Collection Lieu et Temps : 20 ans c’est une fête !

Nourritures terrestres et mets littéraires

C’est à l’Atelier Grand Cargo, l’antre d’Yves Robert, auteur de plus de 20 pièces de théâtre et de romans adaptés pour la scène, que l’AACL – Association pour l’Aide à la Création Littéraire – a fêté son vingtième anniversaire ce dernier samedi. Un public particulièrement dense, pour lequel il a fallu faire de la place et rajouter des chaises, est venu suivre des lectures articulées par des gens de plume. Six courts métrages, réalisés par le cinéaste Alain Margot, ont donné un souffle nouveau à plusieurs textes. Des nourritures pour l’esprit agréablement aérées par des pauses aux mets plus terrestres, devant lesquels se sont tissées des conversations littéraires fort animées. A l’extérieur de l’atelier, un itinéraire emmenait les curieux à la rencontre des phrases des écrivaines et écrivains dont on fêtait les livres. Au dernier mot, situé sur un promontoire, l’on découvrait, depuis les hauteurs, une vue donnant sur les quartiers de l’Est de La Chaux-de-Fonds.

Sur scène Claude Darbellay répond aux questions du public.

20 ans, 20 livres, 20 visions du monde

Avec sa collection Lieu et Temps, la bourse de l’AACL vise à constituer, à raison d’un livre par an, une collection d’auteurs neuchâtelois invités à traiter du thème du temps en résonnance avec un lieu vernaculaire de leur choix. En vingt-ans, les hommes et femmes de lettres les plus connus et les plus emblématiques du canton – Anne-Lise Grobéty, Jean-Bernard Vuillème, Antoinette Rychner, Thomas Sandoz, Odile Cornuz, Hélène Besençon…  – se sont suivis pour donner leur vision de la vie et du monde, tout en la mettant en lien avec leur région. Une démarche originale qui ne manque pas d’aboutir sur des ouvrages dont l’intérêt dépasse largement les frontières cantonales.

Odile Cornuz dans le court-métrage “Biseaux” d’Alain Margot, d’après le texte de l’autrice.

La collection Lieu et Temps est née de la volonté d’un homme politique. Dans les feuillets relatant l’histoire de cette épopée, Jean-Bernard Vuillème écrit : « Le très actif et remuant ex-député libéral Bernard Matthey avait déposé au Grand Conseil, en 1995, un projet de loi visant à modifier la loi sur l’encouragement des activités culturelles. Il souhaitait ainsi réformer la pratique de l’Etat en matière de décoration artistique des bâtiments officiels. « C’est presque toujours une œuvre plastique ou picturale » regrettait-il, proposant « d’élargir le bénéfice du pour cent artistique à d’autres domaines des arts et de la culture ». Plutôt qu’une sculpture ou une fresque murale, l’Etat commanderait un court métrage, une création musicale, une pièce de théâtre, un roman… Il est clair qu’une telle idée ne pouvait que rencontrer la ferme opposition de la société des peintres, sculpteurs et architectes ».

Le projet de loi fut enterré mais la petite graine n’était pas tombée dans du terreau stérile. Malgré les intempéries, elle se mit à grandir, et à se laisser pousser des branches et des feuilles grâce à la fertilisation enthousiaste et passionnée de Jean-Pierre Jelmini, ancien directeur du Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel et archiviste communal. Auteur d’ouvrages d’histoire neuchâteloise, il fut le premier président de l’AACL.

En 2001, signé par la regrettée Monique Laederach, « L’ombre où m’attire ta main » initia la collection. Les quatre premiers ouvrages de ce projet furent imprimés à Saint-Blaise à l’imprimerie Zwahlen. L’Association se chargeait de la promotion et de la diffusion. Cette manière artisanale de produire du livre rencontra vite des limites. C’est ainsi que, durant de longues années l’édition fut confiée aux Éditions d’Autre Part, de vrais professionnels qui firent pendant longtemps le bonheur des écrivains et écrivaines ayant obtenu le mandat de l’AACL. Toutefois, depuis 2021, la collection a été confié à la prestigieuse maison d’éditions ALPHIL, sise en terres neuchâteloises, et connue dans toute la francophonie pour ses ouvrages universitaires, ses essais et ses parutions sur l’histoire régionale. Souhaitant élargir son catalogue en promouvant de la littérature de qualité, elle a repris le flambeau de cette aventure éditoriale.

Alain Cortat, l’un des fondateurs des prestigieuses Editions ALPHIL.

Après vingt ans d’existence les années 2020 sont, à n’en point douter, celles du coup de jeune de l’AACL. En effet, durant les festivités, son hyperactive présidente Anne-Marie Cornu a officiellement transmis sa place à deux jeunes co-président-e-s : Marie Wanert, 30 ans, qui possède un Master en études muséales, également chargée de diffusion et de communication pour divers projets culturels et à Thibault Ziegler, 28 ans, étudiant en lettres préparant son Master en littératures.

 

Anne-Marie Cornu, la présidente sortante de l’AACL, en compagnie des deux nouveaux co-présidents : Marie Wanert et Thibault Ziegler.

Les ouvrages de la collection Lieu et Temps

Le premier, « L’Ombre où m’attire ta main », est une lettre d’amour à un mort composée en 2001 par l’inoubliable Monique Laederach.

Jean-Bernard Vuillème nous lègue ses « Meilleures pensées des Abattoirs », ceux de La Chaux-de-Fonds, où l’auteur mêle à ses souvenirs d’enfant vivant à proximité des Abattoirs les idéologies contradictoires qui jalonnent le parcours d’un bâtiment aussi dérangeant qu’encombrant.

L’une des images du film “Meilleures Pensées des Abattoirs” d’après le texte de Jean-Bernard Vuillème. Une peinture de Chaïm Soutine (1925) sur le modèle du “Bœuf écorché” de Rembrandt (1665) qui figure aussi dans le film. On y voit également la toile de Pieter Aertsen dit Lange Pier (1508-1575) intitulée Étal de boucherie (1551).

Roger Favre se promène « Ici est ailleurs » en 2003. Décédé en ce début d’année 2022, l’auteur nous laisse ce roman né dans le son des grelots d’un traîneau dans les neiges de Le Locle. Une musiquette qui entraîne le lecteur vers des contrées lointaines comme l’Afrique ou l’Amérique du sud.

Après un séjour dans un Berlin en chantier naît « Mémoire pendant les travaux » en 2005, sous la plume d’Hélène Bezençon. La trajectoire décrite dans ce livre, correspond autant que faire se peut, à l’état des lieux qui était visible à Berlin en mai-juin 2003.

Jean-Pierre Bregnard, établi en France, écrit le quatrième ouvrage. « NE » voit le jour dans un questionnement permanent qui ramène l’auteur vers son passé. « … si j’étudie les grands évènements du monde, les philosophes ou les galaxies lointaines, lorsque j’ai des calculs rénaux, un minuscule bout de calcaire me semblera plus vaste qu’un astéroïde ».

« Dérapages », c’est le titre de l’ouvrage de Jean-Marie Adatte qui livre cinq nouvelles très différentes qui pourtant s’enchaînent avec une porosité qui offre des explorations intimes inattendues.

Avant que la maladie ne l’emporte en 2010, Anne-Lise Grobéty a écrit « L’Abat-Jour » deux ans auparavant. « Ces champs de ruines où je scrute de toutes mes forces, comme si une part de moi y était restée pétrifiée, même si je n’étais pas née… »

En 2009, Odile Cornuz porte un regard en « Biseaux » sur les utopies humaines. L’acceptation d’une réalité rude, râpeuse, exigüe, mais avec une exigence de poésie.

« Même en terre » sort de la marne et de la plume de Thomas Sandoz. Il imagine un narrateur, un fossoyeur entêté dans une démarche d’accompagnement, qui refuse d’abandonner les enfants morts. L’ouvrage, publié en 2010, a été réédité chez Grasset puis également publié en allemand.

L’écrivain Thomas Sandoz.

« Léa » est le personnage imaginé par Gilbert Pingeon. Pour utiliser le langage cinématographique, on peut dire que Léa est une sorte de « remake » d’Adolphe. Benjamin Constant y fait même une brève apparition, en «guest star».

En 2012, paraît « L’Affaire », une fiction politique recomposée par Claude Darbellay. L’ascension, la grandeur et la décadence d’un conseiller d’Etat, raconté au scalpel dans ses agissements politiques mais aussi dans ses dérives intimes.

Valérie Poirier l’« Ivre avec les escargots », un recueil de 24 tableaux chaux-de-fonniers. Un voyage entre paradis et enfer.

En 2014, Yves Robert suit « La Ligne obscure » d’un personnage qui apprend qu’il est condamné. Le roman d’un homme qui meurt et s’en va seul, loin des siens.

Laure Chappuis propose de « S’en remettre au vent »  en 2015 et, en 2016, Antoinette Rychner de « Devenir pré ». Deux fabuleuses propositions venues de femmes qui ont les yeux et le cœur ouverts.

Bernadette Richard écrit « Heureux qui comme » en 2017. Clément a arpenté les continents pour son travail en cherchant à s’affranchir de son coin de terre, à la recherche d’un Graal illusoire. Son retour aux sources prend alors des allures de poésie et d’apaisement. Ce roman a permis à Bernadette Richard de recevoir le prix Edouard-Rod.

En 2018, Alexandre Caldara choisit d’associer Peseux  à Paterson, la ville du New Jersey et le titre du poème composé par William Carlos Williams, créant un chassé-croisé poétique entre les lieux et les êtres.

Une image du court-métrage “Peseux Paterson” d’après le texte d’Alexandre Caldara.

Julie Guinand imagine « Survivante » en 2019. Son personnage, seul au bord du Doubs, écrit après un effondrement. Un journal de fin du monde au bord de l’eau. Pour ce roman Julie Guinand a reçu le prix Auguste-Bachelin 2021 et le prix CiLi de la même année.

Le Covid a imposé une interruption dans le rythme que s’était imposé l’AACL de sortir un livre par an, mais les parutions ont repris en 2021 avec Emanuelle Delle Piane qui propose au lecteur une visite dans la tanière de son enfance avec son titre « Grenier 8 ». « Pendez-le haut et court » de Reda Bekhechi, paraîtra au printemps 2023.

De gauche à droite, les écrivains Alexandre Caldara et Karim Karkeni, qui viennent de publier une année d’échanges épistolaire ” Ce grand remous en nous”  – éd. de L’Aire -, en compagnie de Gilbert Pingeon.

Immersion dans la police genevoise (2) : interview de l’ex-flic Lucien Vuille

Un ancien de l’identité judiciaire se livre de son plein gré

Ancien inspecteur de l’identité judiciaire genevoise et ensuite neuchâteloise, Lucien Vuille avait quitté son métier d’enseignant pour entrer dans la police où il a passé plusieurs années. A présent il est retourné à l’enseignement, mais il nous livre un ouvrage sans détours – voir la première partie de cet article – sur ses années passées dans La Grande Maison, comme les policiers dénomment eux-mêmes la police. Un récit coup de flingue qui décrit les débuts d’un inspecteur de la police judiciaire dans la ville de Genève. J’ai voulu savoir ce qui avait motivé Lucien Vuille, qui prétend qu’il y a peu de différence entre la police et l’enseignement, à relater cette expérience en nous dévoilant l’envers du décor.

La Grande Maison : interview de Lucien Vuille

N’avez-vous pas peur que votre livre n’apporte de l’eau au moulin de certaines idées populistes, qu’elles soient de gauche ou de droite ?

Lucien Vuille, ex-inspecteur de l’identité judiciaire, vient de publier “La Grande Maison”, ou il témoigne de son passage à la police.

Ce que j’ai fait, c’est décrire de manière factuelle ce que j’ai vécu, en restant le plus objectif possible, quel que soit le sujet abordé, la violence éventuelle de celui-ci et l’impact qu’il a pu avoir sur moi. J’ai écrit ce livre de la même façon qu’on nous avait appris à rédiger un rapport de police, soit être complètement objectifs dans notre manière de décrire les événements : « les faits, rien que les faits ». Ne pas écrire « alors que nous patrouillons le long de la rue de Berne, nous avons contrôlé un individu qui nous semblait louche » mais « notre attention a été attirée par un individu et nous avons procédé à son contrôle », ne jamais être subjectif pour que notre rapport soit inattaquable de ce point de vue-là. Ainsi, je n’ai pas de scrupules à mentionner les nationalités des délinquants, les agissements de certains collègues ou la façon de fonctionner de l’état-major parce que j’ai écrit avec sincérité. Tout ce qui est mentionné, je l’ai vu et vécu. Chaque lecteur, quelles que soient ses affinités politiques, ses opinions sur la délinquance ou autres, peut suivre le parcours de ce jeune flic et lorsqu’il se confronte aux différents écueils de sa progression, il est confronté à ses propres perceptions ses a priori. Cela n’aurait pas de sens dans cette optique de divulguer mes propres opinions au fil du récit alors je me contente de transmettre ce que les individus que je croise me confient. Je cherche à ce que chaque lecteur y trouve quelque chose qui résonne par rapport à son propre vécu, certains y voient un livre sur la détresse des habitants d’une grande ville contemporaine, d’autres une critique du milieu du travail en général, un hommage à des méthodes policières à l’ancienne et désormais désuètes, un Entwicklungsroman… On y trouve ce qu’on vient y chercher, selon sa sensibilité. Si qui que ce soit lit ce livre et y voit une attaque dirigée contre lui, c’est qu’on s’est mal compris.

Avant d’intégrer la police, imaginiez-vous que de telles choses arrivaient en Suisse ?

Je n’ai travaillé que quelques années et pourtant j’ai vu de quoi remplir plusieurs bouquins. J’ai été inspecteur de police à Genève puis dans le canton de Neuchâtel et j’ai été encore plus choqué de ce qui se passait dans mon canton d’origine. J’ai découvert Genève à travers mon job, je ne connaissais pas du tout la ville et ses environs avant d’y bosser. Je me suis construit une image sans doute trop lugubre, mais je n’avais aucun a priori. Tandis qu’à Neuchâtel, j’ai été d’autant plus marqué parce que j’imaginais mon canton d’origine beaucoup plus préservé de toute cette noirceur. Meurtres, enlèvements, stupéfiants, viols, pédophiles… On n’est absolument pas épargnés et la plupart des citoyens ne s’en rendent sans doute pas compte. Et c’est tant mieux. Pas mal de lecteurs imaginent que j’ai inventé certains passages, certains me demandent si tel ou tel passage est authentique. Je dois souvent répéter que rien n’est faux, que tout est vrai et que le pire n’est pas publié.

S’habitue-t-on à la détresse et à la noirceur de certaines situations ?

Je crois qu’on ne s’habitue jamais aux drames, aux épreuves mais qu’on s’habitue plutôt à la façon d’y répondre, à la manière de réagir. Si on a déjà vécu une situation extrême, on se sait capable de l’endurer quand elle se répète. Il faut savoir s’avouer qu’on ne peut pas être imperméable, mais cette honnêteté dépend des gens. Certains préféreront affirmer qu’ils sont devenus insensibles mais c’est impossible de ne pas subir la détresse, la véritable et profonde détresse d’autrui quand on y est confronté, on peut trouver mille façons de se protéger mais personne n’y est hermétique, à mon avis. Et c’est important d’avoir cela en tête. Enquêter sur une affaire de pédophilie, ça peut vouloir dire visionner des centaines de vidéos pédo-pornos, à des fins d’enquête. Les regarder, et attentivement, pour essayer de trouver un indice qui permettrait d’identifier les auteurs, les victimes, l’endroit où cela se déroule. De retour de mon très bref congé paternité, après la naissance de mon petit dernier, on m’a transmis une nouvelle enquête de mœurs, qui portait sur des viols filmés de nourrissons. J’avais un nouveau-né à la maison et au bureau je devais regarder ce genre de films… On m’a répondu que j’allais m’y faire, qu’au bout d’un moment ça ne me ferait plus rien. Apparemment, demander à passer mon tour dans ces circonstances, c’était faire preuve de trop de sensiblerie. A noter que cette exigence n’a pas eu lieu quand j’étais dans La Grande Maison, à Genève, où se déroule le livre, mais à Neuchâtel quand j’étais à la brigade des mœurs.

A peine formé, vous avez quitté la police pour divers motifs expliqués dans votre ouvrage. Avez-vous des regrets ?

Quand mes élèves « découvrent » ce que je faisais avant de devenir prof (je n’ai plus besoin de leur mentionner ça, ils se transmettent l’info d’une année à l’autre), ils me demandent souvent si je regrette, c’est systématique. « Pourquoi vous avez arrêté ? Vous devez trop vous ennuyer maintenant ! » Je n’ai aucun regret, ni d’avoir été inspecteur, ni d’avoir démissionné. Avec un peu de réflexion sur soi-même et de recul, ce genre d’expérience apporte énormément dans le façonnage de notre identité. Ça m’arrive encore de rêver que j’arpente les rues des Pâquis pour contrôler des dealers, je retrouve la sensation que j’éprouvais alors mais au réveil, aucun regret que tout ça s’évapore. Juste le soulagement de ne plus y être et le plaisir d’avoir connu ça.

Ce n’est pas trop difficile de se passer de l’adrénaline ?

Quand j’étais dans la casserole, je ressentais ce besoin d’action, en arpentant les rues sur les traces des voleurs, on bouillonne, on a envie de ça, il y a peut-être un effet de meute. Mais ça ne me manque pas du tout. Comme la plupart d’entre nous, je déteste la brutalité, quelle qu’elle soit et j’espère bien ne plus jamais prendre ou donner un coup. Mais je suis conscient que j’en ai été capable. C’est quelque chose de s’être battu, pour de vrai, hors d’un ring, de s’être confronté à la violence. Cette même violence qui nous est épargnée, jour après jour, grâce à la police. Il y a une citation d’Orwell à ce propos, qui explique que la part de violence à laquelle chacun d’entre nous devrait être confronté durant sa vie, c’est les flics qui se la coltinent à notre place.

Quand mes amis policiers me racontent leurs affaires ou me parlent des derniers potins à l’intérieur de la grande maison, ça m’intéresse mais je ne les envie pas pour autant. Quand ils me paraissent heureux et épanouis, je suis content pour eux, mais je n’échangerais pour rien au monde ma salle de classe et mes élèves pour une plaque de police et un flingue.

Aviez-vous du temps à accorder à une vie privée ou étiez-vous constamment plongé dans le travail ?

C’est peut-être étonnant à la lecture de La Grande Maison mais durant les faits que je raconte, je me suis marié, j’ai eu mon premier enfant, j’ai voyagé, j’ai rencontré des amis. Cela incombe au parti-pris de rester axé sur les faits objectifs qui concernent la police que je ne raconte quasiment rien de ma vie privée, dans ce livre-là en tout cas.

Dans quel but avez-vous écrit La Grande Maison ?

À un moment donné, j’ai eu envie de raconter ce que j’avais vécu, sans imaginer que quelqu’un d’autre le lirait, en tout cas pas dans l’immédiat. J’avais envie d’en garder une trace écrite, peut-être avant que j’en oublie des morceaux. Et puis petit-à-petit, je me suis dit que mon récit pourrait éventuellement intéresser certains de mes (très) proches. J’ai terminé d’écrire une première fois La Grande Maison en me disant que j’allais proposer à mon épouse de le lire, pour partager cette histoire-là avec elle, ce que j’avais vécu, comment je me sentais, notamment parce qu’on n’était pas ensemble à ce moment-là de ma vie. Or d’écrire ce vécu, je me suis rendu compte que ça me soulageait. Ensuite, je l’ai transmis à ma grande sœur, pour les mêmes raisons. Les choses se sont un peu emballées à ce moment-là, ma sœur l’a confié à son mari (elle a bien fait, je le lui aurais transmis de toute façon). Et un jour, alors qu’il le lisait dans sa boutique, un écrivain de sa connaissance est venu lui acheter des bouquins, il est reparti avec mon manuscrit sous le bras et après l’avoir lu – et apprécié – il l’a transmis à son éditeur, qui est devenu le mien.

Avez-vous l’intention de continuer à écrire des livres avec des policiers et des malfrats ?

J’ai écrit un roman basé sur ce que j’ai vu et vécu lors de mon passage à la police judiciaire neuchâteloise, ma seconde expérience dans la profession. Peut-être que cela pourrait intéresser quelques lecteurs. Je ne sais pas encore si je vais le laisser tel quel ou y ajouter une pointe de fiction, peut-être qu’on ne saura pas vraiment où s’arrête la vérité et où débute l’imagination. Je vais laisser mijoter tout ça un moment.

La formation reçue pour devenir inspecteur, vous sert-elle dans votre métier d’enseignant ?

Je n’utilise pas chaque jour les tactiques d’interrogatoire ou les techniques de menottage, mais ce genre d’expérience de vie apporte énormément, au niveau de l’empathie, du rapport à l’autre, du recul sur les situations, sur le rôle de l’école, de l’enseignement… J’ai été prof quelques années avant de passer par la grande maison et je sais que je suis un enseignant bien différent de celui que j’étais alors. Cela amène du recul. On pourrait croire que j’ai côtoyé des collègues très à gauche dans l’un de ces milieux et que j’ai découvert une façon de penser plus ancrée à droite dans l’autre. Mais la réalité est plus contrastée. Il existe de nombreuses exceptions. Des profs qui regrettent le nombre d’étrangers dans leur classe, qui compliquent selon eux l’enseignement et péjorent le niveau scolaire des braves enfants suisses, tout comme j’ai rencontré des tas d’inspecteurs ou de policiers tolérants et ouverts d’esprits. Ces changements d’environnement permettent d’avoir une vision d’ensemble, modeste bien sûr, mais qui permet d’apprécier certains états de fait avec plus de perspicacité, peut-être, que si j’avais uniquement côtoyé le même milieu professionnel. Ça permet de ne plus voir uniquement les choses en noir ou en blanc, la vérité se cache quelque part dans les niveaux de gris. Par-dessous tout, il n’y a finalement pas une si grande différence entre ces deux jobs, flic et enseignant. Je l’ai beaucoup répété durant mes carrières et je le pense toujours : ce sont deux métiers plus proches qu’on ne croit, parce que ce sont des métiers humains, des métiers de l’humain, dans le sens où la matière première, dans un job comme dans l’autre, ce sont des êtres humains.

La question que je pose à tous les auteurs : à quel personnage de roman vous identifieriez-vous ?

J’aime bien imaginer que je ressemble à un personnage de Jim Harrison, mais c’est sans doute parce qu’il savait les décrire si profondément que je peux me retrouver dans la plupart d’entre eux aisément. Je suis bon client, je lis beaucoup de livres, de BD, je regarde des tas de films et de séries et je pioche à gauche à droite, de ces petits quelques choses qui nous façonnent, qui nous inspirent. Le dernier personnage de roman qui m’a ainsi inspiré, c’est Cigano dans le roman Narcisa de Jonathan Shaw. Un personnage qui se rend compte notamment qu’il faut être fou pour continuer de faire toujours la même chose, de répéter constamment les mêmes erreurs en espérant un résultat différent au final.

Immersion dans la police genevoise (1) : Lucien Vuille, ex-flic, raconte

La Grande Maison : un livre coup de flingue

J’ai demandé à Lucien Vuille, ancien inspecteur de la police judiciaire, si tout ce qu’il relate dans son livre est vrai. « Tout ce que j’écris je l’ai vu mais à l’inverse je n’écris pas tout ce que j’ai vu ». Certes, ce qu’il décrit dans « La Grande Maison » – éditions BSN Press -, a déjà été mâché et remâché dans les films et les séries. Mais une fois sortis du cinéma, ou Netflix éteint, on se dit que ce sont des fredaines de scénaristes. Au pire, que si c’est inspiré d’une certaine réalité, cela se passe ailleurs quelque part à New-York ou à Marseille. Pourtant, cette « Grande Maison » comme les policiers eux-mêmes dénomment la police, est située à Genève. Or, ce témoignage est une assourdissante détonation. Un coup de Glock 9 mm tiré en l’air mais dont la déflagration nous laisse tétanisés.

Lucien Vuille : policier par hasard

Avant d’entrer à l’école de police, Lucien Vuille était enseignant dans un quartier difficile de Lausanne. Dans le cadre de ce travail, il rencontrait des enquêteurs de la brigade des mineurs qui cherchaient parfois des renseignements sur des adolescents fugueurs ou qu’ils devaient présenter devant le juge. Leurs récits de la vie de flic le passionnaient. C’est ainsi que l’un des policiers lui suggéra de tenter sa chance. L’idée fit son chemin.

Dans son livre, Lucien Vuille nous raconte toutes les étapes franchies avant de devenir inspecteur. Le début semble fastidieux. Pourtant, très vite, l’on se fait happer par les incohérences, les injustices et le favoritisme relevés au sein même de la police. Une fois le lecteur hameçonné, malgré le procédé d’écriture qui ressemble quasiment à la rédaction d’un procès-verbal, on ne lâche plus ce texte qui, peu à peu, nous mène au bord de l’étouffement.

La Grande Maison : des faits rien que des faits

Entre le racisme banalisé, le jargon professionnel issus des bouchers parisiens, celui-là même autrefois utilisé par les truands de Paname – le louchebém, ça vous dit ? – qui nous donne parfois l’impression que la police genevoise se croit dans une aventure de San-Antonio ou dans un film de Michel Audiard, les délinquants à la dérive parfois très stupides, les gaffes policières qui nous font nous éclater de rire, et la terrifiante détresse de quelques marginaux écrasés par l’existence, on s’immerge totalement dans la vie d’un flic. Un travail qui comporte ses moments fastidieux, ses subites montées d’adrénaline, ses confrontations à l’horreur de la drogue ou de la pédophilie, le tout saupoudré de violence ordinaire. Un livre qui nous apprend que pour être sauvé d’une femme maltraitante, il vaut mieux être son chien plutôt que son enfant.

Lorsqu’on lit les épreuves physiques et psychologiques auxquelles sont soumises les forces de l’ordre, l’on ne s’étonne guère que ce soit un métier avec un risque de suicide particulièrement élevé. Alors oubliez les stars françaises de la rentrée littéraire et leurs livres trop convenus, et lisez La Grande Maison de Lucien Vuille. Vous y apprendrez deux ou trois choses sur ce qui se passe dans nos jolies villes suisses, dans nos quartiers ou peut-être chez vos voisins. Vous y rencontrerez de vrais flics, de vrais dealers, de vrais indics, de vraies prostituées et de vrais paumés. Ces personnes que l’on s’acharne à ignorer et qui pourtant sont là, qu’on les aime ou non, qu’elles nous intriguent, nous peinent où nous révulsent.

Demain, ici même, vous lirez une grande interview de Lucien Vuille. Il abordera son vécu au sein des polices genevoises et neuchâteloises, et ce qu’il en a appris avant de retourner à l’enseignement.

Mais auparavant je vous laisse découvrir sa biographie, telle qu’il me l’a livrée avec beaucoup d’humour, une chose à laquelle l’on ne s’attend pas forcément après avoir lu son ouvrage.

Lucien Vuille : sa biographie

« Je suis né à la Brévine, au cœur d’une vallée entourée de sapins dont on ne voit que le commencement, Sibérie de la Suisse au climat subarctique. J’y ai grandi, dans une ferme située dans un hameau nommé « Le Cachot », ça ne s’invente pas. Une fois mon bac empoché à La Chaux-de-Fonds, j’ai fait un bachelor en français et en histoire à l’université de Neuchâtel, puis un autre en sciences de l’éducation à la HEP. Je suis parti enseigner à Lausanne, dans le quartier haut en couleurs de la Blécherette, avant de partir travailler à la police judiciaire genevoise. Après avoir écumé les artères ténébreuses de la cité de Calvin, j’ai accepté la proposition de l’ancien chef de la police judiciaire neuchâteloise de revenir sur mes terres d’origines pour y rejoindre le bras armé de la justice locale. J’ai passé trois ans à la brigade des mœurs de la Chaux-de-Fonds, puis j’ai décidé de tourner définitivement la page de la vie policière et je suis retourné à l’enseignement. Tout en arrêtant des suspects et rédigeant des rapports de police, j’ai eu des enfants, des lapins et je me suis établi au Landeron, dernière frontière du monde neuchâtelois. Tranquillement installé à l’orée des bois, j’écris des livres, j’enseigne et je fais pousser des enfants, pas forcément dans cet ordre ».

 

 

Sources :

La Plage des Six Pompes (2) : estampillée label de qualité hors de nos frontières

Manu Moser ou le don d’ubiquité

Si quelqu’un a trouvé le secret de l’ubiquité ce doit être Emmanuel Moser. Directeur artistique de La Plage des Six Pompesvoir article d’hier – et du Centre de Compétences et de Création Helvétique des Arts de la Rue – CCHAR -, sa base se trouve à La Chaux-de-Fonds. Toutefois, ses multiples obligations l’obligent à parcourir l’Europe et d’autres parties du monde. Bien qu’il soit dans une période particulièrement intense, j’arrive quand même à le rencontrer à une terrasse du centre-ville, à l’heure du déjeuner, ou du petit-déjeuner comme disent nos amis français. Cela me confirme son talent pour le dédoublement. Metteur en scène et comédien, Emmanuel Moser – dit Manu – est une figure majeure des arts de la rue en Suisse, mais également en France et dans les nombreux pays francophones qu’il sillonne depuis 20 ans avec la compagnie Les Batteurs de Pavés qui adapte pour la rue de grands textes classiques : Hamlet, Macadam Cyrano, Les Trois Mousquetaires, Germinal, Richard III… Il est aussi co-fondateur de la FARS, initiateur du label Swiss Mad, de la bourse d’écriture pour les arts de la rue à la SSA, formateur AFDAS en France … J’arrêterai là cette énumération pour ne pas transformer cette page en l’armoire de rangement de ses nombreuses casquettes.

Dans la belle quarantaine, et avec ses compétences, Manu Moser pourrait être directeur de théâtre dans une ville plus smart que La Tchaux, mais il préfère l’air frais de la montagne à l’odeur des planches depuis trop longtemps séparées de leur arbre.

Le Théâtre Frenesí fusionne la commedia dell’arte, le spectacle de rue, l’acrobatie, le clown, l’art lyrique, la musique classique ou ethnique.

Emmanuel Moser : l’interview

Pourquoi es-tu resté à La Chaux-de-Fonds après ton passage par le Conservatoire de Lausanne, plutôt que de tenter Genève ou Paris comme la plupart des personnes qui, dans les années 1990, souhaitaient s’adonner au théâtre ?

Il me semblait que c’était plus simple de faire les choses ici, plutôt qu’à Lausanne. Il y avait moins besoin de lutter. Je suis né ici, j’avais déjà un réseau. Je n’avais pas besoin de faire semblant d’être copain avec des directeurs de théâtre pour réussir à La Tchaux. Ici, soit tu fais un bon projet et tu es aidé, soit ton projet n’est pas bon et on te le dit. Tu n’es pas obligé de serrer des pinces, de traîner dans des théâtres tous les soirs… Il n’y a pas le jeu de m’as-tu vu qui se pratique ailleurs, d’autant que La Chaux-de-Fonds est très ouverte. Dans les années 90, dans les villes suisses, ils ne voulaient rien savoir du théâtre de rue, et à Genève c’était compliqué parce qu’on n’existait pas. Tout le monde s’en foutait du théâtre de rue puisqu’ils avaient déjà de très grosses structures. A La Tchaux, il y a une ouverture d’esprit que l’on ne rencontre pas ailleurs tout en étant des teigneux ! Des râleurs ! Or, j’ai toujours aimé ce paradoxe.

Il y a une quinzaine d’années un pote m’a dit : « Si toute l’énergie investie à La Chaux-de-Fonds tu l’avais mise à Lausanne, tu serais déjà directeur de théâtre ». J’ai répondu : « Mais j’ai plus qu’un théâtre, j’ai toute une ville ! » Il y a toujours ce truc où tu DOIS grimper les échelons parce que tu as « forcément » envie de devenir directeur. Or, cela ne m’intéressait pas. Moi, j’avais envie de mener un projet qui est la Plage de Six Pompes, ce festival que j’ai vu naître, qui m’a toujours touché, et dont j’ai pris la direction et la coordination dès sa 6ème édition en 2000. Cet évènement m’attirait parce qu’il y avait un vrai boulot à faire. Être directeur de théâtre n’a jamais été une priorité.

– A présent, l’opinion générale sur le fait de tenter une carrière théâtrale à La Chaux-de-Fonds a-t-elle changé ?

Oh oui ! Et c’est très drôle. En ce moment beaucoup de compagnies de théâtre de rue s’installent ici. De plus en plus de gens viennent pour se rapprocher de la création du CCHAR, qui a fait son ouverture officielle le 8 juin, et qui est un projet d’envergure nationale. De surcroît, avec La Plage des Six Pompes, qui a une stature internationale, il y a une vraie reconnaissance culturelle de La Chaux-de-Fonds, surtout en ce qui concerne les arts de la rue. Tout le monde se fout de savoir si la ville est grande ou petite. Les vraies questions sont : Est-ce que le public est là ? Est-ce que les programmateurs vont venir ? Est-ce qu’il y a des bonnes compagnies qui sont venues ? Or c’est le cas à La Plage. Depuis quelques temps les compagnies se battent pour venir jouer chez nous sans autre gain que celui du chapeau. J’en suis le premier étonné. J’en viens à me faire engueuler au téléphone parce que je suis obligé de refuser des spectacles.

– Est-ce important, pour une compagnie de théâtre de rue, de pouvoir inscrire dans son Curriculum “La Plage des Six Pompes” ?

Oui, en effet. A présent, si l’on s’adonne aux arts de la rue, c’est important d’être programmé à La Plage. Nous sommes sollicités par des compagnies de partout : africaines, asiatiques, des États-Unis… Nous ne sommes pas dans le premier grand cercle qui compte quatre ou cinq festivals, mais nous sommes très près de ce cercle-là. Nous faisons partie des festivals dans lesquels, si t’es passé, t’as une super carte de visite. Certains organisateurs d’évènements de rue viennent, chaque année, regarder notre programmation. Si une compagnie est passée chez nous, ils la prennent pour leur manifestation. Quand tu hésites sur une compagnie, tu vas voir où ils ont joué, puis tu téléphones aux copains, et tu leur demandes. Ma référence, par exemple, c’est Mulhouse. Leur programmation est excellente. Je prends les yeux fermés une compagnie passée chez eux.

– Un bémol ?

Nous sommes parvenus à donner à La Chaux-de-Fonds un label de qualité. Mais c’est aussi un danger parce que nous recevons tellement de propositions d’excellente facture qu’en définitive la sélection devient plus dure, plus compliquée. Je suis obligé de refuser des bonnes compagnies ce qui est toujours fastidieux. Mais c’est le prix à payer pour cette réalité :  nous sommes devenus l’un des festivals de la francophonie où il faut passer. Il y en a plusieurs en France, un en Belgique, un au Québec et un en Suisse, or en Suisse c’est nous.

Plage des Six Pompes : du samedi 30 juillet au samedi 6 août

Cette année, le Festival de La Plage des Six Pompes aura lieu du samedi 30 juillet au samedi 6 août. Elle prendra cependant 24 heures de pause le lundi 1er août afin de laisser la place aux festivités de la fête nationale. Accédez au programme complet du festival en cliquant ici.

Pour lire la première partie de cet article : cliquez ici.

Découvrez comment Emmanuel Moser en est arrivé à jouer dans la rue, alors qu’il n’était qu’un jeune adolescent, en cliquant sur cette phrase.     (Article paru dans le journal Le Ô)

Emmanuel Moser a transformé la ville de La Chaux-de-Fonds en l’un des berceau des arts de la rue. S’il en éprouve de la satisfaction, aucun doute, c’est légitime. (Crédit photo : Guillaume Perret.)

 

 

 

 

 

La Plage des Six Pompes : le plus important festival suisse des arts de la rue…

…et l’un des plus importants de la francophonie

Ce week-end, à La Chaux-de-Fonds, débutera La Plage des Six Pompes Festival International des Arts de la Rue. Avec plus de 50 compagnies professionnelles invitées, et plus de 200 représentations réparties sur la semaine c’est, en Suisse, le plus important évènement de spectacles de rue et l’un des plus renommés de la francophonie. Après deux ans de Covid, c’est-à-dire d’absence ou de petits arrangements, l’excitation est à son comble. A mille mètres l’on trépigne dans l’attente de ce moment de culture et de fête, en espérant que le public sera joyeux et le soleil doux du samedi 30 juillet au samedi 6 août. Une journée de pause est agendée le lundi 1er août.

Venues des quatre coins d’Helvétie mais aussi de France, de Belgique, d’Italie, de Nouvelle-Zélande ou de Catalogne, pendant sept jours l’on pourra voir soixante-quatre compagnies s’adressant parfois aux enfants, parfois aux adultes, et souvent aux grands enfants. Et, au cas où cela ne suffirait pas à combler l’appétit des spectateurs, tous les soirs il y aura  les afters organisés par la salle de concerts Bikini Test.

Le menu de ce festival ressemblant à un festin royal, extrêmement éclectique et savoureux, je ne présenterai pas les spectacles. Cependant, je vous invite à vous mettre en appétit à en cliquant ici, un lien qui vous conduira directement au programme. Vous aurez le choix entre clowns, marionnettes, silent-party, cabaret, musique, sculptures de lumières, danse, improvisation, théâtre poétique, jeunesse, surréaliste, burlesque ou engagé (palette non-exhaustive) à ne plus savoir où donner des yeux et du cœur.

Des petits bars, des food-trucks et des stands aux cuisines variées permettront aux festivaliers de se désaltérer et de se restaurer à tout moment. Autrement dit, on peut monter à La Chaux-de-Fonds sur un coup de tête, les mains dans les poches, le temps de voir une série de spectacles l’après-midi ou le soir. On trouve de tout sur place.

Yldor Llach fera des prouesses acrobatiques avec sa petite reine.

Spectacles au chapeau

La Plage des Six Pompes est née en 1993, sous l’impulsion de Chaux-de-fonniers impliqués dans la culture. Leur souhait : « offrir une animation culturelle et gratuite durant l’été, à l’attention des habitants de la ville qui n’ont pas la possibilité de partir en vacances, soit amener la plage à celles et ceux qui ne peuvent s’y rendre ». En effet à l’époque, durant les vacances horlogères, la ville passait de 38’000 à 11’000 habitants. De surcroît, les commerces fermaient ou réduisaient leurs horaires. Les gens qui ne pouvaient envisager des vacances se sentaient abandonnés dans un grand no man’s land totalement assoupi. Ce pourquoi, selon une tradition qui se maintient année après année, les artistes invités à La Plage (comme on l’appelle familièrement) sont uniquement rémunérés au chapeau. L’accès à tous les spectacles est libre (pas de billetterie). Le seul “cachet” perçu par les artistes c’est ce qui tombe dans le chapeau à la fin des représentations. Ce système permet à chaque spectateur de fixer le montant qu’il souhaite (ou qu’il peut) attribuer. Ainsi, au moment où le chapeau passe, il ne faut pas perdre de vue que que ces personnes qui ont donné de leur âme pour vous divertir, vivent de leur art comme le médecin ou le garagiste du leur, et que personne n’a jamais envie de sucer des cailloux avant de s’endormir sous un pont.

Cet évènement local qui, au début, fut appelé La Plage du Marché pour ensuite devenir l’international Plage des Six Pompes, a beaucoup grandi en -presque- trente ans. En 2015, le festival a réuni environ 100 000 spectateurs sur les sept jours et engagé près de 450 collaborateurs bénévoles.

Demain je donnerai la parole à son directeur : Emmanuel Moser.

Dis Bonjour à la Dame – DBD se nourrit d’influences artistiques telles que le théâtre, le clown, les arts de la rue et la magie nouvelle.

 

Sources

– Emmanuel Moser, directeur artistique

– Site de La Plage des Six Pompes

– Wikipedia

 

 

 

Un livre 5 questions : « Grenier 8 » la rue des souvenirs d’Emanuelle Delle Piane

Un voyage dans une Suisse populaire et d’antan

Certaines lectures nous rappellent nos propres souvenirs : le cagibi secret où l’on se cachait avec nos cousins ou les vêtements que nous portions le dimanche quand c’était encore un jour exceptionnel et sacré. C’est le cas du roman Grenier 8 d’Emanuelle Delle Piane, connue pour ses scénarios de séries télévisées ou ses pièces de théâtre.

L’action se situe principalement à La Chaux-de-Fonds, dans les années 1960-1970, à la rue et au numéro où se trouve l’actuel mais très ancien restaurant La Pinte Neuchâteloise. D’où le nom du roman : Grenier 8. En compagnie d’Éli, la narratrice, on entre dans la machine à remonter le temps. Rafraîchie, notre mémoire retrouve les gens, les habitudes, les mots populaires et les objets de l’époque. Les qué, pétler, kratz, bringuer et fouzytout, ce parler d’antan qui s’utilisait encore, nous revient en tête. On se souvient des heures passées à jouer au flipper. On entend la musique de ces 45 tours que l’on écoutait au mange-disque. On se souvient du ronronnement de la vieille machine à coudre Pfaff, des peintures qui décoraient les boîtes à biscuits en métal blanc et des recettes de cuisine de grand-mère qui ne s’encombraient pas des adjectifs « légère » ou « détox ». Grenier 8 est un roman humoristique et nostalgique assaisonné d’un suspens exempt d’innocence.

Grenier 8 : résumé

L’héroïne de l’histoire aurait pu continuer à vivre paisiblement en dessinant ses BD, mais elle n’a jamais su refuser un service. Alors, quand son cousin lui demande d’aller récupérer des documents compromettants dans la maison de son enfance, elle s’exécute. La bâtisse, qui en plus des souvenirs de la narratrice a pendant longtemps abrité un café-restaurant, et dans ses combles, de sulfureuses affaires (que l’on découvrira en même temps qu’Éli) est un personnage à part entière du roman.

Grenier 8 vient de paraître aux Éditions Livreo-Alphil dans la collection Lieu et temps, supervisée par l’Association pour l’aide à la création littéraire qui vise à constituer, à raison d’un livre par an, une collection d’auteur-e-s du canton de Neuchâtel, invités à traiter du thème du temps en résonance avec un lieu vernaculaire de leur choix.

Emanuelle Delle Piane : l’interview

Comment est né le roman « Grenier 8 » ?

Il est né en pleine pandémie. Alors que tous mes projets théâtraux s’annulaient les uns après les autres du fait de la fermeture des salles de spectacle, l’AACL (l’Association des

Auteurs neuchâtelois pour la Création Littéraire) m’a approchée pour relever ce défi longtemps inimaginable pour moi : me lancer dans l’écriture d’un premier roman ! Pourquoi inimaginable ? Parce que j’avais jusqu’ici privilégié des formes d’écriture courte, vive, percutante. L’écriture a toujours été pour moi un processus plutôt fulgurant. Travailler à un roman m’angoissait. Je craignais de ne pas être capable d’un investissement sur le long terme.

Grenier 8 se situe en partie dans les années 1960-1970, comment avez-vous procédé pour retrouver les ambiances, les expressions et le vocabulaire de ces années-là ?

J’ai vécu une partie de ma petite enfance à La Chaux-de-Fonds. Certaines expressions et plusieurs souvenirs étaient encore très présents à mon esprit. D’autres, je les ai inventés, imaginés tout exprès pour l’histoire que raconte ce roman. Pour vérifier mes sources et « mes dires », j’ai également eu la chance de pouvoir séjourner dans l’appartement de la Fondation Velan (APOYV) durant plusieurs jours pour m’imprégner de l’atmosphère de la ville et peaufiner « in situ » certains passages qui concernent non seulement La Chaux-de-Fonds d’hier, mais aussi celle d’aujourd’hui.

 

Pourquoi avez-vous choisi de faire parler Éli à la 2ème personne du singulier, comme si elle se parlait à elle-même, plutôt qu’à la première ou à la troisième ?

Je ne suis pas une fanatique du « Je » et je voulais éviter que mon personnage fasse étalage de ses états d’âme. Si j’ai choisi d’utiliser le « tu », c’est d’abord pour offrir une sonorité et une oralité à l’écriture. Pour que le lecteur se sente proche, complice et au plus près de l’intrigue et de mon personnage principal. En optant pour cette forme, j’ai peut-être eu envie aussi de me forcer à sortir des sentiers battus…

Vous avez écrit des scénarios de séries télévisées et vous travaillez surtout pour le théâtre. Quelles différences il y a-t-il entre écrire des séries télévisées, du théâtre ou du roman ?

Peu importe la forme ou le fond, il faut avant tout que j’aie en tête des personnages qui me racontent leur histoire. Une histoire originale, cohérente, qui me surprenne et qui me tienne en haleine de bout en bout. Tant que je n’ai pas réussi à réunir ces principaux ingrédients, je suis incapable d’écrire quoi que ce soit.

La question que je pose à chaque auteur-e : à quel personnage de la littérature pourriez-vous vous identifier ?

Je ne sais pas si « identifier » est le mot juste, mais il y a sans doute plusieurs personnages nés de la littérature qui m’interpellent. Celui qui me vient tout à coup à l’esprit est Cyrano de Bergerac. J’apprécie son côté frondeur, idéaliste, téméraire, fier, qui se bat coûte que coûte pour défendre ses convictions. J’aime aussi son côté « personne de l’ombre » hypersensible qui se cache, s’efface, se sacrifie pour des causes qu’il croit belles et importantes… même si elles sont désespérées !

Emanuelle Delle Piane : biographie

Née un 24 décembre à La Chaux-de-Fonds, d’origine suisse et italienne, Emanuelle Delle Piane a suivi des études de lettres et des formations variées en écriture de scénarios en France et aux États-Unis. Elle a enseigné aux étudiants en audiovisuel de l’Université de la Sorbonne-Paris IV et donné des ateliers à des professionnels ou des enseignants. Elle est l’auteure de plus d’une trentaine de pièces pour adultes et pour enfants, mais aussi de scénarios, de pièces radiophoniques et de nouvelles. Ses textes ont fait l’objet de créations en France, en Suisse, en Allemagne, en Belgique, en Italie, en Pologne, au Canada, en Arménie, et sont régulièrement joués.

Pour en savoir plus visitez son site en cliquant ici.

Crédit de la photographie d’Emanuelle Delle Piane en début d’article : N.Sabato

 

Un livre 5 questions : “Tonitruances” de la dépendance à l’abstinence

Marie Marga : la liberté retrouvée

Face au soleil en cette journée trop chaude pour la saison, l’auteure de Tonitruances m’attend devant un jus de poire-carotte à une terrasse lausannoise. Mèche rebelle et voix douce, Marie Marga a dans le fond des yeux les orages de son existence. Issue d’une famille vaudoise et bourgeoise empoisonnée par les non-dits, elle grandit avec la rage au ventre et le goût de l’autodestruction. Passant de l’anorexie à la toxicomanie et à l’alcoolisme, elle découvre peu à peu que ces dysfonctionnements sont les divers symptômes d’une même maladie.

Le jour de notre rencontre, elle est particulièrement joyeuse. En ce mois de mars 2022, elle fête dix-neuf ans d’abstinence. Dix-neuf ans de liberté.

Paru aux éditions Le Lys Bleu, Tonitruances explique, avec des mots simples et une belle écriture, les chemins qui mènent à l’autodestruction et aux dépendances.

Comme dans un roman, nous sommes pris dans cette histoire vraie qui raconte, sans détours mais avec pudeur, la fausse-couche de la mère qui donne à Marie Marga le rôle du bébé de remplacement, la froideur du père, les relations affectives malsaines jusqu’à ce qu’elle rencontre l’amour de sa vie qui mourra tragiquement en exerçant son métier, sa quête éperdue de sexe et de tendresse…  Marie Marga ne nous épargne pas, non plus, les pétages de plombs qu’encaissent ses propres enfants alors qu’ils sont encore très jeunes. Par chance, au début des années 2000, elle prend conscience de ses difficultés. Elle reçoit le soutien et la force nécessaires pour mettre un terme à ses dépendances le jour où elle pousse la porte des Narcotiques Anonymes. Elle découvre alors un climat de bienveillance, le pouvoir guérisseur de la parole et apprend à s’appuyer sur cette béquille pour reconstruire, autrement, ce qu’elle s’est acharné à détruire.

Marie Marga : l’interview

A quel moment peut-on considérer que la consommation festive d’un produit devient une dépendance ?

Ce qui distingue une consommation festive de la dépendance, c’est la fréquence et la quantité de la consommation. Le dépendant (j’inclus évidemment le féminin) ne laisse jamais une bouteille entamée, ne part jamais avant la fin de l’after. Et généralement, c’est aussi quelqu’un qui consomme seul. Tout prétexte est bon pour user de son produit de choix, que ce soit une contrariété à apaiser, une bonne nouvelle à fêter ou un sentiment d’ennui à dissiper. Allumer un joint a été pendant des années mon premier geste de la journée. Il n’y avait aucun lieu où je m’abstenais de fumer. Là où c’était interdit, par exemple dans l’avion, je m’enfermais dans les toilettes pour allumer mon pétard après avoir bouché le détecteur d’incendie avec du papier.

La dépendance n’est pas liée à un produit spécifique, mais bien davantage à un comportement. Les troubles alimentaires sont une forme de dépendance, au même titre que la consommation abusive de médicaments. Que le produit soit légal ou non ne change strictement rien à l’affaire.

Lorsqu’on arrête une addiction comme l’alcool qui, en Occident, fait partie de tous les repas familiaux, de toutes les commémorations et de tous les moments festifs, ne se sent-on pas un peu seul-e ?

Au début, l’abstinence est difficile à assumer. Quand on s’est défini pendant des années comme un fêtard, on se sent très rabat-joie de refuser un verre. C’est toute notre identité qui est remise en question par ce changement d’attitude. Puis, on s’habitue et on se rend compte qu’au final, le fait de ne jamais boire nous confère plutôt une originalité supplémentaire. La plupart des gens n’ont aucun mal à accepter qu’on trinque au jus de pomme. Ceux à qui ça pose problème sont en principe ceux qui ont eux-mêmes un problème d’alcool.

Le décès de votre grand amour a-t-il influencé votre dépendance ?

La dépendance était déjà bien installée dans ma vie quand mon grand amour de jeunesse a été assassiné dans l’exercice de son métier de journaliste. Cela faisait douze ans qu’elle s’exprimait activement, d’abord par des troubles alimentaires, puis par une consommation quotidienne et soutenue de produits psychotropes. Ce décès m’a juste donné un prétexte pour consommer davantage et ouvertement. Je pense même que la dépendance a préexisté ces manifestations extérieures. Je la vois comme une maladie des émotions héritées des générations précédentes.

Lorsque vous consommiez encore, avez-vous été inadéquate avec votre entourage ?

Je relate dans le livre quelques anecdotes où j’ai été clairement inadéquate, en particulier avec mon entourage le plus proche, à savoir mes enfants et mes compagnons successifs, non seulement pendant mes années de consommation, mais encore longtemps après. Il y en a bien sûr eu beaucoup d’autres. Le produit a parfois atténué mes sautes d’humeur. Pendant toutes les années que j’ai passées sous son emprise, je n’ai pas appris à gérer mes émotions sans cette béquille. Quand j’ai arrêté, j’étais une femme de trente-cinq ans avec la maturité émotionnelle d’une adolescente.

Je tiens à souligner que la violence qu’on fait subir à ses proches est l’expression d’une grande souffrance. Ce n’est bien sûr pas une raison pour l’excuser, mais ça ne sert à rien non plus de se contenter d’accabler le bourreau. Il serait beaucoup plus aidant pour tout le système familial de lui apprendre à /permettre de verbaliser ce ressenti qui le/la déborde.

Le fait d’avoir des enfants encore petits a joué un rôle important dans ma décision d’arrêter de consommer. Je ne voulais pas mourir avant qu’ils soient adultes. Le groupe de parole, c’était la solution de la dernière chance. J’avais tout essayé sans succès. Chez les Narcotiques Anonymes, j’ai découvert le pouvoir phénoménal de la parole partagée.

Quels motifs vous ont poussés à écrire Tonitruances ?

L’écriture a toujours fait partie de ma vie, c’était normal qu’à un moment ou à un autre, j’aille creuser la problématique qui me touche de si près. Avec Tonitruances, j’ai envie de transmettre un message d’espoir aux personnes qui se débattent encore dans les filets de la dépendance. Leur dire que c’est possible d’arrêter sans devoir s’épuiser à lutter sans fin contre l’envie de consommer. Leur dire que cette obsession finit par disparaître quand on cesse de l’alimenter en consommant. Que l’abstinence ouvre un champ de possibilités insoupçonné. Et qu’on reste fondamentalement soi-même, ce n’est pas parce qu’on arrête de s’exploser la tête qu’on rentre dans le moule.  Ce livre est aussi destiné aux personnes qui vivent ou qui travaillent avec des dépendants. Les personnes intéressées peuvent l’obtenir auprès de Philippe S. 079 599 99 15. (Ndlr : depuis la France on peut directement le commander aux Editions du Lys Bleu : cliquer ici )

Quels conseils donneriez-vous aux proches d’une personne dépendante : je pense aux parents, aux conjoints ou aux enfants qui ne supportent plus les difficiles situations que cela entraîne.

Le déni fait partie intégrante de la maladie de la dépendance. Quel que soit son niveau de déchéance, le toxico arrive toujours à se convaincre qu’il gère et qu’il y a pire que lui. Pour l’entourage, il est très difficile de ne pas tomber dans un rapport de codépendance. Or, les efforts déployés pour atténuer les conséquences de la toxicomanie de leur proche ont souvent pour effet de maintenir celui-ci dans l’aveuglement et donc dans la consommation active. Le dépendant se sent en effet désinvesti de son problème du moment que quelqu’un d’autre s’en occupe. Il mettra son énergie à dissimuler sa consommation plutôt qu’à en guérir. Le meilleur conseil que je puisse donner aux proches est donc de se joindre à des groupes d’entraide de conjoints, d’enfants ou de parents de dépendants (alanon.ch) où des pairs les rendront attentifs aux pièges à éviter en partageant leur propre expérience.

Pour plus de renseignements :

Narcotiques Anonymes : cliquez ici.

Alcooliques Anonymes : cliquez ici.

La main tendue : cliquez ici.

Aide aux proches de personnes dépendantes :

– Al-Non : cliquez-ici.

 

Marie Marga souhaitant garder l’anonymat, la photographie qui introduit l’article, libre de droits, provient du site pixbay.com.  Merci pour votre compréhension.

Le Gore des Alpes (2) : quelques auteur*e*s et numéros de la saignante collection

Le Gore  des Alpes : 13 romans, 1 BD et 1 recueil collectif

Cette collection est un hommage à la littérature pulp des ’50s. Ce sont des références à la culture populaire, aux monstres du passé et à ceux, plus vicieux encore, d’aujourd’hui. C’est de l’horreur, du macabre, du funeste. Sorcières et animaux anthropophages, mafieux toxicomanes et fascistes cannibales, clergé décadent et cadavres revenus du royaume des morts. C’est un sabbat au milieu d’une clairière, un carnotzet aux parfums de l’enfer, des hurlements lugubres dans les ténèbres.

Ces récits s’adressent à un public averti qui cherche à se divertir tout en apprenant deux ou trois choses sur l’âme humaine, l’Histoire ou les mythes de nos régions. Le Gore des Alpes c’est l’opposé, en très exagéré, de la vision idyllique que les touristes se font de la Suisse et de la montagne. Jusqu’à présent cette collection a publié 15 numéros dont un roman graphique et un collectif.

Les auteurs : CV longs comme des bras (tranchés)

Hier, nous avons rencontré le directeur de collection Philippe Battaglia. La pointe acérée de sa plume a également griffé deux ouvrages du Gore des Alpes : La robe de béton et La fête de la vicieuse.  Aujourd’hui, je vous propose de faire la connaissance de quelques auteur-e-s et de leurs livres. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils affichent tous et toutes de sérieux curriculum vitæ. A l’évidence, ce ne sont ni des paumés ni des petits rigolos.

Gabriel Bender : Les folles de Morzine

Le livre : Sociologue et historien Gabriel Bender, l’universitaire qui considère que de nos jours l’humain est un Celte avec un smartphone, s’est penché sur une véritable histoire qui a eu lieu  dans un village de Haute-Savoie au 19ème siècle.  Pendant environ treize ans, de 1857 à 1870, plusieurs dizaines de femmes de Morzine furent prises de convulsions, d’hallucinations, de crises de somnambulisme. Elles se disaient possédées par des diables. Malice ou maléfice ? Femmes malades ou révolte féministe ? Gabriel Bender résout l’énigme avec la prudence de l’historien des Alpes et la hauteur de vue d’un sociologue alpestre.

Bio : Originaire de Fully, Gabriel Bender est né en 1962. D’abord travailleur social, il obtient en 1993 une licence en sociologie, puis en 1996, un diplôme d’études supérieures en histoire économique et sociale. Aujourd’hui, il est professeur et chargé de recherche à la HETS – Haute École de Travail Social. Après la publications de plusieurs ouvrages consacrés aux sciences sociales, comme Politiques culturelles en Valais ou Fioul Sentimental, Gabriel Bender s’est éclaté à écrire du gore. C’est d’ailleurs lui qui a eu l’honneur d’inaugurer cette collection avec La Chienne du Tzain-Bernard qui rend hommage aux premières œuvres de la littérature gothique trash.

Stéphanie Glassey : L’Éventreuse

Le livre : spécialiste de la littérature du 17ème siècle, Stéphanie Glassey nous emmène dans le vécu le plus sordide des femmes. Le récit s’écrit sous les clochers des villages d’autrefois, bien-pensants et malfaisants, où le sexe prétendu faible était victime de la violence de l’hypocrisie et de la religion.

L’auteure nous ouvre une lucarne sur une faiseuse d’anges que le destin condamne à devenir éventreuse. Impuissant, le lectorat assiste aux horreurs des avortements à la dure, avec aiguilles à tricoter, cuillères et coups de poings, au destin des fœtus, aux abus subis par les enfants placés, et à la culture patriarcale pratiquée dans le secret et l’oppression. Stéphanie Glassey ne nous épargne rien des souffrances du viol, des grossesses à répétitions, de l’accouchement et surtout de celles des fausses couches provoquées ou pas. Un monde où les femmes ne sont que des objets corvéables, des outres à soulager les instincts les immondes de certains mâles – peut-on encore les appeler des hommes ? Une époque pas si lointaine où l’on accuse de sorcellerie celles qui apportent de l’aide à leurs pairs. Dans cet odieux obscurantisme, contre toute attente, c’est par le démon et ses suppôts que le Bien arrive. L’Éventreuse est un roman d’une violence hurlante de vérité. Entre deux saines manifestations démoniaques il nous rappelle pourquoi, nous les femmes, nous sommes battues pour obtenir le droit à la contraception et à l’avortement.

Bio : Née en 1988 et domiciliée à Nendaz, Stéphanie Glassey exerce les métiers de thérapeute et d’enseignante. En 2008, elle entre à l’Université de Fribourg où elle étudie les Lettres et se consacre essentiellement à la littérature du 17ème siècle. En 2013, elle obtient son Master en français. Confidences assassines est son premier roman paru en 2019, L’Éventreuse en 2020 et la La Dernière danse des lucioles en 2021. Son projet actuel, Enfances assassinées, est au bénéfice d’une bourse de la culture de l’État du Valais.

Extrait de L’Éventreuse de Stéphanie Glassey.

François Maret : VenZeance

Le livre : le dessinateur signe l’unique bande dessinée du Gore des Alpes. Une expérience qu’il faudrait renouveler.

VenZeance est un roman graphique, accouplement farouche et sanglant entre un road movie post-apocalyptique et une errance burlesque pour la survie. Une toxine a transformé les joyeux convives du Gala du FC Sion en zombies décérébrés. La horde sous contrôle va déferler sur le Valais. Heureusement l’armée suisse veille…

Bio : Né en 1961, François Maret est un dessinateur et scénariste de bande dessinée, illustrateur et enseignant. Instituteur, il a travaillé pendant dix ans dans les écoles primaires. Ayant obtenu le diplôme d’enseignement du dessin, il devient professeur des Arts Visuels et de l’Histoire de l’Art au lycée-collège cantonal de la Planta. De 1989 à 1992, il a été responsable des graphismes et des illustrations pour des livres scolaires d’histoire, de géographie et de sciences naturelles. Il a également travaillé comme dessinateur pour la presse suisse : Femina, La Liberté, Le Courrier, Le Quotidien Jurassien. Il a publié Eden, trois tomes de science-fiction humoristique aux Éditions Paquet, en 2008. Il partage son temps entre le dessin de presse, l’enseignement, et la BD.

Louise Anne Bouchard : Delirium

Le livre : L’écrivaine helvético-canadienne signe ici son 18ème ouvrage où l’on découvre les aventures de Jérôme, un homme qui boit trop, baise trop, et s’est fait renvoyer de son travail. Il décide de se refaire une santé en Valais, mais là encore, il baise et boit trop. Pompon : dans ses délires, on l’enlève et on le malmène. Une séquestration ou se multiplient les sévices pour l’empêcher de toucher à la légende du Dolly Pop, la mystérieuse disparition de huit beautés qui gagnaient leur vie en vendant leurs charmes et parfois leurs petites culottes.

Bio : Grâce à ce livre et à ses précédents ouvrages noirs, Louise Anne Bouchard fait partie des 25 autrices du monde entier à être invitée dix jours durant au Festival International du Roman Noir (FIRN). Ce projet est cofinancé par Pro Helvetia.

Louise Anne Bouchard a commencé à écrire à l’âge de douze ans. D’abord photographe de formation (pendant trois ans, elle est photographe de mode free-lance), elle poursuivit des études en Littérature à l’Université du Québec à Montréal. Sa rencontre avec son professeur de Littérature Étrangère, Eva Le Grand, est l’une des plus éblouissantes de ses débuts d’écrivain. Elle a reçu deux prix littéraires dont un canadien.

Jean-François Fournier : Les démons du pierrier

Le livre : Un curé voit, avec rage, la modernité arriver dans son petit village. Pour maintenir les villageois sous le pouvoir de l’église, il n’hésitera pas à pousser au crime les deux hommes les plus riches de la région, dont l’ampleur de la perversité assoit les dégénérés de Délivrance sur le banc des enfants de chœur. La situation va évidemment lui échapper et devenir un véritable enfer. Un hommage émétique à Necrorian, l’auteur culte de la littérature gore, et à son mythique Blood-Sex !

Bio : L’écrivain et critique littéraire Jean-Michel Olivier n’a pas hésité à affirmer, dans sa présentation des Démons du pierrier, que Jean-François Fournier mériterait l’une des premières places parmi les écrivains suisses.

Né le 12 janvier 1966 à Saint-Maurice, Jean-François Fournier est journaliste et écrivain. Il était rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste, jusqu’en octobre 2013. Il a dirigé ensuite la mythique Revue Automobile, le plus vieux journal européen traitant des quatre roues. Puis il a administré le Théâtre du Baladin et officié comme Délégué culturel de la commune de Savièse. Premier Prix de poésie de l’Association valaisanne des écrivains en 1983, il reçoit en 1988 le Prix de journalisme du Conseil de l’Europe et, en 1998, le canton du Valais lui décerne le Prix d’encouragement pour l’ensemble de sa production littéraire.

Extrait des Démons du pierrier de J.-F Fournier.

Collectif : Ça sent le sapin

Livre : Un ouvrage collectif rassemblant treize aventures macabres. Un Noël pas piqué des vers où l’on cueille, sous le sapin, des champignons parasites, des occultistes nazis, des extraterrestres vicieux, des lutins esclavagistes, des morts-vivants, des cannibales, des sociopathes, des psychopathes, des mille-pattes et du pâté en croûte.

Les auteurs : Philippe Battaglia, Gabriel Bender, Louise Anne Bouchard, Nicolas Feuz, Jean-François Fournier, Jordi Gabioud, Stéphanie Glassey, Joël Jenzer, François Maret, Nicolas Millié, Olive, Dita von Spott & Vincho.

 

Sources

– Site Le Gore des Alpes

– ViceVersa littérature

– Le village suisse du livre

– Babelio

– Wikipedia

Philippe Battaglia et Le Gore des Alpes (1) : du sexe, de l’horreur et même de l’Histoire

Le Gore des Alpes : un inconvenant délice

Monstres humains ou fantastiques, démons, adorateurs de Satan, tortures, possessions, sexe, Nazis, médecins sadiques, sorcellerie, zombies, vengeances… – la liste n’est pas exhaustive – la collection de petits livres trash, née en Valais et sobrement intitulée Gore des Alpes, ne nous épargne aucune fantaisie extrême et sanglante. Tout cela sans nous sortir de nos beaux paysages de cartes postales. Sans que les auteur-e-s et les personnalités suisses les plus en vue ne rechignent à se lancer dans le jubilatoire mais périlleux exercice d’une écriture violente et excessive. Imaginez le spectre d’une espèce de Quentin Tarantino déjanté possédant les écrivain-e-s et dessinateurs de notre belle Helvétie, et vous serez encore loin du compte.

Parmi les personnes de plume qui ont succombé au charme de la terreur et de l’hémoglobine, l’on trouve le sociologue et historien Gabriel Bender, les journalistes Joël Jenzer et Jean-François Fournier, l’écrivaine Louise Anne Bouchard ou le talentueux artiste peintre et illustrateur Ludovic Chappex qui signe toutes les couvertures. Olivia Gerig, autrice de L’Ogre du Salève dont tout le monde se souvient et de la trilogie Le Mage Noir, s’est également laissé ensorceler. C’est ce printemps que l’on lira sa prose la plus hard !

Évidemment, cet esprit n’a pu s’empêcher d’envoûter Nicolas Feuz qui, depuis des années déploie l’ombre de ses immenses ailes sur l’ensemble de la littérature romande. Sont-ce celles d’un ange gardien qui protège les lettres et ses humbles serviteurs, ou celles d’un féroce vampire suceur d’encre et de sang ? Toutes les rumeurs circulent. Toutes les hypothèses semblent possibles. Seul Chronos, dieu issu du néant selon certaines traditions, nous révèlera peut-être un jour la véritable substance de ce que sème, entre les lignes, ce procureur devenu un incontournable de tout ce que l’édition locale produit depuis deux lustres. En attendant ce Jugement Dernier, les milliers de lecteurs qu’il délecte se régalent notamment du Verdict de la Truite.

A noter pourtant que cette collection, terriblement sombre, saupoudrée d’une touche de grotesque, se réfère souvent à l’Histoire avec un grand H. Dans ma publication de demain, je présenterai quelques-unes de ces publications ainsi que leurs auteur-e-s.

Philippe Battaglia : l’homme aux multiples casquettes

Philippe Battaglia, c’est le genre d’irrévérencieux monsieur suffisamment hyperactif et bien intégré dans la société pour qu’à l’instar d’un certain procureur, on le trouve partout. Je suis d’ailleurs surprise de ne pas encore l’avoir rencontré dans ma paella entre cinq grains de riz, quatre lamelles de poivron, deux moules, une crevette et une cuisse de poulet. Je vous invite à lire sa biographie au bas de l’article. Elle est aussi divertissante et dense en rebondissements que cette série de livres à laquelle il participe, entre autres, comme directeur de collection.

– Comment vous est venue l’idée de vous lancer dans cette aventure ?

Avant toute chose, je dois préciser que je suis une pièce rapportée, même si j’ai aujourd’hui plusieurs casquettes au sein du collectif, puisque j’y suis éditeur, directeur de la collection et auteur. Au commencement étaient trois hommes (comme pour la création de la Suisse, mais n’y voyez aucun lien de cause à effet) qui sont ensuite venus en chercher deux autres dont moi. Le Gore des Alpes est donc une maison d’édition et une collection du même nom, le tout géré par cinq individus peu recommandables. L’idée est venue peu après les votations sur les Jeux Olympiques en Valais, une campagne extrêmement clivante durant laquelle le canton a été peint dans tout ce qu’il a de plus merveilleux. Une vraie carte postale. Les trois fondateurs se sont alors dit que non, la Valais, ce n’est pas que ça. Ce sont aussi des drames, des secrets, des catastrophes naturelles, une part d’obscurantisme lié à la tradition religieuse, bref, un terrain fertile pour qui veut s’amuser avec la part d’ombre des choses. Cela étant dit, nous souhaitons aujourd’hui sortir des limites valaisannes, tant avec nos histoires qu’avec nos auteurs et autrices. Après tout, il y a des aussi des Alpes en France et en Italie, par exemple.

Nous choisissons nos textes avec soin. Il y a des plumes que nous allons chercher car nous apprécions leur style ou leur force et d’autres qui viennent à nous. Il nous arrive malheureusement fréquemment de refuser des manuscrits parce qu’ils ne correspondent pas à l’esprit que nous souhaitons donner à la collection.

Il y a, c’est vrai, plus d’hommes que de femmes parmi notre collectif. Je ne saurais donner d’arguments valables à cet état de fait car nous faisons pourtant notre possible pour trouver des autrices. D’après les discussions que j’ai pu avoir avec certaines d’entre elles, il ressort qu’il y a une forme d’illégitimité à écrire du gore ou de l’horreur, comme si elles ne s’y sentaient pas à leur place. Je le déplore.

– Pourquoi vous risquer dans du gore à une époque où tout semble conduire vers l’aseptisé politiquement correct ?

Nous allons justement à contre-courant car il y a chez nous un gros ras le bol du politiquement correct. Beaucoup d’artistes vous le diront, créer aujourd’hui, c’est danser sur une corde très fine. Le gore et le trash ont ceci qu’ils peuvent nous permettre toutes les exubérances, toutes les fantaisies. C’est très jouissif. Pour autant, cela n’est pas totalement gratuit. Dans la grande majorité de nos textes, il y a des thématiques, des sous-textes historiques ou sociaux. Ce que je dis toujours à nos auteurs / trices, c’est que l’histoire doit fonctionner sans le gore. Si l’histoire est bonne ainsi, alors il est possible de rajouter quelques tartines de gore pour que la sauce prenne.

Éveiller des colères, ma foi, c’est toujours le risque quand on s’expose publiquement. Pour ma part, j’y suis habitué. J’écris des livres et des chroniques pour la presse et la radio. Il faut bien être conscient qu’on ne sait jamais par qui on va être lu et donc comment nos mots seront perçus ou interprétés. Pour autant, j’estime n’être responsable que de ce que je dis, pas de la manière dont ce que je dis sera compris.

C’est pourquoi nous ne faisons aucune censure. Ce que nous jugeons, ce sont les intentions de l’auteur, sa sincérité. Il nous est arrivé de demander à des auteurs de supprimer ou de modifier un passage. Pas parce que c’était trop choquant mais parce que c’était gratuit et que ça n’apportait rien au récit. Ce ne sont d’ailleurs pas forcément les scènes les plus trash que nous faisons modifier.

– Le cahier des charges demande aux auteurs d’écrire des histoires gores qui se passent à la montagne. Ne craignez-vous pas de lasser votre lectorat avec toutes ces montagnes qui d’ailleurs sont souvent les Alpes ?

Le gore et la montagne, nous ne pouvons pas y couper, tout est dans le titre de la collection. Mais il y a mille et une manières de raconter et de décrire cet environnement. Certains de nos récits se déroulent au passé, d’autres au présent, d’autres encore dans un décor futuriste. Certains s’ancrent dans le fantastique alors que d’autres sont résolument terre à terre (et donc d’autant plus frontaux). Je pense que nous pourrions sortir trois cents volumes sans en avoir fait le tour.

– L’un de vos ex-lecteurs, un homme d’âge moyen ayant lu vos premières parutions, m’a asséné qu’il n’en lirait pas davantage parce que cette collection est trop sexiste. Qu’avez-vous à répondre à cela ?

Je suis entièrement d’accord avec ce lecteur. Nos textes sont souvent sexistes mais pas seulement. Il est possible d’y voir du racisme, de l’homophobie et tout autre attitude problématique. La raison en est simple, nous parlons de la réalité, surtout de son côté le moins élégant. Il est donc tout à fait normal que ces comportements y aient leur place. Bien entendu nous n’en faisons aucunement l’apologie, au contraire. A travers ces textes, nous pointons du doigt ces dysfonctionnements. Mais quand une histoire se déroule dans le Valais d’il y a deux siècles, comment voulez-vous éviter de montrer le sexisme et les autres oppressions. C’est impossible. Quand on pense que ces problèmes ne sont pas encore résolus aujourd’hui…

Cela étant dit, le Gore des Alpes s’adresse à un public averti. Je comprends tout à fait que cela ne puisse pas plaire à tout le monde. Ce n’est de toute manière pas notre but. J’ai travaillé de nombreuses années comme programmateur pour un festival de cinéma de genre à 2300 Plan 9 : Les Étranges Nuits du Cinéma et devant certains films, il est arrivé que des membres du public nous fassent ce genre de remarques. A un certain point, quand vous allez dans un festival de film d’horreur ou que vous achetez un Gore des Alpes, je pense que vous savez un peu où vous mettez les pieds.

Je ne dis pas que nous sommes sans reproche, je dis : voilà ce que nous faisons. Nous avons le droit de le faire, vous avez le droit de ne pas aimer, nous avons le droit de nous en foutre.

Mais c’est une très vaste question qui soulève énormément de débats en ce moment, que ce soit dans le monde de la littérature, du cinéma ou même de l’humour et je crains que nous ne puissions en faire le tour ici.

– En ce qui concerne le lectorat et le nombre de ventes avez-vous atteint vos objectifs ?

Nous sommes très satisfaits.  Nous croyions un peu, au début, de nous enfermer dans un marché de niche. Mais nous avons vite constaté, à travers nos dédicaces, lectures et rencontres, que notre lectorat est bien plus large que les seuls amateurs d’horreur. Je pense que c’est dû à notre attachement au local, tant par nos histoires que nos auteurs. Pour ne donner qu’un seul chiffre, tous livres confondus, nous arrivons bientôt à 10’000 exemplaires vendus. Ce qui, compte tenu de la situation générale et de ce que nous proposons en particulier, est un chiffre honorable.

Nous publions une moyenne de 6 livres par an, par tranche de 3 par semestre. Nous souhaitons dans la mesure du possible poursuivre cette moyenne mais cela dépendra bien entendu des manuscrits que nous recevrons. Nous privilégierons évidemment la qualité à la quantité. Nos livres sont disponibles en Suisse dans toutes les librairies et il est également possible de les commander par e-mail directement sur notre site : www.goredesalpes.ch. Nous n’avons pas encore de distributeur en France mais nous y travaillons car nous recevons de plus en plus de commandes d’autres pays francophones.

– A quel personnage littéraire vous identifieriez-vous ?

Il m’est absolument impossible de répondre à cette question, ils sont bien trop nombreux /euses.

Philippe Battaglia, directeur de collection du Gore des Alpes.

Philippe Battaglia : la biographie

De manière plus générale, Philippe Battaglia a été (dans le désordre) : enfant turbulent, adolescent bordélique, étudiant peu assidu, punk de salon, cuisinier dans un institut psychiatrique, vide-poubelle dans une banque, archiviste dans une abbaye, directeur d’une collection littéraire, employé de commerce équitable dans un hôpital, vidéaste amateur mais primé, Président du Kremlin, programmateur pour un festival de films d’horreur, donneur de leçons à l’Union Suisse des Professionnels de l’Immobilier, vendeur en multimédia, chroniqueur presse & radio, critique cinéma improvisé, caissier dans un centre commercial, courtier en immeuble, animateur radio, blogueur, écrivain, bédéiste dans un magazine informatique ayant fait faillite juste après sa première publication et essaye encore aujourd’hui avec beaucoup d’application de devenir un être humain à peu près convenable.

Jusqu’à présent Le Gore des Alpes compte ces auteur-e-s :

Philippe Battaglia, Gabriel Bender, Louise Anne Bouchard, Ludovic Chappex, Nicolas Feuz, Jean-François Fournier, Jordi Gabioud, Stéphanie Glassey, Joël Jenzer, François Maret, Nicolas Millé et Olive.

J’attends avec impatience de connaître les plumes qui suivront, surtout si elles sont féminines.

 

Lectures : d’un passé romancé à un futur dystopique avec Henri Gautschi et Sabine Dormond

Mondes en mouvements

Violent et chaotique, le monde actuel paraît brûler puis s’en aller à vau-l’eau. Peut-être. Ou peut-être pas. Peut-être en a-t-il toujours été ainsi. Le bon vieux temps était-il si bon que l’on veut bien le croire ? Certainement pas le 16ème siècle où nous emmène Henri Gautschi. Et cet avenir qui nous terrifie, sera-t-il aussi angoissant et cruel que le 16ème siècle, ou simplement d’une distanciation glaciale comme décrite par Sabine Dormond ? Nous ne pouvons rectifier le passé mais peut-être reste-t-il encore de belles choses à imaginer pour changer l’avenir peu engageant dans lequel on semble se précipiter. Pour qu’il ne devienne ni aussi intolérant et violent que le 16ème siècle, ni aussi insipide que le futur proche pressenti par l’écrivaine montreusienne, faisons connaissance avec les deux cas de figure.

La fuite des protestants de France

Après La nuit la plus longue – Au temps de l’Escalade, Henri Gautschi poursuit son exploration de l’histoire genevoise avec un deuxième roman Clothilde – Au temps de la Saint-Barthélémy, paru aux éditions Encre Fraîche. Un roman illustré par les dessins de l’auteur.

En 1572, suite à l’onde de choc causé par la Saint-Barthélémy en France, Clothilde et sa famille quittent Bourges et les persécutions qui s’abattent sur les protestants. Dix ans plus tard, à Genève, Clothilde est arrêtée, accusée d’avoir tué un homme. Durant son emprisonnement, redoutant le verdict, elle laisse son esprit parcourir la route de son existence mouvementée. Raconté comme un récit d’aventures dans une langue très actuelle, dûment documenté et référencé, mélange de faits réels et de fiction, ce roman nous rappelle que les mœurs de l’époque n’étaient pas douces. La Genève d’alors est encore loin de devenir la ville pacifique ou sera signée, plus tard, la première convention de la Croix-Rouge. En effet, au 16ème siècle, on y noie dans le Rhône les femmes qui « fautent », on exécute les hommes pour des peccadilles, en méchante touriste la peste réapparaît tous les ans au mois d’août, les femmes n’y ont aucune liberté et les Genevois attaquent souvent les Français des campagnes environnantes.

Clothilde – Au temps de la Saint-Barthélémy : extrait

 

Henri Gautshi : biographie

Henri Gautschi est né en 1949, de père suisse allemand et de mère italienne. Pendant plus de trente ans, il a dirigé son entreprise d’installation de chauffage et enseigné à mi-temps le dessin et la théorie de son métier au Centre professionnel de Lancy. Féru d’histoire et en particulier d’histoire genevoise, depuis sa retraite, il écrit régulièrement des articles pour la rubrique historique du ChancyLien. En 2017, Henri Gautschi reçoit le mérite de la commune de Chancy pour ses recherches. Clothilde – Au temps de la Saint-Barthélémy est son deuxième roman.

 

 

Cara : un futur surnumérisé

Avec son roman Cara, paru chez M+ Éditions, Sabine Dormond a imaginé un proche avenir qui semble tristement réaliste et dangereusement près de nous.

Clémence, une ex-soixante-huitarde, vit coupée de sa famille et cloîtrée chez elle, dans un monde où tout est informatisé. La distanciation sociale est devenu une constante.  Tout s’effectue en ligne y compris les soins à domicile. Par exemple, les pilules sortent d’un ordinateur et les appartements sont autonettoyants. Même âgé et malade, on n’a plus besoin d’autres humains pour survivre, mais une telle vie est-ce vraiment vivre ? Le roman Cara dépeint un univers vautré dans le confort mais pas forcément dans le bien-être, à une époque où les contacts humains sont devenus superflus puisque tous les services sont proposés sous une forme numérisée.

A la veille de Noël, Clémence reçoit un appel de son petit-fils, dont elle n’a plus de nouvelles depuis des années, la vieille dame étant tenue pour responsable d’un drame familial qui a eu lieu autrefois, durant la tempête Lothar. Son petit-fils lui annonce qu’il ira passer Noël chez elle afin qu’elle connaisse sa femme et son arrière-petit-fils qu’elle n’a jamais vus. D’une manière assez inattendue dans le roman, mais qui va dans le sens des cycles qui arrivent, s’en vont et reviennent, l’arrière-grand-mère s’entendra très bien avec son arrière-petit-fils puisqu’ils sont très proches au niveau des idées. En revanche son amie Cara, qu’elle trouve trop envahissante et superficielle, l’agace.

Influenceuse, Cara est pourtant la star de toute une génération, dont Chigiru, une adolescente d’une quinzaine d’années surdouée en informatique. Contrairement à Clémence qui vient d’un autre temps, sa jeunesse l’a rend à l’aise avec la surnumérisation. En revanche, elle peine à trouver sa place parmi les humains. Afin d’éradiquer les discriminations dues au genre, les féministes sont parvenues à abolir la mixité en classe au nom du progrès et de l’épanouissement des filles. Malgré cela, tout n’est pas violet pour les jeunes femmes. D’autres discriminations se sont mises en place. Chigiru vient d’un milieu modeste or, pour être acceptée par ses pairs, il faut le prestige des accessoires et des habits qu’on arbore. N’ayant pas les moyens de suivre le rythme dépensier de ses camarades, elle est moquée et mise à ban.

Cara : extrait

Sabine Dormond : biographie

Écrivaine et traductrice, Sabine Dormond a présidé pendant 6 ans l’Association vaudoise des écrivains. En 2007, elle coécrit avec Hélène Küng, pasteure lausannoise, un premier recueil de contes intitulé 36 chandelles. Depuis, elle a publié sept ouvrages et a participé à quatre reprises au Livre sur les quais à Morges. Ses nouvelles ont fait l’objet de plusieurs lectures radiophoniques. Elle anime aussi des ateliers d’écriture et des tables rondes, et rédige des chroniques littéraires pour le journal en ligne Bon pour la tête.

Elle a également siégé au conseil communal de Montreux parmi les socialistes.

 

Sources :

  •  Éditions Encre Fraîche
  • M+ Éditions
  • Wikipédia
  • Radio Chablais
  • Radio Cité