Ana de Jesús : écrivaine, poétesse, carmélite et amie de Thérèse d’Avila

Ana de Jesús: une poésie ardente

Au Moyen Âge, la vie d’une femme se découpe en 3 périodes : l’enfance qui dure jusqu’à 7 ans, la jeunesse qui va jusqu’à 14 ans et la vie de femme qui commence à 14 et s’arrête prématurément à 28 ans. Ensuite, elle entre dans la vieillesse alors que l’homme n’est considéré comme vieux qu’à partir de 50 ans. A 7 ans filles et garçons prennent des voies différentes. Aux garçons on enseigne le « noble art » de la guerre et aux filles à broder, tisser ou filer. A cet âge, leur famille peut les offrir à un couvent mais à l’extérieur aussi leur éducation est souvent confiée à des moniales. Elles leur apprennent la lecture et les travaux d’aiguille. Les filles sont ainsi mieux instruites que les garçons à qui l’on n’enseigne que la meilleure façon de guerroyer. Parfois elles étudient même le latin, les sciences et un peu de médecine. Toutefois, cette éducation n’a qu’un seul but : la soumission à l’homme, le mariage et la maternité. Les femmes qui ne se sentent pas attirées par la soumission à un mari ou par l’enfantement, ainsi que celles qui souhaitaient s’instruire davantage, doivent entrer au couvent. Il n’y a pas d’autre alternative hormis la prostitution. A la Renaissance la condition de la femme se dégrade encore. Pendant cette période, dans l’histoire espagnole, la femme n’est  considérée que comme un récipient qui doit s’abstenir de toute émotion, un simple réceptacle de la semence de l’homme destiné à la procréation. Dans ce cas, il semble évident que, pour certaines, la passion pour Dieu et les extases mystiques soient infiniment plus attirantes que la vie proposée à une femme lambda. Est-ce la crainte d’un mariage forcé qui incite Ana Lobera à faire vœu de chasteté à l’âge de 10 ans?

Considérée comme l’une des premières poétesses de langue castillane –espagnol- l’on prétend que ses poésies, dont très peu nous sont parvenues, n’étaient pas très pertinentes. Actuellement, on la connaît surtout pour ses lettres et d’autres documents. Toutefois, cette grande amie de Sainte Thérèse d’Avila a écrit un poème qui m’interpelle par son ardeur, par sa force passionnelle presque charnelle lorsque qu’elle s’adresse à Dieu. On n’en connaît que sa traduction française, l’original en espagnol ayant été perdu. Si l’on retirait les mots « Seigneur » ou « Dieu », et qu’on les remplaçait par le nom d’une personne, ce poème serait d’une flamme et d’une violence amoureuse presque « indécente ». D’où ma fascination. Je l’ai extrait de Las primeras poetisas de lengua castellana  paru aux Ediciones Siruela.

Ana de Jesús: le couvent plutôt que le mariage

Ana Lobera, qui deviendra Ana de Jesús – Anne de Jésus – voit le jour près de Valladolid, en Espagne, le 25 novembre 1545. Elle serait née sourde et muette. Elle a un grand frère, Cristobal, qui par la suite deviendra jésuite. Son père meurt peu de temps après sa naissance. A ses 7 ans un miracle a lieu : elle commence à ouïr et à parler. Sa mère meurt lorsqu’elle a 9 ans. On confie les enfants à leur grand-mère maternelle. A dix ans, la petite Ana fait vœu de chasteté contre l’avis de son aïeule qui prévoit de la marier. A 14 ans, elle est devenue une magnifique jeune fille et sa grand-mère n’en démord pas: elle doit se marier. En 1560, à 15 ans, pour échapper aux projets d’épousailles de la vieille dame, elle et son frère s’installent à Plasence, chez leurs grands-parents paternels.

Toutefois, sa grand-mère paternelle veut également la marier et le prétendant choisi s’escrime à vouloir la séduire. A 16 ans, pour casser définitivement tout projet de mariage et imposer sa décision de prendre le voile, elle provoque un coup d’éclat. Lors d’une réception familiale, elle se fait attendre par toute l’assistance avant de se présenter vêtue d’un drap noir, les cheveux coupés n’importe comment. L’assemblée, sa famille et le prétendant comprennent enfin sa détermination et acceptent sa décision. Plus personne ne cherchera à la marier ou à contrecarrer ses projets. Novice carmélite à Plasence, elle devient rapidement la disciple préférée de celle qui deviendra Sainte Thérèse d’Avila. En 1571, elle fait ses vœux religieux définitifs dans l’Ordre du Carmel.

Ana de Jesús et Thérèse d’Avila : complicité et amitié

Thérèse, qui tient Ana en haute estime, en fait sa confidente. Les deux femmes ont l’une pour l’autre un grand respect et une profonde amitié. Thérèse établit une correspondance intense avec Ana. Elle partage avec elle ses idées, ses doutes, tous les soucis qui la préoccupent. Elle lui communique également toutes les grâces spirituelles qu’elle affirme recevoir. Mais Thérèse et ses adeptes doivent durement affronter les Pères Généraux de l’Ordre qui souhaitent mettre un terme à la réforme des constitutions élaborées par Thérèse. Cette dernière demande à Ana de détruire toutes les lettres qu’elle lui a destinées afin qu’elles ne tombent pas entre les mains de l’Inquisition. La mort dans l’âme, toutes deux brûlent leur correspondance.

Ana de Jesús : sa fidélité pour Thérèse l’envoie au cachot

Après le décès de Thérèse d’Avila en 1586, le père Doria, nouvellement élu supérieur général pour l’ordre, prône une obéissance stricte à la règle et aux supérieurs, ainsi que de nombreuses pénitences et mortifications. Quelques religieuses, avec à leur tête Ana de Jesús, tentent de garder l’esprit carmélitain de Thérèse d’Avila. En 1590 Ana, soutenue par d’autres religieuses, écrit au pape Sixte V. Elle lui demande de figer les constitutions établies par Thérèse d’Avila. Le pape répond favorablement ce qui provoque l’impétueuse colère du supérieur général de l’ordre. Il sanctionne les religieuses et retire à Ana de Jesús la charge de prieure. Il la condamne également à la réclusion dans la prison du couvent. Elle n’est autorisée à sortir de son cachot que pour assister à la messe deux fois par an. L’intervention du roi d’Espagne allège la peine à une messe par mois. Après la mort de Doria en 1594, la mère Ana est libérée de prison et retrouve la charge de prieure du couvent.

Ana de Jesús : des écrits précieux pour L’Histoire

Les poèmes d’Ana ne réussissent pas à convaincre, mais ses déclarations, ses écrits, ses procès-verbaux et ses échanges épistolaires permettent de mieux aborder l’histoire de cette période. Dans ces documents, elle affirme avoir une mission religieuse : selon la volonté de Dieu, elle doit propager la réforme thérésienne en dehors de l’Espagne. Ainsi elle voyagera, et vivra hors du couvent… toujours sous le mandat divin. Ses lettres révèlent une femme qui sait s’occuper des besoins matériels nécessaires à l’expansion de l’Ordre. Elle quitte l’enceinte du couvent pour mieux lui consacrer sa vie. Bien qu’elle ait des problèmes avec la cellule masculine des Carmes déchaux, ainsi que des frictions avec l’Inquisition à propos de la publication des œuvres de Sainte Thérèse, elle sait comment mener à bien l’expansion des Carmélites déchaussées. A la mort de Saint Jean de la Croix, Ana hérite aussi des documents et des lettres concernant la relation spirituelle qu’il entretenait avec Sainte Thérèse. Elle participe à la fondation des couvents de Grenade, Madrid, Ségovie et Malaga, et poursuit son œuvre à Paris, Louvain, Mons, Anvers et Bruxelles.

Les lettres conservées ont été écrites entre 1590 et 1621. Elles couvrent toute sa vie religieuse. Faisant référence à différents personnages de l’époque, elles sont d’une grande valeur historique. Leur contenu diffère selon les destinataires. Parmi ses écrits et l’abondante collection de lettres, figurent aussi des documents concernant la vie de Sainte Thérèse, à savoir les fondations monastiques, les conseils spirituels ou encore la traduction en flamand de ses œuvres. D’autres documents sont plus intimes et personnels. Ana y parle de ses sentiments, de la souffrance due à la distance qui la sépare de Thérèse ou à ses problèmes de santé. Ses connaissances approfondies des écrits et de la spiritualité de sa guide spirituelle, soulignent une fidélité constante à l’esprit thérésien, une grande ténacité et une conviction absolue en son travail. Elle s’implique entièrement dans la préparation de l’édition princière des œuvres de Sainte Thérèse.

Malgré la fragilité de sa santé, Ana de Jesús travaille d’arrache-pied. Jusqu’à l’âge de 60 ans, elle fonde des couvents et n’arrêtera d’écrire que quelques jours avant sa mort à Bruxelles en 1621, le 4 mars à l’âge de 75 ans.

Sources:

  • “Las primeras poetisas de lengua castellana” Ediciones Siruela
  • Cecilia Guiter Viader
  • Histoire pour tous
  • Artehistoria
  • Blog : Teresa de la rueca a la pluma
  • Wikipédia

Lettre à mes aînés: de Suisse, d’Espagne ou d’ailleurs, je pense à vous

Ce que le corps peut supporter

Nous naissons pour le meilleur et pour le pire. Le pire est toujours possible. Le meilleur nous aide à vivre, à supporter la vie quand, parfois, arrive le pire. Je me reconnais privilégiée et sais que, le pire peut, hélas, s’avérer bien pire que le pire supposé. Ma mère me disait souvent un dicton espagnol qui s’est fréquemment vérifié: “Que Dios no te dé jamás todo lo que tu cuerpo soporte”. Que Dieu ne te donne jamais tout ce que ton corps peut supporter. Quand je me plonge dans l’histoire de l’humanité, j’éprouve un vertige en me remémorant ces mots, couramment répétés dans ma famille qui a connu une guerre fratricide et une terrible après-guerre. Pour les croyants, comme pour les athées, cette phrase prend probablement tout son sens en cette période de Pâques. Surtout, en cette année particulière où célébrations, festivités et déplacements vacanciers ont été annulés, ou remis à l’imagination de chacun et à l’inventivité des communautés. “Que Dieu -que la vie- ne te donne jamais tout ce que ton corps peut supporter”. Qui croyait pouvoir supporter un confinement? Et pourtant…

Le décès d’un être cher fait également partie des choses que l’on n’imagine pas endurer. Puis, malgré les larmes, la vie nous apprend que c’est possible. Dès les premiers instants de notre existence, la maladie et la mort nous accompagnent, même si nous préférons les ignorer. Puis, soudain, elles surgissent. Intempestives. Pour nous autres privilégiés occidentaux qui croyions pouvoir les narguer, les combattre, les oublier, les voici aussi dévastatrices qu’un ouragan. J’ai toujours su qu’elles habitent parmi nous. Mais, ce qui me déstabilise actuellement, c’est qu’elles pourraient emporter, quasiment d’un seul coup de faux, plusieurs personnes que j’aime sans que je puisse les soutenir, les embrasser ou participer à une cérémonie d’adieux. Douloureux constat pour celles et ceux qui ont leurs familles ici. Plus attristant encore pour celles et ceux qui avons les nôtres au-delà des frontières.

Lettre et souvenirs au temps du Covid-19

Le journal ArcInfo, en collaboration avec l’émission Porte-plume, de la RTS La 1ère, m’a demandé d’écrire une lettre pour les aînés. Je l’ai adressée à ma famille en me rappelant des moments et des ambiances qui ont embelli mon enfance. Après sa publication, j’ai reçu des messages de personnes qui se sont identifiées à mon écrit, qui connaissent la même situation, même si leurs proches se trouvaient dans le périmètre de l’Helvétie, tout comme des personnes ayant leurs familles, pères, mères, enfants en Italie, au Portugal, en Serbie ou ailleurs. On m’a aussi demandé d’en faire la traduction pour les immigrés de langue castillane ne sachant pas encore le français. C’est pourquoi, je publie également ce courrier dans ce blog, avec sa version espagnole légèrement augmentée.

A tous, en ces temps de nouveau Coronavirus, je souhaite de Bonnes Pâques. Que la joie et la santé s’invitent à votre table malgré ces curieuses circonstances. Que la vie ne vous donne jamais tout ce que vous êtes capables de supporter.

Pour ma part, je reviendrai le 7 mai avec des romans, des nouvelles et des poèmes. En attendant, je me confine pour écrire mon prochain ouvrage où il ne sera guère question de cet étrange printemps 2020.

Lettre aux aînés

La Chaux-de-Fonds, le 2 avril 2020

Chers papa, mama, tantes et oncles,

J’ai eu le bonheur de grandir dans une famille élargie où l’on formait un clan. Je me souviens de vous jeunes, beaux, la bouche pleine de calembours et l’esprit farceur. Dans ma mémoire, j’ai des instants de bonheur. Je ne marchais pas encore. L’oncle Jésus me lançait par-dessus sa tête et tante José, la fiancée de Pepe, louchait pour m’amuser. Je la trouvais belle avec les grains de beauté qu’elle s’était tatoués sur le visage. Et comme j’étais fière, dans ma petite tenue blanche, avec mes gants en dentelle, lorsque je tenais la traîne de la robe de mariée de la cousine Marga. Qu’il m’épatait l’oncle Angel, avec les radios qui avaient probablement diffusé la voix du Général Guisan, qu’il récupérait, bricolait et réparait. Pour nous divertir, tante Violeta construisait des cabanes au salon ou préparait des sandwichs avant une promenade en forêt. Papa, je me souviens de nos premières vacances à la mer. A l’époque, on s’habillait de tee-shirts colorés façon batik, et Los Payos chantaient « Vamos a la playa calienta el sol ». Tu m’as appris à nager en me tenant par le menton. Et toi mama, sublime quand tu sortais avec papa, avec tes bottes lacées et ta courte jupe en daim. Mais le soir, en djellaba, tu me lisais des contes de Perrault ou des frères Grimm. Je me rappelle aussi: les mères des copines bêchant leur potager, les voisins du quartier taillant les fruitiers, mon institutrice de 2ème année primaire que j’aimais tant. Vous me donniez l’impression que l’existence s’apparentait au printemps. Que je ne grandirais jamais. Que pour toujours vous resteriez jeunes et forts. Puis le temps a fait son œuvre. La famille s’est éparpillée, comme souvent chez les immigrés. Une partie est restée ici. L’autre est retournée en Espagne. Mais vous faites tellement partie de moi, que je vous croyais immortels. Et soudain, le Covid-19 est apparu en rappelant les règles! Qu’elles sont cruelles ces règles ! A présent, j’ai peur de vous perdre, surtout vous, père et mère. En particulier toi, mama, qui te trouve dans le cyclone, pas très loin de Pepe et José, dans une région de la Péninsule ibérique où les personnes de votre âge meurent par centaines. Je m’aperçois, que je pense à vous. Que mon cœur vous suit. Tout comme il accompagne les personnes qui m’ont vu grandir et, qui à présent, en Suisse comme en Espagne, sont éloignées de ceux qu’ils aiment. Alors pas de mauvaise blague, s’il vous plaît. Prenez soin de vous, por favor. Je veux vous revoir.

Je vous embrasse.

Dunia

Si vous souhaitez écouter cette lettre très joliment lue par Manuella Maury, cliquez sur Porte-plume, La Première, RTS. Vous pourrez écouter la lettre à ma famille à partir des minutes 16:49. Participent également Anne Claire Martin, Bernard Comment, Anne-Marie Perrinjaquet.

 

Mi carta para los mayores

La Chaux-de-Fonds, el 2 de abril de 2020

Queridos papá, mamá, tíos y tías,

Aunque estábamos muy bien integrados en Suiza, tuve la suerte de crecer en una familia donde entre padres, tíos, tías, primos y primas formábamos un clan. A la primera generación, os recuerdo jóvenes, guapos, con la boca llena de bromas y de chistes. Mi memoria rebosa de momentos felices. Aun no andaba, cuando el tío Jesús me arrojaba hasta el techo mientras me reía a carcajadas. También recuerdo como, la tía José, antes de que fuera mi tía porque en ese momento era la prometida de mi tío Pepe, el hermano de mi madre, me sentaba en sus rodillas y ponía los ojos bizcos para divertirme. Que guapísima era con los lunares que se había tatuado en la cara un día en que, a su hermana y a ella, les dio por distraerse con tinta y agujas. Y lo orgullosa que estaba yo, entrando en la iglesia cuando se caso la prima Marga, con mi vestidito blanco y los guantes de encaje, sosteniendo la cola del vestido de la novia. Y cuánto me fascinaba mi tío Angelito, con las radios que recuperaba, limpiaba y reparaba. Eran tan antiquísimas que, probablemente, cuando habían transmitido la voz del General Guisan, el héroe suizo de la Segunda Guerra Mundial durante la movilización, ya tenían unos cuantos años y hasta habían anunciado los estrenos de las películas de Rudolfo Valentino. Para entretenernos, la tía Violeta construía cabañas con mantas y sillas en medio del salón o preparaba bocadillos antes de llevarnos de paseo por el bosque, en invierno, bajo la nieve. Papá, recuerdo nuestras primeras vacaciones junto al mar, en Mallorca. En aquella época, solíamos vestirnos tipo hippies, con camisetas teñidas con la técnica de batik, muy guais, y Los Payos cantaban “Vamos a la playa calienta el sol”. Me enseñaste a nadar sosteniéndome por la barbilla. En cuanto a ti, mamá, que bella y sublime te veía cuando salías de fiesta con papá, con tus botas de cordones y tu falda corta en piel de ante. Pero por lo general, cuando andabas por casa, te vestías con una chilaba comprada en el rastro de Madrid –cuanto me gustaba el rastro de entonces- y antes de apagar la luz, cuando ya estaba en la cama, me leías cuentos de Perrault o de los hermanos Grimm. También recuerdo: las madres de mis amiguitas regando las huertas que en ese momento tenían casi todas las casas antiguas de nuestro barrio, los vecinos podando los árboles frutales, y mi profesora de segundo año de primaria a la que tanto quería. Todos me dabais la impresión que la vida era una eternal primavera. Que yo nunca crecería y que vosotros os mantendríais jóvenes y fuertes para siempre. Pero, el tiempo hizo su cruel trabajo. La familia se disperso, como suele ocurrir con los inmigrantes. Algunos nos quedamos aquí. Sobre todo la segunda generación. Otros regresaron a España, incluso ciertas personas de la tercera generación nacidas en Suiza. Pero hacéis tan parte de mí, que pensaba que erais inmortales. Pero de repente apareció el Covid-19, recordándonos las reglas! ¡Qué duras son esas reglas! Ahora tengo miedo de perderos, en particular vosotros, padre y madre. Especialmente tú, mamá, que vives en el ciclón, no lejos de Pepe y José, en una región de la Península Ibérica donde la gente de tu edad se está muriendo por cientos. Me doy cuenta que pienso en vosotros. Que mi corazón os sigue. Que acompaña la gente que me vio crecer y que ahora, en Suiza como en España, está lejos de sus seres queridos. Así que, aunque seáis chistosos, por favor, evitad las bromas pesadas. Cuidaros por favor. Que quiero volver a veros.

Besos a todos.

Dunia

 

Photographies / Fotografias :

  • Mon 3ème anniversaire / Mi cumpleaños: 3 años
  • Avec ma mère: mes premières vacances à la mer / Con mi madre: mis primeras vacaciones cerca del mar.

 

On ne tue pas la poésie

Mes parents viennent d’un pays où l’on voulut faire taire les poètes.

Alors on les chassa. On les enferma. On les exila. On les tua.

Les poètes meurent de faim ou d’incertitude, d’angoisse ou d’amour, du silence ou de l’oubli. Mais on ne peut tuer leur âme parce que leur âme vit en tout.

Dans la laideur et la beauté.

Dans l’amour ou la haine.

Dans l’infiniment petit comme dans l’infiniment grand.

Aujourd’hui comme hier, en dictature comme en démocratie, les poètes dérangent.

A travers ce blog, je souhaite leur donner la parole quelles que soient leurs opinions, leurs préférences, leur genre ou l’époque où ils s’expriment.

Mes parents viennent d’un pays où l’on voulut faire taire les poètes.

Pourtant mes racines de leur essence se sont sustentées.

On peut tuer le poète, on ne peut tuer la poésie.

Parce que nous avons autant besoin de poésie que de nous alimenter.

 

Détail de la couverture du livre Lorca Esencial, ediciones EDAF.