Ultime poème avant la pause : Arthur Billerey goûte au blues du restaurant

Arthur Billerey : poésie prémonitoire

En 2019, paraissait A l’aube des mouches, un recueil de poésies d’Arthur Billerey que j’ai déjà évoqué dans cet espace. Or, ces dernières semaines, j’ai à nouveau picoré les poèmes qui s’offraient à mes yeux lorsque j’ouvrais le livre au hasard des pages et, après quelques lectures, une chose m’a frappée. Le contenu de cet ouvrage, pourtant rédigé avant 2020, paraît décrire l’étrange période que nous vivons depuis l’arrivée du Covid-19. En s’adressant, généralement, davantage à notre inconscient plutôt qu’au pragmatisme du conscient, la poésie ouvre souvent nos sens à une multitude de possibles. Parmi ces possibles, certains arborent parfois les atours de la prémonition. Si les vers ci-dessous paraissent inspirés d’un tableau d’Edward Hopper, il n’en reste pas moins qu’ils pourraient aussi nous rappeler la solitude dans laquelle nous ont parfois plongés le SARS-CoV-2, les gestes barrière et la distanciation.

Espérons que la fureur des orages laissera le torrent dormir dans son lit. Croisons les doigts pour que nous en ayons fini de rester sur nos faims d’amitiés. Profitons de nous restaurer de cette claudicante année sur les terrasses des restaurants. Courons librement dans des jardins extraordinaires. A moins que les caprices de la météo ne nous incitent à manger de chaudes soupes à l’oignon.

Si vous souhaitez en savoir davantage sur Arthur Billerey, sa poésie et ses activités, cliquez ici.

Sources :

  • A l’aube des mouches, recueil de poésie d’Arthur Billerey, éditions de l’Aire.

 

Pause estivale

A toutes et à tous je souhaite de magnifiques vacances et un superbe été que ce soit sous le soleil ou au coin du feu.

Ce blog va prendre une longue pause qui me permettra de me pencher sur d’autres écrits. Je reviendrai en début d’automne, le 14 octobre plus exactement, avec de nouvelles lectures d’ici et d’ailleurs : des BD, des nouvelles, de la poésie, de la littérature classique et contemporaine et encore d’autres choses.

Pour ne pas rater sa réouverture, abonnez-vous à la newsletter.

Que le bonheur et la santé soient avec vous.  A bientôt.

Dunia Miralles

Trouble de la personnalité borderline : 3 livres pour le comprendre

Le trouble de la personnalité borderline : un tueur invisible

Qu’une personne change facilement d’humeur et on la qualifiera de borderline. Qu’une situation s’annonce difficile à cause de facteurs susceptibles d’évoluer rapidement d’une manière imprévisible, et l’on déclarera le contexte borderline.

A l’inverse, on aura tendance à croire d’une personne qui souffre véritablement de TPB, qu’elle est capricieuse, qu’elle cherche à se rendre intéressante, qu’elle exagère ses souffrances, que c’est une comédienne ou une malade imaginaire. Si dans les deux premiers cas le mot borderline utilisé en tant que métaphore est recevable, en revanche nier la maladie d’une personne dont le trouble a été diagnostiqué relève de la maltraitance. En effet cette maladie difficile à dépister par les spécialistes, généralement invisible aux yeux du quidam, est une impitoyable tueuse.

TPB : un large panel de fonctionnements

Il existe un grand panel de personnes borderlines. Cela va des fonctionnantes maxi aux fonctionnantes mini.

Les fonctionnantes maxi sont capables de tromper leur monde. Un malade fonctionnant maxi peut tromper son entourage à 100%. Les fonctionnants maxi réservent leurs crises de colère et réactions inappropriées uniquement aux personnes les plus importantes de leur vie. De l’extérieur, rien ne semble indiquer qu’ils souffrent d’un trouble. Une invisibilité qui les dessert lorsqu’ils s’aventurent à révéler leurs incapacités à des non borderlines. Ces derniers mettront leurs dires en doute ce qui augmentera les sentiments d’impuissance et de détresse de la personne atteinte de TPB. Les maxi fonctionnants agissent en société tout à fait normalement. Les maxi peuvent même avoir une famille, des enfants, des loisirs, un travail gratifiant… mais ce semblant de normalité les épuise psychiquement ce qui met sans cesse leur vie en danger.

A l’autre bout de l’échelle les fonctionnants mini s’avèrent incapables de maîtriser leurs pulsions. Cependant, chez les uns comme chez les autres, les comportements à risques et le suicide sont fréquents. L’une des caractéristiques des borderlines, c’est qu’ils doivent « se faire du mal pour arrêter de souffrir » ce qui les mène à des agissements autodestructeurs. En effet, pour apaiser les démons intérieurs qui les torturent, ils-elles s’enliseront souvent dans des conduites dangereuses envers eux-elles-mêmes (et parfois envers les autres) : abus de substances diverses, alcool, anorexie, automutilation, boulimie, conduite automobile dangereuse, dépenses excessives, drogues, jeu, suicide, sexe à risque, violence domestique… Le 78% des personnes qui subissent un TPB feront une tentative de suicide au cours de leur vie et 10% en mourront. De toutes les maladies psychiatriques, c’est le trouble borderline qui tue le plus par suicide. Par ailleurs, les sujets ayant un TPB représentent jusqu’à 20% des patients hospitalisés en psychiatrie.

TPB: quand le genre influe sur la maladie

Le trouble de personnalité limite affecte autant les hommes que les femmes dans la population générale. En revanche, il existe une surreprésentation des femmes. C’est​ probablement dû au fait que le TPB se présente d’une manière différente que l’on soit d’un genre ou l’autre. La femme aura tendance à s’en prendre à elle-même au travers d’automutilations ou de troubles alimentaires. L’homme extériorisera davantage sa maladie avec des comportements violents envers autrui. La violence faisant, dans notre culture, partie des caractéristiques masculines, la pathologie s’en trouvera dissimulée.

Contrairement à ce que prétend une idée largement répandue, le trouble de la personnalité borderline est une vraie maladie répertoriée et largement étudiée. Ce n’est pas un mythe, un “délire” de psychiatre ou un diagnostic “poubelle”. Elle doit donc être prise très au sérieux. Pour mieux la comprendre j’ai sélectionné trois livres.

Le manuel du borderline

Le trouble de la personnalité borderline est une maladie bien réelle. Elle prive ceux qui en sont atteints du contrôle de leur vie et d’une reconnaissance de leur souffrance. Mettre en mots les tourments qu’elle inflige pour permettre aux malades et à leur entourage de la traverser, tel est l’objectif de ce manuel conçu par trois spécialistes des états limites. Le manuel du borderline, paru aux éditions Eyrolles, explique l’utilité d’un diagnostic, fait le point sur la recherche et livre des pistes et des outils pour vivre ce trouble d’une manière plus apaisée. Les auteurs, dont le professeur genevois Nader Perroud, ont conçu le livre comme un carnet de bord susceptible d’aider les borderlines à comprendre les mécanismes de leurs débordements, à se repérer dans les différents symptômes et à choisir la voie thérapeutique la plus appropriée.

Les textes sont à la fois pointus et faciles à comprendre. Les tests, que chacun peut faire, pour déterminer si l’on a ou non des traits borderline – ou d’autres maladies psychiques – m’ont particulièrement intéressée.

Ci-dessous, j’insère l’avant-propos rédigé sous forme de conte. Il est très pertinent pour expliquer, en une page, les différentes formes que peut prendre le trouble de la personnalité limite.

Borderline, à un compagnon disparu : un témoignage bouleversant

Anne-Catherine Ménétrey-Savary est née à Aigle. Enseignante au secondaire, spécialiste des médias et psychologue, elle a été active dans le domaine des addictions. Politicienne professionnelle, elle a siégé au Grand Conseil vaudois ainsi qu’au Conseil national. Ses nombreux atouts professionnels, son expérience de l’être humain et des addictions, ne l’ont pas empêchée de s’énamourer d’un homme borderline et de subir les diverses violences induites par la maladie de son amoureux. Dans Borderline, à un compagnon disparu, publié par les Éditions d’en bas, elle raconte avec pudeur et franchise ces vingt-cinq ans de relations intimes, dont quinze avec des hauts et des bas. Une histoire abrupte, contrastée et passionnelle qui se terminera par la disparition de celui qu’elle a tant aimé. L’évidence que l’on ne résout rien avec des « yakas » m’a interpellée. L’auteure, une intellectuelle intelligente et médiatisée, connue de tous dans le canton de Vaud et le reste de la Suisse, acceptera la violence de son conjoint avec amour et par amour, la maladie rendant – à ses yeux – acceptable l’inacceptable. Rien n’est jamais blanc ou noir. Entre les deux vivent des nuances grises, parfois même arc-en-ciel. Ce livre nous l’explique avec distance et tendresse, même si j’ai souvent eu envie de hurler « Laisse-le tomber ! Sauve ta peau ! Tant pis pour ton mec ! » Un texte magnifique écrit à la deuxième personne du singulier. Des mots qui s’adressent directement à un homme qui a préféré la mort plutôt que la douleur et la déchéance imposées par la maladie.

J’ai choisi l’extrait qui suit parce qu’il montre à quel point être déclaré inapte à travailler peut s’avérer inconfortable pour les personnes diminuées par une maladie psychique. De plus, les paragraphes incomplets en début et en fin de page, laissent entrevoir les problèmes causés par un état limite.

Les Borderlines

Une personnalité borderline, c’est quelqu’un-e qui est d’humeur changeante, qui a des émotions intenses et excessives. Malgré une intelligence parfois hors du commun, quand il s’agit d’elle-même, la personne malade souffre d’altérations de la perception et du raisonnement. Elle peut éprouver un sentiment d’abandon, de persécution, voire de vide. Co-écrit par Bernard Granger et Daria Karaklic, deux spécialistes du TPB, et paru aux Editions Odile Jacob sous un titre d’une inégalable sobriété, Les Borderlines montre que la violence et l’autodestruction ne sont pas une fatalité. Des solutions existent pour les surmonter. Les auteurs s’intéressent également aux causes, aux symptômes, aux conséquences et aux différents traitements qui peuvent aider le patient.

La page que je publie explique la manière dont une émotion négative peut submerger une personne borderline.

Sources :

  • Le manuel du borderline, Bernadette Grosjean, Martin Desseilles et Nader Perroud, éditions Eyrolles.
  • Borderline, à un compagnon disparu, Anne-Catherine Ménétrey-Savary, éditions d’en bas.
  • Les Borderlines, Bernard Granger & Daria Karaklic, éditions Odile Jacob
  • Fondation FondaMental Suisse
  • AAPEL: Association d’Aide aux Personnes avec un État Limite, borderline ou personnalité limite.
  • Bibliothèque de La Chaux-de-Fonds
  • Bibliothèque de Delémont

Marie Neuser : « Délicieuse » une jalousie dévorante à éprouver à la plage

Délicieuse : dans l’enfer d’une femme trahie

De toujours, les sempiternelles histoires de cocuages s’emparent des arts, aussi bien de la littérature que du théâtre, du cinéma, de la peinture et j’en passe… Un thème assaisonné à toutes les sauces : de la comédie à la tragédie, de l’innocence à la perversion. Un sujet repris par l’auteure de romans noirs Marie Neuser dans « Délicieuse ». Un récit qui, à sa parution, connut un joli succès. Je l’ai lu à ce moment-là. J’avais songé à en parler dans cet espace mais je m’étais abstenue. Pourquoi ? Parce que ce livre m’avait beaucoup agacée. Parce qu’il dépeint ce que je déteste et combat : la jalousie, la possessivité, la vengeance. Parce que même si son héros est une héroïne, si on le lisait au masculin, il représenterait l’une des choses qui m’horripile le plus dans le patriarcat : considérer que l’autre nous appartient. Certes, quand le père de son fils lui annonce, après vingt ans de vie de couple, qu’il est amoureux d’une autre femme, plus jeune, plus fraîche, plus rigolote, en un mot plus délicieuse qu’elle, le trouble de Martha est typiquement féminin. Après avoir donné vingt ans de sa vie et un enfant à cet homme, il lui reproche d’être fade et fatiguée. Un coup de massue qui l’oblige à ne plus voir d’elle et de sa vie que l’image vieillissante, que le corps avachi et la monotone routine du couple dont Raph est aussi largement responsable. Une responsabilité qu’il n’assume pas, évidemment. Suite au choc causé par cette nouvelle, Martha tente de régater avec la belle jeunesse de l’amante ; met tout en œuvre pour récupérer « son homme ». Peine perdue.

Obsédée par cet abandon, rongée par le dépit, elle s’enferme dans son courroux et utilise tous les moyens à sa disposition pour échafauder sa vengeance : faux profil sur Internet, filature, se lier d’amitié avec sa rivale. Tout cela en ressassant ses sentiments sur presque 500 longues pages qui parfois donnent envie de lâcher le livre. Mais on continue de le lire. Ne serait-ce que parce que le plus sage d’entre nous a, un jour, éprouvé les ravages de la jalousie. De plus, dans mon cas, parce que dès les premières lignes j’en ai deviné la fin. Or, j’avais envie de savoir comment Martha en arriverait à cet extrême. D’autant qu’elle est psychologue dans des prisons ou elle rend visite à de grands criminels, et qu’il m’est difficile d’admettre qu’une personne supposée avoir travaillé un minimum sur elle-même et dont le métier consiste à connaître un tantinet les mécanismes de l’être humain, se laisse emporter par des sentiments aussi primaires et banals.

Cependant, je ne déconseillerai pas la lecture de Délicieuse. C’est un pavé idéal à emmener à la plage. Un livre qui décortique par le menu toutes les pensées, les angoisses, les tristesses et les rages engendrées par la jalousie. En particulier, celles qui peuvent mener une femme à commettre le pire.

Délicieuse de Marie Neuser : extrait

Marie Neuser : biographie

Née en 1970 à Marseille, Marie Neuser est enseignante dans les lycées les plus problématiques de cette ville. Pour écrire, elle préfère les terrasses des cafés plutôt que son chez elle. Son premier roman, Je tue les enfants français dans les jardins (L’Écailler, 2011), s’inspire de son expérience de professeure de collège et a été nominé pour plusieurs prix (Grand Prix de la Littérature Policière, 2012 ; prix SNCF du Polar, 2012). Un petit jouet mécanique (L’Écailler, 2012) a été récompensé par le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA, et par celui de Corse en 2014. Elle a collaboré au recueil de nouvelles Marseille Noir (Asphalte, 2014). Prendre Lily (2015), Prendre Gloria (2016) et Délicieuse (2018) tous les trois parus chez Fleuve Éditions, ont reçu un bel accueil à la fois public et critique. Tous ses ouvrages sont repris chez Pocket dont Délicieuse.

 

Sources :

  • Délicieuse, Marie Neuser, Fleuve Noir Éditions, ou en poche chez Pocket.
  • Lisez, le site d’actualité des maisons d’édition du Groupe Editis

Jean-Luc Fornelli : la poésie d’un désespoir rigolard

Jean-Luc Fornelli : rire pour ne pas pleurer

L’an passé, entre deux confinements, Jean-Luc Fornelli a publié Les Aigrettes, journal d’un poète givré même l’été, aux Éditions du Roc. En relisant ses haïkus et poèmes, de prime abord humoristiques, ils m’ont soudainement parus d’un humour chagrin. Ne dit-on pas que les clowns sont tristes et les humoristes de grands dépressifs ? A moins qu’il ne s’agisse de mon état d’esprit du moment, embrumé par de trop longues semaines de grisaille et de froid, qui m’incite à une relecture plus sombre. C’est sans doute un signe de talent quand un poète parvient à faire en sorte que chaque lecteur se reconnaisse dans ce qu’il écrit.

Ci-dessous, un poème sentimental et passionné, d’un amour comme nous sommes nombreux à en avoir connu quel que soit notre genre.

 

Pour en savoir plus sur Jean-Luc Fornelli et sur le recueil Les Aigrettes, qui est toujours en vente, cliquez ici.

Source :

  • Les Aigrettes, journal d’un poète givré même l’été, Jean-Luc Fornelli, Éditions du Roc.

Un livre 5 questions : « Il s’agit de ne pas se rendre » d’Anouk Dunant Gonzenbach

Vivre après un deuil périnatal

En été 2006, l’auteure subit un deuil périnatal à cinq mois de grossesse. Au fil des mois et des années, elle se questionne sur la manière de réagir face à un drame aussi hermétique duquel il est si difficile de se relever. Autrefois les familles étaient davantage préparées à endurer la perte d’un être tant désiré. De nos jours en revanche, où la confiance en la médecine est presque entière, personne ne songe qu’une grossesse pourrait mal tourner. Que les vies de la mère et de l’enfant peuvent soudainement basculer vers la tragédie. Or, comment se mettre d’accord avec l’existence et soi-même suite à un événement indicible, quel qu’il soit ? Rédiger le livre Il s’agit de ne pas se rendre, réflexions sur l’espérance a permis à Anouk Dunant Gonzenbach de retrouver une certaine sérénité.

Dans sa quête de réponses, elle s’est tournée vers les archives, vers la poésie, vers la littérature à laquelle elle se réfère largement dans son ouvrage et surtout vers Dieu, même si au début du livre elle ressent une profonde incompréhension, voire de la colère, envers ses desseins. Cependant l’évidence est s’impose : la grossesse est une chose naturelle mais risquée. Donner la vie est un acte dangereux pour la mère et l’enfant. Encore de nos jours.

Il s’agit de ne pas se rendre : extraits

« Je cherche ensuite du réconfort, si on peut appeler ça du réconfort, du côté de l’Histoire. De tout temps, et encore aujourd’hui des femmes et des bébés meurent ».

« Au dix-septième siècle, la femme enceinte vit dans la peur, la peur pour elle et pour l’enfant dont elle est responsable. Elle baigne dans une atmosphère d’angoisse ; de nombreux rites et coutumes sont mis en place afin de déjouer la mort. Entre 2,4% et 10% des accouchements provoquent la mort, et une femme accouche en moyenne six fois dans une vie ».

« Pour des raisons professionnelles, dans les quelques jours suivant ma reprise du travail après la perte du bébé, je dois passer en revue toutes les pages du registre des décès de l’année 1874 à Genève, soit un siècle précisément avant ma naissance. Je manque fondre en larme devant ce document d’archive, qui témoigne des tous les décès d’enfants et de tout petits enfants, parfois tous les enfants en bas âge d’une même famille pendant une semaine.

Nous avons oublié tout cela. La mort périnatale et infantile (sans parler de la mort de la femme en couches) est devenue taboue et n’est plus acceptée. C’est même la mort la moins acceptée. A une amie réalisant son FMH en gynécologie dans un petit hôpital, le médecin avait lancé : « Vous ne voulez pas devenir dermatologue plutôt, ou même chirurgienne cardiaque ? » Un décès lors d’une opération à cœur ouvert passe mieux aujourd’hui qu’une mort en couches. »

Anouk Dunant Gonzenbach : l’interview

Commençons par la fin : avez-vous surmonté le deuil périnatal auquel vous avez été confrontée ?

Oui heureusement, j’ai surmonté ce deuil qui est arrivé en 2006. Mon fils cadet est né en 2007. Je suppose que comme toute personne confrontée à un événement tragique, il reste par la suite une cicatrice, mais elle ne me fait pas mal. En revanche elle est là, inscrite dans mon histoire de vie. Je suis bien sûr plus sensible lorsqu’une autre femme raconte qui lui est arrivé la même chose. Je parle des femmes, tout en étant consciente qu’il faudrait aussi parler des hommes, des pères. Je parle des femmes, car ce qui arrive se passe dans notre ventre, dans notre chair, souvent il me semble dans notre silence. Je parle des femmes, car je suis chaque jour plus admirative devant la résistance et la puissance féminine. La perte d’un bébé avant la naissance se produit depuis la nuit des temps. Ce n’est pas réconfortant, mais si nous en parlons, si nous avons la force d’échanger, de voir comment les autres l’ont surmontée, alors cela peut quand même peut-être apporter un peu de réconfort.

Vous aviez déjà une petite fille lorsque c’est arrivé. Avez-vous l’impression de l’avoir délaissée pendant les mois, les années qui ont suivi ce drame ? Que diriez vous au parents qui vivent la même chose que vous et qui ont déjà des enfants ?

Fille Ainée avait 2 ans à ce moment. Non, je n’ai pas l’impression de l’avoir délaissée, au contraire, ni pendant les jours et les semaines qui ont suivi, ni après. Je pense qu’avoir un enfant oblige à ne pas se laisser couler, donne une raison de se lever le matin. Je ne me sens pas la légitimité de dire quoi que ce soit à des parents qui vivent ce drame; ce que je peux dire, c’est que quoi qu’il soit arrivé et qu’il arrive, mes enfants aujourd’hui adolescents sont ce qu’il y a de plus beau, de plus authentique et l’espérance pour aller vers demain.

Ma surprise a été de constater que votre livre parle plus de religion, du protestantisme en particulier, que de vos émotions. Quel conseil donneriez-vous aux athées qui se retrouvent avec la même épreuve ?

Je pense avoir fait état de mes émotions, mais l’objectif de ce recueil n’était pas de m’étaler, de m’apitoyer ou d’entraîner à dessein la lectrice ou le lecteur dans la tristesse. Il s’agissait pour moi de faire le point sur un cheminement intérieur, d’écrire comment je me suis relevée face un drame inexpliqué et inexplicable, de décrire mes questionnements. Et dans cette quête de sens, à un moment, il devient inévitable de se tourner vers le haut, vers quelque chose qui transcende. Dans ma culture genevoise protestante, ce quelque chose en effet a un nom, Dieu, que j’ai été d’accord d’utiliser. Je n’ai pas cherché à me demander ce que Dieu a tenté de m’apprendre, d’abord parce que je ne savais même pas si je croyais en lui, et parce que je ne pense pas une seconde qu’un événement tragique arrive exprès pour déclencher des choses qui pourraient par après se révéler enrichissantes. J’ai plutôt voulu comprendre comment articuler un événement indicible avec l’existence d’un Dieu, quel qu’il soit, qui permet une chose pareille. Rien n’est logique. Alors j’ai questionné la notion de foi, et c’est ce que je tente de décrire. Je ne me sens pas légitime de donner des conseils à qui que ce soit. Ce que je peux dire, c’est que ce chemin m’a permis de réfléchir à cette notion de foi, qui pour moi revient à demeurer dans l’espérance qui permet de toujours se relever. J’ai tenté alors de définir ce qu’est pour moi, aujourd’hui, l’espérance, et voilà ce que je peux en livrer: Je crois que mon espérance à moi, c’est de rendre beaux les moments du présent, et de repérer dans le présent les moments qui sont beaux. Ce qui m’importe vraiment, c’est le ici et maintenant, là où on vit, ce qui vient avant la fin de l’histoire.

Avez-vous un message à faire passer au personnel médical lorsque ce genre de drame arrive ?

Tout cela est arrivé dans un petit hôpital de Haute-Engadine où le personnel médical n’était pas surchargé et donc disponible, et j’en suis reconnaissante. J’ai entendu des témoignages terribles de femmes qui ont vécu un deuil périnatal seules ou dans des grosses structures. Les choses avancent, mais je ne suis pas spécialisée sur la question. Il faudrait aussi que les choses avancent dans la société : cette problématique reste taboue encore aujourd’hui. La femme n’ose pas en parler à son entourage car elle a l’impression que c’est un échec, alors qu’elle n’est responsable de rien. L’entourage ne sait pas comment réagir, et les gens pensent encore souvent que ce n’est pas grave de perdre un enfant qui n’est pas encore né. De manière plus générale, on se heurte au rapport problématique de notre société avec la mort, ce que d’ailleurs la pandémie a bien mis en évidence.

La question que je pose à tous les auteurs et autrices : à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

Je pourrais répondre Alice au pays des merveilles ou Dorothy du Magicien d’0z, mais j’aurais vraiment aimé être le “Je” de Mme de Sévigné, parce que j’aurais voulu écrire il y a plus de 300 ans avec autant de fulgurance et d’humour.

Interview réalisée par Dunia Miralles

Biographie d’Anouk Dunant Gonzenbach 

Anouk Dunant Gonzenbach est née en 1974 à Genève où elle vit et travaille. Titulaire d’un master en histoire, elle est directrice adjointe des Archives d’État de Genève. Dans les interstices de la vie familiale, professionnelle et associative, elle cherche à restituer par l’écriture ce qu’elle observe et ressent. Elle a également publié Les mots de tout au fond – Poèmes aux Éditions des Sables (2018). Vous pouvez découvrir le site auquel participe Anouk Dunant Gonzenbach en cliquant ici.

Adresse : en Suisse romande, l’association AGAPA offre un soutien psychologique aux personnes ayant subi un deuil périnatal, non seulement les parents mais également la fratrie. Rendez-vous sur le site d’AGAPA en cliquant ici.

Sources :

  • Il s’agit de ne pas se rendre, réflexions sur l’espérance, Anouk Dunant Gonzenbach, Editions des Sables, collection Alluvions.
  • Anouk Dunant Gonzenbach

Un livre 5 questions : « Exutoires » de François Hainard

Exutoires : une écriture idoine pour le cinéma

Après un brillant parcours universitaire, en tant que chercheur et professeur à l’Institut de sociologie de la faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université de Neuchâtel, François Hainard s’adonne au côté ludique de l’écriture. En 2017, son premier roman Le Vent et le Silence paru aux éditions G d’Encre, avait déjà reçu un excellent accueil. Traduit à l’allemand et intitulé Wind und Schweigen, il est également paru chez PEARLBOOKSEDITION à Zurich, ce qui lui a valu d’être signalé par la NZZ comme une bonne surprise littéraire. En cours de traduction à l’italien chez Armando Dadò à Locarno, François Hainard vient d’en laisser les droits afin que cette histoire d’amour tragique, qui se déroule durant la deuxième guerre mondiale entre une bonne à tout faire protestante et un ouvrier en boulangerie tessinois et catholique, soit adaptée au cinéma.

Si vous êtes un réalisateur ou une réalisatrice à la recherche d’un scénario, ne manquez pas de vous intéresser à son deuxième roman Exutoires. Ce dernier opus contient également tous les éléments pour devenir un excellent film y compris une magnifique bande son.

 

Exutoires :  l’histoire

Dans une campagne pas très loin de chez nous, trois personnes vivent sous le même toit, font tourner une ferme sans se soucier les unes des autres. Dans cette famille recomposée où la communication est impossible, le trio est devenu infernal et tout s’enchevêtre : les rêves brisés du quotidien, l’invisibilité de l’autre, les addictions de chacun, l’absence de distance, une démence qui conduit à l’abjection… Il y a pourtant des exutoires : le sordide de l’ordinaire se dilue dans ce qu’il peut y avoir de plus magique et de rédempteur, la musique.

En excellent sociologue, François Hainard décortique l’environnement dans lequel évoluent ses personnages et l’influence culturelle et psychologique qu’il exerce sur les gens. Aucun geste, aucune attitude n’est laissée au hasard. Tout contribue à tisser la trame. Si au début cela peut paraître fastidieux, l’on s’aperçoit rapidement qu’il monte un puzzle où chaque pièce permet à une autre de s’emboîter. Ces descriptions méthodiques nous amènent à comprendre qu’à la campagne, encore de nos jours, certaines femmes ne sont qu’une monnaie d’échange. De la main d’œuvre bon marché, une marchandise qui permet d’agrandir le patrimoine à l’instar d’une vache ou d’un hectare de pâturage. Dans cette lourdeur, la beauté ne vient ni du chant des oiseaux ni du paysage forestier, mais de la musique classique dans laquelle Lydia puise la force de continuer à vivre.

 

Exutoires :  l’extrait

 

François Hainard : l’entrevue

La vallée de la Brévine vous a-t-elle inspirée pour écrire votre livre ?

Dans toute fiction figure un peu de soi, vous le savez si bien. Ce roman ne se passe pas dans cette vallée, mais elle y a fortement contribué. Il mobilise mes propres connaissances du monde paysan puisque j’en suis issu, et inévitablement un peu du sociologue que je suis, même si j’essaie de m’en éloigner le plus possible ! Il se passe aujourd’hui et raconte une paysannerie qui s’enfonce dans une modernité qui la détruit. Étonnamment il est politiquement très actuel !

“Exutoires” raconte – entre autres – l’histoire de Lydia, une femme née dans un milieu paysan, ce qui ne l’empêche pas d’éprouver une véritable passion pour la musique classique. Quel rôle tient la musique classique dans votre vie et dans votre livre ? Les morceaux choisis correspondent-ils à ses humeurs ?

La manière dont Lydia a découvert la musique classique est exactement la mienne ! En fait, à travers elle, je raconte ce qui m’est arrivé et ce que j’ai ressenti: l’initiation par un instituteur, le voyage à l’opéra de Zurich. A cela s’ajoute que ma mère, paysanne, écoutait ce type de musique et jouait du piano. Toutes les conditions étaient remplies pour l’aimer, car il ne faut pas de culture pour apprécier cette musique, il faut juste une personne pour nous en montrer la beauté, comme pour toutes autres choses ! Sans doute on peut apprendre à aimer par soi-même, mais il est plus facile de manquer la cible. Il est vrai que la musique classique est connotée socialement (comme le rap !), c’est ce qui la dessert. Elle reste trop souvent caractéristique des attributs dont se pare une élite, et ici aussi, comme pour beaucoup d’autres éléments discriminants, les processus de reproduction sociale et la force des déterminismes contribuent à entretenir une solide forme d’étanchéité. Aujourd’hui la musique classique m’accompagne quotidiennement et meuble souvent mes insomnies. La musique que Lydia écoute est fonction de ses états d’âme ; j’ai passé quelques centaines d’heures à choisir ce qu’elle pourrait aimer et à chaque fois le choix était un cruel sacrifice.

Le beau-fils de Lydia est schizophrène. Etait-il nécessaire de justifier ses actes, souvent odieux, par la maladie ?

J’ai attribué cette maladie au fils pour expliquer un comportement particulièrement sordide. Ce qui me paraissait intéressant dans ce trio infernal était de montrer les rapports entre un fils et ses parents, lorsque tous sont en décalage. Car même si sa mère était déjà morte, elle vivait toujours dans sa tête. Mon intérêt était aussi d’aborder l’influence que des parents peuvent avoir dans des circonstances extrêmes. Il est possible que des actes similaires aient pu être commis par des personnes sans maladie mentale détectée, mais saines seulement en apparence, car (à mon avis) on ne tue ni ne viole, de surcroît à répétition sans avoir de graves problèmes mentaux. Dans le même sens, il m’apparaît que l’enfermement dans les têtes, par des addictions diverses, la non-communication, les non-dits, le repli sur soi, l’isolement, donc tout ce que notre société est en train de produire actuellement, et ceci malgré la multiplicité des techniques et des canaux de communication, contribuent à façonner ces types de comportements déviants.

Votre biographie spécifie que vous vous adonnez à la peinture et que vous aimez penser avec vos mains. Bûcheronner est-ce votre manière de pratiquer la méditation, ou un de pied de nez aux intellos qui méprisent ce genre de tâches ?

M’essayer à la peinture était aussi un objectif à réaliser à ma retraite parce que, comme pour l’écriture, il faut avoir du temps. Comme l’écriture, peindre est pour moi une forme d’évasion ; j’essaie de peindre un peu de tout, sans doute très maladroitement, sauf du portrait. Comme je suis plutôt impatient je travaille à l’acryl (ça sèche plus vite !) que je rehausse d’un peu d’huile.

C’est Denis de Rougement qui disait : « Les uns pensent, les autres agissent. Mais la vraie condition de l’homme c’est de penser avec les mains. » ! Cela va un peu dans le sens de la formule de Fernando Pessoa à laquelle j’adhère, dans son livre sur l’Intranquillité « Agir, c’est connaître le repos ». On peut bien sûr penser avec les mains de différentes manières. J’y ai inclus le bûcheronnage. Il est à la fois une forme d’évasion et de retour en arrière : je communie avec mon contexte et je retrouve mes racines. Il faut dire que j’ai la chance d’avoir une forêt en hoirie avec mon frère et ma sœur, qui jouxte ma vieille ferme. C’est moi qui m’en occupe, j’adore ça ! Je suis adepte d’un bûcheronnage « de luxe », c’est-à-dire que je n’y travaille que s’il fait beau temps, et au printemps et en été je n’utilise que très peu la tronçonneuse pour pouvoir écouter les chants d’oiseaux, donc j’ébranche à la hache les arbres coupés! Oui c’est une activité très physique, mais de par mes origines paysannes, j’ai hérité d’une conception utilitariste du corps. Mon corps est davantage un outil qu’il faut faire fonctionner avant d’être un capital que je dois entretenir. En réalité avec ma façon de faire, je triche et il est un peu les deux à la fois. J’aime cette forêt car elle est comme je voudrais qu’elle soit. Elle commence par un pâturage vallonné avec de belles formes douces et rondes (oserais-je dire féminines par les temps qui courent ?), puis suivent de petits bosquets comme mise en bouche, ensuite il y a une alternance de clairières et de bois, pour finir par une dense sauvagerie désordonnée, pleine de mystères, de rocailles et de trous, une petite jungle qui pourtant m’accepte. J’aime aussi cette forêt parce que je me dis : tiens ces arbres ont vu passer mes parents, et ceux-là mes grands parents ! Et mes enfants les verront-ils passer plus tard ? Aujourd’hui elle souffre de la chaleur et du bostryche et je n’arrive pas à débarrasser tous les arbres qui meurent. Mais j’ai un épicéa en pleine forme qui doit avoir plus de 250 ans selon le garde-forestier, c’est-à-dire qu’il a vécu tous les grands événements qui ont émaillé cette période: la Révolution française, les trois grandes guerres et tous les drames du quotidien. Ce n’est donc pas ce qui se passe avec le Covid qui lui fait peur ! Je vais souvent le saluer. Son silence est un peu dédaigneux, sans doute rempli de pitié et de condescendance à l’égard des hommes. Il sait déjà qu’il me survivra. Mais je l’aime quand même beaucoup.

Une question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

De mes récentes lectures, j’hésite entre Martin Eden et Little Wolf… Je choisirai Little Wolf, chef cheyenne, personnage mythique de la trilogie de Jim Fergus « 1000 femmes blanches ». Un chef fier, courageux, respectueux de son pays et amoureux de son peuple. Avec lui, dans les années 1870, j’ai chevauché de nombreuses journées dans les plaines de l’Ouest, chassant le bison dans les Black Hills et les indiens Crows, des traîtres vendus aux colons. Mais surtout avec lui, Sitting Bull le chef Sioux et Crazy Horse un autre chef Lakota, j’ai participé en juin 1876 à l’écrasement de la cavalerie états-unienne à Little Bighorn. Une bataille dantesque, un massacre sans pitié, où seuls nos chevaux plus rapides et le courage des hommes et des femmes de nos tribus ont fait la différence. J’en fais encore des cauchemars… J’en ai souvent les mains qui tremblent et je me cache pour pleurer de ce qui a suivi. Heureusement, pour se souvenir de cette victoire, plusieurs scalps sanglants de soldats attachés à ma ceinture dégoulinent encore et refusent de sécher …

 

Interview réalisée par Dunia Miralles

François HAINARD – sociologue, écrivain. ©Xavier Voirol

Biographie de François Hainard

François Hainard a passé toute son enfance dans la vallée de La Brévine dans le Jura neuchâtelois. Après des études en Suisse et aux États-Unis, il effectue des recherches et enseigne la sociologie pendant une trentaine d’années.

Aujourd’hui il a abandonné la rigueur scientifique pour la liberté de la fiction et une discrète pratique de la peinture. Et comme il a besoin de penser avec les mains, il aime s’exercer au bûcheronnage…

 

Sources :

  • Exutoires, François Hainard, roman, Éditions du Roc.
  • François Hainard

Lecture : Demain tous infertiles ? Comprendre, prévenir et traiter l’infertilité masculine

Voyants au rouge : le sperme humain est en berne

Dans la mythologie et les textes fondateurs, et ce jusqu’à récemment, la stérilité était considérée comme une affaire presque exclusivement féminine. Dans mon enfance l’on disait encore « ELLE ne pouvait pas avoir d’enfant » en parlant de voisines ou de grands-tantes qui auraient désiré une grossesse à une époque où l’on ne faisait pas encore d’examens médicaux pour détecter cette problématique. De l’Antiquité et jusqu’au deux tiers du XXe siècle, on imputait la stérilité du couple aux manquements de la femme, à sa faible constitution, à sa mélancolie, à son manque de sommeil, à sa luxure, à sa maigreur ou à son obésité, mais aussi à sa laideur ou à son extrême beauté. Toutefois, il est à présent prouvé, qu’en cas d’infertilité d’un couple, les hommes en sont la cause dans 40% à 50% des cas. D’autant que la qualité du sperme est en chute libre.

Depuis les années 1990, une trentaine d’études menées auprès d’une population variée ont été réalisées dans divers laboratoires du monde. Le constat est toujours le même : la qualité du sperme humain est en baisse. La concentration des spermatozoïdes est souvent insuffisante pour fertiliser la femme. Leur mobilité ou leur morphologie présente des anomalies. Des recherches identiques ont été faites dans le monde animal. Le bilan est tristement le même : le sperme des animaux, notamment celui des chiens, baisse de manière significative et brutale.

Vidéo réalisée par l’INSERM : Le fonctionnement du testicule.

Un livre pour mieux comprendre l’infertilité masculine

Pour que chacun et chacune puisse mieux appréhender cette problématique, le professeur Stéphane Droupy, urologue spécialiste de l’infertilité, et la journaliste Brigitte-Fanny Cohen, spécialiste des questions médicales, ont écrit Demain tous infertiles ? Comprendre, prévenir et traiter l’infertilité masculine paru chez First Éditions. En effet, un couple sur sept consulte parce qu’il ne parvient pas à mettre un bébé en route et, une fois sur deux, cela provient de l’homme. Cet ouvrage permet de comprendre ce qui peut fragiliser la fertilité masculine tout en apportant des conseils pour l’optimiser. Le livre aborde également les nombreuses possibilités d’accompagnement et de traitements : médicaments, chirurgies, assistance médicale à la procréation, mais aussi coaching nutritionnel, compléments alimentaires, modification du mode de vie… Les textes du livre, écrits pour un large public, sont soutenus par de nombreux tableaux et dessins qui en facilitent encore plus l’intelligibilité.

Ce qui péjore la fertilité

Je ne me pencherai pas sur ce qui nécessite un jargon strictement scientifique. Je ne relèverai, ici, que quelques unes des multiples causes qui altèrent la qualité du sperme.

Le sport intensif

Plus de cinq heures de vélo par semaine peuvent altérer la qualité de sperme. Idem pour la course à pied et d’autres sports pratiqués de manière intensive. Mais après quelques semaines d’activité plus modérée les choses reviennent à la normale. Cependant la sédentarité, ainsi que l’obésité qu’elle peut entraîner, est toute aussi nocive.

Les ondes électromagnétiques

Le sujet est certes polémique mais, que ce soit in vitro ou in vivo, les recherches sur l’homme et l’animal concluent à une dégradation de la qualité du sperme lors d’exposition prolongées aux ondes des téléphones cellulaires ou de Wi-Fi.

Les polluants organiques

Les polluants organiques, difficilement biodégradables, peuvent se transporter sur de longues distances dans l’eau ou dans l’air. Parmi eux : les pesticides, les dioxines, les PCB et les hydrocarbures. Tous sont rejetés dans la nature par les activités humaines et tous influencent négativement la fertilité.

Vidéo réalisée par l’INSERM : La régulation du cycle ovarien.

L’alimentation

Tant de choses et de facteurs polluent notre alimentation, compromettant ainsi la fertilité de l’être humain, qu’il est impossible de les énumérer de manière exhaustive dans un article. Toutefois, parmi les désignés coupables par ce livre, figurent les fruits et légumes traités aux pesticides. Une consommation modérée d’autres aliments est également fortement conseillée : produits laitiers, abats, poissons, café, boissons sucrées… La liste des produits néfastes et les suggestions pour bien s’alimenter font l’objet de longues pages. Il est quand même intéressant de relever que les hommes qui mangent, plus de deux fois par jour, des fruits et légumes issus des cultures biologiques, ont un nombre total de spermatozoïdes plus de deux fois supérieur à ceux qui n’en mangent qu’une fois.

Le travail

Les personnes qui exercent des professions où l’on manipule des produits phytosanitaires, des produits chimiques et des solvants sont davantage exposées aux perturbateurs endocriniens. Donc plus susceptibles d’être infertiles si les moyens de protection mis à disposition s’avèrent peu adaptés. Il en va de même pour tous les métiers qui exposent à la chaleur : pizzaiolo, boulanger, cuisinier, les métiers du textile, pompier, ouvrier suivant les ateliers…

Le mode de vie en général

Certains des éléments qui peuvent dégrader les capacités reproductrices chez l’homme sont difficilement évitables car invisibles. Nous n’avons aucun pouvoir sur eux. D’autres dépendent du mode de vie. Même si les produits suivants semblent logiquement perturbants pour la fertilité, il est peut-être bon de rappeler lesquels : l’alcool, le tabac, le cannabis, la cocaïne, l’héroïne et toutes les drogues qu’elles soient de synthèse ou non, beaucoup de médicaments notamment ceux contre l’acné, les antibiotiques, les antidépresseurs, les antidouleurs, le paracétamol, énormément de cosmétiques et les crèmes solaires…

L’une des nombreuses illustrations du livre Demain tous infertiles ?

 

Sources :

  • Demain, tous infertiles ? Comprendre, prévenir et traiter l’infertilité masculine, Professeur Stéphane Droupy et Brigitte-Fanny Cohen, First Éditions, octobre 2020, 287 pages.
  • Bibliothèque de la Ville de La Chaux-de-Fonds.

Jacques Prévert : poète, scénariste et plasticien surréaliste

Choses et autres : en toute liberté

« Ce Jacques Prévert, voilà qu’il devient doucement, mégot après mégot, un classique de la littérature française, de la poésie universelle » écrivait Gérard Guillot, dans le journal Le Monde, à la parution du dernier recueil publié du vivant du poète. L’un de ses livres les plus surprenants, où il osait son seul texte autobiographique tout en se livrant à des expérimentations audacieuses et en renouvelant son style avec une étonnante liberté.

Ainsi commence Choses et autres :

 « 1906, Neuilly-sur-Seine.

Souvent, au Bois, un cerf traversait une allée. Un peu partout, les gens mangeaient, buvaient, prenaient le café. Un ivrogne passait et hurlait : «Dépêchez-vous ! Mangez sur l’herbe, un jour ou l’autre, l’herbe mangera sur vous !» »

Jacques Prévert : un anticlérical convaincu

A Pâques, je me suis penchée sur l’ouvrage du diacre Jean-Marc Leresche. Afin d’équilibrer les tendances, à l’Ascension j’ai eu envie de publier un poème de l’impertinent anticlérical qu’était Jacques Prévert.

Jacques Prévert : un poète qui s’adonnait à tous les arts

Redécouvert dans ma bibliothèque, Choses et autres est paru en grand format en 1972.

Mon exemplaire de poche est daté de 1976, soit un an avant le décès du poète. La couverture est illustrée par un collage de Jacques Prévert lui-même. L’actuelle première de Folio Gallimard, que l’on peut voir en haut de cette page, est également l’un de ses collages.

L’édition Folio de 1976.

Le grand public a découvert Jacques Prévert à travers ses poèmes, ses scénarios et ses dialogues pour le cinéma. Il le connaît moins pour son talent d’artiste plasticien et pour ses œuvres surréalistes aussi poétiques qu’étonnantes. En effet, vers le milieu des années 1940, encouragé par Joan Miró et Pablo Picasso, suite à un accident qui l’oblige à garder le lit, il se passionne pour la pratique du collage. « Jacques s’exprime de plus en plus par les collages, comme il a fait par les poèmes. Mais je pense que ces collages, au fond, sont des poèmes », disait son éditeur, René Bertelé. « Et d’autre part, il se rend compte maintenant que certains de ses poèmes sont en quelque sorte des collages de mots, si on veut. » Dans le film sans paroles de Bruno Pollacci, vous pourrez découvrir son travail de plasticien.

 

En janvier 2019, j’avais déjà présenté ce poète dans cet espace. Pour vous rendre à l’article qui vous permettra d’accéder à davantage d’informations sur Jacques Prévert, cliquez ici.

 

Sources :

  • Choses et autres, Jacques Prévert, Collection Folio Gallimard
  • Fondation Michalski
  • Matière et Révolution

Lecture : “Pépites” de Sylvie Blondel un voyage élégant et cruel

Pépites : quand la réalité change de dimension

Du Léman aux sommets des Alpes, de Kyoto à Zurich, de Pompéi à l’île de Pâques, Sylvie Blondel nous invite à effectuer un voyage dont la douceur et la légèreté ne sont que de trompeuses apparences. Avec un raffinement cruel Pépites, son dernier livre, un recueil de nouvelles paru aux Éditions L’Âge d’Homme, nous distille des instants de vie dont la sérénité n’est qu’une surface au fallacieux miroitement. On entre dans son livre en toute confiance, séduit par l’élégance de l’écriture et, mot après mot, l’on se retrouve, on ne sait pas comment, témoin de relations familiales péniblement banales, dans un accident d’avion, dans des amours impossibles et des ruptures abruptes, dans des viols ou des féminicides. Avec Sylvie Blondel pas de description trash. Juste un basculement de la réalité. Une altération des perceptions qui nous emmène dans des mondes étranges proches de la folie. On croit partir pour un périple autour du monde alors qu’en réalité elle nous entraîne dans l’inconscient de ses protagonistes or, ce que l’on y trouve, est souvent féroce.

 

Pépites : extraits

« Depuis mon plus jeune âge, j’aimais le sport. Ce qui me plaisait c’était le sprint : partir comme une flèche, tout donner pendant deux minutes et m’écrouler à bout de souffle. » La nuit verte

 « Au petit matin, j’aime me rendre sur les berges pour prendre des photos des montagnes. Le Grammont noir ne m’inspire pas, je préfère les pentes bleu pâle alentour. En face, dans les hauts de Vevey, les vignes dorées sont nimbées de brume. » Café crime

« Il eut honte d’avoir été aussi excentrique. En vieillissant, il s’était un peu ouvert aux autres, il était moins imbu de lui-même : il souffrait de la solitude après son divorce. Un point commun avec Danaé.

Il aurait donné n’importe quoi pour une soirée d’amour, n’importe quoi pour serrer une femme dans se bras, n’importe quoi pour retrouver le désir.

L’apparition de Danaé, par les voies insondables d’Internet ou du destin, tombait à pic.

Il y vit sa dernière chance de bonheur. Il décida de lui rendre visite à Genève ou elle résidait. » Modification

« On choisit d’être hanté par le diable. Il aime à se loger au creux d’une âme vide ou plutôt avide de sensations troubles. Le diable vient toquer à la porte, jour après jour, sous différentes formes, jusqu’à ce qu’on affronte son démon intérieur. Marguerite était persuadée que son bonheur viendrait de l’extérieur sous une forme magique. » Le diable est ici

 « Nous avions la même taille, raison pour laquelle le metteur en scène nous avait choisis. Nous formions un couple par la magie du théâtre, des jumeaux en somme.

Sur scène nous étions deux soldats encagoulés et pétrifiés. Gardiens du palais d’Hérode, visages couverts d’un bas nylon couleur chair, uniforme noir.

Te souviens-tu ? Nous étions deux soldats étouffant sous les projecteurs ». Quelque chose entre nous

 « La vie est longue. Trop longue, mais je ne m’ennuie pas. Je suis bien ici. C’est l’essentiel. » La maison vide

 « A un certain moment, la femme est nue. Elle se promène. S’étire gracieusement. Elle passe sans doute à la salle de bain, car la caméra n’a rien enregistré pendant au moins trente minutes. Elle s’est lavée et a nettoyé ses vêtements, les a longuement passés au sèche-cheveux rangés dans le placard. Masami ne devait pas sentir d’odeur suspecte ». Dévorer

« Mon passeport suisse et mes mains innocentes ne me dispensent pas d’ouvrir ma valise. Tout y est désordre après les secousses de l’avion. L’employé aux gants blancs examine mes affaires. Il émet des paroles étouffées sous son masque de coton blanc, il parle une sorte d’anglais saccadé, enseigné à l’école par des professeurs qui ne sont jamais sortis de leur pays. Je me fais répéter ses paroles et feins avoir compris. Je réponds à ses questions sur mes objets que je peine à reconnaître. J’explique une nouvelles fois les raisons de ma visite : c’est écrit en majuscules sur ma fiche d’entrée : visite amicale à une connaissance de Fukuoka. Un système de flicage qui ne me dit rien de bon.

Fukuoka est le chef-lieu des Yakuzas, la mafia japonaise, on attend longtemps avant de traverser la rue et il y a des embouteillages sans fin. Quel rapport ? Eh bien, les Yakuzas gèrent le marché des sémaphores, ils ont donc tout intérêt à installer des feux de signalisation tous les vingt mètres. On marche et on attend. Le feu est rouge. » Loin du réconfort

 

Sylvie Blondel : la biographie

Sylvie Blondel, romancière, est née à Lausanne. Après des études de lettres modernes à l’Université de Lausanne, elle devient professeur de français au gymnase. Un parcours jalonné d’autres activités, notamment le journalisme à Radio Suisse Internationale ainsi que le théâtre. Son recueil de nouvelles : « Le Fil de soie », éditions de l’Aire, 2010, s’inspire de ses voyages. En 2015, elle publie le roman : « Ce que révèle la nuit », PEARLBOOKSEDITION, qui relate la vie d’un astronome vaudois du 18e siècle. D’autres textes figurent dans des recueils collectifs : « Le livre des Suites » éditions l’Âge d’Homme, 2018 suivi de « Tu es la sœur que je choisis » éditions d’En bas, 2019. En 2021 paraît un nouveau recueil de nouvelles : « Pépites », aux éditions l’Âge d’Homme.

Remarque : le recueil de nouvelles « Le Fil de Soie » est disponible en livre audio (3 CD), sur demande, auprès de l’auteure.

Vous pouvez également retrouver Sylvie Blondel dans ce blog, en cliquant ici, dans une entrevue réalisée lors de la parution de son roman « Ce que révèle la nuit ».

 

Sources :

  • Pépites, recueil de nouvelles, Sylvie Blondel, Éditions L’Âge d’Homme
  • Association Vaudoise des Écrivains

Un livre 5 questions : « Le Silence Brûle » pour les Dissidents de La Pleine Lune

Littérature sous le regard de Séléné

A l’instar des loups-garous et des fantômes, on les rencontre aux temps de la pleine lune. En revanche, contrairement aux méchants et mystérieux fripons qui se cachent dans l’ombre pour nous surprendre, Les Dissidents de la Pleine Lune préfèrent séduire à la lumière des bars, des parcs, des buffets de gare ou du Théâtre des Lutins, dans la capitale vaudoise, pour ne citer que quelques lieux. Entité littéraire bigarrée, cette communauté de passionnés d’écriture a été créée en janvier 2011. Les fondateurs en sont Sabine Dormond écrivaine, ex-présidente de l’Association Vaudoise des écrivains et critique littéraire, Olivier Chapuis que j’ai déjà reçu dans cet espace pour discuter de son livre Balles Neuves, actuellement finaliste du Prix du polar romand 2021, en compagnie de Laurence Voïta et Marc Voltenauer, et Hélène Dormond dont le dernier ouvrage Zone de Contrôle vient de paraître, l’histoire d’une fleuriste qui, obligée de changer de métier, devient auxiliaire de police Lausanne.

Le groupe se réunit une fois par mois pour se lire et commenter des textes brefs, frais pondus, sur des thèmes aussi déjantés que Le sourire de la vitesse ou L’émotion de l’herbier par exemple. Toute personne étant la bienvenue, il n’a cessé de s’étoffer depuis sa création. Convaincus que la liberté vient de la contrainte, les amoureux de Séléné s’imposent les sujets à travailler par quelques mots poétiques, intrigants ou drôles : Sous les galettes, la page, Pour deux francs de suspense ou Entre terre et sel.

Le Silence Brûle : un anniversaire et un livre

Ces écrits, qui restent la propriété de leur auteur-e ne sont pas publiés. Mais, pour fêter leurs dix ans, un concours littéraire a changé les habitudes. Après avoir reçu un raz de marée de 109 nouvelles, quinze d’entre elles ont été retenues par le jury pour figurer dans un recueil intitulé Le Silence Brûle, paru aux Éditions Soleil Blanc. S’y sont ajouté des textes écrits par Les Dissidents eux-mêmes au cours de toutes ces lunes. Un très bel ouvrage aux styles variés et aux univers éclectiques. Contrairement à Pierre Yves Lador, Emanuelle Delle Piane ou Gilles de Montmollin, tous les auteurs ne sont pas connus du grand public. Toutefois, chaque plume, chaque histoire surprend par sa force littéraire ou son originalité. Pour ma part, j’ai été particulièrement interpellée par La Honte, de Lise Favre, qui nous rappelle qu’en Suisse, jusqu’en 1981, on enfermait les filles-mères en prison.

 

Le Silence Brûle : extraits

« Je vais bientôt mourir. Tant d’années ont passé… Mais où se sont-elles enfuies ? Pas moyen de les retrouver. Pourtant, je suis sûr qu’il m’en manque. Je ne peux pas toutes les avoir vécues. Elles se sont faufilées ailleurs pour que je ne puisse pas en profiter. Elles m’ont trompé, elles ont déguisé ma vie pour me faire croire que je l’avais entièrement vécue… » Benjamin Ansermet, Des instants disparus

 « Ses pieds glissaient sur le sol inégal de ce qui pouvait bien être une forêt. Ou une jungle ? Était-elle dans la phase du sommeil paradoxal qui la plongeait dans cette euphorique apesanteur ? Son inconscient l’enfonçait dans cette nuit sauvage, indomptée comme une part d’elle-même ». Sima Dakkus Rassoul, A prendre avec des pincettes.

 « Un beau jour, le rappel à la réalité se fit sans douceur. Il prit la forme d’un taxi et, en quelques minutes, une fois les bagages encoffrés, je fus poussée avec force sur la banquette arrière avec ma sacoche ou plutôt mon fourre-tout sur les genoux et la portière claqua. Je n’eus droit qu’à un dernier regard vide avant de me retrouver, à l’aube d’une nouvelle vie, à l’aéroport international. » Ariane Schneider, Le téléphone.

 « « Vous vous êtes déjà demandé à quoi servent les mathématiques ? »

Celui de derrière avec sa capuche sur la tête :

« A rien, gros cheum ».

La salle rit.

Même l’intello boutonneux, que tout le monde veut tabasser au premier rang, rit.

Une boulette de papier vient cogner la tête du remplaçant. La boulette roule au sol. Il se baisse, ramasse la boulette et dépose la boulette sur le bureau. Ensuite il sort de son sac un cadenas à cinq chiffres ». Sociovore, Barbecue d’étudiants.

« Où suis-je ? Je n’ose pas ouvrir les yeux. Je ne peux pas : mes cils restent collés par le mascara dégouliné. Tout tourbillonne derrière mes clapets que je n’ai pas l’audace de soulever. Sur l’écran rose de mes paupières closes, un drôle de film se déroule par bribes : un zinc, le défilé coloré d’ombrelles plantées dans les cerises des cocktails, mes copines sourdes à mes « stops ! » et bavardes pour les commandes auprès du barman ». Carole Greppin, Galettes de galère.

 

Le Silence Brûle : interview de Sabine Dormond

Qui se cache derrière le joli nom « Les Dissidents de la pleine lune » ?

Les Dissidents de la pleine lune sont un groupe d’auteurs en herbe ou déjà foisonnants de publications qui dissident lune après lune de se réunir pour déclamer des textes tout frais pondus sur des thèmes aussi farfelus que Le sourire de la vitesse, Gilet de canard  ou  Le complexe du citron . Les membres disposent de quatre semaines pour pondre un texte de 3000 signes sur le thème voté par la majorité. Le jour de la réunion, c’est-à-dire le lundi soir le plus proche de la pleine lune, ils en donnent lecture à tour de rôle, les derniers arrivés étant les premiers à passer. Rien d’ésotérique à cela, juste un point de repère dans le ciel qui permet de se réjouir de la prochaine rencontre et de se dire qu’il est temps de réfléchir à ce que le thème nous inspire. Les textes sont ensuite commentés par le groupe qui traque l’anacoluthe aussi bien que les effets de manche plus convaincants. Ce mini-bizutage tient lieu de cotisation, le collectif ayant réussi à fonctionner sans budget pendant dix ans.

Ouvert à toute personne de la région désireuse de le rejoindre de façon occasionnelle ou régulière et désormais doté d’une antenne veveysane, notre collectif est issu de la scission avec un autre groupe d’auteurs appelé le Café aux lettres suite à de menues divergences de vue montées en épingle.

Nous nous réunissons généralement au restaurant de la patinoire de Montchoisi à Lausanne et partageons un repas à l’issue des lectures, mais il nous arrive aussi de nous produire devant un public, par exemple au Cercle littéraire de Lausanne, à la bibliothèque du Jorat, au Lyceum-club, à l’espace Hessel d’Orbe, dans des établissements équipés d’une scène comme le Duke’s bar ou le Sidewalk Café à Lausanne. Ou en tout lieu désireux de nous accueillir.

Comment vous est venue l’idée de ce concours ?

Un ami doté d’un enthousiasme à toute épreuve a lâché à brûle-pourpoint l’idée d’organiser un concours littéraire. Ayant un contact à la Loterie romande, Paul (c’est son prénom) espérait obtenir le soutien de cette institution. Forts de l’expérience accumulée quand nous présidions à tour de rôle l’Association vaudoise des écrivains, Olivier et moi avions pleinement conscience de tout le travail que cette idée implique et du budget à trouver pour la réaliser. Les Dissidents de la Pleine Lune, qui avaient réussi à se passer de trésorerie pendant dix ans, n’avaient pas un sou en caisse. Nous avons donc commencé par constituer un dossier en vue de trouver des sponsors. Et donc un comité. Tandis que Paul a été désigné compte-sous, nous nous sommes autoproclamés, Olivier et moi, respectivement porte-plume et porte-voix. Une fois la somme nécessaire réunie grâce au soutien de la Ville de Lausanne, de la Fondation Michalski et de l’Association vaudoise des écrivains, je me suis entourée de Marilyn Stellini des éditions Kadaline, Julien Dresselaers des éditions Soleil blanc, l’écrivain Christian Dick et Nathalie Romanens de la librairie Des livres et moi à Martigny pour former le jury, mais Nathalie a finalement dû quitter le navire en cours de route par surcroît de travail. Olivier Chapuis a endossé le rôle de secrétaire. C’est lui qui recueillait les textes des concurrent-e-s et qui nous les transmettait de façon anonyme.

Quant à notre trésorier Paul Mayr, nous lui avons découvert de fort utiles compétences de cinéaste quand il s’est agi, Covid oblige, de remplacer la cérémonie initialement prévue en présentiel par une version numérique.

Pourquoi le recueil « Le Silence Brûle » a-t-il été élargi à d’autres thèmes?

Ce recueil n’avait pas seulement pour but de récompenser les lauréat-e-s du concours, mais aussi de célébrer le dixième anniversaire de la fondation des Dissidents de la Pleine Lune. Ce n’était donc que justice que chacun-e de ceux qui le souhaitent puisse y publier un des textes écrits à l’occasion de nos rencontres. Alors que certains d’entre nous ont déjà une longue bibliographie à leur actif, c’était pour d’autres leur première publication. Ce recueil est aussi la première trace écrite de notre collectif en tant que tel. La deuxième partie reflète bien la diversité des thèmes que nous avons traités et leur incongruité.

Sans compter j’ai eu l’impression qu’il y avait plus de femmes que d’hommes dans ce livre. Les femmes sont-elles davantage intéressées par l’écriture que les hommes ou sont-elles de meilleurs écrivains ?

C’est vrai qu’elles ont été beaucoup plus nombreuses que les hommes à participer au concours. Et à finir sur le podium. De là à tirer des généralités… Parmi les Dissidents de la Pleine Lune en revanche, il règne une belle mixité, bien équilibrée. Nous tenons à être un groupe aussi divers et hétéroclite que possible pour que nos textes le soient également.

La question que je pose à chaque auteur-e : à quel personnage littéraire vous identifiez-vous?

 Je m’identifie beaucoup au personnage de Don Quichotte, à son désir de justice et d’équité, à sa touchante maladresse et à sa capacité de vivre dans un univers fantasmagorique qui résiste à tous les assauts de la réalité.

 

Bio des trois fondateurs

Hélène Dormond : résolument Vaudoise, elle a grandi à Lausanne avant de s’établir sur la Côte. Au bout de trente-cinq ans de lecture intensive, elle s’est lancée dans l’écriture en 2009. Depuis lors, elle a publié trois romans et un recueil de nouvelles.

Imprégnée par ses études de psychologie et son activité de travailleuse sociale, elle s’essaie à dépeindre l’humain dans les difficultés du quotidien, de la quête de sens à l’affirmation de soi, avec humour et tendresse. Son personnage de prédilection est le plus modeste aux yeux du monde, voire l’antihéros.

Au travers de ses récits elle questionne nos héritages, nos valeurs et la façon dont ceux-ci entrent en contradiction avec notre mode de vie.

Elle aime surprendre ses lecteurs et provoquer le rire, la réflexion ou la rêverie. Son dernier livre Zone de Contrôle vient de paraître aux Éditions Plaisir de Lire.

 

Sabine Dormond et Olivier Chapuis. ©Jean_Marc Cherix

 

Olivier Chapuis : bien qu’il soit Suisse (dans ses textes, cela ne s’entend pas, il n’a aucun accent, à l’instar des Québécois quand ils chantent), mais il ne fabrique ni montres, ni couteaux, ni chocolats. En revanche, il est un des trois seuls citoyens de ce charmant pays à avoir gagné cinq matchs de suite à l’émission française Des Chiffres et des Lettres. Il est né en 1969, année à laquelle fut mis au jour un squelette de mammouth au Brassus, dans le canton de Vaud. Drôle de coïncidence. De métier, il est correcteur et écrivain.

Sabine Dormond : n’a jamais songé à se définir par son origine géographique. Mais plutôt à travers l’étrange coïncidence qui a voulu qu’elle vienne au monde le jour où s’est éteinte une icône de la révolution cubaine née un 14 juin, comme son fils aîné.

A ce jour, elle a publié plus de recueils de nouvelles que de romans, mais une parution imminente sous le titre de Cara devrait compenser ce déséquilibre. Il y sera question d’intelligence artificielle.

Sabine Dormond a présidé pendant 6 ans l’Association vaudoise des écrivains. Elle anime aussi des ateliers d’écriture et des tables rondes et rédige des chroniques littéraires pour le journal en ligne Bon pour la tête.

 

Joindre Les Dissidents de La Pleine Lune :

Les Dissidents de La Pleine Lune possèdent une page Facebook et un e-mail, si la plume vous démange ou si vous souhaitez commander leur livre bien que cela puisse aussi se faire en librairie : info(arobase)dissidents.fun

Pour regarder la vidéo du vernissage du recueil Le Silence Brûle ce qui vous permettra d’écouter quelques extraits de textes complets, cliquez ici.

 

Demain :

Exceptionnellement, demain je publierai un autre article pour présenter Pépites, le recueil de nouvelles de Sylvie Blondel. DM

Sources :

  • Le Silence Brûle, recueil collectif, Éditions Soleil Blanc
  • Sabine Dormond