TechnoCivilisation : l’âge de déraison

Fable de l’ère numérique

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C’était il y a longtemps, c’était en 2022, à l’époque où les humains n’étaient pas encore pucés.

Ils étaient libres mais ne le savaient pas.

C’était à l’époque où ils auraient pu inverser le cours des choses. Où ils auraient dû.

 

La réification de l’humain était en marche.

Ils n’ont pas cru qu’elle irait aussi loin.

Ils ont laissé faire.

Ils ont fermé les yeux.

 

Certains par ignorance.

D’autres par naïveté.

Certains par faiblesse.

D’autres par nécessité.

Certains par paresse.

D’autres par neutralité.

Beaucoup par avidité.

 

Ce furent ces derniers, les pourvoyeurs de technologies numériques, les véritables fossoyeurs des libertés, ceux qui ont tué la liberté.

Ils ont commencé par tuer la vie privée, puis la liberté d’expression.

Ils ont instauré le règne de la transparence totale des êtres, des sentiments, des comportements, des déplacements, des intentions.

Ils ont inventé de nouvelles formes de socialisation, en tissant une toile invisible qui enferme les personnes qui s’imaginent jouer à un jeu de rôle, le rôle de leur vie, toujours en se mettant en scène, souvent en se mettant à nu.

 

J’étais enfant, je me souviens, c’était nouveau, il régnait dans cet espace immatériel un faux sentiment de liberté et de protection, c’était grisant.

Tante Agathe qui questionnait ces nouvelles pratiques, passait pour une espèce de rabat joie voire de paranoïaque aux yeux de ceux qui ne savaient pas que le jeu était truqué, que le jeu était addictif, qu’ils ne pourraient plus s’en passer.

 

Je me souviens, de joueurs rebelles qui ont essayé d’échapper au système. Ils ont créé de fausses informations pour tenter de se soustraire aux injonctions électroniques.

Cette tentative de rébellion a avortée. Elle fut noyée dans un tsunami de fake news créées de toutes pièces par les propriétaires des technologies. Ils avaient trouvé le moyen de soumettre la population en lui laissant croire que c’était elle qui choisissait et qu’il n’y avait pas d’autre choix possibles.

 

A l’époque, au début du XXIème siècle, le marketing du consentement aveugle était un art que seules quelques hyperpuissants possédaient. Ils savaient instrumentaliser la peur, la peur des personnes de passer à côté d’une innovation, d’un divertissement gratuit, ou celle de ne pas faire comme les autres, d’être exclus.

Au début on consentait. À quoi ? Je crois que personne ne le savait vraiment.

Ensuite, ce n’était plus la peine de faire semblant d’être d’accord.

Personne n’avait le choix.

Les pratiques numériques sont devenues obligatoires pour étudier, travailler, se soigner, sortir, manger, boire, en fait pour vivre et survivre.

 

Entre temps, les fakes news furent une bonne opportunité pour annihiler la liberté d’expression et la liberté de la presse, pour censurer et instaurer un régime de diffusion d’informations légales, c’est à dire conformes aux normes édictées par certains.

 

Au début tout le monde était content, même les gouvernements. Ils pouvaient ainsi déléguer leurs tâches de police et justice à des entités privées. Celles-ci ont inventé la Technopolice, les laisser passer numériques et l’état d’urgence permanent.

 

Progressivement, plus aucun État fut en mesure de s’opposer au pouvoir numérique d’une poignée d’entreprises associées appelée « L’Autorité ».

 

L’Autorité maitrisait toute la chaine du numérique : puces électroniques, équipements, satellites de communication, câble sous-marins, infrastructures informatiques et télécoms, services, données, programmes d’intelligence artificielle, robots, drones, armes de destructions massive de l’énergie informationnelle.

 

L’Autorité c’est elle, désormais qui gère aussi l’identité des personnes avec son service Cyber-Etat-civil à l’échelle mondiale.

 

Très rapidement, plus aucune entité ne fut plus capable de relever les défis que tout cet accaparement des moyens numériques posait aux libertés et aux droits humains fondamentaux.

 

Très tôt, L’Autorité préconisa le recours massif aux outils numériques pour contrôler les déplacements et limiter la circulation de toutes les personnes à des fins soi-disant sécuritaires et de lutte contre le terrorisme et les pandémies.

 

L’Autorité s’appuya sur les dispositifs de surveillance précédemment mis en place par les gouvernements habitués à exploiter des données de géolocalisation de leurs ressortissants. Elle en a déployé d’autres, partout dans les lieux publics. Il y eut toujours plus de caméras de vidéo-surveillance, de systèmes de reconnaissance faciale, de capteurs et de bornes interactives. Convaincre des particuliers d’en installer aussi dans des lieux privés en leur promettant davantage de sécurité fut chose facile.

 

Des systèmes partout, plus ou moins invisibles, plus ou moins décoratifs, partout dans la rue, le métro, les bus, les trains, les gares, les parkings, les autoroutes, les carrefours, les magasins, les entreprises, les écoles, les théâtres, les musées, les maisons, … partout des systèmes qui voyaient, des systèmes qui écoutaient, des systèmes qui prenaient la température des gens, des systèmes d’aide à tout faire.

 

Nous avons fini par ne plus les remarquer. Par ne plus pouvoir les voir ensuite. Toujours plus miniaturisées, dotées de zooms toujours plus perçants, capables de voir à des dizaines puis des centaines de mètres, capables de voir la nuit, parfois même embarquées à bord de drones surveillants nos faits et gestes depuis le ciel.

 

Comment s’opposer à une technologie invisible ? Comment résister à ces solutions indolores, puisque déployées dans le cadre d’opérations « environnement sûr » ?

La safe city, nous y aspirions !

 

Avec la reconnaissance faciale, il y eut la « surveillance sociale » et les « notifications » pour bénéficier en toute sécurité de certains services et le « traçage social » ou cas où les personnes veulent entrer en contact de proximité physique. Pour cela, il faut qu’elles aient un laissez-passer numérique et un carnet numérique de santé à jour. C’est pour ces raisons que L’Autorité a pucé les personnes. Pour qu’elles aient leur carnet de santé toujours sur elles, qu’elles ne l’oublient pas, qu’elles ne puissent l’échanger, et puis surtout, c’est pratique et pas cher. Désormais, tout déplacement s’effectue, sous peine d’amende, avec un laissez-passer numérique, à générer à partir du site officiel de L’Autorité via la puce électronique.

 

Je me souviens de cette époque où le totalitarisme numérique n’existait pas et je me demande parfois pourquoi mes parents ne s’y sont pas opposés.

 

Désormais, je vis avec une muselière et une laisse électroniques.

Je vis sous perfusion informationnelle et sous alerte électronique permanente.

Je vis en état d’urgence, dans l’urgence d’obéir, pour mon bien, aux injonctions de L’Autorité.

 

Je suis devenu un système d’extraction de données physiologiques, biométriques, émotionnelles et comportementales.

Je suis un système téléguidé, un système à optimiser selon les besoins de L’Autorité.

 

Mes petits-enfants ne me connaissent pas, incapables de penser, de juger et de décider par eux-mêmes, ils n’ont pas besoin de moi.

Ils ont L’Autorité qui leur impose une vie algorithmique « sur mesure ».

 

Aujourd’hui, je suis sous anesthésie numérique mais aucun avatar électronique ne me rend réellement heureux, heureux de ce bonheur serein que tante Agathe tentait de partager avec moi lorsque que j’étais petit et que nous allions nous promener en forêt, du temps où des forêts existaient encore.

 

Je me souviens, elle chantait « ma liberté, longtemps je t’ai gardée comme une perle rare, ma liberté …. » la suite m’échappe, elle a été effacée de ma mémoire pour ne pas déclencher trop d’émotions.

 

 

 

 

Mobility pricing & Contact tracing

Tarification et surveillance personnalisées

En décembre 2019, le Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication publie un rapport à l’intention du Conseil fédéral concernant la faisabilité de la tarification de la mobilité[1]. Quelles que soient, les justifications du concept d’une tarification personnalisée des déplacements des personnes via leurs véhicules et par des transports publics ferroviaires et routiers, ce concept repose sur les technologies numériques de la surveillance.

 

Le projet de taxation au kilomètre des déplacements porte en lui le germe de la fin de la liberté de se mouvoir sans être sous surveillance informatique

Dans la mesure où il est possible d’enregistrer et de transmettre les données relatives aux déplacements des usagers (localisation, distance, heure, durée, moyen de transports, …) ou encore des données relatives aux entités croisées, se pose la question de la protection des données personnelles et du respect des droits fondamentaux. De même qu’avec l’application de traçage des contacts promue dans le cadre d’un état d’urgence sanitaire, aucune de ces deux applications ne permettent de garantir que les données collectées ne seront pas piratées ou détournées de leurs finalités initiales.

 

L’impossible anonymat et l’érosion des libertés

La tarification personnalisée des infrastructures partagées, nécessite que l’usager soit identifié, cela ne peut pas être complètement anonyme. De plus, les techniques d’anonymat ou de pseudo – anonymat permettent généralement d’identifier des personnes, même indirectement. Chaque déplacement des usagers des transports ferroviaire et routier est enregistré, analysé et taxé (selon des critères issus de politiques tarifaires particulières). Ainsi, chaque trajet est surveillé à des fins de contrôle et d’optimisation. Ce qui est en fait déjà le cas lorsque l’on achète un billet de train en ligne (billet nominatif), que l’on se fait contrôler durant le voyage (scannage du titre de transport, de la carte d’abonnement).

Toutes les activités numériques laissent des traces et permettent l’identification d’un système, voire d’une personne. Elles peuvent être exploitées à des fins bienveillantes ou malveillantes. En plus des données fournies consciemment par l’usager, sont systématiquement collectées des métadonnées (équipement, heure, localisation, …), à partir desquelles d’autres données sont générées par des algorithmes (profilage, …) ouvrant la porte à toutes sortes d’usages ou de dérives (publicités commerciales ou politiques ciblées,…).

 

Vie cachée des données personnelles exploitées par des tiers

Toutes les données possèdent une vie cachée hors du contrôle et de la connaissance de le leur propriétaire. Le problème est encore plus grave lorsqu’il s’agit de données de santé. De manière générale, via le numérique, l’anonymat complet (réel, effectif) est souvent impossible. C’est pour cela qu’il faut des garde-fous extrêmement stricts, voir renoncer à l’usage de certains services pour préserver les libertés publiques.

Le système est par nature liberticide et les garanties pour qu’il ne le soit pas ne sont pas probantes. Comme il ne peut exister de garantie que les données ne soient pas transmises, dupliquées, sauvegardées sans être jamais détruites ou encore piratées (cyberattaques sur le système, divulgation des données, chantages, verrouillage des ressources, etc.).

Dans l’état, rien ne garantit, que les données ne seront utilisées pas à d’autres fins, qu’elles ne seront pas croisées avec d’autres sources de capteurs (caméra de surveillance, systèmes de reconnaissance de plaques d’immatriculation, parking, portiques autoroutiers, systèmes de reconnaissance faciale, applications de traçage des contacts, capteurs de données physiologique (montres connectées, applications de santé, de bien –être, …), système d’assurance, etc.). Toutes sortes de traitements, de croisements de données et d’inférences qui permettent de constituer des profils d’utilisateurs, de reconstituer a posteriori des comportements et de prédire et d’influencer des actions sont possibles.

Pour autant, la massification des données et des traitements effective depuis plusieurs années déjà, n’a pas permis aux autorités d’anticiper la pandémie SARS-CoV-2 ni de constituer des stocks suffisants de masques pour ne citer qu’un seul exemple de ce qui fait défaut pour affronter la situation sanitaire liés au Covid-19.

En revanche, les multinationales du numérique continuent à imposer leurs visions de l’informatisation de la société, basée sur l’exploitation sans limite des données. Leur avance dans la captation des données (Big data, Cloud Computing, Intelligence artificielle) et leur pénétration du marché, font qu’ils sont incontournables dans la mise en place de solutions de « gestion des données» que cela soit dans un contexte de villes intelligences, d’optimisation des déplacements ou de surveillance en cas de pandémie. Leurs produits commerciaux sont en passe de devenir des invariants indispensables à la gestion publique. Les Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, ou encore Palantir (géant américain de l’analyse des données, en lien avec des agences de renseignement américains et dont une partie du financement initial est issu de la CIA[2]) par exemples, ne cessent de développer des partenariats avec diverses entreprises locales et autorités de par le monde. Les opérateurs téléphoniques sont également très présents sur le marché du contrôle sécuritaire du fait de leur maitrise des données de géolocalisation.

Les technologies, services et données de géolocalisation et de navigation constituent des enjeux économique et géopolitique majeurs, y compris dans leur indissociable dimension de la maitrise de l’espace et des satellites, à des fins civiles et militaires.

 

Le smartphone le nouvel instrument de la perte du désir de vouloir protéger ses données personnelles et son intimité (privacy) ?

Ce n’est pas tant le smartphone qui est en cause mais la manière dont il est devenu le vecteur indispensable d’une économie numérique basée sur l’exploitation des données qui doit être questionnée. L’eldorado numérique s’est transformé à l’insu des personnes, en économie de la surveillance de masse et de la surveillance personnalisée. Le marketing du consentement pour se laisser déposséder de ses données et se faire surveiller informatiquement est très efficace.

 

Un détournement de vigilance préjudiciable

Que ces applications soient mises en œuvre à des fins de rationalité et d’optimisation économique ou pour contribuer à la maitrise d’une situation sanitaire, les moments de trouble et de déstabilisation économique et pandémique, détournent l’attention et la vigilance des populations concernant la défense de leurs libertés. Ils peuvent être exploités par des acteurs qui souhaitent autoriser ou déployer des solutions qui empiètent fortement sur les libertés (fichage de la population, droits sélectifs attribués en fonction des comportements, profils, nouvelles pratiques policières et commerciales, …).

 

Prendre soin de la liberté, c’est  prendre soin de la démocratie (et de la santé des personnes)

Il appartient aux citoyens d’être vigilants, exigeants, d’exprimer leurs besoins, y compris envers les entités commerciales et publiques afin que celles-ci ne bafouent pas leurs droits fondamentaux et respectent notamment le droit à la vie privée et à l’intimité (privacy). Il faut espérer qu’un solutionnisme technologique préjudiciable aux droits fondamentaux  soit refusé par le public, mais rien n’est moins sûre.

J’ose espérer que la bataille pour la protection des données personnelles et pour le droit à ce que la vie privée puisse rester privée, n’est pas perdue. De nos capacités à résister, sensibiliser, éduquer,  et à défendre la vie privée, de notre volonté à lutter contre la transparence totale des êtres, dépend le sort de nos libertés et celles des générations futures.

Le droit de vivre sans être sous surveillance informatique, le droit à la déconnexion, le droit de ne pas dépendre d’algorithmes d’intelligence artificielle, sont de nouveaux droits humains qui pourraient être reconnus si nous le revendiquons de manière effective.

Ce n’est pas parce que l’on a rien à dire qu’il ne faut pas défendre la liberté d’expression !

 

[1] https://www.uvek.admin.ch/uvek/fr/home/transports/mobility-pricing.html

[2] https://en.wikipedia.org/wiki/Palantir_Technologies

 

Covid ou la fabrique du consentement aveugle

Le marketing du consentement à se laisser surveiller informatiquement est en plein essor. Il s’est affiné depuis l’introduction de la téléphonie et des cartes de paiement, qui permettent d’écouter, de surveiller des comportements et de les reconstituer a posteriori. Tous les outils de communication, les transactions en ligne ou les services personnalisés renforcent les capacités de surveillances des individus via leurs pratiques numériques.

Les réseaux sociaux sont les principaux fossoyeurs de l’intimité numérique (privacy). Ces plates-formes ont été introduites sans explication claire de leur mode réel de fonctionnement. Elles n’ont pas détaillé les termes de l’échange qu’elles proposent entre la gratuité et l’exploitation des données. Elles ont été conçues et sont encore développées pour maximiser leur expansion et leur temps d’usage en jouant sur les faiblesses du comportement humain pour les rendre plus toujours plus addictives.

Une acceptation passive des effets secondaires indésirables des usages numériques s’est progressivement installée, via un consentement tacite et un acquiescement conditionnant l’accès aux services. Il ne peut s’agir d’une approbation totalement volontaire à consentir à la perte de contrôle de ses données, de son intimité et de sa vie privée.

L’économie numérique est basée sur l’adhésion, sans autre alternative possible, à l’exploitation des données des usagers qui sont censés être heureux de le faire pour ne pas cesser d’exister.

L’engrenage est parfaitement huilé et relativement invisible. L’économie du numérique s’est transformée en économie de la surveillance. Le divertissement est le bras armé de cette soumission volontaire. La connectivité permanente son fer de lance.

Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir échangé leur vie privée pour une vie numérique, dont les normes comportementales sont imposées par des fournisseurs de services, que tout le monde doit se résigner. Nous ne sommes pas obligés de continuer à nous laisser déposséder de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, de l’endroit où nous sommes, de l’endroit où nous allons, de ce que nous voyons, de ce que nous pensons et aimons, des contacts fortuits ou voulus que nous entretenons !

Les fournisseurs de services ont bâti leurs empires hégémoniques et leur emprise sur un leurre. La « fin de la vie privée » est une invention récente imposée par des logiques de pouvoir et de puissance répondant à un besoin économique. Ils imposent des conditions d’utilisations que les personnes acceptent sans les lire et sans les comprendre, ce qui ne peut pas relever du consentement éclairé.

Si certains ont renoncé à leurs droits fondamentaux, en acceptant la violation de leur vie privée, en trouvant de tels dispositifs acceptables, en aimant la servitude volontaire, ce n’est pas le cas de tous. Le nombre ne fait pas raison et des alternatives technologiques moins violentes peuvent exister.

De nos jours, la surveillance est portée par la peur de l’infection par le virus biologique responsable du Covid-19 et par l’illusion de la toute-puissance technologique à résoudre les problèmes.

Aucune application, ne peut stopper un virus biologique.

Aucun logiciel, ne constituent un vaccin contre la contagion.

Aucun téléphone, n’est un remède à la maladie.

Aucun dispositif informatique ne peut remplacer les masques, les produits désinfectants, les tests de dépistage, l’hygiène comportementale, les services hospitaliers adaptés, le personnel compétent… Ce n’est pas parce que ces éléments font défaut qu’il faut leur substituer des outils informatiques pour suivre les individus, pister des personnes porteuses ou non du virus, tracer les malades, suivre les déplacements des confinés.

Même si la technologie peut remplacer une autorisation de déplacement papier, aucune surveillance numérique n’est une barrière réelle à la contamination. Aucune technologie n’est la solution miracle à la pandémie ni ne permet une meilleure prise en compte de ses conséquences. Aucune technologie n’est même capable d’en limiter les impacts pour l’économie.

Les solutions proposées actuellement, qu’elles émanent des GAFAs ou d’agences gouvernementales, sont des réponses partielles et leur efficacité pour la lutte contre la pandémie est loin d’être prouvée. En revanche, ces solutions constituent un nouveau moyen de surveillance à la fois efficace et bon marché. C’est l’usager qui paye pour sa propre laisse électronique dont il est difficile de savoir qui réellement la tient et pour sa surveillance numérique par son téléphone, son abonnement Internet et ses données.

D’autre part, c’est une accélération de la transition vers la dé responsabilité des humains/sujets à la faveur de ressources/objets. C’est consentir à déléguer le pouvoir à ceux qui maitrisent des technologies, y compris à des acteurs criminels capables de pirater les solutions mises en place.

La promotion marketing, les habitudes, les renoncements déjà consentis, les caractéristiques de mobilité, discrétion, simplicité, assurent une certaine adhésion aux leurres informatiques auprès de la population. Il n’y a pas de remise en question du fait que les progrès technologiques ne sont pas forcément synonymes à des progrès sociaux et politiques. En revanche, certaines entités ont bien compris comment tirer parti des avantages d’une surveillance numérique, dont les principales caractéristiques sont:

  • Économie de déploiement ;
  • Mobilité, souplesse, adaptabilité, réactivité (aux contextes, au nombre (foule, individu), à l’espace, à la durée, aux besoins, aux stratégies de surveillance, …) ;
  • Discrétion, invisibilité, (impossible à se représenter, impossible à combattre ou à s’y soustraire, peu de résistance) ;
  • Simplicité, banalisation (dispositif identique à ceux utiliser pour se divertir ou consommer) ;
  • Permanence (connectivité permanente et directe entre le surveillé et le surveillant) ;
  • Efficacité de la contrainte exercée et « douceur » de la manière dont le pouvoir est exercé sur le surveillé ;
  • Virtualisation de l’exercice du pouvoir (et de la violence répressive) et intériorisation de la contrainte par le surveillé.

L’application de traçage des personnes rencontrées, comme celle conçue par Apple et Google (qui se sont associés pour pouvoir l’intégrer dans les systèmes d’exploitation de leurs mobiles), pourrait persister et être utilisée à d’autres fins que celles pour lesquelles elle aura été mise en place.

Comment éviter que des mesures dérogatoires aux libertés publiques, même consenties dans un contexte exceptionnel, ne deviennent la norme ?

Qui peut garantir les libertés publiques ?

Comment éviter qu’une posture de sécurité sanitaire temporaire ne deviennent, dans l’indifférence, une imposture sécuritaire permanente?

Ne transformons pas le téléphone mobile en révélateur d’une surveillance subie, implicitement acceptée et durable.

 

 

 

Initiatives contre normes, qui maitrise Internet ? 

L’Appel de Paris « Pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace » de 2018 a le mérite d’être de portée universelle et non partisane. Il est soutenu par un grand nombre d’acteurs dont les signataires du Cybersecurity Tech Accord, dont Microsoft qui promeut l’idée d’une Convention de Genève du cyberespace. Bien que la place de Genève soit légitime pour abriter un dialogue international, la profusion d’initiatives contribue à nuire à la clarté des débats.

C’est à Genève que la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information organisé par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) s’est déroulé en 2003, avec une ligne d’action intitulée « Établir la confiance et la sécurité dans l’utilisation des TIC ». La seconde phase du Sommet s’est déroulée à Tunis et a donné naissance en 2006 au Forum sur la Gouvernance de l’Internet (IGF), dont l’objet est de traiter des questions de politique publique de l’Internet.

C’est aussi à Genève sous les auspices de l’UIT, que la concertation internationale «Global cybersecurity agenda» a proposé, en 2008 des recommandations stratégiques de cybersécurité. Ces travaux constituèrent une avancée majeure en matière d’approche globale des questions légales, techniques, organisationnelles, de construction des capacités et de coopération. C’est lors de la 5ème édition de l’IGF, en 2009 qu’est présenté le document « A Global Protocol on Cybersecurity and Cybercrime » qui défend le besoin d’établir un traité international du cyberespace pour lutter contre les cyberattaques.

Diverses instances onusiennes, gouvernementales et intergouvernementales abordent depuis longtemps la problématique de la sécurité dans le cyberespace sous l’angle de la paix, de la stabilité, de la lutte contre la criminalité ou des mesures de confiance. En 2004, un groupe d’experts gouvernementaux est mis en place lors de l’assemblée générale des Nations Unies pour examiner les questions de sécurité et de stabilité dans le cyberespace et sur les impacts des développements des TIC sur la sécurité nationale. Un autre groupe est établi en 2019 pour promouvoir un comportement responsable des Etats dans le cyberespace dans le contexte de la sécurité internationale. Des experts gouvernementaux issus de 25 états membres travaillent en collaboration avec des organisations régionales (l’Union africaine, l’Union européenne, l’Organisation des États américains, L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et le Forum régional de l’association des nations de l’Asie du sud-est) (ASEAN).

À Genève, la Suisse a lancé en 2014 l’initiative « Geneva Internet Platform » et en 2019, la fondation Geneva Science and Diplomacy Anticipator. Fondé par Microsoft MasteCard et Hewlett Foundation, le CyberPeace Institute, s’est aussi installé à Genève ainsi que la Swiss Digital Initiative dont l’objet est de promouvoir de règles d’éthique universelles pour le numérique. Le Centre pour la cybersécurité du World Economic Forum (WEF) se situe également à Genève.

Toutes ces initiatives ne peuvent faire oublier que le premier instrument de lutte contre la cybercriminalité est issu en 2001, du Conseil de l’Europe. La Convention sur la cybercriminalité est ratifiée à ce jour par 65 pays. Cela a permis de mettre en place un droit pénal et procédural, ainsi que des structures organisationnelles autorisant l’entraide judiciaire internationale pour lutter contre la cybercriminalité. L’Europe, y compris avec son approche de la protection des données personnelles (RGPD) est à considérer comme un acteur majeur de la régulation des pratiques criminelles ou abusives du cyberespace. Cela a été réaffirmé par la déclaration du haut représentant au nom de l’Union européenne en février dernier « L’Union européenne et ses États membres soulignent leur détermination à continuer de promouvoir un comportement responsable dans le cyberespace  par l’application du droit international, de normes visant à un comportement responsable des États et de mesures de confiance au niveau régional, ainsi que par l’intermédiaire du cadre de l’UE pour une réponse diplomatique conjointe face aux actes de cybermalveillance».

D’autres approches régionales ont vu le jour à travers divers textes relatifs à la cybersécurité et plus de 125 pays ont signé ou ratifié des accords concernant la cybersécurité (Appel de Paris, Commonwealth Cyber Declaration, Déclaration du sommet des pays du BRICS, Déclaration du Sommet du G-20 de Buenos Aires, …)..

Si la pluralité des débats contribue à augmenter la sensibilisation à ces questions et le nombre d’acteurs concernés, cela implique souvent une certaine duplication des efforts, des réponses fragmentées et surtout une grande confusion des rôles et finalités. Cela contribue à rendre incompréhensible l’écosystème « normatif » et difficile l’élaboration de mesures concrètes qui instancient des recommandations de haut niveau en des textes de lois contraignants dont l’applicabilité serait vérifiée. Le brouhaha induit par ces initiatives, leur manque d’harmonisation, la forte implication du secteur privé, une société civile peut active ou inféodée au privé, font écran à un véritable débat multi-latéral.

Si l’on peut saluer l’engagement du secteur privé à tenter de résoudre des problèmes, dont il est, pour certains, en partie à l’origine, on peut s’interroger sur la finalité de leurs démarches qui en favorisant des déclarations génériques basée sur des déclarations d’intentions non vérifiables, limitent la survenue d’une régulation contraignante.

Pourquoi n’existe–t-il toujours pas de produits numériques certifiés « sans vulnérabilité par conception » et « sans porte dérobée constructeur » et dont le niveau de sécurité soit certifié (Security by design).

Fort de l’expérience de la Convention de lutte contre la cybercriminalité de l’UE, de la pertinence et de l’applicabilité de ses principes, pourquoi ne pas les transcrire dans une convention internationale ?

Dans l’attente la Chine choisi une autre voie, toujours à Genève, celle de la normalisation internationale via le bureau des standards de l’Union Internationale de Télécommunications (ITU-T) où elle a déposé en septembre 2019, une demande d’initialisation d’une réflexion sur le futur des réseaux, pour une refonte de l’architecture IP. Une opportunité pour renforcer le dialogue international et renforcer une réelle approche multilatérale pour débattre des questions liées à la maitrise des technologies de l’Internet, des infrastructures, des données et services dont nous sommes devenus dépendants. La maitrise de l’outil mondial de production du numérique, qui se décline en puissance et pouvoir politique, économique et technologique, constitue l’enjeu du siècle.

 

 

Transcender la banalité du mal

Transcender la banalité du mal

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J‘ai écrit cet article après les attentats terroristes du 13 novembre 2015 à Paris, il fut publié dans le magazine Indices de l’Agefi de Décembre 2015. Aujourd’hui, dans cette situation de crise liée au Covid-19, il est toujours d’actualité, le voici sans aucune modification.

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Avez-vous entendu parlé de Conflicker ? Ce ver informatique toujours actif depuis 2008 qui exploite une vulnérabilité critique de plusieurs versions de Windows. Il permet de prendre le contrôle à distance des machines infectées et de les piloter via un centre de commande et de contrôle. Le tout constitue un botnet, réseau de machines zombies pouvant se compter par millions réparties sur la planète. Les systèmes compromis, souvent à l’insu de leur propriétaire légitime, infiltrés par des agents dormants peuvent être activés à la demande pour réaliser des attaques en dénis de service, l’envoi de spam, le vol de données, de temps de calcul ou encore pour distribuer des contenus illicites.

Au cœur des principales infractions portant atteintes aux systèmes informatiques, les botnets sont à louer ou à vendre sur Internet. Paramétrables en fonction du niveau, du type de nuisances, d’impacts souhaités et des cibles visées, ils ont contribué à créer le concept de Crime As A Service (CAAS) et sont des vecteurs privilégiés de la cybercriminalité, d’actions relevant de l’hacktivime ou du terrorisme.

Le démantèlement des réseaux de botnets constitue un défi majeur pour les forces de l’ordre au même titre d’ailleurs que celui de réseaux d’hacktivistes ou de terroristes. En effet, leurs ampleur et dimension internationale nécessitent des investigations à ce niveau, ce qui pose des problèmes de ressources, d’entraide judiciaire internationale et de coopération entre les acteurs techniques et judiciaires. De plus, les compétences acquises dans le démantèlement d’un réseau deviennent vites obsolètes du fait de l’évolution des techniques et savoir faire des malveillants et du contexte dynamique dans lequel ils opèrent.

Par ailleurs, leur prévention est quasi impossible puisqu’ils bénéficient de la complicité passive ou active des internautes et des infrastructures technologiques licites. Ceci est également le cas des activités liées à l’hacktivisme et au terrorisme, constituées de cellules dormantes au sein de la population, pouvant se réveiller n’importe quand pour frapper n’importe où, de manière isolée ou synchronisée. Soutenues par une structure organisationnelle et financière, qui agit dans l’ombre tirant partie d’activités illicites, d’une économie souterraine efficace et s’appuyant sur une multitude d’acteurs parfois très spécialisés. Si l’ombre et l’anonymat sont nécessaires à la gestion de leurs activités pour leurs garantir une certaine protection et impunité, en revanche le monde des hacktivistes comme celui des terroristes, utilise à merveille les outils de communication, de e-marketing et de e-commerce de l’Internet pour être performant tant en matière d’information, d’endoctrinement, de manipulation ou de recrutement, que de planification et réalisation d’actions. Internet, caisse de résonance de leurs causes, permet une publicité gratuite comme en rêve n’importe quelle entreprise, est aussi un catalyseur du passage à l’acte.

Il y a eu un après 11 septembre, désormais il existe un après 13 novembre. La menace terroriste y compris dans le cyberespace est là pour durer, nous devons apprendre à vivre avec, comme nous le faisons avec les virus biologiques, que cela soit à Paris ou dans le cyberespace, nous devons vivre avec des agents pathogènes, des vecteurs de transmission inhérent à notre monde globalisé, un système immunitaire déficient et une antibiothérapie peu efficace au regard de la mutation des virus et du fait qu’ils deviennent de plus en plus forts et résistants.

Le « même pas peur !» n’est pas de mise car la peur peut être aussi un facteur de sécurité. Nous avons de bonnes raisons d’avoir peur, pour notre sûreté et notre liberté. Peur que notre sécurité relève de la chance, peur de devoir redéfinir la notion de liberté, peur de penser que le couple sécurité et liberté soit stérile et ne possède rien en commun. Peur de devoir troquer notre liberté pour une sécurité que l’on pourrait qualifier de peau de chagrin à l’instar du titre du roman de Balzac qui écrivit en 1831 « Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m’appartiendra ».

Serons-nous en mesure de relever le défi de plus de sécurité pour plus de liberté ?

Saurons-nous trouver le juste équilibre entre sécurité et liberté ?

Pourrons-nous éviter les dérives sécuritaires au regard des besoins de protection et des moyens effectifs à disposition pour maitriser les risques ?

A nous collectivement et individuellement d’être non pas résilients mais résistants à la malveillance et à la cupidité de certains, sans oublier que l’on meurt toujours de la grippe. « Les trop nombreux » comme les dénommait Nietzsche sont effectivement en nombre et déterminés à nuire et à dominer, espérons que nous saurons, les yeux grands ouverts, être plus forts, non pas les yeux ouverts pour tâcher d’entrer dans la mort comme dans les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar mais les yeux grands ouverts comme avec Aragon dans son hymne à l’amour « … A moi dans la nuit / Deux grands yeux ouverts / Et tout m’a semblé / Comme un champ de blé … ». Espérons avec lui que “tout ce qui s’oppose à l’Amour sera anéanti”.

Merci aux poètes et artistes qui nous aident à transcender la banalité du mal.

***

Désormais, il y aura aussi un après Covid-19, du moins je l’espère!

 

Virus biologique, virus informatique

Contexte

Selon l’OMS, la Suisse est à ce jour, sur les 110 pays touchés par le virus COVID-19, en douzième position pour ce qui concerne le nombre de cas de personnes infectées. Ce classement ne tient pas compte de la densité de la population. Faire le calcul, du ratio du nombre de cas connus au regard de la population du pays, c’est peut-être nous rendre compte que la situation de la Suisse dépasse celle de notre voisin italien.

Comment disposer d’une juste cartographie des personnes infectées alors que le dépistage systématique n’est pas possible, que les porteurs de virus ne sont pas tous recensés, ni identifiés, surtout s’ils n’ont pas de symptômes, alors qu’ils sont un vecteur de propagation de l’infection.

 

Posture et exigences de sécurité

Comme en cybersécurité, les organisations qui ont développé des postures de gestion des risques sont mieux préparées que les autres à anticiper et à se mobiliser pour faire barrière à la propagation de virus, qu’ils soient d’origine biologique ou informatique.

Comment comprendre la difficulté de certaines instances dirigeantes à prendre des décisions pour mettre en place des mesures proactives et de préventives en temps voulu, c’est à dire à temps, pour préserver leurs capital qu’il soit informationnel ou humain? Aujourd’hui, comment ignorer la réalité du terrain et le fait que les mesures de précaution prises au plus tôt augmentent leur efficacité ?

Combien d’institutions privées ou publiques ont communiqué à leurs employés, les mesures de prévention, de protection et de précaution prises pour ne pas favoriser l’infection et la propagation du coronavirus SARS-CoV-2 (COVID-19) ? En fait, si certaines entreprises prennent des mesures particulières pour limiter l’exposition de leurs personnels, ce n’est pas le cas partout.

Le retard pris dans l’adoption de mesures de précaution est préjudiciable à la protection de la population. Les impacts du risque sanitaire sont subis par les individus qui, s’ils sont infectés, en porteront les conséquences financièrement mais aussi dans leur chair et dans leur esprit. Si le virus ne leur est pas fatal, être un vecteur de la maladie, avoir contaminé des personnes, y compris des proches qui peuvent en décéder, les affecteront.

Parmi les nombreuses questions que soulèvent les virus biologiques et informatiques, il convient de se demander :

  • Comment rester sain dans un monde de malades ?
  • Comment assurer sa sécurité et sa sûreté alors que la qualité de celles-ci dépend de celles des autres ?

 

L’urgence d’agir

Faire face à une menace de grande ampleur, invisible mais bien réelle, en se reposant sur le civisme des citoyens ou sur l’hygienne individuelle, ne suffit pas. Toutes démarches de sécurité reposent sur la responsabilité des dirigeants, une volonté politique, des mesures stratégiques et opérationnelles de prévention, de défense et de réaction cohérentes. Le faux sentiment de sécurité, la pensée magique consistant à croire que les problèmes n’arrivent qu’aux autres, que les virus s’arrêtent aux frontières de son organisation ou encore de croire que de ne pas voir le problème le fait disparaitre, sont des erreurs exemplaires.

Aujourd’hui, l’urgence n’est pas uniquement liée aux cryptovirus, qui depuis Wanacry en 2017, sont devenus des préoccupations des responsables de la sécurité informatique, de manière pragmatique, l’urgence est biologique, humaine. Toutefois, que devient la sécurité informatique en cas de pandémie, qui est disponible pour l’assurer ? Comment protéger le système d’information quand l’humain est défaillant ?

Mais à ce jour pour les institutions, il s’agit encore de décider et de mettre en place des mesures concrètes pour se protéger au mieux du Covit-19 et de contribuer à limiter sa propagation. Concrètement, par exemple, c’est faire en sorte que la distance minimale entre les individus soit respectée sur leur lieux de travail ou lors de leurs déplacements.

Est-ce que les salles de cours sont suffisamment grandes pour assurer une distance minimale entre les personnes ?

Est-ce que les lieux communs fréquentés par un grand nombre de personnes sont régulièrement et suffisamment désinfectés durant la journée ?

Force est de constater que ce n’est pas le cas dans nombre d’organisations. Ainsi par exemple, l’absence du port de masques de protection par le personnel employé dans la restauration et de l’absence de la distance minimale entre individus aux files d’attente des bureaux administratifs et autres points de vente (gares, poste, supermarchés, etc.), telle que préconisée par l’OFSP (Office fédéral de la santé publique) est une réalité. Comme l’est d’ailleurs, l’absence de produit hydro-alcoolique pour la désinfection des mains aussi bien aux entrées des bâtiments, à proximité des toilettes ou encore à côtés des ascenseurs.

Pourtant, ce sont des précautions simples, indiquées par les autorités fédérales ayant pour but d’éviter la propagation rapide du virus au sein de la population.

 

COVID-19, sommes-nous prêts?

Y a-t-il un plan d’action pour le tutorat de cours dispensés par voie informatique? Comment assurer l’équité de traitement entre étudiants et évaluer les contrôles continus et autres examens si quelques étudiants sont absents, se trouvant en quarantaine volontaire suite à la fréquentation de zones à risque ou à la contamination d’un proche ?

Qu’avons-nous appris des exercices stratégiques concernant les risques d’épidémie et de pandémie en Suisse et de l’expérience de pays affectés avant nous ?

Sommes-nous prêts à faire face au COVID-19 et à saisir l’opportunité de penser et de faire différemment et surtout de tirer parti du numérique et de toutes ses promesses ?

Sommes-nous prêts à croire que les établissements d’enseignement ne seront pas un maillon de la chaîne de contamination ?

Sommes-nous prêts à faire face à un tsunami de virus informatique et à la combinaison d’une infection virale biologique et informatique ?

Sommes-nous prêts à vouloir privilégier la santé de tous et de toutes ?

Sommes-nous prêts à prendre des décisions courageuses ?

La crise « Covit-19 » est un révélateur de notre capacité à gérer les risques, à déterminer les risques acceptables et à savoir qui les assume. À l’heure des décisions, nous sommes face à nous mêmes, aucune intelligence artificielle ne peut se substituer à l’intelligence naturelle ou au bon sens. Il est temps que l’humain reprenne en main son destin. Il est temps de privilégier le progrès technologique au service du vivant et de faire en sorte que l’humain ne soit pas uniquement une ressource à optimiser au service du pouvoir économique et technologique.

 

La cybersécurité selon Sun-Tzu

Cet article met en évidence la difficulté ontologique à penser une cybersécurité au service de l’humain alors que les technologies du numérique servent des objectifs de rationalité économique et sont au service des pouvoirs économique, politique et de la guerre.

Article adapté de l’article de S. Ghernaouti publié dans la revue de la Gendarmerie française N° 266, Numéro spécial « L’Humain au cœur de la cybersécurité ». Décembre 2019 (p.55 – 60) sous le titre “Comment penser la cybersécurité au service des générations futures?”.

 

« La guerre est la grande affaire des nations ; elle est le lieu où se décide la vie et la mort ;

elle est la voie de la survie ou de la disparition »

Sun-Tzu[1].

  

Le numérique au cœur des guerres

Internet et le cyberespace constituent une extension des lieux d’expression du pouvoir et de la confrontation des rapports de force traditionnels que sont la terre, la mer, l’air et l’espace extra atmosphérique. Au XXIe siècle, la guerre se déroule aussi dans les territoires virtuels du cyberespace. L’informatique est au cœur des guerres idéologique, culturelle, scientifique, économique et politique. Cette nouvelle forme de guerre par l’information et le code informatique permet de « soumettre l’ennemi sans ensanglanter sa lame»[2], pour reprendre l’expression du célèbre  général chinois Sun-Tzu (Ve siècle avant J.-C.).

Internet peut être instrumentalisé pour infliger des dégâts à l’ennemi sans l’envahir physiquement ni géographiquement, mais en réduisant son pouvoir dans les domaines stratégique et opérationnel, dans les mondes physique et virtuel. L’informatique contribue à projeter du pouvoir et à contraindre l’adversaire dans ses dimensions civile et militaire. Gagner et préserver des parts de marché passe par l’espionnage économique et industriel, l’intelligence économique, la cybersécurité, la surveillance des télécommunications et les cyberattaques. Le point commun entre tous ces modes opératoires de cybercombat est qu’il est difficile de déterminer leur origine ,d’identifier les acteurs qui les opèrent, et d’attribuer clairement la responsabilité aux puissances qui les ordonnent. Le cyberespace procure une couche d’isolation protectrice que l’on peut rapprocher là encore du maître chinois qui affirmait que « …qui connait l’art de se rendre invisible et de tout voir ne rencontrera pas d’ennemi … »[3].

 

Cinq facteurs stratégiques pour penser et gagner la guerre

Selon Sun-Tzu, la guerre est subordonnée à cinq facteurs : le climat, la topographie, l’organisation, le commandement et la vertu. Toujours actuels, ils peuvent être transposés au cyberespace.

Les usages numériques, les vulnérabilités matérielles, logicielles et humaines, les acteurs de l’écosystème numérique ainsi que le moment opportun peuvent être constitutifs du climat. Les territoires numériques, les infrastructures matérielle et logicielle informatique et télécom, y compris celles du Darknet font parties de la topographie.

La chaîne d’approvisionnement logistique de l’écosystème numérique, le cycle de vie des systèmes, les services et produits (fabrication, diffusion, maintenance, recyclage, destruction), les modèles économiques de déploiement et de captation de valeur, sont des dimensions de l’organisation. Cela comprend les capacités à influencer, à mobiliser, à déstabiliser et à rallier des acteurs à effectuer des actions allant dans le sens de la défense de certains intérêts. La faculté de mobiliser des communautés de cybercombattants, de patriotes, de dissidents, d’hacktivistes, de consommateurs (e-commerce, jeux en ligne, réseaux sociaux,…), en s’appuyant sur des dispositifs d’information et de désinformation (fake news, …) peuvent être considérées comme des leviers d’actions de lutte, d’attaque et de défense.

« Le commandement dépend de la perspicacité, de l’impartialité, de l’humanité, de la résolution et de la sévérité du général »[4]. Ces attributs, hormis celui d’humanité, pourraient s’appliquer aux logiciels d’intelligence artificielle (algorithmes d’aide à la prise de décision ou de prise de décision) dans un contexte de commandement militaire et d’armement. De plus en plus d’armes intègrent des capteurs, des logiciels d’analyse, de téléguidage, de géolocalisation, d’aide à l’identification des adversaires, d’aide au tir de précision et à la priorisation des actions de tir. C’est tout un arsenal de missiles, fusils mitrailleurs, drones, robots de détection d’engins explosifs, robots de reconnaissance, ou de munitions « intelligentes », qui existe et qui renforce l’assurance d’atteindre les cibles en faisant souvent plus de dégâts que des armes traditionnelles. Tout ceci vient compléter les tenues de combat intelligentes et les exosquelettes (smart suit, smart gun, smart soldier). Les technologies de l’information se métamorphosent en co-combatants[5], véritable équipiers des soldats et officiers, tant sur le théâtre des opérations que dans les sites et chaînes de commandement. L’intelligence artificielle contribue à l’automatisation de la prise de décision, avec comme horizon la possibilité de prendre la décision de tuer sans intervention humaine, pour ouvrir le feu et riposter.

 

L’intelligence artificielle au service du hard power

Au service du hard power, l’intelligence artificielle promet efficacité et performance en augmentant la puissance de frappe et la distance de tir, ce qui réduit d’autant l’exposition aux risques de son détenteur.

La résolution et la sévérité du Général deviennent relatives à :

  • sa maîtrise des infrastructures numériques et des infrastructures énergétiques;
  • sa compétence en recherche et développement en informatique;
  • sa capacité à former et entrainer ses troupes, à planifier et à conduire des opérations et des cyberopérations;
  • ses dispositifs de renseignement et d’analyse;
  • ses moyens de cybersécurité et de cyberdéfense, la robustesse et la résilience de ses infrastructures informatiques.

 

De la vertu

La soumission volontaire aux GAFAM reflète le concept de vertu qui selon Sun-Tzu « assure la cohésion entre supérieurs et inférieurs et incite ces derniers à accompagner leur chef dans la mort, comme dans la vie, sans crainte du danger »[6]. Les nouvelles manières de communiquer peuvent participer à des actions d’endoctrinement, de manipulation psychologique, d’activisme ou de marketing de la guerre par exemple.

La vertu, est une qualité qui selon Montesquieu, comme le rappelle Jean Lévi[7], fait référence à la force morale conférée à une nation par ses mœurs, ses institutions et son régime politique. Elle est une disposition à faire le bien et à éviter le mal et est liée au mérite de l’homme, à son courage, à sa sagesse. Cela pourrait englober les capacités du numérique à préserver le vivant et ses conditions de vie sur Terre (paix, climat, …).

 

La force de frappe numérique transforme les rapports de force

Sun Tzu affirme qu’« un général avisé s’emploie à vivre sur l’ennemi »[8] . C’est précisément ce que font les acteurs hégémoniques du Net puisqu’ils développent leur puissance et leur pouvoir à partir des usages numériques qui autorisent la captation et l’exploitation des données et des méta données. Les pouvoirs politiques, militaires et économiques des États sont liés à leur capacité à contrôler les technologies de l’information. Les 7 avantages stratégiques de la maitrise du numérique dans les rapports de force du XXIe siècle sont:

  1. Maîtriser le code informatique offensif et défensif, l’automatisation et la rapidité des prises de décisions et des actions qui en découlent, la cybersécurité, la cyberdéfense.
  2. Dominer le renseignement, posséder le plus d’informations pertinentes, savoir les transformer en avantage compétitif et en leviers d’actions efficaces.
  3. Maitriser les systèmes de géolocalisation, de géoréférencement, de navigation.
  4. Être en capacité d’espionner, de surveiller, de contrôler, d’acheminer, de traiter, de stocker l’information et le code informatique.
  5. Posséder les meilleurs instruments pour influencer, déstabiliser, attaquer, dissuader.
  6. Disposer des meilleures conditions pour rendre dépendants des entités à des services, infrastructures numériques, solutions informatiques et infrastructures critiques.
  7. Détenir le système de récompenses et de châtiments efficaces.

La force de frappe technologique, dont fait partie l’intelligence artificielle, n’est maîtrisée que par un petit nombre d’États et par de grands acteurs privés multinationaux. Cela soulève de complexes questions relevant par exemple du désarmement, des rôles et responsabilité des acteurs, de la cyberrésilience, de la géopolitique du cyberespace ou de développement durable du numérique (fabrication, élimination et recyclage des déchets informatiques, rayonnement électromagnétique, consommation énergétique et des terres rares, …).

 

Vers un technobiocide ?

Médiée par la technologie, chaque action permet d’instaurer une distance entre le monde concret et l’humain. La distance géographique et émotionnelle, délivre l’humain de faire la guerre et de connaitre l’horreur des champs de bataille. C’est ce qu’autorise également les cyberattaques sur des systèmes d’information d’infrastructures vitales. Poussée à l’extrême, la « technologisation » de la guerre traditionnelle, les de nouvelles formes de guerres cybernétiques pourraient conduire, non seulement à des technogénocides, mais aussi à des technobiocides[9], du fait du risques de destruction globale de l’écosystème par la technologie. Dans le cyberespace, les activités relevant d’actes de guerre, au sens traditionnel du terme, sont complexes à identifier et à contrôler, car il est difficile :

  • de connaitre l’ennemi[10], d’attribuer avec certitude l’origine des cyberattaques et donc de riposter ;
  • de faire respecter le droit humanitaire et celui de la guerre ;
  • d’organiser des opérations d’envergure sans y impliquer des militaires.

 

L’intelligence artificielle au service de l’humain et des générations futures ?

La cybernétique dont l’origine renvoie à l’art de gouverner, est en train de s’imposer et de prendre le commandement de toute chose, de tout acte. Le numérique instaure un nouvel ordre du monde. L’intelligence artificielle, avec ses capacités à prendre des décisions ou à y contribuer, dans une logique de performance et de rationalité économique, se situe dans le prolongement du transfert des capacités de l’humain vers la machine. Elle entraîne une perte de compétences, une réduction d’autonomie et une dépendance, voire une addiction aux systèmes. L’intelligence artificielle en réduisant l’erreur et donnant l’illusion qu’elle supprime l’incertitude conduit à une normalisation des comportements et à la ruine de la diversité. Elle permet de prédire et d’orienter des choix pour consommer et faire faire. Des prédictions et propositions engendrent des manipulations psychologiques et pilotent les actions. Les fausses informations (infox) peuvent renforcer le pouvoir de manipulation. L’intelligence artificielle, dont la finalité est déterminée par ses concepteurs et propriétaires a des mode opératoire, qualité et sécurité opaques et souvent incontrôlables.

 

Perspectives

Lorsque les données et le code informatique sont une arme de guerre et l’intelligence artificielle du matériel militaire, il devient nécessaire de s’interroger sur le type de société dans laquelle nous voulons vivre. Est-ce celle d’une meilleure connaissance du réel et des consciences éclairées ? Celle de la gestion algorithmique, de la surveillance et du contrôle permanent ? Celle du culte des machines ou encore celle du plein pouvoir du techno-libéralisme ?

L’obligation de subir le numérique nous donne le droit d’en connaître la finalité (pour quels bénéfices et renoncements et pour qui). C’est alors que nous pourrons réellement penser « l’humain au cœur de la cybersécurité » et réaliser des solutions pragmatiques et efficientes.

Impossible de faire l’économie de l’analyse des impacts de l’écosystème numérique, du contrôle des données, des mesures de cybersécurité et de cyberdéfense pour les générations futures. Comme pour le changement climatique, c’est elles qui en paieront le prix.

 

Références

[1] Sun Tzu et autres stratèges. Les sept traités de la guerre, traduit du chinois et commenté par Jean Lévi. Collection Pluriel, Hachette Littératures, 2008, p.87.

[2] Ibid. Chapitre III, p.97

[3] Ibid Chapitre XXVI « Arcane du dragon », p. 396

[4] Ibid. p.92

[5] Notion de cohabitation homme-robot (cobotique)

[6] Ibid. p.91

[7] Ibid. p.15

[8] Ibid. Chapitre II, p.95

[9] Risque qui existe depuis la bombe atomique, mais qui pourrait advenir sans elle !

[10] L’ennemi connaît sa cible, les données dont il a besoin pour lui nuire sont disponibles (réseaux sociaux, Darknet, …).

Au-delà des questions techniques du dossier électronique du patient, comment bâtir la confiance ?

Les données de santé, des données d’importance vitale

Le dossier médical est au cœur de la chaîne de soin, de celle de la médecine personnalisée et mobile, comme de la chaîne d’approvisionnement de la santé (pharma, assurance, recherche, …).

Les données relatives à un patient caractérisent ce qu’il est, contrairement à ses données financières qui sont relatives à qu’il possède. La grande différence entre l’être et l’avoir est que les données relevant de la première catégorie ne peuvent pas être remplacées, ce qui, en revanche, est aisé de faire lorsqu’il s’agit d’un numéro de carte de crédit qui aurait été piraté par exemple. De plus, ce qui est fondamentalement nouveau, c’est la dimension prévisionnelle des données de santé, à partir desquelles des traitements algorithmiques peuvent caractériser des patients (déterminer leur devenir, probabilité de développer une pathologie, de guérison, de représenter tel ou tel potentiel médicommercial, etc.).

Par ailleurs, le vol massif de données de santé expose la vie des personnes avec des conséquences variables pouvant aller de la perte de confidentialité, au chantage, à la mise en danger de la vie humaine par exemples. Or, les pertes de données consécutives à des erreurs de conception, de gestion, d’utilisation, des malveillances ou des cyberattaques sont devenues courantes dans le monde et cela à l’échelle planétaire sans épargner le domaine de la santé.

Le dossier électronique du patient (DEP) est un facteur critique de succès de la cybersanté

Le dossier médical du patient, avec ses problématiques de protection et de partage dans une double optique de rationalité économique et de performance des soins, est un levier de la transformation numérique de la médecine.

Le succès de la médecine prédictive, préventive, personnalisée et participative dépend pour une grande part, de la pertinence des informations collectées, de leur accessibilité et de leur traitement algorithmique. Ainsi, au-delà du simple recueil d’informations de santé des individus, c’est tout un écosystème de médecine informatisée et son économie, qui dépend du dossier électronique du patient.

Avec la médecine informatisée, des potentiels d’amélioration de la prise en compte des soins sont en train d’être explorés, notamment avec de nouveaux acteurs comme Google pour ne citer qu’une entité issue du monde du numérique et non directement de celui de la santé.

Sur le chemin de la confiance

L’édition 2019 du Swiss Data Forum a consacré une table ronde sur le thème « Comment bâtir la confiance dans le cadre du dossier électronique du patient (DEP) ? » Celle-ci a regroupé plusieurs personnalités notamment issues d’organisations liées à la santé dans le domaine de la médecine, de la technologie et de l’assurance. Des soignants et des patients ont aussi eu l’occasion d’exprimer leurs visions et questionnements. En synthèse ce partage et ce débat ont fait ressortir une série de questions liées aux conditions indispensables pour établir la confiance dans le DEP :

  1. À qui appartiennent les données de santé ?
  2. Est-ce que la numérisation et l’informatisation dans le domaine de la santé entraînent la fin du secret médical ?
  3. Est-ce que l’écosystème numérique de la santé va favoriser des logiques de contrôle des individus (comportements, surveillance de masse et personnalisée, profilage, croisements des données, mutualisations et partage des données avec d’autres acteurs (assureurs, employeurs, … ) ?
  4. Est-ce que le patient va se transformer en client sous tutelle et dépendance numérique ?
  5. Est-ce que les finalités initiales du DEP et leurs données ne seront pas détournées pour, peut-être, contribuer à des logiques de privatisation des données de santé et du vivant ?
  6. Est-ce que la vitesse d’adoption du numérique, sans mise en place préalable d’une culture, de moyens et de compétences spécifiques au numérique et à la cybersécurité est un facteur aggravant de risque ?
  7. Comment un patient peut-il donner un consentement éclairé pour autoriser le partage de son dossier et de ses données, sans bien comprendre ni de quelles données il s’agit, ni sur quelle durée et quelles conditions porte ce consentement ?
  8. Quels sont les rôles et responsabilité des acteurs en cascade et des intermédiaires techniques ?
  9. Comment mettre en œuvre un contrôle d’accès au DEP efficace en terme de sécurité informatique et pertinent au regard des besoins des soins et parfois de leur urgence ?
  10. Comment contrôler la disponibilité, la véracité, l’authenticité et l’intégrité des données et s’assurer de leurs différents niveaux de confidentialité ?

Comme dans bien d’autres domaines, l’informatisation et l’automatisation de la collecte et du traitement des données de santé, nous font comprendre que les ruptures technologiques sont des ruptures stratégiques, culturelles et sociétales qu’il faut appréhender aux bons niveaux décisionnels et opérationnels, tout en maîtrisant les risques à court et long termes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La cybersécurité peut-elle répondre à l’enjeu climatique ?

Risque cyber et risque climatique

Le risque climatique est devenu une urgence planétaire internationale, les technologies du numérique peuvent contribuer à le maitriser à condition d’en limiter ses impacts environnementaux.

Dès lors comment prendre conscience des conséquences des pratiques numériques sur les ressources naturelles, la consommation énergétique et les gaz à effet de serre ? Comment appréhender les cyberrisques à travers le prisme de l’écologie et du développement durable ?

S’intéresser à ces questions nécessite de se pencher en particulier sur la relation d’interdépendance qu’entretien les technologies de l’information avec le système d’alimentation en électricité.

Pas de cybersécurité, pas d’électricité et pas de numérique, pas de numérique pas d’électricité…

Comme pour l’ensemble des activités industrielles, la transformation numérique du secteur de l’énergie est une réalité amorcée depuis le siècle passé. Désormais, la production et la distribution d’électricité dépend des technologies du numérique et ces dernières sont dépendantes de l’électricité.

L’enjeu de la cybersécurité dans le secteur de l’électricité s’exprime par le constat suivant : pas d’électricité pas de numérique et sans numérique pas d’électricité possible. Cette double dépendance et interdépendance témoigne de la criticité de la cybersécurité pour le secteur de l’énergie.

En devenant un « réseau intelligent », le réseau électrique s’est ouvert aux cyberrisques. De facto, leur non maitrise peut mettre à défaut la disponibilité, l’intégrité et la sûreté de fonctionnement des infrastructures électrique et porter atteinte aux individus, aux organisations et à l’État. La sécurité de l’approvisionnement en électricité du pays est fragilisée par l’exposition des systèmes et réseaux informatiques qui composent le système énergétique, aux cyberattaques. Dès lors, bien investir dans la cybersécurité, n’est pas une option. Cela nécessite de répondre notamment aux questions suivantes : qui finance, qui est responsable et qui est imputable en cas de sinistre ?

Ces questions complexes ne représentent que l’arbre qui cache la forêt de celles encore plus complexes de la maitrise de la consommation énergétique des activités numériques de chacun et des infrastructures informatiques et de télécommunication qui les supportent.

Quels sont les rapports entre  les transitions numérique et climatique ?

A l’heure où la société civile s’empare de la thématique de la transition écologique (préservation des ressources, développement durable, transport, alimentation …), le rapport entre les technologies de l’information et le climat demeure encore peu exploré.

Alors que l’habitant s’informe sur les moyens de transport écoresponsables, (re)découvre une alimentation plus saine et respectueuse de l’environnement, est-il suffisamment informé des enjeux et conséquences de ses pratiques numériques ? À quel point la transformation numérique de la société et la fuite en avant technologique impactent-elles notre environnement ? Un usage plus écologique des infrastructures informatiques (smartphones, serveurs, réseaux, plateformes et services numériques) est-il possible ?

Comment devenir  homo numericus écoresponsable?

Une conférence pour sensibiliser à la problématique de la consommation des ressources naturelles pour fabriquer les infrastructures numériques, à celle des déchets électroniques et informationnels, pour analyser le développement d’un cyber risque majeur, lié à l’augmentation de l’empreinte environnementale, mais aussi pour explorer les impacts de cyberattaques sur les infrastructures énergétiques et industrielles ainsi que leurs conséquences environnementales.

L’évènement, gratuit, organisé conjointement par le Swiss Cybersecurity Advisory & Research Group de l’Université de Lausanne, la Fondation SGH – Institut de recherche Cybermonde, en partenariat avec l’Académie suisse des sciences techniques, le 21 novembre 2019 apportera des éclairages sur la manière dont le numérique peut contribuer au chaos climatique ou être un facteur de réussite à sa maitrise, à la diminution de la consommation énergétique et à la minimisation des gaz à effets de serre. Des pistes seront explorées pour maximiser l’impact positif du numérique sur l’environnement tout en minimisant ceux négatifs et un plaidoyer pour une sobriété numérique proposera une ouverture vers une meilleure prise en compte des besoins fondamentaux par le numérique afin de répondre notamment à la question de savoir à quelles conditions, le climat peut-il être sauvé par le numérique et les technosciences?

Renseignement et inscription :

https://www.scarg.org/

 

 

Le miracle technologique n’est pas (encore) au rendez-vous

Pour une informatique de complémentarité, non de substitution

J’ai fait un rêve, c’était il y a longtemps, c’était au siècle dernier, à l’époque ou l’informatique était complémentaire de l’existant, elle y était supplémentaire et ne venait pas en substitution. C‘était un rêve de liberté, le rêve d’un Internet porteur de tous les espoirs d’égalité, de fraternité, de paix, d’un Internet pouvant réaliser un idéal d’universalité et de diversité.

Quatre décennies plus tard, l’écosystème numérique que nous avons contribué à construire est celui de la soumission aux algorithmes, de la servitude volontaire aux injonctions numériques et aux machines dites intelligentes. Avec une certaine illusion de liberté, nous sommes devenus des consommateurs – spectateurs dociles et dépendants.

Nos prothèses numériques nous relient à leurs fabricants qui nous perfusent de contenus en échange de la captation de nos données, de nos goûts, de nos sentiments, de nos déplacements, de nos localisations ou encore par exemple, de nos paramètres physiologiques.

Commerce de données et marché de la surveillance

Dépossédés de nos données, nous sommes nus, transparents, invisibles. Plus nous nous laissons déposséder, plus nous nous chosifions. Nous devenons des systèmes d’extraction de données, sous surveillance, contrôlés à distance, des systèmes à améliorer. Nous entrons dans l’ère de l’obsolescence programmée de l’humain. Ce faisant nous nous adaptons à cette nouvelle réalité technico-économique pour exister.

Acceptation passive et engrenage de la soumission

Ceux qui sont nés à l’ère de de la soumission au numérique et qui ne connaissent rien d’autres et qui développent des comportements normalisés par les applications du big data, sont des sortes d’hybrides « mi-humain, mi-machine », perfectionnables par mises à jour logicielles et greffes de nanotechnologies, contraints à être mesurés et optimisés, à être performants même dans les actes de la vie intime.

Info-obèses, ils sont soumis à une communication et une information en temps réel, à la tyrannie des alertes électroniques et à celle de la transparence, du conformisme des réseaux sociaux, de l’administration algorithmique des mœurs, des vies privées et professionnelles et de la gouvernance économique et politique.

Sous anesthésie numérique, pour être efficaces selon des critères définis par des fournisseurs, avec un mode d’emploi de la vie déterminé par des algorithmes, ils sont seuls et connectés, incapables de penser, de juger et de décider par eux-mêmes. Ils pratiqueront un métier ubérisé, au service de grandes plateformes.

Ce que veut dire être nés sous le joug du numérique

Nés sous le joug du numérique, ils se contenteront de vivre comme ils sont nés. Soumis à la propagande d’une vision du monde simplifiée, fabriquée sur mesure et instrumentalisée. Nul besoin de voter, plus besoin de démocratie, il suffira d’adhérer à une pensée préfabriquée, partagée par la masse des individus connectés. Manipulation, gestion de l’opinion et fake news seront les nouvelles manières d’exprimer des opinions en substitution aux débats.

Le numérique peut-il être philanthropique ?

Le 21ème siècle est celui de l’omniprésence des technologies électroniques et de l’usage extensif de l’informatique et des télécommunications dans tous les domaines de la vie, dans toutes les activités et cela à l’échelle mondiale. Le développement des sciences cognitives et leur application à l’informatisation de la société ouvrent la porte à de nouveaux possibles. Outre les potentialités infinies et les espoirs d’un monde meilleur transformé par la Technologie, celle-ci modifie en profondeur avec une ampleur sans jusque-là inconnue, notre réalité. Or, les technosciences sont aussi au service de l’expression de nouvelles formes de pouvoir et de violences.

La philanthropie est le sentiment qui pousse les hommes à venir en aide aux autres, le philanthrope est celui qui aime les hommes et qui s’occupe d’améliorer leur sort. Il peut être aisé de penser que dans la mesure ou des services du numérique contribuent à améliorer la vie, ceux qui les conçoivent, les mettent en œuvre, les gère, sont des philanthropes. C’est ce que n’hésitent pas à soutenir certains patrons des entités commerciales hégémoniques du Net, qui se présentent comme philosophes, philanthropes, agissant pour le bien de l’humanité, voire, accomplissant une mission sacrée.

Pour autant, leurs discours sont-ils vraiment crédibles au regard de la réalité de leurs actes ? Est-ce être philanthrope que de donner une dimension qu’ils considèrent comme éthique aux impératifs stratégiques du développement économique de leur entreprise. Leurs discours « éthique » es alors un véritable levier de persuasion des foules.

Des rêves et des utopies à opposer à la violence technologique invisible

Enfant, je n’ai jamais rêvé de danser avec un robot, de haut débit, de relations virtuelles, de surveillance de masse ou de machines qui me disent quoi faire, quoi penser ou de quoi avoir envie.

Je rêve d’un monde digital au service du vivant, pas d’une humanité digitale. Un monde où les technologies seraient au service du vivant. L’humain ne serait ni un objet à optimiser, ni un robot de chair et de sang au service de plateformes numériques.

Je rêve d’une philanthropie qui transgresserait les limites du néolibéralisme numérique pour que l’Homo numericus ne deviennent pas un artéfact en situation d’addiction.

Je rêve d’utopies numériques positives, avec de nouveaux droits humains fondamentaux reconnus et respectés, comme celui du droit à la déconnexion et celui à ne pas être sous surveillance informatique.

Je rêve d’un nouveau paradigme culturel et philosophique de l’informatique, d’une alternative pour ré enchanter le monde.

Je rêve d’une société qui serait en mesure de transformer le paradigme d’informatisation, issu de la rationalité économique, de la performance et de la croissance infinie, qui permette de soutenir le développement durable, préserver les ressources et faire face aux problèmes majeurs.

Cela nécessite de penser autrement la création de valeur par le numérique, le partage de la valeur générée, et ainsi de penser au partage, à la fin d’une croissance économique infinie, à l’empathie, à l’adoption de comportements responsables.

Je rêve d’une décroissance technologique heureuse, au courage de penser et de faire, au refus de l’instrumentalisation des conditions de penser.

Je rêve d’une écologie du numérique bienveillante au service du vivant, l’économie numérique transgresseraient les limites du néolibéralisme, les choix technologiques se développeraient à condition qu’ils soient bons y compris pour les générations futures.

Je rêve de rêves sans écrans.