Chinafrique

Elle s'appelle Xinxing. Elle est Chinoise, s'exprime parfaitement en français et en anglais, et elle veille attentivement à ne laisser entrer que les personnes ayant affaire à son patron, le président de la Banque africaine de développement (BAD). Cet institut, à l'égal de la Banque asiatique pour le développement ou de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, est l'un de ces organismes financiers internationaux chargés de collecter des fonds pour les orienter vers des projets d'infrastructure (constructions de routes ou de réseaux de téléphonie mobile) dans des régions qui n'ont pas les moyens de les financer eux-mêmes. Le président de la BAD est l'ancien ministre de l'Economie du Rwanda.

Si la BAD est dirigée par des Africains et détenue en majorité par des fonds du continent noir, la présence de Xinxing en dit long sur la profondeur des liens qui unissent depuis plusieurs années l'Afrique à la Chine. Et qui n'ont cessé de se renforcer à  mesure que le continent noir, sorti, pour l'essentiel, de la misère, affiche des taux de croissance économique moyens stupéfiants, qui avoisine 6% l'an.

Depuis la fin des années 1990, la République populaire déploie d'intenses efforts pour contrôler les ressources en matières premières et trouver des débouchés pour ses produits. Les investissement directs chinois en Afrique ont été multipliés par 6,5 de 2005 à 2012 pour atteindre 2,52 milliards de dollars, selon un site spécialisé. La valeur des investissements détenus directement par des intérêts chinois atteignait la même année 21,2 milliards. Ceci sans compter ceux qui transitent par Hongkong, la Suisse ou les Îles Vierges britanniques, où les investisseurs de la République populaire domicilient de grandes parties de leurs fortunes à l'abri de Pékin.

La conférence The Africa CEO Forum qui s'est tenue cette semaine à l'Intercontinental de Genève sous les auspices de la BAD n'a guère insisté sur cette dimension. Elle a plutôt mis l'accent sur les propres forces africaines, un appel aux entrepreneurs et investisseurs du continent d'en faire plus pour développer leurs propres pays. Mais l'un des principaux panels de discussions, où intervenaient de nombreux patrons de toutes les parties du continent, était modérée, en anglais, par une journaliste de CCTV Africa. Comment mieux exprimer le lien sino-africain que par cette concurrence directe de la TV d'Etat chinoise envers CNN, BBC, France 24 et al Jazeera sur le terrain stratégique de l'information continue à l'échelle d'un continent si prometteur?

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, je suis particulièrement intéressé aux questions bancaires, financières, fiscales et, naturellement, macroéconomiques et leurs conséquences politiques et sociales.