Réseaux sociaux, d’un outil de manipulation à une arme de destruction massive

La crise sanitaire a encore augmenté la puissance économique des « Géants de la Tech » comme Google et Facebook. Un documentaire vient de sortir sur la plate-forme de streaming Netflix, the social dilemma qui démontre l’impact que ces sociétés, via des services comme Google Search, Facebook, Instragram ou encore pour les plus jeunes, Snapchat et plus récemment TikTok, ont sur nos vies.

Notre attention est exploitée pour générer du profit

On est bien loin de l’objectif initial qui consistait à connecter les personnes entre elles et à faciliter les échanges. Dès leur lancement, les services comme Google Search et Facebook ont été gratuits. Rapidement, un modèle d’affaires s’est établi : les utilisateurs sont devenus le produit. Ces entreprises captent toutes nos interactions et ils les monétisent au travers de la publicité. Ce modèle d’affaires a transformé ces services en des outils de manipulation massive.

Derrière des missions marketing telles que “donner aux gens la possibilité de créer des communautés”, les objectifs de ces sociétés sont alignés avec leur modèle d’affaires : augmenter l’engagement et capter notre attention, accroître le nombre d’interactions et maximiser les revenus publicitaires.

Toutes nos interactions sont enregistrées pour obtenir un maximum de données sur notre comportement et nous profiler. Les algorithmes développés visent à prédire notre comportement et à nous influencer/persuader d’acheter les produits proposés par les annonceurs.

L’âge de la désinformation

Pour capter notre attention, les algorithmes adaptent en continu les contenus qui nous sont proposés. Comme les « fake news » et les théories de conspiration attirent plus l’attention et génèrent plus d’interactions, elles se retrouvent amplifiées par les réseaux sociaux.

Notre vision du monde ne correspond plus à la réalité

Lorsqu’on consulte un bon vieux dictionnaire ou un article sur Wikipedia, nous avons tous la même information. Dans le flux des réseaux sociaux, les 2 milliards d’utilisateurs de Facebook ont tous un contenu différent, défini par des algorithmes paramétrés pour atteindre les mesures mentionnées plus haut : maximiser le temps que vous passez devant l’écran, vous inciter à réagir au contenu et consommer les produits publicitaires qui vous sont proposés.

Si le produit proposé sert à vous indiquer pour qui vous devez voter lors des prochaines votations, on voit bien le danger que cela constitue pour notre démocratie.

Si un adolescent reçoit constamment des notifications pour aller consulter des photos retouchées par de multiples filtres déformant la réalité, on comprend bien les risques associés à son estime de soin et à son équilibre mental.

Perte de contrôle

Comme les algorithmes utilisés sont sans aucune supervision humaine et que leurs créateurs ne comprennent plus totalement le fonctionnement, il est difficile pour ces sociétés d’éviter la diffusion de contenus malveillants. De plus, les volumes d’informations publiés chaque seconde sont énormes et il est impossible pour ces entreprises de juger à chaque fois si le contenu est « juste » ou pas.

Une prise de conscience

Ce film a pour objectif d’apporter une prise de conscience et de montrer l’ampleur de la problématique, qui selon l’opinion d’un des intervenants pourrait se terminer par des guerres civiles. Les protagonistes sont tous des anciens employés de ces entreprises, certains ayant été à l’origine de la création du modèle d’affaires, d’autres ayant donné des cours sur « comment rendre la technologie persuasive » et implémenter les méthodes de test pour identifier les fonctionnalités les plus addictives.

J’aime bien le parallèle utilisé à la fin du film par un des participants : ce commerce de l’exploitation de l’attention humaine doit être stoppé, au même titre qu’on a aboli l’esclavage ou le commerce d’organe.

Je vous propose donc d’aller voir ce film sur Netflix, sans attendre que leurs algorithmes vous le suggèrent (ou pas en fonction de votre profilage).

Silence on joue…à un jeu sérieux

Murgame vient d’être lancé le mois dernier. Ce jeu vous permet de bâtir un village, en y construisant des maisons, une école ou encore une épicerie. Une fois que vous avez placé tous les bâtiments, vous devez ensuite créer des aménagements permettant de protéger votre village d’une coulée de lave torrentielle. Parmi les solutions, le renforcement de la structure des maisons, la construction d’une digue ou encore la mise en place d’un mur de pierre.

Quand vous avez terminé la construction de votre village, vous pouvez simuler l’écoulement de laves torrentielles de différentes intensités et observer les dégâts qu’elles vont causer. Lors de votre première itération, il est probable que votre village soit complément anéanti. Vous avez ensuite la possibilité de bâtir un nouveau village et de comparer les résultats. Les dommages financiers de la catastrophe vous sont présentés.

Vous l’aurez compris, Murgame a pour objectif de vous sensibiliser aux dangers naturels. C’est ce qu’on appelle un jeu sérieux ou serious game en anglais : une activité qui combine une intention « sérieuse » de type pédagogique avec une expérience ludique.

Il n’y a pas besoin de regarder très loin dans le passé pour identifier un cas de lave torrentielle mortelle en Suisse. En 2017, une masse de roche d’environ 3 millions de m3 s’est détachée du Piz Cengalo, un sommet frontalier de 3369 m entre l’Italie et le Val Bregaglia. Elle a formé une lave torrentielle qui a détruit plus de 90 constructions dans le village de Bondo.

Avec le changement climatique qui s’opère, les catastrophes naturelles deviennent de plus en plus fréquentes. Sensibiliser la population et expliquer les mesures à prendre pour se protéger devient donc indispensable. Une approche utilisant la gamification est extrêmement efficace.

Le succès des applications basées sur le principe de gamification

La gamification devient une tendance forte, notamment dans le domaine de l’éducation. La start-up Duolingo est un excellent exemple : en rendant l’apprentissage d’une langue étrangère ludique, elle a rejoint en décembre dernier le cercle des licornes avec une valorisation supérieure à $1milliard. Duolingo annonce avoir 30 millions d’utilisateurs actifs. Plus d’un million de personnes ont également souscrit à Duolingo Plus, la version payante.

En mars, l’entreprise a lancé Duolingo ABC, application permettant aux enfants d’apprendre à lire et à écrire.  En se basant sur le même principe d’apprentissage par le jeu, la start-up souhaite maintenant s’attaquer à la problématique de l’analphabétisme.

Pourquoi ne pas également s’inspirer de ces méthodes dans le domaine du développement durable ? Au travers du jeu, on peut sensibiliser la population aux conséquences des changements climatiques et montrer de façon ludique l’impact de nos comportements individuels et collectifs sur notre planète.

De la fiction à la réalité

L’application Murgame va dans cette direction. Les développeurs ont décidé dans un premier temps de proposer un environnement 3D fictif. Une prochaine étape pourrait faire évoluer ce jeu dans dans un environnement réel. Les géodonnées du territoire sont facilement accessibles sur des portails en ligne et elles permettent d’obtenir des jumeaux numériques de nos villes.  Sur le site du SITG, on peut se balader virtuellement dans un environnement 3D du canton de Genève.

Quels sont les jeux sérieux que l’on peut développer en utilisant ces données ? Les possibilités sont illimitées, un exemple d’actualité pourrait être le suivant : A peine mise en place, les 7 km de pistes cyclables provisoires installées en ville de Genève font déjà polémiques. Pourquoi ne pas développer un jeu vous permettant de modifier les infrastructures routières de la ville de Genève ? Le joueur aurait la possibilité d’installer des parkings à vélo dans toute la ville, de construire des routes dédiées et d’adapter les feux de signalisations pour prioriser les vélos. Il pourrait s’inspirer de planification urbanistique existante, comme celle de la ville d’Utrecht en Hollande, championne de la mobilité douce. L’utilisateur pourra ainsi s’amuser à modifier le jumeau numérique de son quartier genevois pour qu’il se rapproche de celui d’Utrecht.

Comme dans le cas de l’application Murgame, le joueur pourrait ensuite effectuer des simulations. Au lieu d’un écoulement de lave, il observera les flux de mobilités. Pour comparer les scénarios et améliorer sa performance, des indicateurs tels que le taux de pollution, la réduction des coûts de la santé ou l’augmentation de la productivité seront estimés. Les calculs de simulation pourront s’appuyer sur des cas existants. A Utrecht, les avantages socioéconomiques combinés ont été estimés à plus de $300 millions par an.

Le confinement a fait exploser la vente des jeux en ligne. Dans « le monde d’après » comme le citent constamment les médias, pourquoi ne pas continuer à jouer avec des jeux sérieux ? Commencez dès maintenant avec Murgame.

Liens :

Avalanche et la lave torrentielle à Bondo en 2017 :

Utrecht, planifier pour les gens et les vélos, pas pour les voitures :

Pourra-t-on utiliser le traçage de nos téléphones mobiles pour une bonne cause ?

Eviter une deuxième vague de propagation du coronavirus, c’est le défi qui nous attend dans quelques semaines, lorsque nous allons sortir du confinement. Utiliser la géolocalisation de nos téléphones portables pourrait contribuer à contenir la diffusion du virus. Entre respect de la vie privée et utilisation de la technologie pour protéger le citoyen, l’équilibre est difficile à trouver. Y a-t-il quand même un moyen de bénéficier de ces nouveaux outils, en toute transparence et en laissant un contrôle au citoyen ?

L’exploitation des données de géolocalisation sur nos téléphones portables est devenue omniprésente, souvent sans que nous en soyons vraiment conscients. Ces données sont principalement utilisées dans deux objectifs : faire de l’argent et espionner. Les géants de l’internet utilisent nos données dans le but de générer des revenus publicitaires. Certaines entreprises et certains gouvernements les utilisent pour faire de l’espionnage industriel ou surveiller les citoyens.

En cette période de pandémie, plusieurs pays commencent à utiliser la géolocalisation pour combattre la diffusion du coronavirus. Par contre, les médias nous en donnent la plupart du temps une vision cauchemardesque, avec par exemple le cas de l’Etat d’Israël. Celui-ci accède aux données des opérateurs mobiles pour faire de la répression massive et violente auprès des personnes qui ne respectent pas le confinement (c’est en tout cas l’impression que l’on a lorsque l’on regarde les reportages).

Je souhaite apporter un éclairage et esquisser quelques pistes de solutions pour bénéficier de ces technologies.

Quel est l’objectif ?

Je voudrais d’abord distinguer deux approches fondamentalement différentes dans l’utilisation de ces technologies de géolocalisation.

L’approche « Je n’ai pas confiance en vous, j’impose des outils pour vous contrôler ou je collecte des informations sans vous demander votre autorisation » :

Certains pays utilisent la technologie dans le but de contrôler leurs citoyens et d’effectuer une répression en cas de non-respect des règles. Taïwan a mis en place une solution de geofencing : une alarme est envoyée lorsqu’une personne en quarantaine quitte un périmètre défini. La Pologne force les personnes mises en quarantaine à installer une application qu’ils doivent utiliser pour envoyer régulièrement des selfies géolocalisés afin de prouver qu’ils restent bien chez eux.

L’approche « Je vous mets à disposition des outils pour que vous puissiez mieux vous protéger » :

Dans ce cas, on suggère au citoyen d’installer une application qui va lui permettre de se protéger plus efficacement contre le virus. Singapour a lancé l’application TraceTogether. Elle communique par un signal Bluetooth avec les autres utilisateurs qui se trouvent autour de vous. Les données de géolocalisation sont encryptées et stockées uniquement sur votre téléphone. L’application vous permet ainsi de savoir si une personne proche de vous est infectée par le virus. Ayant installé l’application, j’ai obtenu l’indication suivante lors de la configuration : les autorités peuvent le cas échéant vous demander votre accord pour collecter certaines données dans le but de faire le suivi de la pandémie.

Quelles sont les solutions ?

Deux solutions sont possibles pour obtenir la géolocalisation des utilisateurs sur un smartphone :

Les opérateurs de téléphones mobiles peuvent obtenir les informations de géolocalisation sans obtenir votre consentement en identifiant l’antenne sur laquelle vous êtes connecté. Cette solution est peu précise car les antennes couvrent parfois plusieurs kilomètres. En développant des algorithmes sur la base de nos traces numériques, ils peuvent améliorer la précision et vous localiser à environ 30 à 50 m. En Europe, les opérateurs effectuent ces analyses sur la base de données anonymisées. En Suisse, Swisscom vous permet de désactiver la collecte et l’utilisation de ces géodonnées directement sur son portail client. Cependant, on n’est pas à l’abri d’une modification rapide du cadre légal. Depuis mars, l’Etat d’Israël peut accéder aux données non anonymisées des opérateurs téléphoniques du pays.

La deuxième solution consiste à installer une application sur votre téléphone (via Apple Store ou Google Play). Pour avoir accès aux données de géolocalisation, il faut obtenir le consentement de l’utilisateur. Une fois l’autorisation obtenue, l’application accède directement à votre position, produite par le GPS intégré dans tous les smartphones. On peut ainsi vous localiser avec une précision de quelques mètres. C’est la solution utilisée par « TraceTogether » que je mentionnais précédemment. Google et Facebook collectent également des milliards de données de géolocalisation en vous demandant d’autoriser l’accès au GPS lorsque vous installez GoogleMap ou WhatsApp.

Pourquoi le traçage de nos téléphones est utile ?

Le confinement permet de réduire massivement le nombre de contaminations. La vague passée, si nous reprenons nos habitudes, il est probable qu’une nouvelle vague surviendra. Pour l’empêcher, il faudra systématiquement détecter les personnes affectées et les mettre en quarantaine. Il est également nécessaire d’identifier toutes les personnes qui ont été en contact avec un malade pour les mettre également en confinement. Cette transition après la période de confinement est notamment bien expliquée dans l’émission CQFD sur la radio RTS.

Dans un tel scénario, l’utilisation de nos téléphones portables me semble extrêmement utile pour reconstruire nos déplacements et rapidement identifier toutes les personnes avec lesquelles nous avons été en contact dernièrement.

Quelle solution de mise en œuvre « à la Suisse » ?

Les effets du confinement devraient permettre de réduire prochainement la courbe des infections, il est donc temps d’anticiper la suite. Pourquoi ne pas mettre à disposition une application « PrévenirUneNouvelleVague » ?

Dans la même logique actuelle d’une population responsable qui suit les recommandations édictées par le gouvernement, le Conseil fédéral pourrait demander à tous les citoyens d’installer une telle application sur une base volontaire. Comme le temps presse, pourquoi ne pas capitaliser sur une base existante telle que l’application Alertswiss ? Cette application permet déjà d’accéder à vos données de géolocalisation si vous en donnez l’autorisation. Elle collecte ainsi des informations précises sur vos déplacements.

En complément, il faudrait constituer une task force composée des meilleurs data scientists qui se trouvent dans nos universités pour transformer ces données en un outil de pilotage pour nos autorités. Le projet serait mis sous la surveillance du Préposé fédéral à la protection des données, qui s’assurera que les informations collectées soient traitées dans les règles de l’art et qu’elles soient ensuite effacées lorsque la crise sera terminée.

Au-delà des dérives possibles, les opposants à ces technologies craignent que ces solutions de traçages ne deviennent la norme. Avec une telle solution, une fois l’épidémie passée, vous pourrez désactiver la géolocalisation d’Alertswiss ou même supprimer complètement l’application. Le citoyen continue d’avoir le contrôle sur ses données et décide avec qui il souhaite les partager.

Big Data, Big Impact ?

La frontière entre une utilisation de ces technologies pour le bien public et une utilisation pour effectuer de la surveillance et réduire nos droits à la vie privés est étroite. Le pragmatisme et la bonne gouvernance de la Suisse devraient permettre de mettre en place une solution adaptée. Ces « Big data » collectées avec l’application Alertswiss pourraient nous permettre de sortir plus rapidement de cette crise, il serait dommage de s’en priver. Qu’en pensez-vous ?

A quelle vitesse se déploieront les véhicules sans conducteur?

Se déplacer en navette autonome, c’est possible dans de nombreuses régions de Suisse où les projets pilotes se multiplient. Ayant parcouru quelques kilomètres dans l’une d’elles, j’ai été enthousiasmé par les progrès accomplis. On est encore loin d’un déploiement à large échelle, mais il est temps d’apprendre à cohabiter avec ces nouveaux véhicules

19 km/h, c’est la vitesse actuelle de la navette autonome des TPG (Transports publics genevois) qui sillonne les rues de Meyrin. Son parcours est compliqué. Elle roule dans une zone limitée à 30 km/h, avec une circulation à double sens sur une route très étroite, car des places de parcs ont été aménagées sur les bords. La dernière fois que je suis monté dans un véhicule autonome, c’était en 2015 sur le campus de l’EPFL. Quel progrès accompli entre-temps! La navette n’est de loin pas encore parfaite, mais elle permet déjà de connecter de façon assez fiable les quelques kilomètres qui séparent la gare de Meyrin à la ligne de tram. On pourrait comparer son comportement à celui d’une apprentie conductrice. Elle effectue de nombreux freinages secs et roule plus lentement.

Apprendre à cohabiter

La navette circule dans les rues de Meyrin depuis maintenant un an et demi. Ses améliorations progressives consistent principalement à se rapprocher du comportement d’un conducteur «idéal». C’est-à-dire: sélectionner la trajectoire optimale, anticiper les manœuvres et définir les actions correctes à entreprendre selon les différents obstacles qui se présentent.

Au cours du temps, les habitants du quartier se sont habitués à sa présence. Comme il est bien plus facile de faire respecter le Code de la route à un robot qu’à un humain, la navette est exemplaire. On observe même qu’elle a une influence positive sur le comportement routier des conducteurs qui fréquentent quotidiennement cette route.

Garantir la confiance

Les défis technologiques restent cependant nombreux. Les véhicules autonomes actuellement en service n’ont pas encore suffisamment de capteurs pour être aussi performants que l’humain. A l’image de nos cinq sens, les navettes ont besoin d’une combinaison de senseurs comme la détection par laser (lidar), de caméras et de systèmes radars pour améliorer leur autonomie.

Fin février, une personne est tombée de son siège lors d’un arrêt brutal d’une navette dans la ville de Columbus (Ohio). Les autorités américaines ont immédiatement pris la décision de suspendre les 16 navettes similaires en fonction dans 10 villes américaines.

Permettre l’expérimentation pour améliorer la technologie tout en préservant la confiance des utilisateurs en évitant des accidents est un des nombreux défis.

 De nouveaux métiers se créent

Pour opérer ces navettes sans conducteur, il faut effectuer régulièrement une cartographie numérique de la route. Sur cette carte, la trajectoire du véhicule doit être définie précisément. Chez BernMobil, l’entreprise de transports publics de la ville de Berne, une personne est en formation pour acquérir ces nouvelles compétences et ainsi devenir un designer de trajectoires pour véhicules autonomes. Une navette circule actuellement le long de l’Aar et le trajet doit régulièrement être adapté, notamment en fonction des saisons.

Pour l’instant, un opérateur doit toujours être à bord du véhicule. Dans le futur, on peut imaginer que l’opérateur ne sera plus présent dans chaque véhicule, mais dans un poste de contrôle et devra gérer une flotte de navettes. Dans 10 ans, on aura probablement beaucoup moins de chauffeurs de bus, mais de nouveaux postes seront créés, comme celui de designer de trajectoires ou d’opérateur de véhicules autonomes.

On observe à nouveau que l’introduction d’une nouvelle technologie modifie le type de compétences et crée de nouveaux métiers. Il est important de se préparer à ces changements pour éviter un choc au niveau de l’emploi. Le professeur David Autor du Massachusetts Institute of Technology, venu dernièrement donner une conférence à Lausanne, exprimait très clairement cet enjeu: si demain, on n’a plus besoin des 4 millions de chauffeurs routiers qui circulent aux États-Unis, c’est un gros problème. Si l’on anticipe et que l’on prend les mesures adéquates, maintenant, en sachant que les camions autonomes deviendront une réalité dans 20 ans, on peut parfaitement gérer le changement.

Obtenir une mobilité durable

La plupart des projets pilotes actuels testent la mise en place d’une ligne de transport public avec des arrêts et des horaires fixes. La vitesse maximum étant actuellement de 19 km/h, ces véhicules circulent dans des zones 30 pour ne pas trop perturber le trafic. Les avantages sont donc très limités dans ces cas d’usage. L’objectif est de tester et d’acquérir de l’expérience.

Pour qu’une telle solution devienne intéressante, il faudra pouvoir introduire un système d’offre à la demande. C’est d’ailleurs tout l’intérêt d’avoir des navettes plutôt que des voitures individuelles autonomes. Pour éviter une explosion du trafic, il est essentiel de pouvoir mutualiser les trajets.

Se familiariser avec le véhicule sans conducteur

Les promesses et les perspectives offertes par l’introduction des véhicules autonomes sont énormes: sauver des millions de vies en réduisant massivement le nombre d’accidents, faire gagner aux usagers de la route des centaines d’heures qu’ils perdent normalement en étant au volant et réduire les émissions de CO2. Mais, le chemin est encore long.

C’est une thématique passionnante à suivre et nous avons la chance d’avoir de nombreux projets pilotes en Suisse. N’hésitez pas à expérimenter vous-même cette mobilité du futur en allant vous promener à Meyrin, le long de l’Aar à Berne ou dans le quartier du Marly Innovation Center à Fribourg. De plus, pour le moment, il y a toujours un opérateur ou une opératrice sympathique à bord qui vous expliquera avec plaisir son travail, consistant à éduquer le cerveau algorithmique de son véhicule. Cette personne développe d’ailleurs une autre nouvelle compétence essentielle du XXIe siècle: la pensée computationnelle (comprendre comment formuler un problème pour que la machine puisse le résoudre).

 

Lors du Forum des 100 «Les Suisses face à l’intelligence artificielle » le 25 septembre à l’EPFL, cette thématique sera abordée lors d’une des sessions : L’AI et la mobilité, à quelle vitesse vers l’auto sans conducteur ? Les enjeux liés aux données qui nourrissent les algorithmes seront notamment discutés.

Les joueurs de foot et les vignerons sont connectés pour améliorer leurs performances

Sous l’appellation « Smart City », les solutions technologiques se multiplient dans les villes pour réduire les embouteillages, diminuer la consommation d’énergie ou encore améliorer la sécurité. Par extension, un domaine en forte croissance est le « Smart Agriculture », appelé aussi « agriculture de précision ».

Plusieurs start-up romandes se sont déjà lancées à la conquête de ce marché : Gamay par exemple a développé une caméra miniature hyperspectrale installée sur un drone. Sorte d’IRM des champs, elle scanne les plantations pour y détecter des maladies.

La disruption dans ce domaine peut également provenir de PME traditionnelles. La semaine dernière, j’ai rencontré un entrepreneur enthousiasmant, Stéphane Boggi. Il dirige Felco Motion, entité appartenant à Felco, entreprise familiale qui fabrique des outils de taille et de coupe depuis 75 ans. La société a lancé, en fin d’année, un bracelet connecté pour permettre au vigneron d’améliorer la gestion de son terrain.

Le vigneron connecté devient producteur de « Smart Data »

En quoi consiste cette solution ? Les personnes qui travaillent dans la vigne portent à leur poignet un boitier connecté qui enregistre toutes les tâches effectuées et les visualisent sur une carte numérique. Le boitier comprend également des boutons pour indiquer par exemple la position d’un plant malade.

Ces données accumulées permettent au viticulteur de mieux planifier ses activités, de faire le suivi des zones traitées et d’automatiser le travail administratif. Une plateforme de gestion utilise toutes ces informations pour compléter une partie des formulaires à fournir aux autorités de surveillance.

Du terrain de football à la vigne, il n’y a eu qu’un pas à faire

Le boitier de Felco Motion doit fournir une géolocalisation suffisamment précise pour savoir dans quelle rangée de plants se trouve le vigneron. Plutôt que de se lancer dans un projet de recherche pour développer une solution, la société a approché l’entreprise Advanced Sport Instruments (ASI).

ASI crée des solutions de mesures de performance pour les athlètes, en particulier les footballeurs. Pour connaître les mouvements des joueurs lors d’un match, ils ont développé un boitier connecté qui enregistre leur déplacement sur le terrain. Zones couvertes et distances parcourues font partie des indicateurs mesurés. La société transforme ensuite ce flux de données en un outil d’analyse pour les entraîneurs.

Dans les deux cas, il faut être capable de déterminer la position du joueur ou du vigneron avec une précision d’environ 50 cm. Les signaux GPS utilisés par nos smartphones nous localisent dans un rayon d’environ 50 m, précision insuffisante pour une telle application. En mettant en place une collaboration avec ASI, Felco a pu bénéficier de la technologie développée pour le football et la transposer au domaine de la viticulture.

Le vigneron 4.0 intègre de nouvelles tâches pour augmenter sa performance

Comment utiliser cette solution ? Dans un premier temps, le vigneron fait voler un drone sur ses cultures pour obtenir une cartographie numérique précise. Puis, il s’équipe d’un bracelet connecté qu’il calibre avec un point de référence en bordure de la vigne. Il renvoie ensuite automatiquement sa position et ses mouvements toutes les ½ secondes. Il consulte finalement une plateforme sur laquelle ces données lui permettent de planifier de façon optimale les travaux de la vigne, mais également d’automatiser une partie des tâches administratives.

De la théorie à la pratique avec le master Innokick

Dans ce projet, la mise en place de collaborations ne s’est pas limitée aux aspects technologiques. Un deuxième partenariat clé a été établi avec le master InnoKick de la HES-SO. Les étudiants ont utilisé différents outils méthodologiques du Design Thinking, tels que la compréhension du parcours client, pour identifier les besoins des viticulteurs. L’approche intégrait également la co-création avec les utilisateurs. Cela a permis de rapidement éliminer les fausses bonnes idées telles que l’utilisation d’un smartphone comme objet connecté. Il aurait très vite été cassé. En plus, impossible de manipuler l’écran en portant des gants de taille.

De la technologie à l’état d’esprit

Dans cette transformation numérique qui s’opère, l’exemple de Felco démontre que le défi n’est pas technologique. Pour être en mesure de lancer avec succès un produit novateur, il faut en premier lieu intégrer, dans son entreprise, la culture numérique. Elle est essentielle pour bénéficier des opportunités offertes par les nouvelles technologies. Cette culture numérique contient notamment les quatre caractéristiques ci-dessous.

La prochaine fois que vous changerez de voiture, ce sera pour un abonnement sur votre smartphone

Ces derniers mois, j’observe une accélération du développement des plateformes de mobilité. Si votre voiture arrive bientôt en fin de vie et que vous pensez la changer pour une voiture électrique, il est peut-être préférable d’attendre. La mobilité comme service (Mobility-as-a-Service en anglais) se profile à l’horizon.

Ce modèle d’affaires consiste à payer un abonnement mensuel qui vous donne accès à plusieurs modes de transport : bus, train, voiture de location, taxi, service d’autopartage ou encore vélo et trottinette en libre-service. L’application vous indique pour tous vos trajets la combinaison optimale pour arriver à votre destination.

Sachant qu’en moyenne votre voiture est parquée 95% du temps, cette solution mérite d’être considérée.

Qui s’imposera comme le nouveau Netflix de la mobilité ?

On peut distinguer trois types d’entreprises qui développent cette nouvelle manière de “consommer” la mobilité :

  1. Des start-up lancent de nouvelles plateformes avec l’ambition de conquérir le monde
  2. Les applications de transports publics élargissent leur service
  3. Les plateformes de transport par chauffeurs privés tels que Uber et Lyft intègrent dans leur application des modes de transport alternatifs

Parmi les nouvelles entreprises, la société Maas Global vient tout juste de terminer un tour de financement de 29.5 millions d’euros. Elle a lancé l’application Whim il y a 2 ans en Finlande. A Helsinki, l’application propose par exemple un pack Whim Unlimited qui comprend les transports publics, les vélos en libre-service, les taxis et les véhicules de location pour 499 euros par mois. Plus de 6 millions de trajets ont déjà été effectués en utilisant cette solution.

Cette nouvelle levée de fonds vise à soutenir l’expansion dans de nombreuses villes. Comme dans le cas de la téléphonie mobile, le succès d’un tel service dépendra des possibilités de « roaming ». Pouvoir utiliser la même application partout où l’on se déplace est primordial pour obtenir un taux d’adoption élevé. Comme utilisateur, on ne veut pas devoir installer sur son smartphone une application par ville et gérer de multiples abonnements.

Les applications des transports publics étendent leur offre avec des forfaits intégrant plusieurs modes de transport. Lausanne et Genève ont uni leur force pour lancer l’application ZenGo. Vous pouvez, depuis cet été, faire partie du pilote et souscrire un abonnement qui vous donne accès aux transports publics et à l’offre de PubliBike. En complément, avec un système de jetons, l’abonnement vous donne aussi accès aux services de Mobility et de TaxiService. La mise en place des partenariats et l’harmonisation du service est un défi. Dans ce pilote, Mobility est par exemple uniquement disponible à Genève.

Avec une approche plus globale, Moovit, l’application leader pour la recherche de trajet en transports publics, vient de signer le mois dernier un partenariat avec Waze pour intégrer son service d’autopartage. Moovit, déjà mentionné dans mon article précédent sur le Big data, compte maintenant plus de 500 millions d’abonnés dans le monde. Cette intégration leur permet de proposer une solution alternative pour des trajets qui sont mal desservis par les transports publics.

Finalement, les plateformes de transport par chauffeurs privés évoluent également dans cette direction : Uber a lancé son service Transit dans douze villes dont Paris. Son application vous propose des itinéraires en bus et en métro. L’entreprise a également intégré dans son application Jump, son service de vélos électriques.

L’objectif d’Uber est d’augmenter la fréquence d’utilisation de son application. En contrôlant la relation client, ils espèrent, dans le futur, trouver des moyens de monétiser ces services, probablement en utilisant nos données de mobilité qu’ils auront collectées.

Comment nos données sont-elles utilisées ?

Avec ces deux milliards d’utilisateurs, Facebook possède suffisamment de données pour analyser nos comportements et connaître nos préférences et nos envies. De façon similaire, l’entreprise qui s’imposera sur ce marché de la « mobilité comme Service » possèdera une mine d’or d’informations sur tous nos mouvements. On peut déjà observer les premiers signes : avec ses 500 millions d’utilisateurs, Moovit revend déjà des données à Uber pour son service Transit.

En conséquence, avant de remplacer sa voiture pour un abonnement à une de ces applications, il faudra se demander à qui l’on veut donner l’information sur tous nos déplacements et savoir ce que ces sociétés vont en faire. Obtenir une transparence sur les algorithmes sera important pour savoir de quelle manière ces entreprises vont influencer nos déplacements.

Ce marché est estimé par certains analystes à $100 milliards en 2030. On peut s’imaginer qu’une partie du revenu sera générée par la monétisation de nos données.

En complément :

Le service de Whim expliqué en anglais :

La version plus locale avec ZenGo, le pilote lancé cet été à Genève et Lausanne :

Vague verte aux élections fédérales, que va-t-il se passer ensuite ?

Les journaux se sont largement fait l’écho des bons résultats des Verts et des Vert’libéraux lors des dernières élections fédérales. Les sceptiques prédisent déjà que cette vague verte va simplement s’écraser sur le sable et que, dans 5 ans, cet excellent score va être effacé.

Alors, comment est-ce que cette nouvelle configuration du Parlement peut-elle permettre d’ancrer la Suisse dans une logique forte de développement durable ?

Les initiatives politiques actuelles sont principalement des actions tactiques basées sur des mesures dissuasives comme l’introduction de la taxe au sac pour augmenter le taux de recyclage. Dans la même logique, on a beaucoup débattu ces derniers mois de l’introduction d’une taxe pour les vols en avion. Si la Suisse veut maintenant devenir exemplaire, il est temps de mettre en place un vrai leadership et de définir une stratégie du changement.

Huit étapes pour un obtenir un changement durable

Je propose aux Verts et aux Vert’libéraux d’unir leur force et de développer une stratégie du changement en utilisant les huit étapes décrites par John Kotter dans son livre « Alerte sur la banquise ». En effet, dans la politique, mais également dans le monde des entreprises, les programmes de changement aboutissent rarement à un succès car certaines étapes ont été omises. John Kotter propose les huit étapes suivantes :

  1. Créer un sentiment d’urgence
  2. Réunir l’équipe de pilotage
  3. Développer la vision et la stratégie de changement
  4. Communiquer pour faire comprendre et adhérer
  5. Donner aux autres le pouvoir d’agir
  6. Produire des victoires à court terme
  7. Persévérer
  8. Créer une nouvelle culture

Les excellents résultats des Verts au Parlement sont la conséquence de la première étape : créer un sentiment d’urgence. Les lanceurs d’alertes tels que Greta Thunberg, les rapports alarmistes de la communauté scientifique et les grèves du climat ont permis de propager ce sentiment d’urgence.

Développer la vision et la stratégie de changement est maintenant une étape essentielle. Il me semble judicieux que cette nouvelle « délégation verte » au Parlement précise en quoi l’avenir sera différent avec leurs actions et surtout explique comment cet avenir peut devenir une réalité.

Lors de l’élaboration de ce plan, une des questions importantes spécifiées dans le livre de John Kotter est : disposons-nous d’un chemin crédible pour y parvenir ? Si l’on prend l’exemple de la stratégique énergétique 2050 acceptée par le peuple en 2017, elle promet la sortie du nucléaire et la promotion des énergies renouvelables. Cependant on peut questionner la mise en œuvre : un seul projet éolien a vu le jour depuis l’acceptation de la stratégie 2050 alors que la page d’accueil contient une photographie d’éolienne ! Le plan d’action aurait par exemple dû intégrer un mécanisme pour assurer une pesée d’intérêt globale dans le but de réduire les oppositions.

Donner aux autres le pouvoir d’agir est également une des étapes importantes. Il faut laisser le champ libre et soutenir ceux qui veulent transformer la vision en réalité. Nous avons la chance d’avoir, dans notre pays, de nombreux ambassadeurs de la durabilité. Raphaël Domjan est un excellent exemple, avec son projet SolarStratos. Il cherche à démontrer que, grâce à l’énergie du soleil, il est possible d’aller plus haut qu’un avion fonctionnant aux énergies conventionnelles.

Développer des avions qui émettent moins de CO2 est une solution plus attractive que d‘augmenter le prix de billets pour empêcher la classe moyenne de partir en vacances et de découvrir le monde.

Ces ambassadeurs du changement comme Raphaël Domjan produisent des victoires, montrent la voie et inspirent d’autres citoyens à s’investir dans la mise en œuvre du changement.

De la fable à la réalité

Le livre de John Kotter illustre ces huit étapes de la conduite du changement au travers d’une fable. Elle décrit comment une colonie de pingouins devient nomade pour garantir sa survie suite à la fonte des glaces du pôle Nord. Cette analogie ne peut être mieux choisie dans le contexte de la protection du climat. Le réchauffement climatique rendra certaines régions du monde invivables. Bloquer les frontières avec de nouvelles règles d’immigration est inutile. Appliquons plutôt les bonnes pratiques de la gestion du changement pour faire de la Suisse un leader du développement durable.

Selon un proverbe chinois, « quand souffle le vent du changement, certains construisent des murs, d’autres des moulins ». On n’a pas été très bon pour construire des éoliennes (plutôt que des moulins), peut-être qu’avec un Parlement plus vert qui met en place une vraie stratégie du changement, l’impact sera à la hauteur de nos attentes.

Le livre de John Kotter est disponible chez Payot : https://www.payot.ch/Detail/alerte_sur_la_banquise_-john_kotter__holger_rathgeber-9782744066979

Aurons-nous encore besoin d’apprendre des langues étrangères ?

Depuis 6 mois, je dédie une partie de mon temps à améliorer mes connaissances en allemand. Au moment où les progrès de l’intelligence artificielle sont très rapides, il me semble intéressant de se poser la question de savoir pour combien de temps encore nous devrons apprendre des langues étrangères.

Petit tour d’horizon des technologies actuellement à disposition et de leur impact. 

De la traduction de textes à une traduction vocale simultanée

Les traducteurs de textes sont de plus en plus efficaces. Pendant plusieurs années, Google a dominé ce marché avec Google Translate, mais les résultats obtenus restent assez médiocres. On trouve maintenant des solutions plus performantes, comme Deepl.com. La différence, les données qui nourrissent ses algorithmes.

Deepl appartient à la société Linguee qui propose depuis 2010 un service en ligne de traduction contextuelle. Quand on fait une recherche de mots, ceux-ci apparaissent dans différents exemples de phrases. En plaçant les mots dans le contexte d’une situation spécifique, cela nous permet de sélectionner le mot le plus approprié. Deepl capitalise sur les millions de données générées au fil du temps par ce service pour entrainer ces algorithmes.

La traduction vocale simultanée fait son apparition. Sans surprise, ce sont les géants d’internet comme Google avec ses écouteurs Pixel Buds intégrant cette fonctionnalité ou des start-up comme Waverly Labs dont le slogan est « plus de barrières linguistiques » qui s’attaquent à ce marché.

Alors que la plupart des solutions actuelles retranscrivent d’abord la voix en texte, traduisent ensuite ce texte dans la langue souhaitée et finalement restituent cette traduction à nouveau en parole, Google développe actuellement une méthode de traduction « directe voix-voix » qui devrait permettre de rendre la conversation plus naturelle en conservant les caractéristiques de la voix de la personne qui parle.

Comment les applications de traduction vont-elles changer le monde ?

Pour toutes les personnes avides de voyages et de découvrir d’autres cultures, la démocratisation des assistants de poche multilingue simplifiera les échanges. Comme il est assez compliqué d’apprendre le coréen ou le japonais en quelques semaines avant de partir en vacances, des applications telles que One Mini qui coûtent moins de 100 CHF vont simplifier la communication avec les gens et ainsi faciliter l’immersion dans la culture locale.

Plus largement, ces traducteurs boostés à l’intelligence artificielle permettent de diffuser la connaissance. Des milliards de textes qui n’avaient jusqu’alors pas été traduits en raison des coûts élevés d’une traduction humaine vont pouvoir l’être. Ces solutions vont donc fortement contribuer au partage de connaissances en éliminant les barrières de la langue.

Au niveau des entreprises, ces traducteurs vont permettre aux PME de devenir des multinationales. Les manuels d’utilisations des produits seront rapidement traduits et les sites de vente en ligne seront disponibles en plusieurs langues. Les PME pourront donc plus rapidement et à moindre coût adresser un grand nombre de marchés.

Alibaba, le leader chinois du e-commerce l’a bien compris, il propose déjà un outil de traduction à ces clients qui vendent leurs produits sur son site. Alibaba va plus loin, elle fait également évoluer sa plateforme de commerce B2B. Cette plateforme qui permet aux entreprises de trouver des fournisseurs dans le monde entier va prochainement intégrer une solution de vidéo-chat avec traduction simultanée pour faciliter les négociations.

Un humain augmenté parlant 10 langues…ou même plus

On parle de plus en plus de l’humain augmenté, car les technologies nous permettent d’accroître notre performance. Le smartphone est un bon exemple, en le tenant dans notre main, il nous donne l’accès partout à une source d’information quasi infinie qu’il nous serait impossible de mémoriser ou il nous permet de nous diriger dans une ville qu’on ne connait pas. Difficile de donner une date et de définir sous quelle forme (écouteur, implant) nous serons équipés pour comprendre plusieurs langues mais l’enjeu est tellement grand et les possibilités offertes par l’intelligence artificielle si prometteuse qu’à mon avis cela deviendra une réalité dans quelques années.

Entretemps, je vais continuer d’améliorer mon allemand mais la technologie a déjà modifié ma stratégie d’apprentissage. Je me concentre sur la compréhension orale et la conversation. L’écriture n’est plus une priorité car l’utilisation de Deepl me permet déjà de produire des e-mails et des textes avec très peu de fautes de grammaire.

L’apprentissage d’une langue a aussi d’autres avantages indirects comme la possibilité d’entrainer son cerveau et conserver une bonne mémoire. Ayant terminé cet article, je vais donc faire un peu de gymnastique cérébrale en révisant ma liste de 150 mots avec l’aide de l’application Quizlet.

La Blockchain s’invite progressivement à Paléo

Chaque année, Suisse Tourisme organise une conférence qui réunit plus de mille professionnels de l’industrie touristique. Vision stratégique, actions en cours, partage d’expériences et réseautage sont au programme avec cette année comme slogan de promotion de la Suisse : « Our nature energizes you ».  Dans ce contexte, on m’a demandé d’adresser la question suivante : destination touristique intelligente, une réalité ?

Dans un premier temps, j’ai essayé de trouver une définition commune de ce terme de destination intelligente, en posant la question à l’audience. Sous la forme d’un Word Cloud, le résultat obtenu est le suivant :

Digital, connecté, simple, confortable font partis des mots clés qui ressortent et qui me permettent de donner la définition suivante :

Une destination touristique intelligente est une destination connectée, qui utilise le digital pour rendre l’expérience du client simple et confortable.

Un des facteurs clés de succès sur lequel je souhaite me concentrer dans cet article réside dans la démarche sélectionnée et la culture d’innovation à mettre en place pour bénéficier des opportunités offertes par les technologies digitales.

Prenons l’exemple d’une technologie émergente telle que la blockchain. A la question de savoir si cette technologie va transformer l’industrie touristique, 73% des personnes présentes ont répondu positivement. Comment faut-il la mettre en œuvre et dans quel objectif ?

Transformer la gestion de la billetterie – l’exemple de Paléo festival

Parmi les nombreuses applications possibles de la blockchain, l’émission de billets numériques utilisant un registre de données distribuées est très prometteuse. Comme le développement de cette technologie est en constante évolution et qu’elle n’a pas encore atteint sa maturité, une approche « tester et apprendre » permet d’acquérir de l’expérience, de déterminer les contraintes et d’affiner sa stratégie en fonction des possibilités.

David Franklin et ces équipes du Paléo Festival de Nyon ont lancé un projet « blockchain » avec cette approche, en procédant par étape :

  1. Améliorer l’expérience client

Dans un premier temps, Paléo a émis des billets numériques basés sur une blockchain pour les personnes qui travaillent sur les stands. Les gestionnaires de stands, clients de Paléo, obtiennent ainsi plus de flexibilité dans la distribution des billets à leurs employés. La solution leur permet de modifier sur une application mobile le titulaire du billet en cas de changement de dernière minute.

  1. Optimiser les processus internes

La prochaine étape consistera à optimiser les processus internes en émettant des billets numériques pour les bénévoles : ceux-ci reçoivent des billets d’entrée qu’ils peuvent offrir à leurs amis. Cela représente chaque soir la distribution de 2’000 enveloppes, avec toute la complexité liée aux modifications lorsque la personne qui se présente à la caisse n’est pas celle qui est inscrite sur l’enveloppe. Cette solution permet d’éliminer complètement l’utilisation d’enveloppes.

  1. Créer un nouveau modèle d’affaires

Dans le futur, l’introduction de cette nouvelle technologie va modifier complètement le modèle d’affaires de la distribution de billets. Paléo sera en mesure de mettre en place une bourse aux billets dans laquelle elle conserve le contrôle sur les conditions de revente. La blockchain possède comme caractéristique de pouvoir attacher à chaque billet émis un « smart contract » (contrat intelligent). Ce contrat consiste en des lignes de code qui spécifient les conditions requises pour effectuer une transaction. Le prix maximum de revente du billet peut par exemple y être fixé. C’est un moyen d’éliminer le marché noir et d’empêcher certaines sociétés de revendre sans autorisation des billets à des prix prohibitifs. Cette solution va donc permettre à Paléo de développer de nouveaux canaux de distribution en assurant une traçabilité et en conserver une maîtrise des conditions de vente.

Prochaine destination, la transformation numérique et sa culture d’innovation

Pour entreprendre ce type de projets, la culture d’innovation à mettre en place doit intégrer plusieurs aspects, notamment :

  • La mise en place d’une culture qui permet l’expérimentation doit être accompagnée d’une discipline rigoureuse pour par exemple sélectionner les expériences pertinentes basées sur le potentiel d’apprentissage et définir des critères clairs pour décider de continuer, modifier ou tuer une idée.
  • La nature exploratoire et incertaine des projets innovants doit permettre d’accepter les échecs. Cependant la tolérance à l’échec doit être accompagnée par une intolérance à l’incompétence. Si l’échec est causé par un manque de compétence ou une gestion de projet médiocre, il sera difficile de tirer des leçons utiles du projet qui a échoué.

Dans le but de devenir une destination intelligente (tel que défini plus haut), le chemin pour y arriver est passionnant et nécessite de développer une culture d’innovation. Le développement rapide de toutes ces nouvelles technologiques numériques telles que la Blockchain, le Big Data, la réalité augmentée sont donc une opportunité de dynamiser l’esprit d’innovation des acteurs du tourisme pour simplifier nos vacances afin de nous permettre de nous concentrer sur l’essentiel, se ressourcer dans notre belle nature, suivant le slogan de Suisse Tourisme.

Image @Paléo – Marc Amiguet

Ma présentation effectuée pour Suisse Tourisme à Lucerne lors de la Journée Suisse des Vacances 2019 :

Un article intéressant sur les aspects de la culture d’innovation :

The hard Truth About Innovation Cultures, Harvard Business Review, février 2019

La start-up comme partenaire d’innovation

Créer des ponts entre une grande entreprise et des start-up n’est pas toujours simple. Cependant cela devient indispensable pour assurer sa capacité d’innovation. Si l’on est par exemple un assureur qui cherche à valoriser ces milliards de données médicales pour aider ses clients à rester en bonne santé, développer des partenariats avec des start-up spécialisées en intelligence artificielle est nécessaire, il n’est plus possible de tout faire en interne. Alors comment rendre ces ponts moins glissants ?

Innover, ce n’est pas juste avoir une idée originale. L’innovation consiste à réussir à obtenir un succès sur le marché. Dans les grandes structures, un des freins dans la mise en œuvre d’une innovation réside dans la culture d’entreprise, généralement mieux adaptée à améliorer les produits existants et à réduire les coûts. Collaborer avec des start-up est une solution pour augmenter la capacité d’une entreprise à innover, mais les ingrédients du succès restent encore très mystérieux.

De l’autre côté, une start-up a besoin d’utiliser les forces d’une grande entreprise telles que son savoir-faire, son accès aux clients et sa capacité à déployer des solutions à large échelle pour lui permettre d’atteindre la phase de croissance.

Dans le but d’identifier ces « ingrédients » qui permettent de réussir un partenariat avec une start-up, l’EPFL Innovation Park a lancé en novembre dernier une nouvelle formation sous la forme d’ateliers. Au programme, partages d’expériences, session de brainstorming et résolution collective des défis de chaque participant.

Après deux séries d’ateliers très enrichissantes, voici quelques éléments et exemples intéressants qui permettent de progressivement lever le voile sur certains ingrédients du succès.

Quelles sont mes motivations ? 

En premier lieu, formuler clairement les raisons pour lesquelles on souhaite collaborer avec des start-up est essentiel, cela permet de focaliser les recherches, d’optimiser les interactions et de clarifier les attentes. Deux motivations sont fortement ressorties des échanges :

Développer un nouveau marché : l’interaction avec des start-up permet de faire de la veille économique et d’entrer sur de nouveaux marchés. L’entité d’innovation de Samsung a par exemple mis en place des partenariats et investi dans des start-up dans l’objectif de définir son positionnement sur le marché des transports.

Samsung a investi dans AImotive, société qui développe de l’intelligence artificielle pour la conduite des véhicules autonomes. Elle a également pris une participation dans Valens qui propose des solutions de connectivité pour véhicules. Grâce aux algorithmes d’AImotive, nous n’aurons plus à nous concentrer sur la route, il faudra donc nous occuper autrement, en visionnant nos films préférés grâce à une excellente connectivité dans notre voiture. Brique après brique, Samsung développe sa proposition de valeur dans la mobilité du futur.

Faire évoluer sa culture d’entreprise et acquérir de nouvelles compétences : Le co-développement de produits avec des start-up permet d’accéder à de nouvelles méthodes de travail et de combiner des équipes avec des profils différents. L’approche « tester et apprendre » qui est simplement une question de survie pour une start-up est ainsi appliquée dans la grande entreprise, plus souvent habituée à lancer de grands projets.

Différents mécanismes existent pour permettre d’identifier les startups avec lesquelles lancer des projets de co-développement, le Groupe Mutuel a par exemple mis en place l’année dernière sa « roue de l’innovation » :

Quelles formes de collaboration mettre en place ? 

Conserver ses clients en bonne santé en mettant l’innovation (big) data au cœur de sa stratégie, c’est un des axes forts de la vision présentée lors des ateliers par Nicolas Loeillot. Pour y arriver, deux mécanismes ont été mis en place pour acquérir les compétences nécessaires, fournir l’infrastructure et l’environnement de travail adéquat :

Lancement d’un accélérateur : Dans le but d’attirer les meilleures start-up qui possèdent des compétences en intelligence artificielle pour valoriser les informations médicales que possède l’assureur, Groupe Mutuel a lancé un accélérateur nommé InnoPeaks. Chaque année une dizaine de start-up s’installent pour une durée de 12 semaines dans les locaux de l’assureur.

Parmi la première volée, on trouve le start-up Medicus. Cette société interprète les rapports médicaux et les traduit en action simple et compréhensible pour le patient. Vous installez leur application, vous prenez une photo de vos analyses sanguines et vous découvrez ensuite leur signification et des conseils pour par exemple réduire votre taux de glucose.

Création d’un Innolab : la roue comprend également la mise en place d’un laboratoire d’innovation autour de la donnée. Il consiste à regrouper toutes les informations à disposition dans le groupe pour permettre d’y développer des algorithmes et explorer de multiples possibilités de valorisation.

Un des premiers défis adressés est le suivant : aider le patient à guérir plus rapidement. En analysant le chemin de santé de milliers de patients, l‘objectif est de déterminer la thérapie et la séquence d’actions la plus efficace à entreprendre pour soigner le patient.

Une approche collaborative pour identifier les ingrédients d’un partenariat réussi

A l’image du Groupe Mutuel, de nombreuses sociétés lancent des initiatives pour innover en faisant des partenariats avec des start-up. Genève Aéroport, Coty, Total, Berney Associés ou encore Maxon Motor ont participé à nos deux premières formations, tous ayant mise en place des formes de collaborations avec des start-up.

De l’autre côté, des entrepreneurs suivent également ces ateliers pour amener leur perspective. La mise en commun de ces expériences et la confrontation des différents points de vue (écart de perception entre l’entrepreneur et le responsable innovation d’un grand groupe) vont nous permettre à terme d’identifier et de partager tous ces ingrédients qui permettent d’augmenter les chances de succès d’un partenariat.

Si vous souhaitez rejoindre cette communauté, la prochaine session aura lieu le 5 et 6 septembre prochain : https://epfl-innovationpark.ch/collaboration-workshops/