Au lendemain de l'annonce début mai de l'amende de 2,6 milliards de francs infligée à sa banque par les autorités américaines, Brady Dougan, patron de Credit Suisse, avait le coeur léger. Dans son esprit, le principal problème juridique était réglé. Il pouvait donc passer à autre chose. Il se réjouissait même d'en faire état aux journalistes qu'il a rencontrés à ce moment-là, dont votre serviteur.
La deuxième banque du pays avait en effet un sérieux besoin de réforme. Elle avait pris du retard par rapport à UBS sur le front de la restructuration de la banque d'affaires et la fragilité de ses fonds propres font régulièrement froncer les sourcils des autorités de surveillance, BNS et Finma en tête. Le cours de l'action restait loin derrière celui de son concurrent principal. Mais le patron a été pris de court par l'ampleur de la vague d'indignation et les nombreux appels lancés en Suisse à ce qu'il démissionne.
Ces appels l'ont-il freiné dans sa volonté de restructurations? Lors de l'annonce des résultats semestriels le 22 juillet, Brady Dougan, qui tient toujours fermement la barre de la banque, a certes annoncé des changements, dont le principal est l'abandon de l'activité de négoce "macro", qui recouvre le trading d'intérêts, de changes de devises et de matières premières, coûteuse en fonds propres. Mais cela ne suffit pas.
Les fonds propres de la banque, qui sont entamés en raison de la perte encourue au 2e trimestre en raison de l'amende américaine, demeurent sous pression. Et on ne voit toujours pas de vraie réforme de la banque d'affaires comme celle qu'a entreprise UBS sous la direction de Sergio Ermotti – dont les succès récents suscitent une profonde jalousie auprès de l'Américain de la Paradeplatz. Ainsi, pour revenir au négoce des matières premières, on ne voit toujours pas où est le vrai changement: CS va continuer de prêter aux négociants en matières premières basés à Genève comme elle l'a fait par le passé, une activité dont elle est l'un des principaux acteurs.
Cette lenteur à réformer une banque qui a pris du retard repose la question de la compétence du management. Certes, il a permis à Credit Suisse d'éviter nombre d'écueils pendant la crise sur lesquels se sont échoués UBS et nombre d'autres grandes banques. Mais est-il encore à même de replacer Credit Suisse sur la voie de la croissance? Il en paraît bien loin.