La Turquie, un pays qui vit au-dessus de ses moyens

Le jeudi 27 juillet au soir, un violent orage s’est abattu sur Istanbul, mégalopole de 15 millions d’habitants, causant inondations diverses et interrompant les transports. L’aéroport international Atatürk a notamment été fortement touché. Vingt-quatre heures plus tard, il n’avait toujours pas retrouvé son fonctionnement normal, multipliant les vols retardés de plusieurs heures, voire annulés.

Ce genre de scène, que toute plate-forme aérienne globale connaît, semble toutefois souffrir d’un autre mal: le manque de personnel qualifié depuis que le gouvernement Erdogan multiplie les purges de supposés gülenistes, ces adeptes d’une communauté religieuse accusée par les autorités d’avoir orchestré le coup d’Etat raté du 16 juillet 2016. L’aéroport Atatürk, principale porte de la Turquie, voit donc son bon fonctionnement entravé par l’illusion de l’Etat de voir des ennemis partout. Ces entraves ne concernent pas que cette infrastructure, mais le pays tout entier, sa société, et donc son économie.

La Turquie ne peut guère se permettre de poser ce genre d’obstacle sur son propre chemin. Elle vit déjà au-dessus de ses moyens: sa balance des paiements est chroniquement déficitaire. Son inflation est élevée (plus de 10%). Tout obstacle à sa croissance économique peut la faire basculer dans le chaos (récession, hyperinflation), des épisodes qu’elle a connus dans un passé encore proche, et qui avait nécessité une intervention du FMI en 2001 encore.

Or, c’est ce que le gouvernement Erdogan est en train de faire. Ses purges (plus de 150’000 personnes licenciées pour “gülenisme” supposé) entravent le bon fonctionnement de secteurs-clé comme l’éducation, la justice et certains services publics. Les arrestations, parfois arbitraires, ainsi que les procès de journalistes et de militants des droits de l’Homme instaurent un climat de peur dans le pays. Le gouvernement exacerbe les divisions de la société en réislamisant progressivement son fonctionnement, et hystérise le climat politique en favorisant le culte des “martyrs” morts pour empêcher le coup d’Etat de juillet 2016.

Tout cela fait fuir investisseurs étrangers et touristes, les deux principales sources de revenus du pays, aux côtés des exportations de biens industriels. Les investissements directs ont fléchi, les entrées de visiteurs divisées par deux. Il y a de la place sur les plages turques en ce moment.

Obsédé par son idéologie fondée sur la revanche des conservateurs islamistes sur les laïques républicains qui ont dirigé le pays pendant des décennies, le gouvernement Erdogan est en train de détruire la croissance économique qui avait assuré son succès.  Le pire, c’est que l’opposition reste très divisée. Le jour où Erdogan perd le pouvoir, qui viendra le remplacer? Là est toute la question de l’avenir d’un pays grand comme l’Allemagne à moitié intégré dans l’Europe.

Ligne 5, arrêt Plateia Amerikis

Avec ses immeubles de six étages, généralement en béton des années cinquante et soixante, Plateia Amerikis est l’une de ces places typiques des quartiers nord d’Athènes, un océan résidentiel à la chaleur écrasante et où les possibilités de se rafraîchir se sont raréfiées au fil de la faillite des bistrots et des petits commerces ces dernières années. A l’arrêt de bus de la ligne 5, qui relie au centre ce quartier ignoré des touristes, les passagers en attente se font chaque minute plus nombreux. Prêts à s’entasser dans le trolleybus jaune déjà bondé, qui a connu des temps meilleurs. Mais qui, au moins, est (encore) climatisé.

Si vous demandiez à ces passagers ce qu’ils pensent du probable retour, bientôt, de leur pays sur les marchés internationaux de la dette, ils vous répondraient certainement : on en paie le prix tous les jours. Niveau de vie effondré, petits commerces de quartier ravagés, services publics laminés, sentiment national blessé. Et ce pauvre bus toujours aussi bondé, mais qui reste le moyen le plus efficace de rejoindre le centre. Au tarif de 1,80 euro par personne. Pour des salaires de quelques centaines d’euros par mois.

La fatigue de sept ans de crise profonde a laissé de profondes traces sur les murs de la capitale grecque, à commencer par les innombrables tags qui expriment la colère et les frustrations de gens qui ne savent pas s’ils doivent la tourner contre Angela Merkel, symbole de cette Allemagne souvent perçue comme arrogante sinon égoïste, ou contre leurs propres politiciens, qui ont plongé leur pays dans le chaos financier dont l’extraction leur coûte si cher. « Dans ce pays, ce qui est pénible, c’est que les choses n’avancent pas », témoigne la directrice d’une boutique touristique des Cyclades.

Mais la Grèce ne s’est pas effondrée. Elle n’a pas quitté la zone euro. Les drapeaux européens continuent de flotter sur les bâtiments, les bateaux. Le pays continue de fonctionner, certes un peu cahin-caha, à la grecque, exigeant parfois un peu de patience de la part des visiteurs habitués à des organisations plus… nordiques. Et surtout, elle reste, fondamentalement, profondément, une démocratie. Et un exemple de résilience et de redressement, notamment face au voisin turc qui s’enfonce dans l’autoritarisme et la crise économique. Un point auquel les passagers en attente à l’arrêt de Plateia Amerikis ne doivent pas rester insensibles.

Cet étrange cannibalisme fédéral

Les téléspectateurs suisses ne pourront bientôt plus accéder librement aux matches de la igue des Champions puisque les droits de retransmission échapperont à la SSR dès 2018. L’amateur de football européen devra se tourner vers Teleclub et passer à la caisse.

Or, Teleclub, qui se présente comme une entreprise privée basée à Zurich, appartient à 75% à Swisscom. Qui appartient à 51% à la Confédération. En clair, c’est une entreprise détenue en majorité par la Confédération qui a ravi les droits de retransmission à la SSR… qui appartient aussi à cette même Confédération (à 100%).

Certes, des actionnaires privés s’invitent dans ce carrousel: Ringier (chez Teleclub), nombre de caisses de pensions, de fonds de placements et d’autres institutionnels chez Swisscom. Mais la voix de ces minoritaires dans la définition des stratégies d’entreprise n’est pas décisive et leur rôle consiste avant tout à encaisser les dividendes.

Aussi, l’affaire Teleclub / SSR apparaît-elle comme la cannibalisation d’une entreprise détenue par la Confédération par une autre… une stratégie dont on peine à saisir la logique. Sauf que l’affaire a un perdant: le téléspectateur suisse amateur de grands matches de foot, qui devra payer plus cher pour assister aux retransmissions.

Et ce n’est pas un cas isolé. En réduisant les redevances hydrauliques accordées aux communes de montagne, la Confédération entend alléger les charges des entreprises électriques, majoritairement détenues par les cantons et les communes, généralement de plaine. Les électriciens plaident depuis longtemps cette réduction de coûts destinée à leur permettre de surmonter la chute des prix de gros de l’électricité (qu’ils avaient mal anticipée) alors qu’il font face aux amortissements de leurs lourds investissements dans le pompage-turbinage de ces dernières années.

Cet allégement des charges des compagnies d’électricité va donc soulager les localités de plaine qu’effraye la perspective de devoir recapitaliser des entreprises en sérieuses difficultés. Elle éloigne la perspective de devoir ouvrir le porte-monnaie en reportant une partie de la facture sur le dos des communes de montagne détentrices de droits d’eau. Bien sûr, certaines de ces communes montagnardes ne sont financièrement pas à plaindre (par exemple Finhaut en Valais). Mais doit-on leur rendre la vie plus difficile du fait des erreurs de stratégie des barons de l’électricité?

Le perdant reste le consommateur final de courant électrique puisque aucune baisse des tarifs de l’électricité n’est prévisible, du moins pour le consommateur individuel soumis au monopole.

Il est, des fois, des stratégies dont la logique est difficile à comprendre autrement que par l’absence totale de pilotage. Et dont le perdant est toujours le même: vous, moi.

Le risque systémique, où on ne l’attend pas

Depuis le double traumatisme de la faillite de Lehman Brothers et de la crise grecque, c’est l’obsession d’un monde qui tente encore de panser ses plaies: d’où viendra la prochaine crise? Et avec la même obsession, le monde tente d’éliminer les risques systémiques qu’il identifie dans l’excès de crédit, de complexité des instruments financiers et d’opacité financière.

Et si le nouveau risque systémique ne se cachait pas au même endroit que lors des dernières crises? Et s’il se terrait plutôt dans la concentration des richesses et des pouvoirs économiques et financiers? Et si la prochaine explosion n’allait-elle pas survenir au coeur du noeud des relations entre grands responsables de banques géantes, de fonds institutionnels gigantesques, d’investisseurs tentaculaires, de banquiers centraux et de très hauts dirigeants politiques?

C’est la thèse que défend brillamment Sandra Navidi dans un essai aussi brillant que glaçant, “$uperhubs, How the financial elite & their networks rule our world” (Nicholas Brealey, Londres et Boston, 2017).“La stabilité financière a été analysée avant tout sur la base des interconnexions institutionnelles plutôt qu’au niveau des individus. Pourtant, ce sont des êtres humains, et non des entités abstraites, qui prennent les décisions au nom de leurs institutions et impactent, au final, le système”, écrit-elle en conclusion de son livre.

Avocate internationale, ancienne banquière d’investissement, ancienne collaboratrice de l’économiste Nouriel Roubini, manifestement proche de George Soros, habituée des grands raouts tels que Davos, l’auteur témoigne de ce qu’elle connaît et voit sur une base régulière: les mêmes personnes, situées au sommet de la hiérarchie sociale, se partageant les réflexions et les informations en vase restreint (à défaut d’être clos) et profitant ainsi de l’avantage d’être systématiquement en avance sur leurs concurrents.

L’une des conséquences, identifiée par l’auteur, est connue: c’est la montée des colères et frustrations populaires s’exprimant toujours plus brutalement dans les scrutins, comme le Brexit, l’élection de Donald Trump, les résultats électoraux inquiétants de Geert Wilders aux Pays-Bas et de Marine Le Pen en France. Mais le succès des partis modérés à La Haye comme l’élection de Macron à l’Elysée semblent, pour un moment, écarter l’imminence d’une révolte populaire.

En revanche, la déconcentration des processus de prise d’information et de réflexion ne semble pas du tout à l’ordre du jour. Davos est certes davantage une caisse de résonance d’une réflexion à un moment donné; Bilderberg est certes plus concentré et ne prend pas de décisions; mais ces deux rassemblements, comme la myriade d’autres du même niveau (on pourrait par exemple mentionner Jackson Hole, rendez-vous annuel des principaux banquiers centraux ) perpétuent ce système de réflexion en circuit fermé.

Un appel d’air s’impose, par conséquent. Non pas pour permettre au “peuple” de dire son fait aux “élite”, ça non! Mais pour autoriser une plus vaste diversité des opinions, des analyses, et une meilleure circulation de l’information. Afin de retarder la prochaine crise systémique. Voire, rêvons, de l’éviter.

 

 

Post-scriptum: Pourquoi ce livre n’est-il pas publié en français? Paru initialement en allemand sous le titre “Wie die Finanzwelte und Ihre Netzwerke die Welt regieren” et rapidement traduit en anglais, l’ouvrage semble s’adresser tout particulièrement au lectorat francophone. Manque de curiosité ou de courage de la part des éditeurs?

Le cercle vicieux de l’âge de la retraite

Il n’est pas sûr que l’âge de la retraite des femmes puisse être relevé de 64 ans actuellement à 65, comme le prévoit la réforme de la Prévoyance 2020. Si le référendum, qui sera soumis au vote le 24 septembre, passe, cette mesure (comme les autres) visant à rééquilibrer les comptes de la retraite passera à la trappe… et tant pis pour la réalité des chiffres!
Et pourtant l’équation est simple: l’allongement de la durée de vie pèse de plus en plus lourdement sur les comptes des institutions de prévoyance (en plus de l’abaissement des rendements des placements et les taux négatifs), ce qui les contraint à prendre des mesures de plus en plus sévères pour les futurs retraités. Refrain connu.
Mais l’opposition, croissante semble-t-il, à la réforme, mélange beaucoup de choses, que ce soit une inégalité humaine criante comme entre l’écart salarial hommes-femmes, ou des questions plus étroitement techniques comme le taux de conversion. Mais qui a pensé au blocage psychologique que cette opposition alimente?
Tout relèvement de l’age de la retraite se heurte à un obstacle: les entreprises ne veulent plus de travailleurs âgés. Ceux qui perdent leur emploi à 55-60 ans n’en trouvent plus guère. Ils tombent ainsi au chômage, co-financé à parité par les entreprises et les employés. Mais après cette phase qui ne dure que deux ans, ils aboutissent généralement à l’aide sociale, laquelle est à la charge du contribuable. Et ils y restent bien plus longtemps…
Du point de vue des entreprises, il y a de la rationalité: plus l’ex-salarié est à l’aide sociale, mois il coûte cher à l’entreprise puisque la base de financement de l’Etat est plus large que celle des assurances sociales.
Mais ce calcul a un défaut: les gens, qui ne veulent pas se faire marginaliser aussi facilement, vont voter dans le sens de leurs intérêts: raccourcir le délai d’attente jusqu’à l’âge de la retraite, et tant pis si ce choix obère le financement de l’AVS et du 2e pilier!
Les entreprises disposent d’une clé pour déverrouiller cette situation: en surmontant une vision trop à court terme et en se montrant plus ouvertes vis-à-vis des travailleurs seniors, voire âgés. Dans les rapport de travail, ce sont elles qui détiennent le pouvoir. Un geste de leur part permettrait donc de restaurer la confiance des employés qui, redoutant moins la marginalisation en raison de leur âge, se montreront moins sceptiques face à l’élévation de l’age de la retraite.

PS: le dernier paragraphe a été récrit pour répondre à certaines observations justifiées sur le manque d’explications de la version précédente.

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Acheter l’Europe?

Il n’a échappé à personne que l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence française le 7 mai dernier n’a pas provoqué l’explosion boursière que d’aucuns attendaient. Le lundi suivant le scrutin, les indices boursiers sont restés plats, voire même, se sont légèrement affaissés. Et la semaine qui a suivi a confirmé cet attentisme… sauf en Suisse, où l’indice SMI a quand même gagné un petit pour-cent, franchissant à nouveau les 9000 points!

Pourtant, le soulagement de voir la France rester dans le jeu européen et de la mondialisation a coïncidé avec une autre excellente nouvelle, économique celle-là, la révision à la hausse des prévisions de croissance de la zone euro, à 1,7% pour cette année. Certes, un seul petit dixième de point de pourcentage de mieux que la prévision précédente, mais l’Europe revient de très loin. Alors, pourquoi les marchés internationaux ne bondissent-ils pas?

Les professionnels insistent sur la persistance des risques et des inconnues macroéconomiques. Mais les mêmes ne s’en sont pas tant embarrassés pour saluer le “plan” de relance de Donald Trump par l’une des plus spectaculaires hausses boursières de ces dernières années.

Aussi, les actions sont devenues extraordinairement chères. Elles s’achètent, en moyenne, plus de 20 fois les bénéfices attendus en Europe, alors que la moyenne historique tourne autour de 15 à 17 fois. Même si le marché s’attend à ce que l’accélération de la croissance se traduise par des hausses de bénéfices, il estime aussi déjà en avoir payé le prix.

C’est donc sur le front des changes que le rebalancement s’opère, avec un euro en hausse face au dollar… dans une petite marge, faute de quoi la reprise européenne pourrait vite subir un coup d’arrêt pour cause de surévaluation monétaire.

Avec un autre effet en cascade, lui-même très favorable à la Suisse. Qui dit hausse de l’euro dit baisse du franc, qui ne peut que réjouir les exportateurs, et baisse de la pression sur la BNS, surchargée de réserves de devises et obligée à maintenir des taux d’intérêt négatifs punitifs pour tant d’acteurs, à commencer par le système de prévoyance et les banques.

Est-ce la fin des dix ans de purgatoire que nous venons de traverser? La dynamique est là, mais les résultats concrets dépendront largement de l’aptitude d’Emmanuel Macron d’appliquer son programme en France, de son impact sur le reste du continent, de la reprise de confiance de ce dernier dans son modèle d’intégration, afin que les doutes sur la mondialisation et la capacité d’intégration de nos sociétés ne paraisse plus un vilain mot. En bref, retrouver de l’optimisme.

Cela prendra du temps. Thomas Jordan, le président de la BNS, n’a-t-il par déclaré, quelques jours après l’élection d’Emmanuel Macron, que le franc restait surévalué, laissant entendre que les taux négatifs allaient demeurer? L’optimisme est une qualité qui ne se construit que pierre par pierre! Sans oublier que tout peut être mis par terre par un simple faux pas de Donald Trump.

Espionnage financier: Berne sur une autre planète

Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de l’espion suisse arrêté en Allemagne et soupçonné de chercher à en savoir plus sur la lutte contre l’évasion fiscale entreprise outre-Rhin? L’homme aurait été envoyé par le Service de renseignement de la Confédération pour remonter les filières des achats de CD volés contenant les noms de clients de banques suisses. On croit rêver.

C’est comme si la Suisse n’avait pas officiellement renoncé au secret bancaire pour les questions fiscales il y a déjà quatre ans, donné son accord pour échanger les informations fiscales sur une base automatique et même mis cette politique en oeuvre dès le début de cette année en recueillant les informations qui seront transmises dès l’an prochain aux autorités fiscales étrangères.

Ce n’est pas la première fois que nos James Bond paraissent en retard d’une bonne guerre dans ce domaine. A l’été 2013, ils mettaient le paquet pour faire parler un employé de banque, Pierre Condamin Gerbier, qui avait imprudemment prétendu face au parlement français détenir une liste de clients fortunés hexagonaux dans des banques suisses. Ce fut un flop, mais le pauvre homme a passé plusieurs mois en prison.

Plus largement, certaines autorités ne semblent toujours pas avaler le changement d’époque: pourquoi certains juges zurichois s’acharnent-t-ils contre Rudolf Elmer, ex-banquier de Julius Bär, alors qu’il a été blanchi par la Cour suprême du canton de Zurich de l’accusation d’avoir enfreint le secret bancaire?

On pourrait multiplier ces exemples de ces combats d’une autre époque. Comme si certains magistrats et fonctionnaires refusaient les évidences:

  • La Suisse a systématiquement perdu ses batailles pour défendre son bon vieux secret bancaire depuis 2009.
  • Le blanchiment d’argent dans les banques suisses présente un risque beaucoup plus élevé que la découverte de fraudeurs fiscaux dans ces mêmes établissements, selon les principales autorités de poursuite de ce pays.
  • La lutte contre la criminalité en col blanc a même été élevée au premier rang des priorités du Ministère public de la Confédération (MPC), et se situe très haut dans l’ordre des interventions de la Finma.

Si le SRC veut cesser de se couvrir de ridicule, il doit de toute urgence abandonner ses vieilles lunes.

France: Un(e) président(e) sans dents?

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle française a débouché sur une claire alternative: Marine Le Pen et ses promesses de fermetures des frontières, de l’économie, lesquels déboucheront sur un appauvrissement catastrophique de son pays et du continent tout entier, ou Emmanuel Macron, qui promet tout le contraire.

Mais aussi puissant que soit un président français sous la Cinquième république, il ne peut pas voter les lois ni les budgets et son gouvernement peut être mis dans l’impossibilité de gouverner s’il n’obtient pas une majorité parlementaire. François Hollande, le président sortant, en a fait l’expérience il y a juste une année en échouant de faire admettre à ses amis politiques son idée de déchéance de nationalité.

Or ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron ne disposent d’assises assez fortes pour emporter la majorité dans les deux Chambres (Assemblée et Sénat). Le parti de la première, le Front national, n’y a jamais compté que quelques députés tout au plus. Quant au second, il ne peut s’appuyer que sur En Marche, un mouvement (même pas un parti) qui ne compte que quelques mois d’existence et n’a aucune expérience d’une élection parlementaire. On peut, en outre, penser que les deux grands partis traditionnels (PS et Républicains) vont tout mettre en oeuvre pour conserver leurs positions dans chacune des circonscriptions électorales, surtout après l’échec humiliant de leurs candidats à la présidentielle, Benoît Hamon et François Fillon,

Le(la) futur(e) président(e) risque de se trouver fort démuni face à une Assemblée nationale qui marchandera le moindre de ses projets. La France retombera ainsi dans le parlementarisme, synonyme, dans ce pays, de non-décision voire de chaos. La Suisse et l’Europe y auraient tout à perdre.

A moins que les électeurs, cohérents, ne fassent subir à leur classe politique ce que les Italiens ont infligé à la leur il y a 23 ans, et que les Espagnols ont failli imposer à la leur il y a trois ans: un effondrement des partis traditionnels et l’émergence réelle du Front national comme important parti de gouvernement. Ou, nettement plus souhaitable pour tout le monde, que le mouvement En marche sache s’organiser à l’échelle de tout le pays et obtienne assez de députés pour imposer ses vues. Pour la France, ce serait historique, comme ce le fut en Italie. Et pour l’Europe, un immense bénéfice, une voie à suivre pour accompagner la reprise économique qui se fait jour.

Finance verte, virage raté

Un beau jour, la verdure a fini par atteindre les rivages de la finance, longtemps après avoir abordé ceux de la société civile, du monde politique et celui de l’industrie. Et progressivement, les financiers s’y sont intéressés. Parce qu’ils ont graduellement pris conscience, comme les autres avant eux, du caractère limité des ressources naturelles de la planète, bien sûr. Mais surtout parce qu’ils ont découvert qu’il y avait des profits à réaliser, comme il y a des profits à réaliser dans le financement du pétrole et du gaz ou dans l’industrie automobile.

Progressivement, les marchés financiers ont vu apparaître de nouvelles gammes de produits: des fonds investis dans des activités durables comme les énergies renouvelables ou la production d’eau potable, voire dans des activités encore plus exotiques comme le financement des programmes de développement dans des pays émergents ou même des parcs naturels. Et, surtout, une approche beaucoup plus critique concernant les entreprises qui n’adhèrent pas à une approche responsable envers la durabilité, l’environnement et les critères de bonne gouvernance.

Mais les banques suisses ne paraissent pas en avoir pris réellement conscience. Ou à peine. Quelques établissements ont lancé quelques fonds. Puis, l’an dernier, Swissbanking, l’association faîtière des banques suisses, a inscrit la finance verte parmi les objectifs de la place financière, laquelle est en manque de nouvelles impulsions depuis la fin du secret bancaire.

Hélas, seule Pictet s’affiche parmi les dix plus gros gérants européens de “fonds verts”, devant une gamme de grands gérants allemands (Deutsche AM, Ökoworld), britanniques (Jupiter, Pioneer, Blackrock), français (BNP Paribas) et néerlandais (Triodos, ASN Bank), selon un classement établi par Novethic. Quelle misère, lorsque l’on pense à la responsabilité vis-à-vis du futur de la planète, ou plus prosaïquement, des opportunités d’affaires croissantes!

Les investisseurs se convertissent de plus en plus nombreux aux placements “verts”, que ce soit par conviction ou opportunisme. Les encours des fonds “verts” ont progressé de 47% en Europe ces trois dernières années! En Suisse, la progression des fonds a été moins spectaculaire. Mais lorsque l’on y ajoute les mandats discrétionnaires et les produits structurés, qui constituent une part essentielle des portefeuilles des individus fortunés, le volume a bondi de 169% en 2015 par rapport à l’année précédente, selon les derniers chiffres disponibles établis par le Forum Nachhaltige Geldanlagen.

De toute évidence, les responsables de l’investissement dans les banques suisses ne croient toujours pas au potentiel. Ils ne comprennent pas ce qui fait la spécificité de cette forme d’investissement émergente. et parfois même, ils croient, à tort, que les placements verts sont moins performants que les autres!Entièrement consacrées à leur adaptation au monde de transparence et aux fintechs du nouveau monde d’après-crise, les banques suisses oublient de voir qu’autour d’elles le monde de l’investissement évolue aussi. Et que les places sont à prendre maintenant. Que ce soit par le lancement  de produits. Ou par l’acquisition d’établissements étrangers qui se sont déjà faites une place.

Dans deux ans, des hypothèques plus chères

Avec des taux d’intérêt hypothécaires compris entre 1 et 2% depuis quatre ou cinq ns, on a fini par avoir le sentiment que l’argent presque gratuit, c’est pour toujours. Erreur, Herr Kommissar, cette douce période – pour ceux qui ont pu acheter la villa ou l’appartement de leurs rêves grâce à un endettement massif – tire progressivement à sa fin.

Inutile de chercher à lire l’avenir dans les arcanes langagières de la BNS car celles-ci peuvent changer d’un jour à l’autre, ni traquer les micro-modifications du marché de la dette privée, car elles ne livrent que peu de variations au jour le jour. La ligne, comme de coutume, est donnée par les Etats-Unis. Ne sont-ils pas toujours la première économie au monde, aussi bien par la masse (18’000 milliards de dollars de PIB contre 11600 pour la zone euro) que par le dynamisme économique (+1,9% de croissance contre 1,7%)? La Fed, la banque centrale américaine, s’est clairement engagée dans un cycle de hausse des taux, ce qu’elle a confirmé lors de sa réunion du 15 mars. Désormais, les taux courts sont déjà à 1% et devraient atteindre 1,5% à la fin de cette année.

Depuis la chute de Lehman Brothers en 2008, la Fed a systématiquement pris l’initiative des réponses à donner à la crise financière: chute brutale des taux, injections de liquidités ultra-expansives, puis “tapering” progressif et, enfin, reprise de la hausse des taux dès la fin 2015. La BCE, entravée par les divisions européennes, n’a fait que suivre avec un décalage de deux ans. La BNS s’est, pour sa part, cantonnée dans une stratégie de survie de l’économie suisse en choisissant les moins mauvais des maux, l’explosion de son bilan et le plongeon dans les taux négatifs.

Aux Etats-Unis, il ne fait aucun doute aujourd’hui que le cycle est en plein boom: l’inflation a bondit à 2,7%! Mais la zone euro s’en approche bien plus vite que ce que l’on croyait voici quelques mois encore: l’économie est en croissance dans la plupart des grands pays – même en France, qui se croit toujours en crise – et l’inflation atteint 2%, à la grande inquiétude des Allemands et pour la plus grande joie des autres. La BCE, qui s’est engagée à son tour dans une réduction progressive de ses injections de liquidités, pourrait hausser les siens dès 2018, estiment la majorité des économistes. La Suisse n’attend que cela pour mettre fin aux taux négatifs et revenir à une situation normale, ce qui renchérira le coût de l’endettement. Et donc des hypothèques.

Minute, là, et ces gigantesques masses de liquidité qui noient les trésoreries des entreprises et pèsent sur le marché de la dette, ne vont-elles pas empêcher tout décollage? Certains le pensent, confortés par le relatif immobilisme des taux longs américains: 2,4% pour les emprunts à dix ans en dollars, pratiquement inchangé depuis cinq ans. En zone euro, c’est bien pire, les taux longs ne cessent de baisser depuis 2008 et affichent 0,4%. Ils semblent se redresser depuis quelques mois. Mais ce n’est pas la première fois qu’un tel rebond fait mine de vouloir inverser la tendance.

Le “savings glut”, comme les économistes appellent cet excès de liquidités et d’épargne, pourrait néanmoins se réduire sous l’effet de l’accélération de l’économie, qui appelle les investissements, de la reprise de l’inflation, qui écorne l’épargne, et de l’action des banques centrales, si elles parviennent à agir (plus ou moins) de concert. Sous l’effet de cette double pression, le loyer de l’argent va se renchérir. En Suisse aussi, du fait que le pays et son économie ne sont pas immunisés face aux mouvements de l’économie mondiale.

Ce beau scénario, allègrement optimiste, ne peut cependant se réaliser que si:

  • Donald Trump ne lance pas de missile nucléaire sur la Corée du Nord;
  • Donald Trump ne ruine pas la crédibilité de la Fed en remplaçant sa gouverneur Janet Yellen par un candidat peu crédible;
  • Marine Le Pen n’est pas élue ou, à tout le moins, ne retire pas la France de la zone euro;
  • Les Européens adhèrent sérieusement à leur “Déclaration de Rome”, pérennisant l’UE.

Ce qui fait déjà une bonne proportion d’inconnues. Mais si ces risques se matérialisent, les taux des hypothèques pourraient bien rester où ils en sont aujourd’hui. Voire descendre encore!