Concurrence, un mot si peu suisse

Le maintien d'un système de concurrence a été l'un des arguments essentiels pour combattre l'instauration d'une caisse maladie unique. Un argument honorable, mais fort peu réel. Chacun sait que les caisses-maladie ne se livrent de réelle concurrence que dans la chasse aux bons risques, et ceci en s'appuyant essentiellement sur l'opacité du système.

Elles ne sont pas seules à se prévaloir d'un argument à la limite du fallacieux. Dans le deuxième pilier, la concurrence est vive entre banques, assurances et autres gérants de fortune, mais elle s'arrête avant d'atteindre les premiers bénéficiaires, les cotisants. Lorsqu'ils sont salariés, ces derniers n'ont pas le choix, ils doivent s'affilier à l'institution de prévoyance de leur entreprise et basta.

La Suisse adore se qualifier de pays hautement concurrentiel, mais elle n'aime pas l'appliquer à domicile. L'échec de la réforme de la Loi sur les cartels, qui devait donner de meilleures armes au gendarme des marchés pour mieux fluidifier ces derniers est là pour en témoigner. Du coup, Migros et Coop vont pouvoir continuer à se partager l'essentiel du marché de la grande distribution sans trop à redouter une intrusion des Karstadt, Carrefour et autres gros concurrents.

Pourtant, lorsqu'il faut donner des leçons aux autres, la Suisse adore plus que tout défendre les principes de la libre-concurrence, facteur dynamisant d'une économie, génératrice d'idées et de valeurs au travers du processus schumpeterien dit de la destruction créatrice. Le problème est à domicile: lorsque ce processus risque de porter atteinte à des intérêts bien installés, c'est fou ce que la concurrence devient, soudain, dommageable.

Résultat: des prix élevés et une économie intérieure qui risque de souffrir plus qu'elle ne le croit du ralentissement conjoncturel qui se profile.

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, je suis particulièrement intéressé aux questions bancaires, financières, fiscales et, naturellement, macroéconomiques et leurs conséquences politiques et sociales.