Imaginaires

Les Jeux Olympiques, en retard d’un rêve

Les gens, c’est bien normal, votent avec leur porte-monnaie. Si les Grisons ont refusé le crédit de candidature pour les Jeux Olympiques d’hiver de 2026, c’est d’abord pour des raisons financières. 25 millions, ce n’est pas rien, et ce n’était que le début : même à Davos et à Saint-Moritz, lieux saints des sports d’hiver, il s’est trouvé une majorité de citoyennes et citoyens pour estimer que l’argent public devrait être investi ailleurs. Cela étant dit, les milieux sportifs, économiques et touristiques qui salivent à l’idée, pas encore enterrée, de Jeux Olympiques en Suisse occidentale auraient intérêt à écouter aussi l’autre message, moins tonitruant, délivré par ce vote : il faut arrêter de proposer à la population des rêves qui désormais ne la font plus rêver.

Les Jeux Olympiques en général, d’hiver, d’été, et quel que soit leur emplacement sur la planète, sont gangrenés par le dopage, un nationalisme malsain et une soif féroce de puissance politique; dans la plupart des cas ils se soldent par des dégâts sociaux, environnementaux, urbanistiques et budgétaires qui en ternissent l’image même dans un pays comme la Suisse, a priori capable de jouer les bons élèves. Et enfin, s’agissant en particulier des sports d’hiver, une partie des Suisses continuent certes à les pratiquer (une confidence : cela m’arrive aussi !), et une autre partie (pas nécessairement la même) continue à applaudir nos champions et championnes du cirque blanc; mais la neige est un peu trop souvent artificielle, le snorkeling dans la Mer Rouge à prix cassés nous tend les bras et notre relation identitaire avec le ski se délite inexorablement.

Les Jeux Olympiques, ça coûte cher, ça pollue, ça fait du bruit et ça nous éloigne encore un peu plus de la nature. En un mot comme en cent, c’est devenu aussi ringard que de fumer à table au restaurant, manger de la viande rouge sept fois par semaine ou aller en voiture, à Lausanne, de la Riponne au Flon. Les promoteurs de la candidature de Sion sont en retard, non seulement d’une guerre, mais, pire, d’un rêve.

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