Mon passeport sous la peau

Fable de l’ère numérique

***

Moi, Jahia 8 ans, pucée.

 

Dans mon village, tout le monde a la peau noire – ou presque.

Les blouses blanches comme on les appelle, sont des blancs.

Dans mon village, tout le monde est jeune.

Les vieux sont morts.

Le virus les a tués.

Le virus a été plus fort que mes parents.

Mes parents sont allés retrouver leurs ancêtres au paradis des ancêtres.

Maintenant, c’est moi l’ancêtre.

Moi, je suis moi et ma puce, je ne suis pas seule.

Elle est là, sous ma peau, elle me protège.

Les blouses blanches m’ont demandé avec un grand sourire si j’aime manger du riz ?

Moi, j’ai répondu OUI.

Les blouses blanches ont dit, tu vois ce grain de riz, il est spécial.

Il va aller sous ta peau, dans ton bras.

Il sera avec toi pour toujours.

Il te protégera du méchant virus et des autres.

Il est spécial. Il dit silencieusement qui tu es et où tu es.

Regarde dans le ciel ces oiseaux de métal, ce sont des drones.

Tu vois là-bas, ces chiens d’aciers, ce sont des robots.

Ton grain de riz si gentil, est drôlement fort, il parle avec eux.

Les blouses blanches sont parties, d’autres sont arrivées.

Les autres n’avaient pas de blouses, mais des Tshirts.

Des Tshirts avec des lettres comme des B des G, des C, des Z ou des Found.

Ils ont parlé du grain de riz, ils l’appelaient LA PUCE.

Ils avaient l’air contents.

Ils parlaient de milliardaires, de fondations qui échappent au fisc, de projets qui assurent leur enrichissement.

Personne ne comprenait ce qu’ils racontaient mais on aimait bien qu’ils viennent.

Avec La Puce on avait à manger.

Avec La Puce, on était en sécurité.

Des fois, c’était bizarre, on avait l’impression de comprendre leurs mots mais ça n’avait pas de sens. Ils parlaient de gamin-cobaye, d’état faible, de pauvreté, de guerre, d’un marché mondial.

Les sons « Ko » « rup » et « ssion » les faisaient beaucoup rire.

Un jour, ils sont partis.

Ils ont laissé les oiseaux drones et les chiens robots.

Et moi.

Moi, qui suis de moins en moins moi.

Moi, qu’on appelle maintenant la puce.

Moi, qui est leur puce, je me souviens de ma mère.

Elle me disait « un rire bienveillant peut cacher un cœur noirci de méchanceté ».

Solange Ghernaouti

Solange Ghernaouti

Docteur en informatique, la professeure Solange Ghernaouti dirige le Swiss Cybersecurity Advisory & Research Group (UNIL) est pionnière de l’interdisciplinarité de la sécurité numérique, experte internationale en cybersécurité et cyberdéfense. Auteure de nombreux livres et publications, elle est membre de l’Académie suisse des sciences techniques, de la Commission suisse de l’Unesco, Chevalier de la Légion d'honneur.

3 réponses à “Mon passeport sous la peau

  1. Superbe poème car, même s’il n’est pas en vers, votre texte est si beau qu’il mérite l’appellation de poème. Mais il fait peur.

    Dans les années 80, le Koweït a été le premier pays à opter pour une carte d’identité électronique, à puce donc. Les pays occidentaux ont crié au scandale en prétendant à juste titre que c’était une atteinte aux droits de l’homme. Vingt ans plus tard, la plupart de ces pays qui osaient parler de droits de l’homme ont aussi imposé la carte à puce parfois même lisible à distance, à l’insu de son porteur. Et plus personne n’a plus parlé de droits de l’homme.

    Les utilisateurs de téléphone mobile sont suivis à la trace, les communications téléphoniques sont enregistrées tout comme le courrier électronique et la plupart des gens trouvent ça normal.
    Mieux, les plus naïfs alimentent eux-mêmes et spontanément une data base qui concerne leurs relations au moyen de réseaux appelés “sociaux”.

    Après la crise de la Covid, on va reparler de la suppression de l’argent liquide et, tôt ou tard, l’usage de la carte de banque sera obligatoire afin, entre autres, de savoir qui achète quoi.

    Hitler et Staline n’étaient vraiment que de pauvres amateurs.

    Aussi, je me permets de citer Benjamin Franklin, inventeur du paratonnerre mais aussi fondateur de ce qu’on appellera la CIA deux cents ans plus tard : “Si vous acceptez de sacrifier une partie de votre liberté au nom de votre sécurité, vous ne méritez ni l’une ni l’autre”.

  2. De temps à autre Mme Ghernaouti se fait poète. Elle a beaucoup de talent et ses poèmes ont beaucoup de charme, ce qui peut étonner de la part d’une dame connue pour ses travaux scientifiques. D’autres fois elle se montre à nouveau professeur et scientifique: par exemple quand elle a démontré que l’application SwissCovid ne présente absolument aucune espèce de sécurité, qu’elle est vulnérable à 100% à l’espionnage des GAFAM qui bien entendu ne se gêneront pas pour vendre nos données intimes: aux assurances, aux gouvernements, au fisc, à n’importe qui qui payera pour les avoir, ou alors on en fera usage directement pour les besoins de services secrets US ou autres.

    Je ne sais pas dans quel genre Mme Ghernaouti est meilleure et plus convaincante, comme poète ou comme professeur. J’ai trouvé ses interventions scientifiques percutantes. Bien sûr ça n’a pas eu d’effet, car nous savons désormais que notre parlement est acheté par ces intérêts mondialistes qui veulent la surveillance biométrique mondiale. Mais c’était percutant et ça a du en faire réfléchir plus d’un. Avec ses poèmes en prose, elle nous émeut. Est-ce aussi fort politiquement? Je ne sais pas. Peut-être pense-t-elle que certaines vérités politiquement incorrectes passent mieux sous une forme poétique, sinon on la taxerait de complotiste. Peut-être qu’il faut faire les deux: le travail scientifique et la poésie.

    En tous cas on est entrés dans un monde de cauchemar. Quand on pense qu’autrefois on s’était tant émus que des fonctionnaires fédéraux tiennent des fichiers, avec des fiches en carton, tapées à la machine par une dactylo, totalement inefficaces, sur tous les gauchistes qui depuis lors nous gouvernent et veulent nous pucer pour nous tracer et nous ficher comme eux n’ont jamais été tracés ni fichés…

    C’était le bon temps, avant l’affaire des fiches. Il y avait encore une marge d’erreur. Bien sûr ça a fait quelques dégâts. Il y a eu quelques uns de ces gauchistes qui ont eu des difficultés à trouver du travail, par exemple comme fonctionnaires ou comme enseignants. Et si ces ennuis étaient causés par une erreur dans la fiche, c’est rageant. On comprend ça. Mais disons que c’était quand même le bon temps. Car maintenant avec les techniques biométriques modernes, les empreintes vocales, le traçage, plus moyen de passer à travers les mailles du filet. Il n’y a plus même d’erreur possible.

    Du temps d’Hitler, la Gestapo faisait encore des erreurs, on pouvait encore faire des faux papiers si on était juif, ou résistant, pour échapper à la Gestapo. Aujourd’hui ce serait impossible. Imaginons que Himmler et Heydrich aient eu les moyens techniques dont dispose aujourd’hui la police fédérale en Suisse… Il aurait été impossible d’échapper à leur sbires. Ca fait froid dans le dos, car à l’époque quand on était persécuté par le SD et la SS, c’était déjà difficile de leur échaper, mais il y avait quand même des failles. Maintenant plus de faille. Traçage généralisé, imparable, sur tout le monde et sans aucun contrôle car les serveurs sont contrôlés par les GAFAM, c’est à dire transparents pour le FBI la CIA et pire, mais hors de portée des citoyens suisses qui sont lésés. Ca fait froid dans le dos vraiment.

    Ca me fait penser à une autre histoire aussi. Nous avons tous une puce biométrique dans nos passeports, avec nos empreintes digitales et d’autres informations, qui sait? Je me souviens très bien qu’à l’époque j’avais voté NON à cette obligation du passeport biométrique. La loi avait passé d’extrême justesse ce 17 mai 2009 avec seulement 5’758 voix de différence à 953’136 voix contre 947’632. Mais 16 cantons avaient refusé, c’est à dire que si ça avait un référendum constitutionnel, avec l’exigence de la double majorité du peuple et des cantons c’était refusé.

    Pourtant le Conseil fédéral avait bien expliqué avant le vote que c’était une obligation de voter oui, car ce passeport biométrique était un engagement international de la Suisse.

    (Document accessible sur le site de fedpol)

    Ainsi on signe des accords internationaux, qui engage la Suisse, avant que le peup,e ait pu voter. Et donc, si on avait mal voté? Que ce serait-il passé?

    Toujours pour cette votation là, il faut savoir que l’UDC avait appelé à voter NON. C’était la période où, à la suite du putsch de Mme Widmer_Schlumpf, l’UDC était représentée au CF par une femme dont les idées étaient diamétralement opposées à ce pour quoi l’UDC a toujours combattu. L’UDC voulait donc faire sentir sa capacité de nuisance pour que l’état profond (allons, lâchons ce mot) sente qu’on ne pouvait pas continuer à lui marcher sur les pieds.

    En temps normal l’UDC aurait été gouvernementale et aurait appelé à voter OUI à un tel projet. Mais là c’était une belle occasion d’infliger une défaite humiliante au pouvoir pour que la prochaine fois la concordance permette à deux vrais UDC d’entrer au CF, ce qui s’est finalement réalisé, beaucoup plus tard, avec Parmelin.

    Donc le passeport biométrique devait normalement être refusé, à cause de l’opposition cumulée de la gauche rose verte et de l’UDC.

    Personnellement je suis certain que le passeport biométrique a été refusé, en réalité. Mais il y a eu de la fraude, voulue par le pouvoir. Dans plusieurs localités la fraude a été constatée. Des plaintes ont même été déposées. Elles ont été ignorées, exactement comme les plaintes pour les fraudes avérés en Valais quand Freysinger a été dégommé. Là aussi on s’est assis sur la fraude.

    Et voilà pourquoi nous avons du subir cette situation humiliante qu’on nous impose à tous, comme des suspects, de donner nos empreintes digitales pour obtenir un passeport. Quand le pouvoir profond, mondialiste, veut quelque chose, il n’y a plus de démocratie.

  3. La littérature – ou les contes – saisissent la réalité autrement, par les émotions, par l’imagination. Par l’identification. Votre beau texte m’a fait penser à celui-ci intitulé “Disponible” et accessible sur le site “Chroniques de la Grande Ourse” , en imaginant que de par chez nous, la transformation dont vous parlez se fera plutôt par soumission volontaire.

    J’ai aussi bien aimé l’histoire de la grande Dématérialisation. Peut-être faut-il alterner les discours pour provoquer non seulement une prise de conscience, mais aussi une conscience de la nécessité d’agir!

    En me réjouissant de continuer à vous lire.

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