Les Jeux Olympiques, en retard d’un rêve

Les gens, c’est bien normal, votent avec leur porte-monnaie. Si les Grisons ont refusé le crédit de candidature pour les Jeux Olympiques d’hiver de 2026, c’est d’abord pour des raisons financières. 25 millions, ce n’est pas rien, et ce n’était que le début : même à Davos et à Saint-Moritz, lieux saints des sports d’hiver, il s’est trouvé une majorité de citoyennes et citoyens pour estimer que l’argent public devrait être investi ailleurs. Cela étant dit, les milieux sportifs, économiques et touristiques qui salivent à l’idée, pas encore enterrée, de Jeux Olympiques en Suisse occidentale auraient intérêt à écouter aussi l’autre message, moins tonitruant, délivré par ce vote : il faut arrêter de proposer à la population des rêves qui désormais ne la font plus rêver.

Les Jeux Olympiques en général, d’hiver, d’été, et quel que soit leur emplacement sur la planète, sont gangrenés par le dopage, un nationalisme malsain et une soif féroce de puissance politique; dans la plupart des cas ils se soldent par des dégâts sociaux, environnementaux, urbanistiques et budgétaires qui en ternissent l’image même dans un pays comme la Suisse, a priori capable de jouer les bons élèves. Et enfin, s’agissant en particulier des sports d’hiver, une partie des Suisses continuent certes à les pratiquer (une confidence : cela m’arrive aussi !), et une autre partie (pas nécessairement la même) continue à applaudir nos champions et championnes du cirque blanc; mais la neige est un peu trop souvent artificielle, le snorkeling dans la Mer Rouge à prix cassés nous tend les bras et notre relation identitaire avec le ski se délite inexorablement.

Les Jeux Olympiques, ça coûte cher, ça pollue, ça fait du bruit et ça nous éloigne encore un peu plus de la nature. En un mot comme en cent, c’est devenu aussi ringard que de fumer à table au restaurant, manger de la viande rouge sept fois par semaine ou aller en voiture, à Lausanne, de la Riponne au Flon. Les promoteurs de la candidature de Sion sont en retard, non seulement d’une guerre, mais, pire, d’un rêve.

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen

Silvia Ricci Lempen est écrivaine. Son champ d’investigation préféré est celui des rapports entre les femmes et les hommes: un domaine où se manifeste l’importance croissante de la dimension culturelle dans la compréhension des fonctionnements et dysfonctionnements de notre société.

3 réponses à “Les Jeux Olympiques, en retard d’un rêve

  1. “Les Jeux Olympiques, ça coûte cher, ça pollue, ça fait du bruit et ça nous éloigne encore un peu plus de la nature.”

    Y a-t-il plus primaire et plus médiocre comme argumentation?
    D’une “écrivaine” on attend certainement plus.

  2. Le fond de l’affaire est encore plus simple que cela.
    Les promoteurs des Jeux Olympiques nous disent que les jeux pharaoniques et déficitaires appartiennent au passé. Que désormais ils ne génèrent plus de gouffre financier.
    Alors c’est simple: si ces jeux sont aussi rentables qu’ils le disent, qu’ils empruntent les fonds nécessaires aux banques. Et paient des impôts sur les bénéfices.

    1. Bonjour Jacques,

      Je suis suisse résident à Rio et à ce titre contribuable brésilien.

      Les fonctionnaires de l’Etat de Rio ne sont plus payés, les hôpitaux publics (ici la sécurité sociale est gratuite car 100% fiscalisée) sont fermés car les médecins ne sont plus payés et les médicaments ne sont plus achetés par le système. Aujourd’hui, le réseau de bibliothèques publiques vient d’être fermé les installations du site sont abandonnées et personne en sait qu’en faire. Aucune promesse relative à leur réaffectation ne peut être tenue pour des raisons financières. Les parties de la Copa de America (football) ne peut avoir lieu au Maracaña parce qu’il y a bisbilles entre le CIO local et d’autres entités au sujet de son entretien. La pelouse n’a plus été arrosée depuis de longs mois (34 degrés en moyenne). Stade désaffecté en pratique.

      Le CIO? une mafia de faiseur de pauvres.

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