La confirmation de Mark Branson en tant que directeur de la Finma par le Conseil fédéral le 26 mars est l'occasion pour le gendarme financier d'aborder un virage alors que l'autorité de surveillance des marchés financiers a entamé sa sixième année. Banquier (ancien d'UBS, un héritage qui n'est pas innocent), le nouveau patron succède à Patrick Raaflaub, un assureur, qui a quitté son poste le 1er février. Branson est un praticien, puisqu'il a dirigé des activités au Japon et ailleurs au sein de la banque aux trois clés. Et il a su passer sans dommages au travers de deux scandales qui auraient pu l'éclabousser, la fraude fiscale aux Etats-Unis et la manipulation des taux Libor..
Mark Branson a aussi démontré qu'il sait manoeuvrer le gros bâton contre les banques. C'est lui qui a exigé un surcroît de fonds propres à UBS l'automne dernier, décision dont Sergio Ermotti, son patron, ne décolère pas. Il sera donc un agent fiable pour appliquer la volonté d'Eveline Widmer-Schlumpf, et derrière elle celle du Conseil fédéral, et derrière lui celle du Conseil de la stabilité financière, visant à contraindre les grandes banques internationales d'élever encore leurs fonds propres.
Sous sa direction, la Finma devrait même recevoir plus de moyens, puisque le FMI a reproché à la Confédération de doter insuffisamment son autorité de surveillance financière en personnel. Avec 500 employés, elle paraît bien démunie en comparaison avec ses pairs d'autres grands centres financiers.
Mais le nouveau directeur devra trouver un nouvel équilibre entre réglementation financière exigeante et surréglementation. Depuis toujours, les banquiers se plaignent des excès de nouvelles règles. Rien de plus normal. Ce qui est nouveau, c'est qu'ils sont rejoints par des académiciens, professeurs de finance et autres experts, toujours plus nombreux à porter un regard critique sur le développement apparemment sans fin des règles.
Avec son passeport et sa formation britanniques, Mark Branson devrait trouver le pragmatisme nécessaire pour engager le régulateur financier sur la voie d'une politique "principle-based", autrement dit, qui n'étouffe pas sous les détails. Sans revenir à l'ancienne Commission fédérale des banques d'avant 2009, qui se laissait gouverner par les grandes banques qu'elle devait surveiller.