L’immobilier, un risque systémique

Raiffeisen est devenue à son tour une banque "too big to fail" (TBTF), un établissement dont la faillite pourrait causer des dégâts majeurs à l'économie suise dans son ensemble. La réunion de 305 coopératives régionales rejoint donc le club de moins en moins fermé des banques dites à risque systémique formé jusqu'alors des géantes UBS et Credit Suisse, et de la Banque cantonale de Zurich (ZKB), un établissement public.

C'est clairement le risque immobilier qui a guidé la Banque nationale, responsable de la stabilité du système financier suisse, à prendre cette mesure. La BNS redoute comme jamais, rappelons-le, une crise financière majeure dans le pays au cas où la bulle du crédit immobilier venait à exploser, provoquant des dégâts catastrophiques. Or, Raiffeisen est non seulement l'un des prêteurs les plus actifs de ce marché, mais aussi l'un des plus agressifs. Sous l'apparence de la prudence paysanne et du "bon sens" rural, elle a poussé les ménages à s'endetter pour acquérir des logements, notamment dans les régions périphériques qui seraient les premières à subir une chute des prix en cas de retournement sévère du marché.

Concrètement, une banque qualifiée de TBTF doit relever ses fonds propres, entre autres mesures particulières. Elle doit présenter des garanties de solidité supplémentaires par rapport aux autres banques. Avec un ratio de couverture de 15% au premier semestre, Raiffeisen dépasse de justesse l'objectif posé par la Finma. Mais celles-ci s'élèvent d'année en année. UBS, qui est à un niveau comparable à Raiffeisen aujourd'hui, doit en afficher 19,2% d'ici à la fin de la décennie.

Un tel niveau doit assurément protéger la banque contre les effets d'une crise immobilière – sans étendre cette protection aux ménages surendettés que cette même crise pourrait prendre à la gorge. Mais il donne un nouveau signal de fermeté de Berne à l'endroit des prêteurs hypothécaires: s'ils ne rentrent pas immédiatement dans les rangs, ils se verront qualifiés, à leur tour, de TBTF, avec les conséquences désagréables qui en découlent pour eux.

Mais cela suffira-t-il à calmer vraiment les ardeurs des instituts de cédit? Pas sûr. Les plus agressifs d'entre eux sont des compagnies d'assurances. Or, pour le moment, aucune d'entre elles ne figure sur la liste. Et on attend aussi de grands établissements cantonaux dominant de loin leur marché régional, à commencer par la Banque cantonale vaudoise.

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, je suis particulièrement intéressé aux questions bancaires, financières, fiscales et, naturellement, macroéconomiques et leurs conséquences politiques et sociales.