Taux d’intérêt au plancher. Merci, qui?

Les emprunteurs, débiteurs hypothécaires, détenteurs de leasing et autres individus et entreprises endettés en francs suisses peuvent adresser de chaleureux remerciements au gouvernement israélien, au Hamas, aux séparatistes ukrainiens, à Vladimir Poutine, aux milices libyennes, voire à Bachar al-Assad. C'est grâce à ces responsables des nombreux foyers de crise qui se manifestent cet été que le prix de l'argent est au plus bas en Suisse.

Cynique, vous dites? A peine. La Suisse profite à plein de son statut de pays refuge en cas de conflit. Les crises de cet été paraissent suffisamment menaçantes aux yeux des agents des marchés financiers internationaux pour qu'il privilégient la sécurité pour leurs placements. Résultat: les rendements obligataires n'ont jamais été aussi bas dans l'hisrtoire récente du pays. Une obligation de la Confédération à 10 ans, la référence des emprunts de longue durée, se rémunère au niveau ridiculement bas de 0,49%. La moitié de son niveau d'il y a un an. Sans surprise, les taux d'intérêt hypothécaire s'effondrent eux aussi. On trouve des contrats de prêts à 10 ans pour moins de 2% d'intérêt l'an.

Si elle réjouit l'emprunteur, les investisseurs s'arrachent les cheveux. Ils ne savent plus où aller pour obtenir des rendements un tant soit peu substantiels sans prendre de risques exagérés. De leur côté, la BNS et la Finma voient tous leurs efforts pour ralentir la progression du crédit hypothécaire anéantis. A quoi cela sert-il de dresser quantité d'obstacles administratifs à l'obtention d'un prêt si c'est pour voir s'effondrer les coûts qui y sont liés?

Attention toutefois, les taux au plancher ne sont assurément pas appelés à se prolonger. Un jour viendra où les opérateurs des marchés financiers se rendront compte que le monde continue de tourner en dépit de Gaza, de l'Ukraine, de la Libye et de la Syrie. En bref, des risques géopolitiques qui les inquiètent tant maintenant. Et que l'économie américaine croît; et que les pays émergents devraient redémarrer dès l'automne. Et que l'Europe, au contraire de l'été 2011, n'est pas en crise aiguë. Autant de raisons qui conduiront à une sensible tension des taux d'intérêt, et qui ramèneront les marchés financiers à une situation plus normale.

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, je suis particulièrement intéressé aux questions bancaires, financières, fiscales et, naturellement, macroéconomiques et leurs conséquences politiques et sociales.