Pourquoi il n’y a pas (beaucoup) de femmes en Cyber

Réflexions pour la journée internationale du droit des femmes du 8 mars 2021

La question de savoir pourquoi il n’y a pas beaucoup de femme dans les métiers de la cybersécurité m’est souvent posée. La réponse est sans doute à trouver dans notre culture, dans la construction sociale des inégalités, dans une répartition inégale des rôles, dans la difficile émancipation des femmes ou encore dans un certain refus de l’égalité entre tous les individus, indépendamment de leur sexe, de leur couleur de peau ou encore de leur origine.

 

Revisiter le passé, comprendre le présent, inventer l’avenir

The Atlantic titrait son dossier spécial de l’été 2010 « The end of men ». Ce numéro portait sur la manière dont les femmes ont mieux traversé la dernière crise économique et a mis en évidence, que les entreprises les plus en difficultés sont celles qui comptaient le moins de femmes dirigeantes, que l’économie post-industrielle était plus adaptée aux femmes et que cela sonnait la fin de l’âge de la testostérone. Serait-ce aussi la fin du monde ? Non car l’avenir de l’homme, c’est la femme écrivait Aragon en 1963, en écho à la célèbre phrase de Marx l’homme est l’avenir de l’homme. Mais qu’en est-il réellement en 2021 ?

Revisiter le passé pour comprendre le présent et contribuer à inventer l’avenir devrait nous permettre de considérer l’Égalité des chances comme un droit, pour que l’égalité des droits deviennent une réalité et non une utopie ressassée.

 

Un rapport de force construit par la société, un modèle idéal demeuré « masculin »

Il semble toujours que la réalité des femmes qui travaillent relève encore de la course d’obstacles. Dans les conditions actuelles de travail que les femmes cumulent la plupart du temps avec les tâches domestiques, il ne leur apporte pas les mêmes gratifications qu’aux hommes. Le modèle qui prévaut encore chez beaucoup, est que le destin domestique des femmes est donné à voir comme l’essence naturelle de la femme. Comment expliquer que des femmes puissent adhérer implicitement à cette différenciation inégalitaire résultant d’un rapport de force construit par la société, sinon que par le fait que lorsque deux castes s’opposent, nous rappelle Simone de Beauvoir, il se trouve toujours dans la plus défavorisée, des individus qui par intérêt personnel s’allient avec les privilégiés. De plus, la femme parfois se valorise à ses yeux et à ceux de l’homme en adoptant le point de vue de l’homme. Lorsque la femme se plie à l’ordre normalisateur, qui ne manque pas de la récompenser, elle contribue à entretenir la conformité au modèle dominant existant. Le modèle idéal demeure encore masculin. Tout un chacun a acquis des habitudes de pensée, un système de référence et de valeurs dont il est devenu prisonnier.

Les propos du livre de Simone de Beauvoir « Tout compte fait » sont toujours d’actualité. Ils avaient le mérite de s’opposer à ce que Henri de Monterland prêtait, cette même année 1972, à un de ses personnages dans ses Jeunes filles : «  … elle a le tort d’être intelligente ; ça la rend laide » et cela 23 ans après la publication du Deuxième sexe.Cette Misogynie de salon à l’humour déplacé, quand bien même spirituelle ou auto-dérisoire, est regrettable. Rieuses et rieurs participent alors à la misogynie et l’entretiennent.

 

« Les hommes possèdent le monde », les femmes le nettoient

Aujourd’hui encore, qualifier quelqu’un de féministe est souvent insultant. Cela reste un préjugé dévalorisant qui s’inscrit dans la continuité de l’énergie dépensée pour convaincre la femme que le destin singulier et spécifique qui lui est imposé est celui de tenir sa maison, de faire des enfants et de les élever. Ainsi les hommes possèdent le monde, comme le souligne Gide dans Les nourritures terrestres, on pourrait avoir envie de rajouter, les femmes le nettoient …

Il ne s’agit pas de polémiquer autour de la question de l’existence d’une nature féminine mais de constater que le carcan des traditions est bien lourd. La nature féminine est un mythe inventé par les hommes pour enfermer les femmes dans des activités essentiellement définies par des hommes, les astreignant souvent à la soumission.

 

Une entreprise de destruction massive à l’œuvre

L’inégalité s’apprend dès l’enfance, absorbée à dose quotidienne, elle est facilement assimilée, comme sont acceptées les règles du jeu qui permettent de devenir des êtres soumis, voire de bonnes perdantes, à qui l’on peut faire croire que l’humiliation et la violence sont des pratiques normales et légitimes. Je reprends ici les propos de Benoîte Groult dans son magnifique ouvrage Mon évasion : « Les dés sont pipés, les mailles du filet que sont les lois, les interdits, les traditions religieuses les injonctions morales sont fortes. Il est difficile d’envisager de passer au travers des mailles du filet tant que les femmes sont persuadées que cela serait douloureux, voire dangereux de s’en dégager. Le seul avantage de l’inconscience et de la docilité, c’est qu’elles permettent de vivre à peu près n’importe quoi sans trop de dégâts ».

 

Dépasser l’universel masculin

La culture, la science, les arts, les techniques, l’ingénierie, ou encore les lois, les politiques de développement, etc. ont été majoritairement et de manière relativement exclusive, en tous les cas jusqu’à un passé récent, définis par des hommes, puisqu’ils représentaient l’universalité et l’université.

Il y a plus de deux mille ans que les hommes, dont les philosophes, approfondissent leur réflexion sur un monde où ils occupent toutes les places dans l’ordre de la pensée et du pouvoir. Il y a si peu de temps que les femmes ont accédé au droit de réfléchir, au droit de lire, d’écrire, de devenir artiste ou scientifique, et il n’y a pas si longtemps au droit de vote. Ce dont témoigne l’exposition « Femmes.droits » du Musée national de Zurich «  Les Suissesses ont longtemps été privées de droits civils et politiques. Le chemin qu’elles ont parcouru pour obtenir le droit de vote en 1971 et l’article constitutionnel sur l’égalité en 1981 a été semé d’embûches et a suscité de nombreuses controverses. Depuis que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 stipulait que l’exercice des droits politiques était réservé aux «hommes libres», les femmes n’ont cessé de se battre pour l’égalité. Aujourd’hui encore, femmes et hommes se disputent ce principe. 50 ans après l’introduction du suffrage féminin en Suisse, l’exposition au Musée national Zurich met en lumière les hauts et les bas de plus de 200 ans de lutte pour les droits des femmes dans notre pays. ».

 

L’histoire, témoin de la misogynie ordinaire

Pour que l’entreprise de destruction massive fonctionne, il a fallu compter avec la complicité des historiens. La présence des femmes dans l’histoire a été systématiquement occultée, à part quelques figurantes identifiées par des appellations marginalisantes comme « les précieuses ridicules » ou « les femmes savantes »; véritables repoussoirs, qui jettent en même temps le discrédit sur l’ambition créatrice des femmes. Le qualificatif de savant ne sert qu’à ridiculiser les femmes, alors que le même adjectif chez un homme est honorable. Entre « Savante » et « ridicule » : c’est la dérision qui l’emporte !

Diderot écrivait « passé la jeunesse, à la ménopause, qu’est-ce qu’une femme ? Négligée de son époux, délaissée de ses enfants, nulle dans la société, la dévotion est son unique et dernière ressource. » Pour que la dévotion ne soit plus la seule planche de salut de la femme, celle-ci se doit de ne pas « être nulle », ni invisible dans la société, ce qui revient à dire que son rôle doit être reconnu et valorisé, dans la logique économique actuelle, c’est à dire celle du marché, et en particulier du marché du travail.

N’oublions pas que le code civil de Napoléon établit en 1804 « la perpétuelle et obligatoire résignation des femmes » en faisant d’elles des incapables et des mineures leur vie durant. La promesse « d’obéissance à son mari » ne figure plus dans le rituel du mariage civil français depuis 1988 seulement !

Après « femme savante », est apparu au 19ème siècle l’expression venue d’Angleterre les « bas-bleu » pour désigner une femme qui a des prétentions littéraires. Il n’y a pas d’expressions équivalentes pour qualifier un homme même s’il en existe qui prétendent faire de la littérature. Quand une femme écrit, c’est par prétention et non pour faire de la littérature !

 

Le langage reflète nos préjugés

Le langage n’est pas un simple outil pour communiquer c’est le reflet de nos préjugés, le miroir de nos rapports de force, de nos désirs inconscients. Rendre invisible dans le vocabulaire l’accession des femmes à de nouvelles fonctions, c’est une façon de les nier. Les lacunes du vocabulaire ne concernent généralement pas les hommes. Le dynamisme du langage fera considérer bientôt ridicules les précieuses qui continueront à se dire madame le ministre, madame le doyen ou madame le professeur… Le blocage ne se situe pas au niveau du vocabulaire mais à celui des mentalités. L’intelligence n’a jamais préservé de la misogynie !

 

Esprit des lumières où es-tu ?

À « la résignation perpétuelle » inscrite par Napoléon, un peu plus tard, Freud répond dans la vie sociale et psychique par « l’envie de réussir chez une femme est une névrose, le résultat d’un complexe de castration dont elle ne guérira que par une totale acceptation de son destin passif ». Heureusement, il y a toujours eu des hommes philosophes, scientifiques, politiciens, managers pour affirmer l’égale dignité des deux sexes, ils existent, ils sont de plus en plus nombreux, et c’est tant mieux.

Ainsi par exemple, sous la Révolution française, Condorcet fut l’un d’eux, il passa au mieux pour un doux hurluberlu, au pire pour un dangereux utopiste, … jamais cité pour sa défense des droits des femmes, est-ce un détail sans importance ? Non juste une non-pensée : Esprit des lumières où es-tu ?

Les droits des femmes rencontrent encore bien des obstacles, et sur bien des points de vue, ils ne font pas vraiment encore partie des droits de l’homme et il est toujours, tout autant difficile aujourd’hui d’avancer alors que l’égalité est reconnue officiellement. Par ailleurs, les femmes sont très mal placées pour mener un combat efficace, car l’oppresseur reste encore souvent leur père, leur amant, leur mari, le père de leurs enfants ou encore souvent le principal pourvoyeur de fond de leur foyer.

 

Vers plus d’équité

Heureusement aujourd’hui, les hommes convaincus de l’importance de ce besoin d’égalité entre les hommes et les femmes sont de plus en plus nombreux. Ils partagent le travail domestique, s’impliquent dans l’éducation des enfants et par des actions quotidiennes parfois invisibles dans leur vie familiale et professionnelle, ils contribuent à préserver et à développer les principes d’égalité.

D’après le philosophe René Berger « Les survivants du futur sont ceux qui prolongent leur capital de vie en se conformant aux normes et aux structures qui ont prévalu jusqu’ici, les primitifs du futur sont ceux qui rompent avec les normes et les structures établies pour élaborer l’avenir, non plus comme un supplément, mais comme une possible métamorphose. ».

Acteur et maitre de son destin, le primitif du futur, nous rappelle René Berger, « est celui qui est en mesure de s’affranchir du passé sans le nier et qui, en remettant en question les modèles de penser et d’agir qui ont prévalu, peut identifier les mutations et déceler les métamorphoses en cours », comme celle du printemps du féminisme par exemple. Il s’agit de nous affirmer au présent comme des êtres vivants et par une vision nouvelle, transcender le présent pour ériger l’avenir, qui ne serait plus un simple prolongement du passé.

Selon Lao Tseu « ce que la chenille appelle la fin du monde, le reste du monde l’appelle un papillon ». Avec beaucoup de bonne volonté, soyons des primitifs du futur, faisons-en sorte de métamorphoser notre présent, pour contribuer à l’origine d’un futur différent mais en mieux.

 

Une possible métamorphose

Des femmes en Cyber existent, des initiatives en témoignent et contribuent à mettre fin à leur invisibilité. Ainsi pour ne donner qu’un exemple de magnifiques portraits de femmes sont à voir (avec des photographies de Alain Zimeray) et à lire (avec des textes de Sylvaine Lucks) dans leur livre « Cyberwomen, des parcours hors normes, une filière d’avenir », parus aux éditions Michel de Maule (Paris) qui a reçu le prix « coup de cœur du jury » du Forum international de la cybersécurité de Lille (FIC 2020).

Au-delà des modèles de femmes auxquels il est peut-être possible pour une personne de s’identifier, ne faudrait-il pas aussi proposer des modes de vie et de carrières liés à des métiers Cyber qui fassent envie, voire rêver les femmes ?

Force est de constater que la vision que donne à voir une grande majorité de la communauté « Cyber » est construite autour du style « geek » ou de l’ambiance « boy’s club » dont l’humour est réservé aux seuls initiés. Rien en fait, qui soit vraiment attractif pour ceux et celles qui en sont exclues « by design ».

 

Au-delà d’une journée internationale, inventer l’avenir

Chaque 8 mars, la journée internationale des droits de la femme questionne sur la pérennité des dominations parfois symboliques et inconscientes, les stéréotypes, l’exploitation économique des femmes pour contribuer à comprendre comment se construisent ces inégalités, plus ou moins revendiquées ou intériorisées. Au-delà d’une émancipation superficielle, il s’agit toujours et encore aujourd’hui de participer à une « décolonisation » de l’intérieur pour inventer un avenir plus équitable pour tous et toutes.

 Le philosophe Charles Fourier écrivait en 1808 « les progrès sociaux et changements de périodes s’opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté ; et les décadences d’ordre social s’opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes ».

Aujourd’hui quelle interprétation en faisons-nous ?

 

***

Remerciements Je teins à exprimer mes remerciements aux femmes et aux hommes engagés pour défendre la dignité humaine et le droit des femmes. Ce texte est largement inspiré des réflexions, travaux et ouvrages de notamment :  Simone de Beauvoir, Benoite Groulte, Elsa Triolet, Sandrine Treinier, Françoise Gaspard, Elisabeth Badinter, Laure Adler… Il est également nourri de nombreuses discussions et expériences de femmes et d’hommes, croisés sur le chemin de la vie.

Solange Ghernaouti

Docteur en informatique, la professeure Solange Ghernaouti dirige le Swiss Cybersecurity Advisory & Research Group (UNIL) est pionnière de l’interdisciplinarité de la sécurité numérique, experte internationale en cybersécurité et cyberdéfense. Auteure de nombreux livres et publications, elle est membre de l’Académie suisse des sciences techniques, de la Commission suisse de l’Unesco, Chevalier de la Légion d'honneur.

12 réponses à “Pourquoi il n’y a pas (beaucoup) de femmes en Cyber

  1. J’ai l’impression que le virage est déjà bien amorcé et le « féminin Homo sapiens » va devoir corriger de toute urgence les fausses pistes engagées de longue date par le modèle de certains « Homo sapiens masculins ».

  2. Vous avez tout faux.
    Le domaine de la médecine était une exclusivité masculin, actuellement, la majorité des médecins sont des femmes.
    Dans le domaine de l’ingénierie, depuis des dizaines d’années, les femmes sont encouragées à devenir ingénieurs. On les voit dans l’architecture, la chimie par exemple, et dans certains domaines, il y a en a toujours très peu.

    Il ne faut pas confondre l’idéologie avec la réalité. Parler de société des hommes pour expliquer, c’est ridicule. Dans certains métiers comme mécanicien, ce n’est certainement pas facile pour la femme, c’est peut-être un obstacle, mais même sans ça, elles resteraient minoritaire, même dans un monde parfait.

    Il y a des femmes avec une part masculin, comme des hommes qui ont une part féminin, mais de base, une femme a plus d’empathie avec un besoin de relation humaine plus forte. C’est l’adn de nos vieux ancêtres qui parlent. L’exotérisme est plus présente chez les femmes aussi.

    Il semble qu’il y ait une bonne présence de femmes chez les astronomes. Pas étonnant si c’est le cas. Les métiers dénués de dimensions humaines/spirituelles n’attireront jamais la majorité des femmes, et ce ne sont pas les idéologies qui vont changer quoi que ce soit.
    Nous sommes libre dans un cadre définis par l’adn, avec l’adn qui définit nos envies de base.

    Le salut passera par de nouveaux métiers liée à l’écologie, l’alimentation, et peut-être une fois une science qui liera nos connaissance sur le cerveau, avec l’aménagement d’un territoire, d’une ville, jusque dans l’architecture (les formes géométriques sont ressenties négativement), pour le bien-être de l’humain.

    Les féministes ont raison pour l’égalité des chances, certaines femmes sont victimes de préjugés.
    Tout mettre sur une société d’homme, est simplement stupide.

    Peu de femmes dans votre domaine, vous êtes étonnée ? Moi pas, ce serait le cas aussi dans un monde parfait.

    Dans une autre époque, la femme à l’église, alors que l’homme est au bistrot, c’est symbolique.

  3. Ce texte est troublant. D’autant plus qu’il est écrit par une dame pour laquelle j’ai le plus grand respect.

    C’est sans doute une bonne chose qu’on se débarrasse de ce statut inférieur de la femme qui avait prévalu à cause du Code Napoléon. Il paraît que c’était une innovation à l’époque et que le statut de la femme était plus libre au moyen âge que dans la société bourgeoise du XIXe siècle. Donc c’est tant mieux que l’on soit revenu en arrière sur un statut qui était une régression.

    Il est probable aussi que le mouvement vers l’égalité est inarrêtable et que nécessairement il y aura toujours plus de femmes à des postes de responsabilité. Tant mieux, mais il n’en reste pas moins que le ton général de la revendication féministe est pénible à supporter en ceci qu’il fait complètement l’impasse sur un certain nombre de réalités, qui demeurent malgré tout.

    Par exemple, on ne peut pas ne pas être frappé par le fait que l’on exige la parité parfaite pour les beaux postes dans les conseils d’administration et dans la politique. Fort bien. Mais comment se fait-il que personne ne demande la parité dans des professions comme mineur de fond, manœuvre, etc. ? Comment interpréter ce fait ? Impossible de ne pas constater que l’on continue, même chez les féministes les plus exigeantes, à considérer que la force physique de l’homme lui impose les tâches les plus pénibles qui lui ont toujours été réservées. Il y a là d’ailleurs aussi une forme de mépris des hommes par les féministe qui sont très contentes qu’ils assument exclusivement les travaux d’esclaves.

    Alors pourquoi refuse-t-on la notion que certaines tâches sont malgré tout plus féminines et d’autres plus masculines? ce qui n’implique nullement l’infériorité d’un des deux sexes. Par exemple, cela n’a rien de choquant à mon avis, s’il existe une majorité de femmes dans la profession d’infirmière.

    Chacun peut faire le constat que dans pratiquement toutes les grandes démocraties européennes les ministres de la défense sont des femmes. Pour être tout à fait sincère je suis obligé de dire que cela me dérange. Or, la plupart du temps les femmes politiques que l’on nomme ministre de la défense n’ont généralement peu ou aucune notion de la vie militaire. C’est une anomalie évidente. Elles n’ont jamais porté un fusil, ni jamais commandé de la troupe. Désolé, mais c’est anormal. C’est contraire au principe selon lequel le responsable suprême doit toujours connaître le métier de l’entreprise qu’il dirige. Pour ma part, désolé, mais je ne conçois pas que l’on soit ministre de la défense si l’on n’a jamais commandé de la troupe. Il y a d’autres postes ministériels importants qui peuvent être pourvus par des femmes. Ce qui met mal à l’aise dans cette loi non écrite, qui exclut les hommes désormais des postes de ministres de la défense, c’est qu’on sent trop qu’elle est purement idéologique, pour faire plaisir aux féministes, et n’a aucune rationalité objective.

    Dernier point qui choquera sans doute. Mais tant pis. On fait semblant d’oublier que la femme est et reste malgré tout une mère. Si l’on est transhumaniste, on peut gamberger en imaginant un monde où des hommes augmentés pourraient être “enceints”. Il n’en reste pas moins que ce genre d’idées nous préparent une société inhumaine atroce. Pendant longtemps encore la maternité restera un privilège, ou un fardeau peut-être, réservé aux femmes. Alors bien sûr, dans une société réaménagée au gré de la révolution industrielle 4.0 et du télétravail, on peut penser qu’il sera plus facile pour une femme de concilier le succès professionnel et le fait d’élever sa progéniture. Malgré tout, il y aura toujours des contraintes inévitables, pour celles qui auront l’ambition de briguer les postes les plus convoités, comme par exemple PDG, pardon CEO, d’une très grande entreprise, postes pour lesquels tous les candidats, quel que soit leur sexe, sont prêts à une lutte au couteau. Bien sûr on a des cas, ils sont nombreux, de dames qui sont parvenues à de tels postes. Il y a sans doute des possibilités: crèches, mamans de jour etc., pour rendre cela possible. Il n’en reste pas moins que sur un plan purement statistique si l’on considère une société ou 50% des femmes occupent les postes à responsabilités et 50% des femmes font des carrières, il ne restera plus que 50% pour assumer la tâche traditionnelle de mère au foyer. C’est encore trop, c’est encore insupportable aux yeux des féministes. Mais cela serait-il suffisant pour permettre le renouvellement des générations dans les pays européens?

    Nous vivons dans des sociétés ou l’accent mis sur l’impératif de succès professionnels pour les femmes et le mépris profond pour la mère de famille sont tels, que de fait le renouvellement des générations ne se fait plus et démographiquement la conséquence est très simple. Le manque démographique est comblé par l’immigration extra européenne.

    Faut-il accepter cette évolution? Peut-être. Mais au moins la question doit être posée. Si le projet de nos gouvernants est de tarir la fécondité des femmes blanches et faire le choix de l’immigration pour compenser, alors il faut le dire. Cela doit être un choix qui doit être fait démocratiquement, en connaissance de cause. Et il faut savoir que si on fait ce choix, la conséquence sera une société à deux vitesses, avec une population blanche à fécondité presque nulle, d’une part, où toutes les femmes seront féministes et feront carrière, et d’autre part une société extraeuropéenne immigrée qui seule fera encore des bébés. Et le résultat sera une population européenne qui ne distinguera plus en rien de celle du Brésil.

    Il faut ouvrir ce débat. Voulons nous cela?

    Par respect humain je préfèrerais éviter d’aller au fond des choses dans le raisonnement. Mais au fond je suis obligé de dire que je ne partage pas l’enthousiasme de Mme Ghernaouti. Une évolution était nécessaire. Il faudra encore faire des progrès, mais l’état d’esprit doit changer.

    Mais pour l’avenir, je souhaiterais que l’on n’exerce aucune pression pour dissuader les femmes de faire des études et des carrières. En revanche je souhaiterais aussi que l’on cesse définitivement de dénigrer les mères de famille. Aujourd’hui tout le discours public et médiatique va dans le sens du mépris de celles, et elles existent, qui désirent trouver le bonheur dans la maternité et la vie de mère de famille. Cela doit cesser une fois pour toutes.

    Pour dire le fond de ma pensée je ne pense pas que la parité parfaite puisse jamais exister. On pourra s’en rapprocher, comme deux asymptotes se rapprochent à l’infini, mais jamais y atteindre. Car il y a des nécessités anthropologiques naturelles qui le rendent impossible. Il vaudrait donc mieux abandonner cet objectif et se concentrer sur la liberté de choix. Elle doit être garantie autant à celles qui désirent se réaliser professionnellement qu’à celles qui désirent se consacrer au rôle de mère de famille. A l’heure actuelle la deuxième catégorie est brimée, mise de côté, dénigrée, méprisée, et on oppose au désir de maternité des femmes suisses des obstacles matériels au moins aussi importants que ceux qui il y a 50 ans empêchaient les femmes de rivaliser avec les hommes dans la vie professionnelle. Comment, dans notre société, une Suissesse pourrait-elle encore réaliser le désir d’être mère de famille nombreuse ? (Sauf chez les riches ou paraît-il c’est une nouvelle mode mais cela n’est possible que grâce aux revenus importants du mari).

    Madame Ghernaouti, je vous demande pardon si certains de mes propos vous ont heurté. Au moins j’aurai été honnête en vous disant ce que je crois la vérité.

  4. Madame,
    Je suis en parfait désaccord avec votre propos.
    Nous avons eu un bel exemple très récemment qui vous contredit totalement avec un lancement de satellite arabe vers Mars, où 80% des ingérieurs sont des femmes (dont la directrice technique)!
    De plus, étant en contact très fréquent avec des pays d’ASEAN, on voit que la plupart des chefs de projets sont des PhD femmes (toutes formations: chimie, nano, biologie, etc).
    Il faut effectivement venir en Suisse pour stigmatiser une poignée de femme qui portent le voile avec une votation fédérale (!!!), alors que dans les pays Muslmans elles sont libres de se former dans les plus hautes écoles (UK, USA, France, Australie, même Suisse).
    Ensuite de retourner dans leurs pays pour prendre des postes à très hautes repsonsabilités, souvent technique. Un ami est allé voici 20 ans en Iran pour du consulting de sécurité IT au gouvernement et la grande majorité des experts, y compris la directrice générale, étaient des femmes (bien sûr toutes voilées).
    Observez le monde de manière plus holistique, il n’est pas celui que vous croyez.
    Bien amicalement,
    Serge

  5. Bonjour, Je suis un “vétéran” de la cyber et mon dieu quel discours lénifiant!
    N’avez-vous jamais constaté qu’il y avait plus femmes dans la cybersécurité dans des pays tels que l’Egypte, le Pakistan ou l’Inde? Alors que dans les pays Occidentaux, le choix des études se retrouvent être plus stéréotypés? Serait-on moins libre ? Pourquoi, lorsque l’on laisse le choix à quelqu’un, celui-ci choisit ce qu’il préfère ? Mais Il faudrait l’interdire!!! ahaha 🙂
    Ce n’est pas un problème d’intelligence ou de considération, c’est un problème de vocation: la cybersécurité (et les technologies) n’attire pas les femmes. Que faire?
    * Forcer les étudiantes à se diriger vers les études menant à de réelles opportunités économiques pour la nation? => bouh patriarcat
    – Pourtant en cybersécurité et en Occident, une femme sera LARGEMENT mieux payé qu’un homme avec le même diplôme Informatique (“tout ce qui est rare est cher” est un sophisme fonctionnant bien ici vis à vis des quotas RH). Certaines se dirigent donc vers la filière informatique où elles seront chouchoutées, adulées et passeront avec bienveillance leurs examens, excusées de leur incompétences. C’est comme ça que malheureusement, d’expérience, un majorité de femmes arrive sur le marché du travail avec un niveau abyssale en informatique, habituées à minauder pour avancer dans leur carrière et faire faire le travail par les hommes peu habitués et démunis face à ces manipulatrices. Pourtant les manageurs se disputent ces profils féminins amenant “un autre œil” et de la gaieté dans un milieu masculin. Souriez, vous êtes officiellement une potiche (C’est du vécu et de nombreuses fois)! => bouh patriarcat
    * Laisser les étudiantes choisir histoire de l’art, puis forcer les entreprises à les recruter en tant que quota de cyber-ingénieurs pour la bonne représentation des “diversités”?
    – Ces femmes seront alors reléguées à des fonctions placards car incompétentes (principe de peter): transversalité digitale/interdiscipline/normes, rgpd, gestion de projet bidon et autres “bullshit jobs” => bouh patriarcat
    – Même si elles sont compétentes, n’ayant pas le bon diplôme par rapport au domaine visé, les femmes seront payés moins. =>; bouh patriarcat
    Quelle aubaine pour les RH, c’est d’ailleurs étonnant que 100% des emplois ne soient pas déjà occupés par des femmes tant elles sont moins rémunérées mais “performantes”, si l’on croit les statistiques officiellement diffusées tout du moins… J’ai dû mal comprendre les principes du capitalisme et le concept de rentabilité des entreprises, surement noyautées par de vils machos! Ohhh, ou alors les femmes seraient-elles une main d’œuvre de réserve volontairement gardée inadéquate mais permettant de diminuer les salaires dans leur globalité, hommes inclus ^^ ?

    Les geeks n’excluent pas les femmes, c’est parce qu’ils ont été exclus qu’ils deviennent geek et développent leur propre minorité les années suivantes. Les informaticiens de génie sont malheureusement ceux qui présentent des traits de caractères autistiques voire asociales. Il n’y a pas de secret, l’abnégation sociale de ces âmes damnées leur permet de se concentrer sur ces technologies et d’accumuler une quantité vertigineuse de savoirs dans ces domaines. Ces hommes sont égocentriques et sacrifient tout pour ces technologies, ce ne sont pas des études ou devoirs, c’est leur vie! En revanche, les femmes sont narcissiques et utilisent ces technologies pour leur propre admiration.
    Le repli sur soi se développe majoritairement à la fin de l’enfance/ début d’adolescence et concernent en écrasante majorité des garçons. Ces derniers se rendent compte de l’hostilité du monde, les responsabilité qui les attendent, les brimades, les violences physiques, et sont exclus ou s’excluent eux-mêmes pour se protéger, alors qu’au même moment, les filles découvrent, de gré ou de force, leur pouvoir de séduction et s’ouvrent dans monde qui les désire (pas forcément bien non plus). Les choix d’orientation s’effectuent donc à un âge où les 2 sexes n’ont pas le même niveau de maturité et regard par la société.
    Alors bien sûr, vous pouvez trouver des femmes en cybersécurité d’un niveau incroyable, mais elles restent des exceptions.

    j’en ai assez dit pour me faire haïr, au pire si mon commentaire ne vous plait pas, censurez le en tant que “mansplanning”…

    Cdt,

  6. Bonjour Madame,
    J’ai été “agréablement surpris” par ces interventions qui sont en désaccord avec votre point de vue, mais il est vrai pas toujours focalisés “sécurité”, plutôt orientés relation hommes/femmes, ce qui est pour moi l’essentiel.
    Toutefois, vous n’avez pas (encore) réagit et je vous serai gré de bien vouloir prendre position après avoir ouvert ce débat très intéressant.
    Votre point de vue nous intéressent tous, j’en suis sûr.
    Merci beaucoup et bravo pour votre excellent travail.
    Serge

    1. Bonjour,

      Mes activités et expériences de professeure d’université et de professionnelle de la cybersécurité, active sur les 5 continents, ne me permettent pas de partager votre point de vue.

      Par ailleurs, je suis convaincue que le respect du vivant (sous toutes ses formes), la reconnaissance de l’égale dignité de l’autre (quel que soit son sexe ou sa couleur de peau par exemple) devraient être au cœur des relations.

      SGH

  7. Bonsoir,

    Et merci pour le traitement du thème de l’égalité dans le secteur cyber.

    Les commentaires vindicatifs et antipathiques de certains (l’écriture inclusive n’est pas nécessaire pour ce prédicat 😁) m’intéressent. Sans fait, ni chiffre, ni référence, ces commentaires collectionnent des impressions et avis plus ou moins bien formulés. Parfois une anecdote ou un épiphénomène vient étayer le propos rancunier. Comment des hommes peuvent-ils brandir la faux avec une telle énergie face à une personne qui milite pour la reconnaissance de l’égale dignité de l’autre? Pourquoi s’opposent-ils à la raison et perdent la rigueur de pensée à ce sujet? Par quel toupet se permettent-ils d’ordonner à l’auteure ce qu’elle doit faire? Ces commentaires laissent entrevoir le traitement qui est fait quotidiennement des femmes au prestige moins élevé que la maîtresse de ce cyberlieu…

    Pour poursuivre sur le sujet lui-même, l’épisode consacré à l’univers informatique du podcast d’étude de la masculinité “Les couilles sur la table, des ordis, des souris et des hommes ” est excellent. Il contient aussi des références sur le monde du gaming (les “”geeks””) et la formation IT.

    Plus proche d’ici au niveau des formations techniques et de sciences dures, le compte instagram “paye ton epfl” est édifiant. Les témoignages qu’il expose illustrent la culture du viol bien trop pesante pour une institution qui vise l’excellence, l’innovation et l’inscription du savoir dans la société.

    Il ne s’agit plus de “libérer la parole des femmes”, mais bien de les écouter dans toute la richesse de leur diversité et d’agir en conséquence. Les vieux réac qui s’imaginent encore le féminisme comme un combat entre hommes et femmes, nous les avons assez entendu, pendant trop d’années, et ils nous empêchent d’imaginer et construire un futur désirable pour l’ensemble du vivant. Comme disait l’un d’eux fou de rage sur un plateau: “Taisez-vous”

  8. Bonjour Madame,

    A mon grand étonnement votre blog “L’ère de la Post-Confiance” est bloqué et aux abonnés absents sans les commentaires (censure)?

    Je voulais en fait vous demander si vous avez déjà fait un article sur la Blockchain, car sujet très actuel à cause des transactions financières.

    Il a déjà démontré des failles dans le protocole et des hackers pourraient falsifier des échanges.

    Pourriez-vous à l’occasion publier un article sur le sujet?
    Merci beaucoup.
    Cordialement
    Serge

  9. Blockchain:
    Madame, suite à mon message précédent, je retrouve 2 articles intéressants d’analyse de protocoles faites par Kudelski disponibles sur le site de modernciso.com
    Cordialement,
    Serge

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