surréalisme et inconscient

« Pour nous, pour nous seuls, les frères Lumière inventèrent le cinéma. Là nous étions chez nous, cette obscurité était celle de notre chambre avant de nous endormir, l’écran pouvait peut-être égaler nos rêves ». Robert Desnos appartient à la génération qui a vu naître le cinéma. Cet art comblait l’homme qui explorait le terrain de l’inconscient en compagnie de ses amis surréalistes. Les poèmes ci-dessous sont issus du recueil Domaine public, paru chez Gallimard en 1953 et réédité en 1998. Ce livre contient l’intégralité de Corps et Biens et Fortunes, les deux plus importants volumes de poésie que Desnos ait publiés lui-même de son vivant.

 

Robert Desnos : un autodidacte surdoué

Le poète Robert Desnos est né le 4 juillet 1900 à Paris, non loin de la Bastille. Son père était mandataire aux Halles. Après s’être longtemps ennuyé sur les bancs de ses classes, à seize ans il quitte ses parents et l’école avec pour seuls bagages un certificat d’études et un brevet élémentaire. Il multiplie les petits boulots. Après la Première Guerre mondiale, en 1918, il commence à écrire ses premiers poèmes. Il les publie dans la revue dadaïste Littérature en 1919, et en 1922, sort son premier livre, Rrose Selavy, un recueil d’aphorismes surréalistes inspirés par le personnage fictif inventé par Marcel Duchamp qu’il reprend à son compte lors des séances de sommeil hypnotique qu’il pratique avec ses amis surréalistes.

Au Maroc, où il passe ses deux années obligatoires de service militaire pour l’armée française, Desnos se lie d’amitié avec le poète André Breton. Avec les écrivains Louis Aragon et Paul Eluard, Breton et Desnos formeront l’avant-garde du surréalisme littéraire. Ils pratiquent une technique connue sous le nom « d’écriture automatique », et beaucoup considèrent Desnos comme le praticien le plus habile. Breton, dans le Manifeste du surréalisme de 1924, loue particulièrement l’habileté de Desnos. La technique consistait à se mettre en transe puis à transcrire les associations et les sauts du subconscient. Les poèmes de Desnos de cette période sont ludiques (souvent avec des jeux de mots et des homonymes), sensuels et sérieux. Les années 1920 sont une période extrêmement créative pour Desnos. Entre 1920 et 1930, il publie plus de huit recueils de poésie, dont Langage cuit (1923), Deuil pour deuil (1924), La Liberté ou l’Amour (1927) et Les Ténèbres (1927).

 

Robert Desnos : de la poésie à la Résistance

Peu à peu, Desnos s’éloigne des surréalistes. Breton, dans le Second Manifeste du surréalisme de 1930, ne manque pas de le lui reprocher. En vérité, Desnos s’est lassé de ses propres excès, tant dans sa vie créative que personnelle. C’est à cette époque qu’il épouse Youki Foujita, qu’il surnomme La Sirène, et qu’il commence une carrière radiophonique en tant que chroniqueur musical et créateur de slogans publicitaires pour divers médias. Ses poèmes deviennent plus directs et musicaux, tout en conservant certains de ses styles antérieurs. Tout au long de cette décennie il écrit sans relâche. En 1936, il écrit un poème par jour. Parmi les œuvres publiées à cette époque, mentionnons Corps et biens (1930) et Sans cou (1934).

En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, Desnos sert à nouveau dans l’armée française. Pendant l’occupation allemande, il revient à Paris. Sous des pseudonymes comme Lucien Gallois et Pierre Andier, il publie une série d’essais qui se moquent subtilement des Nazis. Ces articles, combinés à son travail pour la Résistance, conduisent à son arrestation. D’abord envoyé à Auschwitz, il est transféré dans un camp de concentration en Tchécoslovaquie. Les Alliés libèrent ce camp en 1945 mais Desnos, qui contracté le typhus, décède le 8 juin de la même année.

 

Sources:

-Dictionnaire des mythes du fantastique

Domaine public, Gallimard, préface de René Bertelé

-La Nacion.com.ar

-Biografias.es

-Wikipedia

Sappho: la dixième muse selon Platon

Sappho: une célèbre poétesse méconnue

Bien que Sappho nous ait légué le terme saphisme pour désigner l’homosexualité féminine tandis que lesbienne vient de Lebos, l’île ou elle a vécu, l’on connaît peu de choses de cette poétesse. Malgré sa célébrité durant l’Antiquité, seulement 650 vers nous sont parvenus, tirés de citations tardives et de l’étude moderne des papyri. Contemporaine d’Alcée, de Stésichore et de Pittacos, elle a vécu entre le 7ème et le 6ème siècle avant J.-C, à Lesbos, à l’exception de quelques années d’exil motivées par des luttes aristocratiques. De nos jours, Sappho est surtout connue pour avoir poétiquement écrit son attirance pour les jeunes filles. Le poème suivant est tiré de Sappho poèmes et fragments, présentés et traduits par Philippe Brunet, Editions L’Âge d’Homme, 1991.

 

 

Sappho: sa vie

Sappho serait née, au VIIème siècle av. J.-C, dans la ville de Mytilène. D’autres sources affirment que son lieu de naissance est la petite ville lesbienne d’Eresós. Elle appartenait à une famille noble et aristocratique. Son père s’appelait Scamandrônymos et sa mère Cléis. Dès son plus jeune âge, la jeune fille est entourée de richesse et de luxe. Son père meurt alors qu’elle a 6 ans. Suite à ce décès, sa mère la fait entrer dans une école où l’on enseigne, aux filles, la danse et la créativité poétique. Au cours de sa scolarité, elle créé de nombreux hymnes, épitaphes, odes, élégies, fêtes et chants festifs.

En 595 av. J.-C., des émeutes soulèvent certains citoyens contre les riches aristocrates dont Pittacos, le tyran local. À l’âge de 17 ans, opposés à Pittacos, Sappho et ses trois frères fuient en Sicile où ils passent 15 ans en exil. Graciée, elle retourne sur son île natale en 580 av. J.-C. Après ce retour, elle commence une romance platonique avec un poète, mais il quitte l’île de Lesbos, et Sappho se marie avec un riche citoyen de l’île d’Andros nommé Kerkolas. Un an plus tard, elle donne le jour à une fille qu’elle nomme Cléis comme sa mère. Cependant son mari et sa fille meurent presque simultanément. Ce deuil la mène à consacrer sa vie à la poésie.

Dès lors Sappho commence à nourrir pour les jeunes filles un amour passionné. Pendant de nombreuses années elle dirige à Mytilène, la capitale de Lesbos, une école de rhétorique appelée la Maison des Muses.

La réputation de son école rayonne dans toute la Grèce et bien au-delà. Des jeunes filles viennent de partout pour apprendre à danser, chanter et jouer de la lyre. Sappho dédie souvent ses œuvres à ses élèves.

En 572 av. J.-C., à l’âge de 60 ans, Sappho se suicide, sur l’île de Leucade, en se jetant à la mer d’une falaise. Selon la légende, elle serait tombée amoureuse d’un jeune homme nommé Phaon, qui ne lui a jamais rendu la pareille d’où son acte pour mettre fin à ses jours.

Sappho: son oeuvre

Son œuvre, se composait apparemment de neuf livres de longueur variable. L’on a retrouvé des épithalames – des chants nuptiaux pour lesquels elle a créé son propre rythme et un nouveau mètre nommé sapphique – et des fragments de poèmes adressés à certaines des femmes qui ont vécu avec elle.

On y entrevoit l’expression d’une subjectivité qui recréée, avec de subtils changements d’humeur, la tentative de façonner la passion. Sappho présente la passion amoureuse comme une force irrationnelle, entre le bien et le mal, qui s’empare de l’être humain et se manifeste sous diverses formes, comme la jalousie, le désir ou une nostalgie intangible, tout en produisant des réactions physiques, comme celles décrites en détail dans l’un de ses poèmes.

Sa poésie, qui connaît un grand succès dans l’Antiquité, sert de source d’inspiration à de grands poètes comme Théocrite ou Catulle. A partir de la période alexandrine, l’intérêt de conserver son œuvre devient évidente tout comme de tenter de découvrir les parties manquantes. Malgré le caractère fragmentaire de la production qui a été préservée, il semble que Sappho ait réussi à réaliser son désir, conformément à la conception hellénique de la poésie, de faire perdurer ses amours à travers sa création poétique.

Ses poèmes ont été écrits en éolien la langue qui se parlait à Lesbos. Ce dialecte étant assez rare, cela explique pourquoi ses poèmes se sont perdus à mesure que de moins en moins de gens s’avéraient capables de les traduire d’autant que, selon certaines sources, une partie de ses œuvres auraient été brulées en 1073 en même temps que celles d’autres poètes lyriques.

Sappho apporta un renouveau à la poésie de son temps en imposant un nouveau style poétique, de nouvelles trouvailles et inventions dont la strophe sapphique. Strabon appela Sappho Un Miracle, Socrate Une tutrice de l’amour et Platon La Dixième Muse. Les poètes de cette époque étaient aussi des musiciens et musiciennes qui s’accompagnaient de la lyre. On lui accorde, notamment, l’invention du plectre.

A noter : de nombreux documents ayant été égarés ou détruits, les historiennes et historiens sont loin de se mettre d’accord sur ce que fut la vie de Sappho. J’ai tenté de faire un résumé aussi cohérent que possible. Cependant, d’autres sources pourraient peut-être contredire certains détails.

 

Sources :

– Sappho poèmes et fragments, présentés et traduits par Philippe Brunet, Editions L’Âge d’Homme, 1991.

– Biografias y Vidas, la enciclopedia biografica en linea.

– Burro sabio

– Wikipédia

 

Claude Nougaro : un magicien des mots

Claude Nougaro: poète et musicien

Claude Nougaro a débuté sa carrière dans les années 1950 en récitant ses poèmes Au Lapin Agile, un célèbre cabaret de Montmartre. En 1963, il impose son style avec la chanson Cécile ma fille. La magie de ses mots et de sa musique lui ouvrent enfin les portes de la notoriété. Inspiré par le jazz, la musique latine, africaine et la poésie, tout au long de sa carrière il marie et mélange les genres, les musiques et les rythmes. Claude Nougaro s’essaye également à la peinture et au dessin. Le poème ci-dessous est tiré du recueil L’Ivre d’images, qui contient également des dessins de l’artiste, paru chez Le Cherche midi éditeur, 2002.

Claude Nougaro : un enfant de la balle

Fils d’un chanteur d’opéra et d’une pianiste et professeur de piano, Claude Nougaro naît à Toulouse le 9 septembre 1929, près du boulevard d’Arcole. Ses parents, sans cesse en tournée, le confient à ses grands-parents paternels. Elevé dans le quartier populaire des Minimes, il passe une partie de son enfance à côtoyer les exilés de la guerre d’Espagne. En 1939, la seconde Guerre mondiale éclate et sa vie devient encore plus difficile.

Son grand-père et sa grand-mère, planton et sage-femme, chantent tous deux dans une chorale. À douze ans, Claude écoute –entre autres- Glenn Miller, Édith Piaf, Bessie Smith et Louis Armstrong sur la TSF. En 1947, il rate son baccalauréat, monte à Paris et débute dans le journalisme. En parallèle, il écrit des chansons pour Marcel Amon et Philippe Clay. Il rencontre Georges Brassens qui devient son ami et son mentor. Il écrit de la poésie romantique et  humoristique. En 1949, fait son service militaire à Rabat, au Maroc.

Après les succès musicaux cumulés dès les années 1960, en 2002 il fait une tournée avec un spectacle parlé où il reprend plusieurs de ses textes sans musique. L’enregistrement de cette tournée s’intitule Les fables de ma fontaine.

Entre 2003 et 2004, il prépare un album pour le label jazz Blue Note Records. Atteint d’un cancer, Claude Nougaro décède le 4 mars 2004 à l’âge de 74 ans. Le disque intitulé La note bleue sort à titre posthume le 30 novembre de la même année.

Ci-dessous, je n’ai pas résisté à la tentation d’insérer le poème Plume d’ange enregistré en public.

 

Sources:

François Cheng : le plus français de poètes chinois

De la poésie orientale dans les mots de la poésie française

Tout au long du XXe siècle, la littérature française a bénéficié d’orientalistes qui ont contribué à faire connaître la littérature chinoise et japonaise, pour ne s’en tenir qu’à celles-là, transformant, dans une certaine mesure, la langue poétique elle-même. Grâce, entre autres, à Paul Demiéville, Jacques Roubaud et François Cheng, la littérature et la poésie en langue française contiennent des éléments redevables à la poésie et à la pensée chinoise et japonaise.

La traduction de l’écriture poétique chinoise, écrite et publiée en français par François Cheng est d’une grande importance. En traduisant des auteurs français au chinois, le poète a également largement contribué à introduire la littérature française en chine.

 

François Cheng : de Victor Hugo à René Char

François Cheng est né en Chine, à Nanchang, le 30 août 1929. Issue d’une famille lettrée, il entreprend des études universitaires à Nankin. Il arrive à Paris avec ses parents en 1948 lorsque son père obtient un poste à l’Unesco. Passionné de culture française, quand sa famille émigre aux États-Unis en 1949 en raison de la guerre civile chinoise, il s’installe définitivement en France pour se consacrer à l’étude de la langue et de la littérature françaises. Il vit dans le dénuement et la solitude avant de faire, dans les années 1960, des études universitaires à la Sorbonne tout en préparant un diplôme de l’École pratique des hautes études. Dans les années 60, il enseigne au Centre de linguistique chinoise, le futur Centre de recherches linguistiques sur l’Asie orientale. Il réalise également des traductions de poèmes chinois en français.

Toujours dans la décennie des années 1960, il publie sa poésie, en chinois, à Taïwan. Il traduit également des poètes français, de Victor Hugo à René Char en passant par Apollinaire et Henri Michaux. Ce n’est qu’en 1977 qu’il commence à écrire en français, sur la pensée, la peinture, l’esthétique chinoises et aussi des ouvrages poétiques. Jugeant avoir acquis assez d’expérience, il s’aventure dans l’écriture de romans.

François Cheng n’est pas seulement écrivain. Plasticien, il est l’auteur de nombreuses calligraphies. Il évoque cet art dans de nombreux ouvrages tel que Vide et plein : le langage pictural chinois ou encore Et le souffle devient signe. Son œuvre d’essayiste, de traducteur, de calligraphe, de romancier et de poète est désormais traduite dans de nombreux pays.

François Cheng a obtenu le Grand Prix de la francophonie en 2001 et a été élu à l’Académie française en 2002. Il est membre du Haut Conseil de la Francophonie.

 

Sources :

– Éditions Gallimard, La vraie gloire est ici.

– Juan Malpartida, Letras libres.

– Wikipédia

 

 

 

 

Al-Farazdaq : une poésie de transition

Al-Farazdaq : satiriste et libertin

Dans la poésie arabe, al-Farazdaq constitue, avec al-Akhtal et Djarir, le trio de poètes les plus célèbres, de la fin du VIIe et du début du VIIIe siècle. Avec eux, al-Farazdaq a échangé des diatribes restées célèbres. Chez al-Farazdaq, la satire est violente, grossière et même, souvent, obscène ce qui parfois ne plaît pas à tout le monde. Le titre du poème ci-dessous Nuit Libertine ne laisse aucun doute quant à la capacité du poète à irriter certaines instances politiques ou religieuses.

 

Al-Farazdaq : un poète constamment attaqué

Hammam ibn Ghalib surnommé Al-Farazdaq, ce qui signifie « visage semblable à un grand morceau de pâte » sans doute parce qu’il a le visage très rond, naît au Yamāma en l’an 641. Son grand-père est un bédouin de grande réputation. Son père Ghalib qui a suivi le même mode de vie est réputé pour sa générosité et son hospitalité.

Par son talent, très jeune, al-Farazdaq attire à l’attention de sa tribu. Toutefois, à quinze ans, il décide de se consacrer à l’étude du Coran. Très vite, il recommence à refaire des vers. Il entame une longue carrière de panégyriste et de satiriste dont les péripéties seront nombreuses. Ses satires lui valent beaucoup d’ennuis. Constamment attaqué, le poète est obligé de fuir. Il se réfugie à Médine où il est bien accueilli. Il y reste environ dix ans pendant lesquels il écrit des satires sur les tribus tout en évitant les politiques urbaines.

Mais sa vie dispendieuse et ses vers amoureux conduisent à son expulsion. Il retourne à Bassorah. Une grande partie de sa poésie est maintenant consacrée à ses affaires matrimoniales. En effet, il a profité de sa position pour épouser sa cousine Nawar contre son gré. Elle cherche vainement de l’aide auprès de la cour de Bassorah et de diverses tribus mais tous craignaient les satires du poète. Enfin, elle se réfugie à La Mecque d’où elle demande de l’aide mais son mariage est reconfirmé. Les querelles recommencent. Al-Farazdaq prend une deuxième femme et, après sa mort, une troisième, pour énerver Nawar. Finalement, il consent au divorce . Al-Farazdaq devient le poète officiel du calife omeyyade Al-Walid à qui il dédie un certain nombre de panégyriques. Mais il a un don certain pour se faire détester. Le poème qu’il prononce à La Mecque, en colère, contre l’émir, l’amène à faire un séjour en prison qui contribuera largement à sa célébrité. Il meurt à Bassorah entre 728 et 730.

L’œuvre poétique d’al-Farazdaq est importante et compte de très nombreux panégyriques adressés à ses successifs protecteurs. La langue d’al-Farazdaq est vigoureuse, riche, sans jamais tomber dans la recherche ni rebuter par de trop grandes difficultés. Ces caractéristiques, ajoutées aux qualités qui marquent ses poèmes et le traitement des thèmes, fait d’al-Farazdaq l’héritier de la grande tradition bédouine qui donnera naissance à une poésie d’une inspiration et d’un langage plus modernes. Son œuvre témoigne de la transition entre la vieille poésie du désert et celle qui naîtra bientôt dans les villes d’Iraq.

Sources :

-La Poésie arabe, anthologie traduite et présentée par René R. Khawam, Editions Phébus, 1995

-Universalis.fr, article de Jamel Eddine BENCHEIKH

-Encyclopédie Larousse

-Le corps du poète dans la poésie arabe médiévale, d’après l’œuvre d’Ibn Ḫafāǧa par Brigitte foulon

-Wikipédia

Lucette Junod : une poésie en fusion avec le monde

Lucette Junod: mosaïque surexposée

« Fusion poème symphonique pour tire-lignes et corde à noeuds» peut-on lire à la fin d’un cahier, bref mais intense, publié en 1980 par les Éditions du Panorama fondées par Paul Thierrin. Le premier ouvrage de poésie de Lucette Junod, un texte discontinu d’un superbe équilibre , nous emmène dans un monde contemporain qui, finalement, a peu changé en presque quarante-ans. Des bribes de vies, des moments de télévision, des accès de colère féministe quand Chazot parle de Gisèle Halimi, des conversations au restaurant ou des rêves, tout prend une teinte noir-blanc vaguement surexposée qui brûle les yeux sans pour autant les détacher de la lecture. Que la poétesse et l’éditeur me pardonnent, je n’ai pas su résister à la tentation de publier deux pages afin de mieux plonger le lecteur dans les ambiances de Lucette Junod. A noter: ce sont deux pages qui ne se suivent pas.

 

 

Lucette Junod naît le 25 décembre 1932 à La Chaux-de-Fonds d’un père savoyard et d’une mère de la Broye fribourgeoise. Au Technicum du Locle – aujourd’hui CIFOM– elle obtient un diplôme de régleuse dans l’horlogerie, puis fait des études de comédienne aux conservatoires de Neuchâtel et de Genève avant de se consacrer à l’enseignement du théâtre et à son écriture. A partir de 1977, elle donne de nombreux récitals de poésie. En 1983 elle fonde les Rencontres poétiques internationales qu’elle organise à Yverdon-les-Bains et à Neuchâtel et qu’elle dirige jusqu’en 2004.

En 1980 paraît Fusion qui reçoit un excellent accueil de la critique. Suivent d’autres recueils de poèmes. Elle a également écrit plusieurs romans dont Les Grands-Champs qui reçoit le Prix Paul Budry en 1980.

Elle a également écrit des pièces de théâtre radiophoniques. D’autres, écrites pour la scène, ont été adaptées pour la radio.

Elle est une invitée régulière des soirées poétiques de Struga, en Macédoine, ainsi que des Congrés de littérature de Lesbois.

Lucette Junod a également été, de 1977 à 1989, la directrice du Service de Presse Suisse.

Elle était l’épouse de l’écrivain Roger-Louis Junod.

 

Sources :

AENJ

-Fusion, Editions du Panorama

-La nouvelle revue neuchâteloise

-Wikipédia