Pendant de nombreuses années, le client idéal des gérants de fortune suisses a porté un nom: le dentiste belge. A l'aise financièrement, alimentant avec régularité un compte en banque généralement non-déclaré, peu curieux des conditions et des coûts de la tenue de son compte, il passait pour celui qui se laissait tondre sans rien dire. On plaçait ses économies dans des produits financiers pas toujours adaptés à son profil, mais de toute évidence rémunérateurs pour le gérant et sa banque, qui y voyaient une source de revenus faciles.
Aujourd'hui, c'est comme si la Belgique se vengeait de toutes ces années de mépris d'une partie de ses ressortissants. En menant une enquête pénale contre la filiale locale d'UBS et son directeur général pour assistance à évasion fiscale, elle contribue à la pression internationale pour un règlement du passé douloureux pour les banques suisses. Ces dernières, qui n'ont pas fini de payer pour avoir aidé des milliers de contribuables américains à évader leur fisc, sont toujours plus sommées de s'expliquer ailleurs, en France, en Allemagne, et maintenant dans le Plat-Pays.
Au niveau de la procédure belge, seule l'implantation locale d'UBS est concernée. Mais pour combien de temps? Est-ce que la direction du groupe UBS pourra convaincre Bruxelles d'avoir tout ignoré des agissements de ses responsables locaux à la manière de Brady Dougan, patron de Credit Suisse, face à une commission d'enquête du Sénat américain? Les banques suisses risquent d'expier longtemps encore des comportements arrogants du passé, dont on n'est du reste pas certain qu'ils ont disparu. Et elles doivent sans délai appliquer pleinement une règle d'or des affaires: ne jamais mépriser ses clients, mais au contraire, les servir au mieux dans le respect de la loi. Pour ne pas s'exposer à de nouvelles affaires douloureuses à l'avenir.