Banquiers privés, la fin du mystère

Les banquiers privés ont été les gardiens les plus fidèles de la tant célébrée confidentialité suisse. Pendant plus de deux siècles, ils ont gardé jalousement secrète la réalité de leurs affaires, sans jamais publier le moindre chiffre sur leurs revenus ni sur leurs bénéfices. Très fiers de cette opacité, ils en faisaient la preuve de leur capacité à conserver durablement un secret. A commencer par l'identité de leurs clients. Or, ce monde est à la veille de disparaîre.

C'est une révolution que quatre banques privées, Pictet, Lombard Odier, Mirabaud à Genève et la bâloise La Roche s'apprêtent à accomplir. A tout seigneur tout honneur, la plus grande, Pictet, doit lever le voile mardi 26, selon des sources bien informées. Lombard Odier, sensiblement plus modeste en taille, doit suivre le jeudi 28, d'après l'agence Bloomberg. Une inconnue concerne encore le calendrier de Mirabaud. Le numéro trois de la place va-t-il attendre sagement son tour, sachant qu'il doit s'exécuter le 31 au plus tard? Ou va-t-il brûler la politesse aux deux grandes, ce qui serait perçu comme un faux pas? C'est un détail par rapport à l'importance des enjeux liés à cette nouvelle transparence.

Pour remplacer le business mourant du secret bancaire, les banquiers privés se reconvertissent dans la gestion institutionnelle. Dans ce domaine, ce n'est plus l'épais voile de la confidentialité que la banque doit offrir à ses clients, mais sa garantie d'une excellente santé financière. Le seul moyen de la démontrer: publier ses chiffres. C'est pourquoi ces quatre établissements ont abandonné l'an dernier l'antique statut de sociétés de personnes, qui leur conférait le privilège de ne rien dévoiler, pour se transformer en sociétés en commandite par actions, qui les soumet aux mêmes contraintes que les autres institutions financières commerciales.

Une part de mystère s'envole. Avec lui, quelques légendes et fantasmes sur la réalité des affaires de ces grandes institutions. La hiérarchie bancaire helvétique sera-t-elle remise en cause? Ce n'en est pas certain.

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, je suis particulièrement intéressé aux questions bancaires, financières, fiscales et, naturellement, macroéconomiques et leurs conséquences politiques et sociales.