BD : « Irena » l’ange du ghetto de Varsovie

Irena Sendler : une résistante courageuse et modeste

Irena Sendler. 1944.

Entre 1941 et 1943, sans se soucier du danger, Irena Sendler sauve 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Pourtant, cette résistante catholique polonaise culpabilisera jusqu’à sa mort de ne pas en avoir sauvé assez. Qu’on l’appelle « héroïne » l’offusquait. « Je ne suis pas une héroïne. J’ai fait ce qu’il y avait à faire. Ce que j’ai fait est normal. Les enfants juifs sont les véritables héros ». Une « normalité » qui, en 1943, lui coûte d’endurer, chaque jour et durant des mois, de longues séances de tortures infligées par la Gestapo, sans que jamais elle ne dénonce aucune des personnes de son réseau. Condamnée à mort, elle s’en sort grâce aux membres de la résistance qui organisent son évasion mais les sévices infligés l’ont rendue définitivement infirme.

 

Irena Sendler : l’effacement

Après la guerre Irena Sendler (Sendlerowa en polonais) demeure fidèle au gouvernement polonais en exil. Cela lui vaut d’être à nouveau emprisonnée de 1948 à 1949, et d’être brutalement interrogée par la police secrète communiste. Elle est finalement libérée. Toutefois, ses liens avec la résistance polonaise proche du gouvernement en exil empêchent que les sauvetages qu’elle a effectués durant la guerre soient reconnus.

 

Irena Sendler : sauvée de l’oubli

Malgré la volonté du régime communiste à l’effacer de l’Histoire de la Pologne, en 1965, elle est déclarée Juste parmi les Nations et, en 1991, Citoyenne d’Honneur de L’État d’Israël. Cependant, son rôle durant la Seconde guerre mondiale reste largement ignoré jusqu’à la chute du régime communiste. En 1999, c’est un travail de fin d’études réalisé sur la Shoah par quatre étudiantes du Kansas, qui permet de mettre au jour ce pan de L’Histoire et de le diffuser mondialement. Depuis, Irena Sendler a reçu de nombreux prix. En 2003, alors qu’elle vivait encore, on lui décerne L’Ordre de l’Aigle Blanc, la plus haute distinction polonaise. En 2007, elle est distinguée de l’Ordre du Sourire, attribué à des personnalités œuvrant pour Le bonheur et le sourire des enfants. En 2009, Irena Sendler reçoit, à titre posthume, le prix humanitaire Audrey Hepburn, nommé ainsi en l’honneur de l’actrice et ambassadrice de l’Unicef. Le Parlement polonais a déclaré l’année 2018 « Année Irena Sendler ».

Irena Sendler. 2007.

 

Irena : la bande dessinée

Des livres et documentaires racontent les actions et la bravoure de cette grande dame, dont une série de bandes dessinées parues chez Glénat. Le scénario a été réalisé par Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël d’après le documentaire Les Justes de Marek Halter. Afin que le dessin soit accessible aux plus jeunes, c’est le dessinateur David Evrard que l’on a sollicité, tandis que l’on a demandé au coloriste Walter de garder la couleur des films documentaires tournés durant la Deuxième Guerre Mondiale. Didier Pasamonik, spécialiste en bande dessinée, éditeur, directeur de collection, journaliste et commissaire d’exposition, écrit à propos de leur travail :

« Le regard qu’ils portent sur cette histoire a une qualité essentielle : ils l’abordent du point de vue de l’enfant. Cette tradition du dessin simple, au vibrato sensible doté d’une probité impeccable, nous la connaissons bien : elle est de la lignée, puissante parce que poétique, éternelle parce que authentique et universelle, du Petit Nicolas de Sempé et René Goscinny. Ils ont la même évidence. »

En cinq volumes, cette BD raconte le quotidien du ghetto de Varsovie, les déportations, les moments d’espoir, de désespoir et d’horreur, et comment Irena en est venue à sauver 2500 enfants, en prenant soin de noter et de cacher leur nouvelle identité jointe à l’ancienne, afin qu’après la guerre ils puissent connaître leurs origines et retrouver leurs familles. Les scénaristes se sont également aventurés dans l’après-guerre pour nous raconter les exactions du régime communiste, ainsi que quelques décennies plus tard à la rencontre des enfants, devenus adultes, qu’Irena a sauvés. La trame, souvent entrecoupée de scènes de tortures, est allégée par des moments où Irena imagine son père, un homme bon décédé très jeune, près d’elle et fier de son engagement. Des instants de tendresse tout aussi poignants que les scènes les plus dures.

Des frises historiques permettent de comprendre la chronologie de la montée du nazisme, la guerre et l’après-guerre, ainsi que la vie entière d’Irena Sendler.

Née à Varsovie le 15 février 1910, Irena décède dans la même ville, à l’âge de 98 ans, le 12 mai 2008.

 

Sources :

  • Irena, les 5 volumes parus chez Glénat : Le Ghetto ; Les Justes ; Varso-vie ; Je suis fier de toi ; La vie, après. Scénario : Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël. Dessins de David Evrard. Couleurs par Walter.
  • La bibliothèque de la ville de La Chaux-de-Fonds.
  • Wikipedia

 

Olivier Chapuis : qui veut tuer Roger Federer ?

Balles Neuves : le roman d’une aliénante obsession

Axel Chang, un homme honnête et travailleur, époux d’une femme aimante et père de deux enfants, vend des produits électroménagers dans un grand magasin. Une personne banale, peu imaginative et presque invisible, qui tient sa place dans la société. Toutefois, malgré l’amour de son épouse, de sa fille et de son fils, il commencera peu à peu à éprouver une jalousie et une haine grandissantes envers Roger Federer – souvent réduit à ses initiales – à qui tout réussi. Une obsession qui le conduira à la dérive. Telle est la trame du roman d’Olivier Chapuis. Un récit peu conventionnel, Axel Chang étant le personnage d’un tapuscrit imaginé par un auteur en mal de reconnaissance, agacé par les succès du sportif d’élite devant qui toutes les portes s’ouvrent, pendant que lui croupit. Conseillé et coaché par un écrivain mondialement célèbre, le créateur d’Axel Chang poussera son histoire jusqu’à ses extrêmes limites. Une intéressante mise en abîme où la personne d’Olivier Chapuis se confond avec celle de l’écrivain aigri de son roman. Ont-ils des points communs ? Il nous le dira plus tard durant l’entrevue. Balles Neuves vient de paraître chez BSN Press, dans la collection Fictio.

Balles Neuves : extraits

« Consterné, Axel Chang avale une gorgée de café insipide, la touillette au coin de la bouche, tandis qu’autour de lui crépitent rires et plaisanteries – parfait écho de sa désillusion rampante. La comparaison entre les gains des dix ou vingt meilleurs joueurs et ceux des autres, de tous les autres, lui semble abominable. Comment cela est-il possible ? Pourquoi les joueurs moins bien lotis ne se révoltent-ils pas ? La loi de l’offre et de la demande s’applique-t-elle au monde du tennis, du sport en général ? A la lecture de cet édifiant article, Axel se rend compte que RF, Nadal, Murray et ses copains du top ten sont des produits de marketing comme ceux dont il vante qualité et efficacité à longueur de journée, ils sont yaourts, aspirateurs, montres de luxe, raquettes high-tech, shorts griffés, Audi cabriolet, pommeaux de douche ou stores à lamelles, ils gagnent et rapportent, ce sont des caisses enregistreuses sur pattes, des hommes et femmes-sandwichs bardés de raisons sociales, des pions sur l’échiquier économique… Axel a envie de vomir. Il lève les yeux de son magazine, rencontre les regards de ses collègues, entend leurs rires se diffracter entre ses pensées, les observe un instant, hilares et contents d’être là, dans ce temple de la consommation, comme s’ils avaient laissé leur bon sens au vestiaire ».

« Tout le monde entretient des manies, bien sûr. Certains sportifs se signent en pénétrant sur un terrain, d’autres enfilent toujours la chaussette droite avant la gauche, ne s’assoient jamais à droite des douches au vestiaire, refusent de sortir en premier du même vestiaire… Médecins, agents fiduciaires, coiffeurs, personne n’échappe à ce genre de superstitions censées rassurer, donner un cadre – suppose Axel, lui qui n’a jamais eu l’impression de rigidifier ainsi son quotidien. Il a même entendu parler d’artistes, musiciens ou écrivains, les uns obsédés par la propreté dans les loges, les autres obligés de se raser avant d’écrire, ou de s’épiler sous les bras, ou d’écouter en boucle la sempiternelle chanson qui placera leur créativité sur orbite. Les tennismen n’y échappent pas… »

Après avoir lu ce passage, j’envoie un e-mail à Olivier Chapuis pour savoir si lui aussi a des rituels avant de commencer à écrire. Il y répond dans l’heure par un courriel que je m’autorise à publier :

« J’arrache des poils sur le dos de mon chat.

Je plaisante.
Des jeux sur mon ordinateur, jeux de cartes ou de lettres, pour glisser d’un monde à l’autre, puis je mets les écouteurs et j’écoute de la techno pendant l’écriture (parfois du métal).
Je ne me suis jamais rasé les aisselles. La barbe oui, parfois.

D’autres questions ? »

Maintenant que nous sommes entrés dans son intimité, que nous savons qu’il goûte la techno et le métal, il peut effectivement répondre à d’autres questions peut-être d’ordre plus littéraire. Quoique…

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Un livre 5 questions : Balles Neuves entrevue avec Olivier Chapuis

Quels sont les points communs et les différences entre vous et Roger Federer ?

Notre principal point commun : nous sommes suisses. J’ai pratiqué le tennis durant mon enfance, puis épisodiquement à l’âge adulte – je n’ai plus touché une raquette depuis environ quinze ans, principalement faute de partenaires. Si Federer cassait ses raquettes quand il était junior, je lançais les miennes de colère. Les différences, eh bien il est suisse-allemand, ironise Olivier Chapuis avec un sourire.

Plus sérieusement, il est beaucoup plus doué et a cette volonté de pousser l’effort à son paroxysme, même à l’entraînement, volonté qui m’habite très peu. Il y a cette hargne, peut-être ce besoin de reconnaissance aussi qui le pousse à se dépasser – hargne qui me fait défaut, en tous cas sur le plan de l’effort physique, même si je pratique pas mal de sports différents et que je me suis dépassé, parfois.

J’ai écrit ce livre pour comprendre mon agacement face au personnage médiatique de Federer (pas face au joueur, dont j’admire le style, le jeu, la force) et pour analyser notre rapport aux stars du sport. Pourquoi les aimons-nous, les détestons-nous, pourquoi une telle admiration face à des gens que nous connaissons uniquement en deux dimensions, à qui nous n’avons jamais parlé, avec qui nous ne boirons jamais un verre ? Pour anecdote, j’étais à l’école avec un futur footballeur pro, avec qui j’ai joué au foot avant qu’il ne parte pour un plus grand club ; là, je peux honnêtement dire que je l’admirais parce que c’était un copain, que nous jouions à la récré ensemble, que je connaissais ses parents, etc.

Le livre est né progressivement. D’habitude, je conçois un plan avec un début, une fin et toute une série de scènes qui jalonneront l’histoire. Là, je suis parti avec l’idée d’un écrivain frustré qui écrit sur ses frustrations, puis la création du personnage d’Axel Chang est venue tout naturellement, j’étais en quelque sorte cet écrivain frustré qui avait besoin d’un personnage pour se détacher du cœur du sujet pour, paradoxalement, mieux y plonger. Et l’histoire s’est déroulée devant moi comme une sorte de route, une route nationale. Mais pas une autoroute, je serais arrivé trop vite à destination, ajoute Olivier Chapuis avec un brin d’ironie.

Dans “Balles Neuves” l’on trouve deux histoires en une. Celle de l’auteur qui n’est connu que dans sa région et qui laisse un écrivain mondialement célèbre exercer son ascendant sur lui, et celle de son personnage Axel Chang totalement obsédé par Roger Federer. Est-ce votre manière de mettre en lumière le statut de la majorité des écrivains ? ( quasiment tous inconnus en dehors de leur région ndlr). De détester et de dénigrer les rares personnes qui atteignent les objectifs dont rêvent la majorité ?

Dénigrer ou haïr quelqu’un, c’est dépenser son énergie inutilement – la rancune fait davantage mal à la personne qui la porte qu’à sa cible, et c’est bien ce que vit Axel Chang. À force de cumuler les frustrations et d’en rendre responsable Federer, il crée et aggrave son propre malheur jusqu’à un paroxysme qui montre bien à quel point le ressentiment, la colère mal maîtrisée peuvent se retourner contre nous, un peu comme un chien battu finit par mordre son maître.

D’un autre côté, on peut vouer une telle admiration, un tel amour aux gens qui nous font du mal que la question reste ouverte : déteste-t-il vraiment Federer ?

Je ne suis pas d’un naturel jaloux. Un peu envieux, parfois, je ne peux pas le nier, mais je ne souhaite à aucun écrivain de tomber de son piédestal – si cela doit arriver, il ou elle tombera tout-e seul-e sans que j’aie besoin de le souhaiter. Ouvrir le débat quant au statut des écrivains en Suisse prendrait trop de place ici, mais c’est toujours la même rengaine : il pleut toujours là où c’est mouillé. Pourquoi, par exemple, ne pas suivre le modèle des concerts rock avec un groupe en tête d’affiche et un ou deux groupes régionaux en ouverture ? En littérature, ça donnerait un auteur ou une auteure connu-e en interview en compagnie d’un ou deux auteurs moins médiatisés qui profiteraient d’apparaître en public.

A votre avis, quel est actuellement le rôle du sport ou de la littérature à grand spectacle dans lesquels se précipitent beaucoup d’appelés alors qu’il y a peu d’élus ?

Le sport à grand spectacle, c’est le fric, la performance et donc la dope. Les jeux du cirque moderne. Les sportifs deviennent nos héros, nos dieux, ils remplacent nos parents (nos premiers héros, non ?), jouent le rôle d’humains immatériels à admirer, ce sont des Barbie et Ken articulés et doté de paroles – si on regarde bien les chanteurs et chanteuses formatées actuellement, tout le monde est beau, jeune et souriant, il n’y a plus de place pour les moches (selon les canevas modernes), c’est pareil pour les écrivains, on doit montrer une tronche séduisante et avenante – heureusement que Houellebecq est là pour briser cette tendance, dit Olivier en éclatant de rire.

Quant à la littérature d’aujourd’hui… Elle déborde, tout le monde écrit, tout le monde a une bonne histoire à raconter et la balance sur Amazon sans souci de qualité de fond ou de forme, c’est dommage car la majorité des textes sont noyés dans la masse. Mais il y a toujours de très belles choses, il faut prendre la peine de fouiner, fouiller, se renseigner, découvrir. Ça demande un petit effort, parce que la littérature dont parlent tous les médias est une littérature souvent formatée, bien comme il faut, très suisse en somme, que tout le monde doit avoir lue sous peine de passer pour le cuistre de service. Il me semble qu’en Suisse, les éditeurs prennent plus de risques, osent davantage publier des textes hors normes, peut-être un peu confidentiels, mais intéressants. J’ai l’impression que la France, pour parler littérature non traduite, est plus frileuse sur ce plan-là.

De votre livre, il ressort une sorte de relation œdipienne entre Axel Chang et Roger Federer, ou plutôt un fantasme œdipien puisque RF, comme vous l’appelez, ignore totalement l’existence d’Axel Chang. Pensez-vous que les personnes qui sont amoureusement, ou haineusement, obsédées par une célébrité ont des manques qui viennent de leur enfance ?

Pour moi, la folie est l’état normal de l’être humain, ne serait-ce qu’à cause d’un élément terriblement complexe et qu’il ne maîtrise quasiment pas : son cerveau. La société nous apprend la normalité, notre éducation y contribue, ce qui nous permet de vivre plus ou moins en harmonie, la logique voudrait que tout le monde ait l’air un peu disjoncté.

Nos obsessions viennent sans doute de nos manques, elles permettent de canaliser (ou d’aggraver) nos angoisses, et nous espérons toujours combler ces manques – en pure perte, évidemment. Le rapport œdipien est intéressant parce qu’en écrivant ce roman, je voulais en savoir davantage sur mon agacement envers Federer, et il m’est apparu plus ou moins clairement que ma réaction a un rapport avec mon lien paternel – mon père était brillant dans à peu près tout, j’ai grandi dans son ombre sans pouvoir vraiment atteindre la lumière, mais je ne vais pas trop développer, ça deviendrait de la psychologie de bazar. Donc oui, Axel Chang a un rapport œdipien avec Federer, même si je ne l’ai pas consciemment voulu en écrivant cette histoire.

La question que je pose à chaque auteur-e: à quel personnage littéraire vous identifiez-vous ?

Le Grand Meaulnes, pour ses caractéristiques psychologiques.

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Olivier Chapuis : biographie

Olivier Chapuis est né au siècle dernier, un dimanche de Pâques, l’année où un squelette de mammouth a été déterré à la Vallée de Joux.

Scolarité banale. Olivier Chapuis rate la dernière marche de l’école obligatoire, qu’il franchit l’année suivante. Sa formation commerciale le pousse dans des bureaux administratifs, vers des emplois peu créatifs – même pas récréatifs. Durant cette période, l’armée lui apprend la vacuité.

À 25 ans, Olivier Chapuis décide de faire quelque chose de sa vie. Il empoigne un stylo, computérise ses textes, se crée un univers, brasse le fond de son âme, bidouille sa vie de manière à la rendre agréable. À force de persévérance, le fruit prend racine et se multiplie. Olivier Chapuis publie quelques nouvelles, un roman, d’autres nouvelles… La littérature anglo-saxonne a influencé son parcours littéraire, mais il ne crache pas sur le reste du monde tout en ne lisant que des traductions – il sera polyglotte dans une autre vie.

Olivier Chapuis tient un blog littéraire à découvrir ici.

Au sujet de Balles Neuves vous pouvez l’écouter dans une interview de la RTS La Première.

Vous pouvez également le voir, toujours au sujet de Roger Federer et de son dernier roman, sur le site de la RTS dans la partie culturelle du 12h45.

Olivier Chapuis. Photographie @Anne Bichsel.

A lire ou à relire : « Le Démon » de l’écrivain Hubert Selby Jr.

Le Démon de Hubert Selby Jr : quand la réussite sociale ne suffit plus

L’auteur Hubert Selby Jr. sur la couverture du Démon.

A l’heure où, de plus en plus d’Américains, achètent des armes pour protéger leur famille des éventuels pillards mus par le Covid-19, j’ai ressorti une métaphore de la déliquescence des États-Unis. En ces moments d’incertitude, certaines personnes éprouvent le besoin de se plonger dans de douces littératures. D’autres, en revanche, en appellent à un violent exorcisme pour passer le cap. Dans ce cas, je ne peux que conseiller la lecture du Démon de Hubert Selby Jr. Si vous avez aimé American Psycho, écrit quinze ans plus tard par Breat Easton Ellis, et dont on dit qu’il s’est inspiré du Démon pour imaginer son roman, vous apprécierez la descente aux enfers de Harry White, jeune cadre new-yorkais à qui tout réussit. Le parfait symbole du rêve américain. Mais son démon intérieur le mènera à une autodestruction inéluctable.

Le Démon de Hubert Selby Jr. : résumé

Harry White est un homme qui a devant lui une brillante carrière de cadre. Il vit avec ses parents, travaille dans le centre de New-York et couche à tout va avec des femmes mariées. Il aime les séduire, les manipuler et s’en éloigner. Jusque là, rien d’extraordinaire. Il n’est ni le premier, ni le dernier, à se conduire en Don Juan. Mais dans sa tête quelque chose disjoncte. Une anxiété croissante, un désir de dépassement, une insatiabilité qui le dévore de l’intérieur. De plus, son supérieur lui intime quasiment l’ordre de se marier afin qu’il puisse avoir de l’avancement. Jouer le jeu de la « normalité » – femme, famille, jolie maison en banlieue – est une condition sine qua non pour monter dans l’échelle sociale. Il épouse donc la douce Linda avec laquelle il a deux beaux enfants et achète une jolie maison. Tout est apparemment idyllique mais, au plus profond de lui, Harry éprouve une angoissante insatisfaction. Pire, les états décrits par l’auteur, ressemblent davantage à ce que ressent un toxicomane en manque de drogue, plus qu’à une simple frustration. Tremblements, anxiété, sueurs, incapacité à travailler correctement. Son démon demande à être nourri. Il lui donne à manger, mais son Mal en redemande encore, et de plus en plus hard. Coucher avec des femmes, même avec des clochardes, ne suffira plus à Harry. Il lui faut commettre des vols mais, bientôt, sa dose d’adrénaline ne sera plus assez forte. Plusieurs fois, tel un alcoolique, il tentera l’abstinence. Mais, à chaque rechute, la sale bête qui le ronge exigera plus de soumission. Le démon qui lui bouffe la raison et l’énergie, finira par le conduire au meurtre.

Extraits d’après la traduction de Marc Gibot

Dès la première page, dès la première ligne, l’auteur nous inflige une claque :

« Ses amis l’appelaient Harry. Mais Harry n’encu.ait pas n’importe qui. Uniquement des femmes… des femmes mariées.

Avec elles, on avait moins d’emmerdements. Quand elles étaient avec Harry, elles savaient à quoi s’en tenir. Pas question d’aller dîner ou de prendre un verre. Pas question de baratin. Si c’est ce qu’elles attendaient elles se foutaient dedans ; et si elles commençaient à lui poser des questions sur sa vie, ou à faire des allusions à une liaison possible, il se barrait vite fait. Harry refusait toute attache, toute entrave, tout embêtement. Ce qu’il voulait, c’était bais.r quand il avait envie de bais.r, et se tirer ensuite, avec un sourire et un geste d’adieu.

Il trouvait que coucher avec une femme mariée était beaucoup plus jouissif. Pas parce qu’il bais..t les femmes d’un autre, ça Harry s’en foutait, mais parce qu’il devait prendre certaines précautions pour ne pas être découvert. Il ignorait toujours ce qui pouvait se produire, et son appréhension augmentait son excitation ».

Plus loin, au chapitre 4 :

« Ouais, il règne à New-York, l’été, une atmosphère de fête. Les salauds… Parlons-en de leur fête… avec le temps qu’il fait en ce moment. Ah, il est chouette le temps ! Si foutrement chaud et humide qu’on se croirait sous la douche, tellement on transpire. Et tous ces connards qui puent encore plus que des bêtes. Z’ont jamais entendu parler de savon, d’eau et de dentifrice. Bon Dieu, quelle puanteur ! Putains de vieux dégueulasses. On jurerait qu’ils se frottent les aisselles avec de l’ail et des oignons… et qu’ils mâchonnent des sous-vêtements douteux. »

Très mal reçu par la critique littéraire étasunienne lors de sa parution, Le Démon est l’œuvre de Hubert Selby Jr. que les francophones préfèrent.

Ci-dessous, découvrez Le Démon avec une création radiophonique de France Culture à écouter:

Biographie de Hubert Selby Jr.

Hubert Selby Jr. est né à Brooklyn, en 1928, dans une famille défavorisée. Peu scolarisé, à seize ans, il s’engage dans la marine marchande. Atteint de tuberculose, il démissionne pour être hospitalisé durant quatre ans, de 1946 à 1950. Durant son hospitalisation, il commence à lire compulsivement tout ce qui lui tombe entre les mains: les modes d’emploi des médicaments, des romans classiques ou contemporains, de la philosophie. L’idée qu’il pourrait lui aussi écrire commence peu à peu à germer en lui. La maladie, l’alcool, la drogue, les hôpitaux psychiatriques et même la prison font partie de sa vie jusqu’au jour où il achète une machine à écrire. En 1964, Last to Brooklyn paraît aux États-Unis et rencontre immédiatement du succès. Il publie ensuite d’autres romans – Retour à Brooklyn, La Geôle, Le Démon -, toujours salués par la critique. Après un silence de près de trente ans, il publie Le Saule  en 1999, et Waiting Period.

Hubert Selby Jr. est mort à Los Angeles le 26 avril 2004 à l’âge de 75 ans.

Vous pouvez aussi découvrir plus amplement sa vie, dans cette émission diffusée sur France Culture le 5 juin 2011.

Acheter des livres durant le confinement

Si vous souhaitez lire pendant votre confinement, renseignez-vous. Beaucoup de librairies, y compris des librairies indépendantes, livrent exceptionnellement à domicile, mais vous pouvez aussi commander chez les éditeurs et chez les auteurs parfois. Du moins chez les auteurs suisses.

Source

  • Le Démon, Hubert Selby Jr., Éditions 10-18

 

A relire ou à lire : « La Peste » d’Albert Camus

La Peste d’Albert Camus : un récit en plusieurs strates

L’essentiel de mes lectures, depuis quelques mois, se penche sur le fascisme. D’où ma relecture de La Peste, cet hiver, une métaphore de la peste brune, autre nom du nazisme. Puis, l’arrivée du nouveau Coronavirus a précipité les lecteurs sur ce livre d’Albert Camus paru en 1947. Une chronique faisant partie du cycle de la révolte, qui compte deux autres ouvrages: L’Homme révolté et Les Justes. Toutefois, La Peste peut également se lire au premier degré, comme un journal relatant régulièrement l’avancée d’une maladie bactériologique.

La Peste : résumé du récit

A Oran, en Algérie, le docteur Rieux découvre un rat mort, sur son pas de porte, sans qu’il y prête attention. Son épouse souffre de la tuberculose. Il doit la conduire à la gare afin qu’elle se fasse soigner ailleurs, dans un lieu mieux équipé pour lutter contre sa maladie. Quelques jours plus tard, on trouve des milliers de rats morts dans les rues. La ville nettoie tout sans se préoccuper davantage de cet incident. Mais enlever les rats crevés ne suffit pas. Le concierge du docteur Rieux meurt. D’autres habitants de la ville, riches ou pauvres, également. Affolé par le nombre important de rats qui continuent de mourir, Grand, un employé de la mairie, consulte le docteur. Recherché par la police Cottard essaye de se pendre. Le médecin le sauve. Rieux s’évertue âprement de convaincre la municipalité de mettre la ville en quarantaine. Il se passera quelques temps avant qu’elle ne réagisse et ferme les accès.

Coupés du monde avec lequel ils ne peuvent communiquer qu’au travers des télégrammes, les habitants paniquent. Deviennent violents et égoïstes. Le docteur Rieux tente de sauver les malades, pendant que Rambert, un journaliste, n’a qu’une idée fixe : sortir de la ville pour rejoindre sa femme à Paris. Quand enfin il pourra le faire, il préférera rester à Oran pour aider Rieux à combattre la maladie.

Tarrou est le fils d’un procureur qui ne brille pas toujours par sa bonne attitude. Bien qu’il soit extérieur à la ville, de par sa naissance, il est une personne dont on se méfie. Par la suite, il deviendra une aide précieuse : il a confiance dans la force de l’Homme et dans sa capacité à surmonter les épreuves, notamment grâce à la solidarité.

Cottard, qui ne pense plus au suicide, profite de la situation pour se livrer à des trafics lucratifs. De son côté, Grand commence la rédaction d’un livre, mais reste bloqué sur la première phrase. Pour la population d’Oran la situation est critique. Les gens se renferment et perdent le goût de vivre.

Trois mois passent. L’été arrive. La propagation de la peste fait tant de victimes qu’on ne les enterre plus. On les jette dans une fosse commune. La folie gagne les habitants. Certains attendent, résignés, l’arrivée de la mort. D’autres se livrent à des pillages. La municipalité serre la vis. Sanctionne sévèrement les abus. Mais les habitants ont perdu tout espoir. Leur démence ne peut pas être contenue par la justice.

A l’arrivée de l’automne, cela fait des mois que Rambert, Rieux et Tarrou luttent contre la peste.

L’abbé Paneloux, qui au début du livre considère la peste comme un châtiment divin, est touché par l’absurdité de la situation. Doutant de sa foi, il se réfugie dans la solitude. Il meurt le crucifix à la main après avoir refusé de se faire soigner. A Noël, c’est Grand que la maladie attaque, mais le sérum qui a été développé pour combattre le bacille devient soudainement efficace et il s’en sort. A cette nouvelle, la ville est rassurée. Les rats reviennent et avec eux l’espoir des habitants d’Oran.

Malgré la persistance de la peste, les victimes sont moins nombreuses. Le calme réapparaît, la joie des habitants également. Cependant, infecté lui aussi, Tarrou meurt après une lutte acharnée contre la maladie. En apprenant la fin de l’épidémie, Cottard devient fou et tire sur les gens depuis sa fenêtre. On l’incarcère. Dans le même temps, un télégramme apprend à Rieux la mort de sa femme. La tuberculose l’a emportée. Après s’être battu pendant plus d’un an contre un fléau sans en être affecté, il éprouve soudainement un énorme chagrin.

En février, la ville ouvre à nouveau ses portes. Les habitants exultent de joie en retrouvant leur liberté. Vers la fin du récit, on apprend que le narrateur est le Docteur Rieux. Tout l’ouvrage est écrit comme un journal intime.

La peste d’Albert Camus : lecture à l’ombre du nouveau Coronavirus

En 1941, en pleine guerre, Albert Camus fuit la France métropolitaine et les horreurs de l’Occupation allemande. Pour lui, l’Algérie est la dernière terre française encore libre. Il s’installe à Oran et découvre une ville qui tourne le dos à la mer, dont la maladie est l’ennui et ou la vie sociale se résume à de longues promenades. De plus l’Algérie de 1941 est loin d’être la terre de liberté qu’il espère. Comme à Vichy, à Rome ou à Berlin, les militaires dirigent tout en traquant les dissidents. Camus voit s’installer la peste brune, ce totalitarisme qui se répand sur le monde. Oran servira de décor à son chef-d’œuvre. Ci-dessous, je propose quelques extraits que je vous laisse interpréter à votre guise. On peut les lire à l’ombre du Covid-19 et des données que nous connaissons déjà, du moins celles délivrées par l’OMS, les gouvernements, la presse, les économistes et les divers activistes, notamment chinois. Ou, sous le regard du spectre des totalitarismes qui nous menacent.

La peste d’Albert Camus : extraits

« Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête. Il y a eu dans le monde autant de pestes que de guerres. Et pourtant pestes et guerres trouvent les gens toujours aussi dépourvus ».

« Le lendemain de la conférence, la fièvre fit encore un petit bond. Elle passa même dans les journaux, mais sous une forme bénigne, puisqu’ils se contentèrent de faire quelques allusions. Le surlendemain, en tout cas, Rieux pouvait lire de petites affiches blanches que la préfecture avait fait rapidement coller dans les coins les plus discrets de la ville. Il était difficile de tirer de cette affiche la preuve que les autorités regardaient la réalité en face. Les mesures n’étaient pas draconiennes et l’on semblait avoir beaucoup sacrifié au désir de ne pas inquiéter l’opinion publique ».

« Mais une fois les portes fermées, ils s’aperçurent qu’ils étaient tous, et le narrateur lui-même, pris dans le même sac et qu’il fallait s’en arranger. C’est ainsi, par exemple, qu’un sentiment aussi individuel que celui de la séparation d’avec un être aimé devint soudain, les premières semaines, celui de tout un peuple, et, avec la peur, la souffrance principale de ce long exil ».

« Les bagarres aux portes, pendant lesquelles les gendarmes avaient dû faire usage de leurs armes, créèrent une sourde agitation (…) Il est vrai, en tout cas, que le mécontentement ne cessait de grandir, que nos autorités avaient craint le pire et envisagé sérieusement les mesures à prendre au cas où cette population, maintenue sous le fléau, se serait portée à la révolte ».

« … la peste avait tout recouvert. Il n’y avait plus de destins individuels, mais une histoire collective qui était la peste et les sentiments partagés par tous ».

« Nos concitoyens s’étaient mis au pas, ils s’étaient adaptés, comme on dit, parce qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement. Ils avaient encore, naturellement, l’attitude du malheur et de la souffrance mais ils n’en ressentaient plus la pointe ».

« Tout le monde était d’accord pour penser que les commodités de la vie passée ne se retrouveraient pas d’un coup et qu’il était plus facile de détruire que de reconstruire ».

« Mais dans l’ensemble, l’infection reculait sur toute la ligne et les communiqués de la préfecture, qui avaient d’abord fait naître une timide et secrète espérance, finirent par confirmer, dans l’esprit du public, la conviction que la victoire était acquise et que la maladie abandonnait ses positions. (…) La stratégie qu’on lui opposait n’avait pas changé, inefficace hier, et aujourd’hui, apparemment heureuse. On avait seulement l’impression que la maladie s’était épuisée elle-même ou peut-être qu’elles se retirait après avoir atteint ses objectifs. En quelque sorte son rôle était fini ».

« Il n’y a pas de paix sans espérance, et Tarrou qui refusait aux hommes le droit de condamner quiconque, qui savait pourtant que personne ne peut s’empêcher de condamner et que même les victimes se trouvaient parfois être des bourreaux, Tarrou avait vécu dans le déchirement et la contradiction, il n’avait jamais connu l’espérance».

« Écoutant, en effet, les cris d’allégresse qui montaient de la ville, Rieux se souvenait que cette allégresse était toujours menacée. Car il savait ce que la foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse».

La peste : la réponse d’Albert Camus à Roland Barthes

Cette chronique de la peste brune déçoit Roland Barthes qui la trouve politiquement faible. Je publie ci-dessous quelques extraits de la réponse faite par Albert Camus au philosophe:

« La Peste, dont j’ai voulu qu’elle se lise sur plusieurs portées, a cependant comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme. La preuve en est que cet ennemi qui n’est pas nommé, tout le monde l’a reconnu, et dans tous les pays d’Europe. Ajoutons qu’un long passage de La Peste a été publié sous l’Occupation dans un recueil de combat et que cette circonstance à elle seule justifierait la transposition que j’ai opérée. La Peste, dans un sens, est plus qu’une chronique de la résistance. Mais assurément, elle n’est pas moins.

La Peste se termine, de surcroît, par l’annonce, et l’acceptation, des luttes à venir. Elle est un témoignage de « ce qu’il avait fallu accomplir et que sans doute (les hommes) devraient encore accomplir contre la terreur et son arme inlassable, malgré leurs déchirements perpétuels… »

Ce que ces combattants, dont j’ai traduit un peu de l’expérience, ont fait, ils l’ont fait justement contre les hommes, et à un prix que vous connaissez. Ils le referont sans doute, devant toute terreur et quel que soit son visage, car la terreur en a plusieurs, ce qui justifie encore que je n’en aie nommé précisément aucun pour pouvoir mieux les frapper tous. Sans doute est-ce là ce qu’on me reproche, que La Peste puisse servir à toutes les résistances contre toutes les tyrannies. Mais on ne peut me le reprocher, on ne peut surtout m’accuser de refuser l’histoire, qu’à condition de déclarer que la seule manière d’entrer dans l’histoire est de légitimer une tyrannie ».

La touche positive

Pour terminer sur des mots positifs, voici ce qu’écrivait Albert Camus, en 1948, à Maria Casarès l’une des femmes de sa vie : « Aux heures où l’on se sent le plus misérable, il n’y a que la force de l’amour qui puisse sauver de tout ».

Brève biographie d’Albert Camus

Albert Camus, naît le 7 novembre 1913 en Algérie. Enfant des quartiers pauvres, tuberculeux, orphelin de père, fils d’une mère illettrée et sourde, c’est un voyou des quartiers d’Alger. Cependant, grâce à son instituteur et au football, il s’arrachera à sa condition pour devenir l’écrivain de L’Étranger, l’un des romans les plus lus au monde, le philosophe de l’absurde, le résistant, le journaliste et l’homme de théâtre que l’on connaît. Il meurt le 4 janvier 1960, à l’âge de 46 ans, dans un accident de voiture dans l’Yonne, en France, deux ans après avoir reçu le Prix Nobel de Littérature. Pour en savoir davantage, vous pouvez aussi visionner Les vies d’Albert Camus, un documentaire de Georges-Marc Benamou.

Durée du documentaire: 1h38.

 Sources :

 – La Peste, Folio Gallimard, 2018

– Les vies d’Albert Camus, documentaire, réalisation Georges-Marc Benamou

– Philofrançais.fr

– Raison-publique.fr

– Lepetitlittéraire.fr

– Superprof.fr

 

Annette Mbaye d’Erneville

Initiatrice du féminisme en Afrique

Poème d’Annette Mbaye d’Erneville, première poétesse africaine d’expression française.

 

Annette Mbaye d’Erneville est née en 1929 au Sénégal. Ses premiers poèmes remontent à 1952. Elle est la vraie précurseure de la poésie féminine négro-africaine. Journaliste, elle fait également partie des initiatrices du mouvement féministe africain. Sa maison à Dakar, surnommée La Roulotte, est un véritable salon littéraire que visitent tous les écrivains de passage au Sénégal.

Ses thèmes soulignent la souffrance, la révolte et l’amour qui appartiennent foncièrement à la femme et à l’Afrique. Ses vers parlent de trahison, de nostalgie, d’humanité, de solitude et de regrets ainsi que de certains aspects de la négritude. Ses poèmes se construisent autour d’images visuelles frappantes, aux cadences musicales appropriées. Sa poésie ne cesse d’explorer son amour pour l’humanité, les déboires des entreprises humaines et le pouvoir des femmes africaines.

Sources :

-Poètes d’Afrique et des Antilles, de Hamidou Dia, Editions de la Table Ronde

La Voix de la Poésie