Franchement, c’est scandaleux ! Lors de sa conférence de presse, économie suisse dit l’air de rien que ce sont aux usagers de payer plus cher leurs transports, y compris les transports publics. Rudolf Wehrli, le président de la faîtière des grandes entreprises, ne voit-il pas la contradiction de ses propos ? Economiesuisse et les partis de droites sont les mêmes personnes à se battre pour exiger des personnes en recherche d’emploi qu’elles acceptent de se déplacer !
Donc, on doit accepter de travailler toujours plus loin, et en plus payer cette flexibilisation offerte aux entreprises ?
Ce qui est encore plus énervant dans cette prise de position, c’est cette idée que les transports publics et privés devraient fonctionner de la même manière : l’usager paye l’usage.
TRES BIEN, mais alors posons-nous la question : qui est le véritable usager des transports publics ? Celui qui prend le train ? Pour répondre à cette question, je propose un petit exemple de trajet. Un trajet assez normal, qui est entre deux régions relativement bien desservies par les transports publics, mais pas juste à côté des gares. Un petit voyage entre la place du Vallon à Lausanne, et le bord du lac de Nyon, pour un peu plus de 41 km.
Un exemple de trajet
En supposant que j’ai une voiture et un abonnement demi-tarif, ainsi qu’un vélo, comment vais-je prendre ma décision entre les deux moyens ?
1) Je regarde le coût marginal, c’est-à-dire le coût supplémentaire de ce trajet. Il ne faut du coup pas inclure les coûts fixes, que l’on paye de toute façons, comme par exemple le prix de la voiture ou les assurances ou encore l’abonnement de train ou le vélo.
Si je prends mon vélo pour aller à la gare, puis je vais à pied de la gare de Nyon vers le bord du lac, cela me coute juste le billet, soit 8.80 avec demi-tarif. La voiture, elle, me coûte l’essence, plus l’entretien au kilomètre, soit 5 francs 15 de plus que si je ne la prenais pas.
2) Je regarde le temps du trajet
En moyenne, je mettrai 60 minutes pour faire ce trajet depuis le moment où je veux partir (5 minutes de vélo, 10 minutes à pied, 45 minutes d’attente en gare et de trajet en train). Selon l’heure de départ, il peut y avoir plus ou moins d’attente, j’ai pris la valeur moyenne en heure de pointe.
3) Je regarde le confort
En train, je peux faire autre chose. En voiture, je n’attends pas et je peux quand même écouter la radio. Et je peux prendre tout ce que je veux avec moi, sans peine.
4) Je regarde les avantages pour les autres
Bon, ben le train a un coût marginal écologique nul : si je le prends, je ne pollue pas vraiment. Alors que la voiture… c’est moins bien à ce niveau. Aussi, j’encombre moins la voie publique, et je ne risque pas de mettre ma vie ou surtout celle d’autres personnes en danger.
Voilà, en tant que propriétaire de voiture, je constate que c’est moins cher, plus pratique et plus rapide d’utiliser le véhicule privé. Alors la seule raison de prendre le train ? C’est mieux pour les autres.
Qui doit payer ?
Alors qui doit payer ? Eh ben oui, les autres. Tout le monde. Moi compris, évidemment. Nous devons payer les transports publics avec nos impôts, car l’usager fait un effort en les prenant, pour le bien commun. Il ne faut donc pas lui reprocher cela. D’autant plus que souvent, ce sont les entreprises qui exigent à leurs employés de se déplacer, et qu’il n’est pas forcément facile de trouver un emploi près de chez soi.
Financer les infrastructures ensemble
Maintenant, nous avons besoin d’infrastructures routières, et c’est pourquoi les impôts doivent aussi servir à les financer. Mais le coût du déplacement de complaisance en voiture devrait être plus cher et moins pratique. Par contre, l’usage du transport public doit être rendu moins cher, plus pratique, par tous, pour tous.