L’école suisse peut-elle devenir un produit d’exportation ?

Ou le même titre en version édulcorée et politiquement plus correcte, « l’école suisse souhaite-t-elle devenir une source d’inspiration pour d’autres pays ? »

Si notre pays attire de nombreuses écoles internationales sur son territoire ou exporte à l’étranger son savoir-faire dans les domaines de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle, qu’en est-il de son système scolaire, une autre de nos valeurs fortes et symbole de notre fédéralisme ? L’école de nos chères têtes blondes, brunes, noires ou rousses fait-elle rêver ailleurs ?

Dans un contexte de libre-échange et de compétition du savoir au niveau mondial, qui fait de l’éducation un enjeu stratégique, mais aussi un marché, la question n’est pas anecdotique. Et la Suisse aurait tort de s’en désintéresser. Ce d’autant que son système éducatif possède quelques points forts qui pourraient intéresser d’autres pays. Mais pour les valoriser, faut-il laisser les forces du terrain agir seules en ordre dispersé, via une cuture toute helvétique, ou au contraire se montrer proactif et conduire au niveau de la Confédération et des cantons une stratégie coordonnée ?

L’économie de la connaissance, une compétition mondiale

L’économie de la connaissance s’est progressivement imposée dans nos sociétés, elle incarnerait même selon certains spécialistes une nouvelle phase de l’histoire économique. Le mouvement s’est amorcé dans les années 1990 avec la marchandisation de connaissances, qui faisaient jusque-là partie des « biens communs », via l’octroi de droits de propriété sur des savoirs ou de l’information. Aujourd’hui ce processus a ouvert des opportunités politiques et économiques dont des pays ou des entreprises se disputent le leadership au niveau mondial.

Une série d’articles publiés dans Heidi-News évoque cette compétition planétaire que se livrent ces pays. Si l’exemple de la Finlande https://www.heidi.news/explorations/reinventer-l-ecole/comment-les-ecoles-finlandaises-sont-devenues-un-produit-d-exportation, qui a compris comment elle pouvait tirer parti de la qualité de son enseignement et de la formation de ses enseignant-e-s, ne surprendra personne, celui d’autres pays comme le Qatar laisse davantage songeur https://www.heidi.news/apprendre-travailler/comment-le-qatar-se-hisse-sur-un-sommet-de-l-education. D’un autre côté lorsqu’on dispose d’une telle force de frappe financière, il y a des manières plus stupides d’investir son argent.

Cette économie de la connaissance opère déjà pleinement au sein des universités qui évoluent à un niveau global, se disputant les meilleur-e-s professeur-e-s et étudiant-e-s, sous le regard inquisiteur des rankings internationaux. En Suisse le phénomène est (encore) observé avec une certaine condescendance, même si la Confédération veille à fournir les conditions-cadres qui permettent à nos hautes écoles de participer à cette compétitivité mondiale. Avec un certain succès. Dans le domaine de la formation professionnelle – la Vocational Education and Training (VET) – le savoir-faire des pays dont c’est l’ADN s’exporte également. Un peu partout dans le monde on réalise que la formation professionnelle joue un rôle déterminant dans la relève des actifs au sein des entreprises et comme frein au chômage des jeunes. La Suisse, bien placée dans ce domaine, joue là aussi habilement ses cartes. Pour preuve les MoU (Mémorandums of Understanding) internationaux que le Secrétariat d’Etat à la formation, la recherche et l’innovation signe avec des pays ciblés ou l’usage que la DDC (Direction du développement et de la coopération) en fait dans ses pays d’intervention.

Dans le domaine de l’enseignement scolaire, la compétition mondiale y est plus timide. Longtemps recroquevillée dans son contexte local ou protégée de toute velléité consumériste, la scolarité dite « obligatoire » (compulsory education) commence pourtant à susciter l’intérêt de plusieurs pays, de grands groupes internationaux, voire de start-ups qui y ont flairé un marché potentiel. Et on peut supposer que le phénomène va s’amplifier, si on considère l’importance prise par l’éducation de base dans les politiques nationales, le rôle déterminant que jouent les premières années dans le développement des individus et du groupe ou encore la pression constante de la société et des parents sur les résultats scolaires, etc. L’exemple du positionnement de la Finlande et de son « education export » est certainement le plus parlant, mais d’autres pays suivent.

Et la Suisse dans tout cela ? Heidiland jaloux de son système éducatif ou pays ouvert à partager son savoir-faire ?

S’agissant d’attirer des étudiant-e-s ou des institutions de formation, la Suisse fait valoir ses arguments, du moins elle laisse certains groupes étrangers les exploiter. L’image d’Epinal et les « vertus » de notre pays sont d’ailleurs utilisées par ces mêmes groupes pour y établir leurs écoles internationales et recruter urbi et orbi des candidat-e-s. Cette économie semble d’ailleurs assez florissante, même s’il en résulte un système quelque peu hors sol, public et privé constituant en Suisse deux univers plutôt parallèles.

Pour ce qui est « d’exporter » un savoir-faire ou mettre en avant des compétences éprouvées, hormis pour les hautes écoles et la formation professionnelle, l’idée semble guère passionner le landerneau politique. Pourquoi ? On peut avancer diverses hypothèses. Certaines vertueuses, comme le fait de ne pas vouloir participer à une « McDdonaldisation » de l’école. D’autres plus discutables, comme le syndrome Heidiland (on est bien comme cela et entre nous), ou le fait que l’on soit jalousement possessif de son système de formation, ou encore qu’on s’imagine tellement au-dessus des autres qu’on estime inutile de gaspiller son temps dans de vaines coopérations internationales.

Au-delà des raisons, on ne peut que regretter cette timidité et le peu d’intérêt ou de soutien politique. Alors que la Suisse par son fédéralisme, la décentralisation de ses institutions, son système de milice, la relative autonomie de ses écoles, son plurilinguisme, etc. pourrait largement contribuer à inspirer ce phénomène d’internationalisation ou de mondialisation de l’éducation. Notamment pour les pays dits du Sud, dont la stabilité et la qualité d’un bon système scolaire de base constituent un enjeu majeur de développement. Pour ces pays les points forts du système scolaire suisse seraient une belle et opportune source d’inspiration.

Mais le souhaite-t-elle ? Le peut-elle, dans son contexte fédéraliste qui répartit et dilue les responsabilités entre cantons et Confédération ?

Cinq points forts du système scolaire suisse “exportables”

La DDC a publié en 2018 une brochure présentant cinq points forts majeurs du système scolaire suisse pouvant être mis à profit par la DDC dans le cadre de la coopération internationale dans le secteur de l’éducation. Ces points forts s’appuient sur une étude réalisée par l’Institut pour la coopération internationale en éducation (IZB) de la Haute école pédagogique de Zoug, intitulée « Le système scolaire suisse : bonnes pratiques et plus-value potentielle pour la DDC ». https://www.eda.admin.ch/dam/deza/fr/documents/themen/grund-und-berufsbildung/bericht-ph-zug-praktiken-schulbildung-schweiz-mehrwert-deza_FR.pdf

Je les résume brièvement ci-dessous :

  • La place centrale de l’école publique, sa qualité et son rôle intégrateur. L’école publique jouit d’une longue tradition en Suisse et la société lui accorde une grande importance. Elle fait partie d’un système politique stable et elle se veut intégratrice. Sa qualité élevée est attestée notamment par le fait que 95 % des enfants en âge scolaire fréquentent l’école publique. En comparaison internationale, la part des écoles privées est très faible en Suisse.
  • L’organisation décentralisée de l’éducation qui favorise la responsabilité des communes et les solutions adaptées au contexte local. Le système éducatif suisse est l’un des plus décentralisés au monde. Cet ancrage local permet de développer des solutions sur mesure adaptées au contexte local. Le système scolaire est caractérisé par la participation active du corps enseignant, de la direction des écoles et de la société civile. Aucun autre pays ne connaît de dispositif similaire.
  • Plurilinguisme, un facteur déterminant pour la réussite de l’apprentissage, pour l’identité et l’économie. Le plurilinguisme est une caractéristique de la Suisse que l’on retrouve également dans la scolarité. La langue d’enseignement est celle de la région linguistique, avec introduction progressive d’une deuxième langue nationale, parfois d’une troisième, ainsi que de l’anglais. L’école publique aide, par des mesures de soutien linguistique, les enfants et les adolescents issus de la migration qui ne maîtrisent pas la langue nationale de la région. Un cas quasi unique dans le monde.
  • L’acquisition de compétences-clés à l’école, une préparation à la vie. Les plans d’études axés sur l’acquisition de compétences transversales qui sont actuellement appliqués dans les écoles suisses permettent de relever les défis de notre époque. L’école doit également préparer à réagir aux changements économiques, écologiques et sociaux afin que les futures générations soient armées pour le marché du travail, la vie politique et la société. Dans de nombreux pays on prend ce chemin.
  • Une bonne éducation scolaire et perméabilité, des facteurs décisifs pour le succès de la formation (professionnelle) et de l’activité professionnelle. En Suisse, l’école obligatoire transmet les connaissances nécessaires pour le développement aussi bien personnel que professionnel. L’acquisition d’une solide culture générale pendant la scolarité obligatoire facilite ensuite la spécialisation dans le cadre de la formation professionnelle ou académique, qui peuvent ensuite se concentrer sur les compétences spécifiques du métier ou de la filière académique.

Assumer et développer un Swissness en matière d’éducation de base dans la coopération internationale

Les cinq points forts du système scolaire suisse identifiés sont tous des sources d’inspiration potentielle pour d’autres pays et la Suisse pourrait jouer un rôle prépondérant dans ces domaines en matière de coopération internationale. Ne serait-ce déjà qu’en les valorisant, les rendant visibles et en créant une interface qui fasse le lien entre la demande des pays concernés et l’expertise où elle se situe en Suisse (hautes écoles pédagogiques, institutions de recherche, panels d’expert-e-s, etc.). Evidemment la manière d’exploiter le potentiel de ces valeurs fortes du système scolaire suisse dans les pays partenaires dépendrait ensuite de chaque contexte local.

Et même sans aller jusqu’à faire de son système éducatif un produit d’exportation, notre pays pourrait se montrer moins réservé et attentiste. Mais pour cela il faut d’abord une volonté politique partagée par la Confédération et les Cantons et vouloir esquisser ensemble les premières lignes d’une stratégie plus aboutie.

Ps. Une étude de faisabilité est actuellement menée par la DDC en vue de tester une « interface » simple et efficace reliant les demandes venant des pays d’intervention de la DDC à l’expertise dans le système scolaire helvétique. Le mandat d’explorer et de proposer des solutions a été confié par la DDC à l’agence Movetia.

 

La Suisse doit réussir un double Erasmus

Il y a le grand frère européen, auquel on espère une réassociation de la Suisse au plus vite, et le petit frère helvétique, en gestation, dont on se demande pourquoi il n’est pas encore né. Soit à l’échelle nationale un système d’échanges et de mobilités systématique pour nos élèves, apprenti-e-s ou étudiant-e-s. Un programme qui capitaliserait sur notre plurilinguisme et deviendrait même un produit de référence made in Switzerland. 

L’accord entre Vaud et Zürich constitue-t-il un nouveau point de départ ?

Passé presque inaperçu dans le contexte pandémique et son halo médiatique, l’accord des cantons de Vaud et Zürich constitue un pas dans cette direction, avec la volonté d’intensifier de manière plus systématique les échanges entre institutions et personnes en formation à tous les degrés. Mais un pas qu’entre deux cantons. Il en reste 24 à connecter autour d’une déclaration du même type. C’est-à-dire comment passe-t-on d’un usage de circonstance à un usage généralisé des échanges à un niveau national ? Ou comment traduit-on concrètement dans le terrain la vision de la stratégie de la Confédération et des cantons (2017Movetia) que « tout jeune en Suisse effectue au moins une fois durant sa formation un projet d’échange ou de mobilité ».

A l’étranger ou en Suisse, l’enjeu n’est plus là aujourd’hui, on doit se convaincre de leur complémentarité. C’est vrai qu’on s’imagine plus facilement pouvoir motiver un jeune à séjourner dans un pays différent que dans une autre région linguistique de Suisse, où l’idée semble davantage minée par toute une série de préjugés et de fausses bonnes excuses pour s’en désintéresser. Ce serait une erreur. Car même au-delà des poncifs politiques de diversité culturelle et linguistique, une démarche plus systématique au niveau national aurait bien des vertus pédagogiques, sociales et économiques. Comme celles de son grand frère Erasmus.

Un Erasme helvétique

L’idée de promouvoir la compréhension linguistique sous la forme d’un “Erasme helvétique” se lit déjà dans un document de 2008 de la Société suisse des professeurs de l’enseignement secondaire (SSPES). L’objectif était d’encourager par un ensemble de mesures incitatives les étudiant-e-s à passer une partie ou la totalité de leurs études dans une autre région linguistique de sorte qu’à moyen terme cette mobilité devienne un usage généralisé. L’analyse part du constat que les expériences d’enseignement précoce des langues ou bilingue en cours à l’époque, même si elles sont prometteuses, se heurtent au manque d’enseignants maîtrisant couramment la langue cible. Même si le contexte est différent plus de 10 ans après, on semble toujours se heurter aux mêmes difficultés. Le défi de former de très nombreux maîtres est grand et on atteint vite des limites qui paraissent indépassables.

Dans ce contexte les échanges et les parcours d’immersion dans une autre région linguistique se profilent comme un complément et un substitut stratégique. Ce d’autant que les études et l’expérience vécue montrent qu’avec un niveau de connaissances linguistiques de base, la progression pour suivre les cours et séminaires est très rapide lorsqu’on est parachuté dans un contexte linguistique différent. Si l’immersion dans un autre cadre linguistique de travail ou d’étude semble aujourd’hui le vecteur le plus efficace de multilinguisme, il demande donc à être encouragé, organisé et surtout sysématisé.

Miser sur le degré secondaire II

Ce système d’échanges systématique trouverait un terrain fertile au secondaire II (gymnases, écoles de maturité spécialisée et formation professionnelle). Ce moment semble le plus favorable pour faire cette expérience, à un âge où les jeunes sont à la fois assez mûrs pour l’autonomie en dehors de leur famille et le plus libre d’attaches. L’immersion y serait très efficace et la progression pour suivre des cours ou faire un stage professionnel dans une autre langue locale très rapide. Le degré secondaire II représenterait donc une « fenêtre de mobilité » idéale, ce d’autant que des échanges y sont déjà pratiqués par de nombreux élèves ou apprenti-e-s. Et ancrer un échange systématique, obligatoire, même de courte durée, à cet étage aurait évidemment un impact positif sur les parcours de formation et la mobilité au degré tertiaire. En moins d’une génération on pourrait créer un « standard de qualité » qui rendrait tout naturel de passer une partie de sa formation dans une deuxième langue nationale.

Et la concurrence de l’anglais ?

Opposer les langues nationales à l’anglais relève d’une confusion sur les objectifs des unes et de l’autre. Tout jeune aujourd’hui est exposé et appelé à utiliser l’anglais d’une manière ou d’une autre au cours de sa formation. Jusqu’à présent, ils s’en accommodent plutôt bien, nécessité fait loi. Mais, si important soit-il, il ne faut pas confondre un anglais instrument de travail incontournable avec une langue de communication intercommunautaire qui se substituerait au multilinguisme helvétique. Celui-ci doit rester un fondement de notre pays, de notre diversité culturelle et de notre cohésion.

Par ailleurs la vertu d’un échange est bien plus large que sa seule dimension linguistique, l’expérience et les compétences acquises sont multiples. Faire un échange ou partir dans un autre contexte culturel a des bénéfices immenses pour la personne et sa carrière professionnelle. C’est aussi un gain considérable pour les écoles, le système éducatif dans son entier et bien évidemment le marché du travail.

Et on créerait un swissness

Les échanges c’est donc aussi un atout social et économique. Erasmus a certes une visée idéologique, mais il est devenu avec le temps un système d’échanges très performant à l’échelle européenne, voire mondiale, et pour tous les âges. Révolu le temps où le programme s’adressait qu’aux étudiant-e-s, aujourd’hui c’est un système « long life learning » qui vise tous les publics scolaires et s’impose en Europe comme un élément incontournable de quasi tout parcours de formation. Imaginez la Suisse en faire autant à l’intérieur du pays, à travers un programme systématique d’échanges ou de mobilités faire de son plurilinguisme un standard de qualité, une marque de fabrique, une vraie valeur économique, et pas seulement culturelle. Un vari produit made in Switzerland.

La Suisse doit réussir son double Erasmus. Par cohérence et complémentarité dans l’usage des langues, mais aussi parce que l’échange a une valeur éducative, sociale et économique forte. Un tel système serait aussi le vecteur d’une cohésion et d’un sentiment d’appartenance fort, à un pays, voire à un continent.

Erasmus+ et Horizon pour se réconcilier avec l’Europe

L’accord institutionnel entre la Suisse et l’Union Européenne est une histoire d’itinéraire. Ou le récit des voies à trouver pour construire notre prospérité commune. Si les chemins diffèrent, si les champs de collaboration varient et si l’intensité de nos liens divise, il demeure que la communauté de destin continentale, politique, culturelle et économique qui nous lie à l’Europe existe bel et bien. Irréfutable.

Aujourd’hui ce récit est en panne d’idée(s). Temporairement, car nul doute que les deux parties sauront se montrer inventives et qu’un nouveau narratif verra le jour dans un avenir proche. Parmi les défis à surmonter, celui de ne pas perdre de vue l’intérêt commun et de ne pas oublier d’y associer les futures générations. Car la compréhension interculturelle se nourrit aussi grâce et par l’éducation. Former les jeunes générations à se côtoyer et se confronter dans un esprit collaboratif ou sainement compétitif ne pourra que favoriser les liens et les échanges entre la Suisse et l’Europe, quel que soit le chemin choisi.

Dans ce sens, deux programmes-cadres européens touchant en particulier la jeunesse et la relève scientifique sont dans un excellent timing politique et n’attendent qu’à être ratifiés par la Suisse : Horizon Europe pour la recherche et Erasmus+ pour l’éducation. Dans les deux dossiers un consensus s’est formé au niveau national et les conditions juridico-politiques sont quasi réunies pour les faire aboutir.

Ce d’autant plus que formellement les deux programmes ne relèvent pas de l’accord institutionnel, ils n’exercent pas d’influence sur le marché. L’association de la Suisse dans les programmes éducation et recherche de l’UE relève d’un acte de coopération qui n’a par conséquent aucun lien, ni juridique ni matériel, avec l’accord institutionnel. Il n’en reste pas moins que la Commission européenne a décidé de ne mener aucun entretien exploratoire avec la Suisse tant que le dossier de l’accord institutionnel n’aurait pas progressé. Une occasion côté suisse de revenir dans la partie, de montrer son intérêt et de « faire la paix » avec l’Europe en s’engageant avec conviction sur ces deux dossiers. A défaut d’accord global, il faut parfois savoir se contenter de petits pas, ceux par exemple qui consistent à prioriser les dossiers qui rapprochent et non ceux qui divisent.

Horizon Europe

Horizon Europe, programme sur le point de succéder à Horizon 2020 (2014-2020), l’Union européenne (UE) est certainement le plus grand et le plus ambitieux programme d’encouragement de la recherche et de l’innovation au monde. Doté d’un budget de près de 100 milliards d’euros pour les années, il vise à renforcer les bases scientifiques et technologiques en Europe et à consolider la position de l’espace européen de la recherche dans le monde. Le programme encouragera la recherche et l’innovation fondée sur l’excellence pour créer une Europe plus verte, en pleine santé et prête à relever les défis actuels et à venir.

Les relations entre la Suisse et l’UE se caractérisent par une longue et fructueuse collaboration dans ce domaine. Dès 1987, très rapidement après la création de ces programmes en 1984, la Suisse a été une partenaire forte, performante et fiable. Avec plus de 4300 participations de chercheurs et d’entreprises établis en Suisse (état: septembre 2020), la Suisse est le plus actif des pays associés à Horizon 2020 et fait ainsi partie intégrante de l’espace européen de la recherche et de l’innovation.

La Suisse est prête pour les négociations concernant Horizon Europe, elle remplit toutes les conditions pour entamer les négociations avec l’UE en vue de sa pleine association au paquet Horizon. En décembre 2020, le Parlement fédéral a approuvé le message de financement pour le paquet Horizon 2021-2027. Quasi en même temps le Conseil fédéral a adopté le mandat de négociation et par la suite la révision de l’ordonnance relative aux mesures concernant la participation de la Suisse, qui est entrée en vigueur le 1er mars 2021.

Ne pas participer pour la Suisse à cet ambitieux programme de recherche aurait des conséquences scientifiques et économiques très lourdes. On se souvient de 2014.

Erasmus+

Erasmus+ est le programme européen qui vise à donner aux étudiant-e-s, aux élèves, aux stagiaires, aux enseignant-e-s d’une manière générale aux jeunes de moins de 30 ans, la possibilité de séjourner à l’étranger pour renforcer leurs compétences et accroître leur employabilité. Il aide également les organisations à travailler dans le cadre de partenariats internationaux et à partager les pratiques innovantes dans les domaines de l’éducation, de la formation, de la jeunesse et du sport.

Depuis 2014, la Suisse ne peut participer qu’indirectement au programme européen de formation Erasmus+, dans le cadre d’une solution transitoire. Bien que cette solution assure la mobilité des personnes en formation, elle implique des restrictions importantes sur les autres volets du programme, en particulier les coopérations et les partenariats entre établissements qui sont fortement limités. La non-association à Erasmus+ affaiblit la position de la Suisse dans l’espace international de formation : notre pays est exclu d’organes internationaux et ne peut plus contribuer aux réformes politiques, son absence des groupes d’experts internationaux entrave la circulation des informations et l’échange de bonnes pratiques en matière de politique de formation. De plus, elle risque d’être distancée en matière de digitalisation et d’outils numériques.

Le Parlement s’en est préoccupé et le Conseil fédéral s’est engagé en faveur d’une association de la Suisse au programme « Erasmus+ » 2021-2027. Des négociations en ce sens seront menées dès que l’état des relations générales entre la Suisse et l’UE le permettra. Côté européen la proposition de programme pour Erasmus+ 2021-2027 vient d’être approuvée, le timing est donc parfait pour entamer ces négociations. Avec l’adoption de la Stratégie suisse en matière d’échanges et de mobilité en novembre 2017, la Confédération et les cantons se sont donnés comme objectif commun que les échanges, les coopérations et la mobilité deviennent un élément fort des cursus scolaires, professionnels et extrascolaires, ainsi que de la qualité et de la capacité d’innovation de notre système éducatif.

Une occasion est donnée à la Suisse de franchir un pas déterminant dans cette direction en rejoignant le programme européen Erasmus+.

 « Les enfants finlandais ne sont peut-être pas plus intelligents, mais le système éducatif semble l’être »

A l’heure où on se questionne beaucoup durant cette crise sur l’avenir de l’école et ses transformations, la Finlande et son système éducatif refont la une de l’actualité. Mythe ou réalité quant à sa valeur, la Finlande a su en tous cas développer un système cohérent et vendre son image internationale de pays performant et intégratif sur le plan éducatif. L’ouvrage de Pasi Sahlberg Finnish Lessons – What Can the World Learn from Educational sur le sujet reste une référence en la matière. Morceaux choisis et regards critiques.

Un système plutôt unique
C’est peut-être dans sa géopolitique qu’il faut chercher les origines de son système. Historiquement la Finlande a toujours été prise dans un étau entre la Suède et la Russie. Challengée par ses voisins et obligée d’afficher une certaine singularité, la Finlande a développé un système complètement nouveau, en basant ses réformes sur des principes humanistes, individuels et sociaux. La décentralisation y est d’abord vue comme un moteur de fonctionnement, faisant en sorte que les cités et les municipalités s’occupent elles-mêmes de l’éducation des finlandais. Le système est ensuite construit sur un certain « bon sens » qui pousse les élèves à se découvrir, à effectuer eux-mêmes et assez tôt des choix pour les préparer à s’insérer dans la société et entrer sur le marché du travail. Sur le terrain cela donne une éducation qui ne repose pas sur la recherche absolue de niveaux élevés de connaissances (bachotage), mais qui est fondée sur une forte confiance mutuelle, de telle façon que les enseignant-e-s se sentent valorisé-s et, à leur tour, les élèves en sécurité et respectés.

L’autonomie des écoles et le rôle de l’enseignant-e

”À l’étranger beaucoup de monde croit que la Finlande est un pays socialiste, où un gros bonnet à Helsinki décide ce qu’on doit faire. La grande différence par rapport à d’autres pays, c’est qu’en Finlande les enseignant-e-s, les écoles et les municipalités disposent d’une grande autonomie en matière de contenus et méthodes d’apprentissage », avertit Pasi Sahlberg.

Cette autonomie, cette liberté dans le choix des méthodes d’enseignement est une des particularités et des forces de l’école finlandaise. Les écoles sont vues comme des communautés où tout le monde apprend réciproquement, et que même les adultes apprennent des enfants. Les compétences technologiques et le codage y sont au goût du jour et sont enseignés ensemble avec d’autres matières.

L’enseignant-e joue un rôle central dans cette vision de l’école. Du coup la carrière d’enseignant-e a été fortement valorisée et est devenue un choix professionnel attrayant pour beaucoup de jeunes finlandais. Avec comme corolaire des concours d’entrée dans les « écoles normales » et une sélection très stricte. Au final des enseignant-e-s trié-e-s sur le volet, hautement qualifié-e-s et respecté-e-s. Ce statut de l’enseignant-e est donc bien une des clefs de la réussite du modèle finlandais.

L’interdisciplinarité et l’enseignement des « phénomènes »

Avec la réforme de 2020, on a longtemps cru ou affirmé à l’extérieur que la Finlande avait supprimé l’enseignement des matières scolaires. C’est faux, même la Finlande s’est fendue de démentis officiels sur le sujet. Dans les écoles nous trouvons toujours des cours de finnois, de mathématiques, de géographie, de physique, de chimie, de biologie, de langues étrangères, d’histoire, d’éthique ou encore d’éducation physique et d’art.

Cependant, les frontières entre ces matières ne sont pas rigides, les enfants apprennent à penser de manière interdisciplinaire. Si les recettes du système éducatif finlandais reposent sur plusieurs aspects, une des plus importantes est d’avoir compris et généralisé l’inter- et la transdisciplinarité des matières.

Ainsi, l’enseignement des matières classiques est souvent alterné avec l’enseignement de ce qu’on appelle ici des « phénomènes ». En d’autres termes, du lien avec les sujets sociétaux importants tels que l’écologie, l’énergie, les médias, la technologie ou encore l’Union européenne. Les élèves travaillent sur des projets multidisciplinaires et se familiarisent avec l’interdépendance des sciences et des différentes disciplines. Mais la centralité des phénomènes n’est qu’une des méthodes d’apprentissage, les enseignant-e-s continuent d’utiliser des approches pédagogiques variées.

Classement PISA et système finlandais : l’oeuf ou la poule ?

Avec l’entrée en vigueur de leur nouveau programme d’enseignement en 2020, des rumeurs couraient sur la fin du meilleur système éducatif du monde ? En haut lieu on semble pourtant afficher un détachement par rapport aux classements PISA, qui ont pourtant placé la Finlande parmi les meilleurs pays. Ces tests internationaux sont plutôt considérés comme une prise de tension artérielle, qui permet de vérifier la direction, sans toutefois être un point de repère. On affirme que les décisions concernant l’éducation ne sont pas prises sur la base des résultats des classements PISA, du coup ils reflèteraient plutôt la qualité de l’école finlandaise. Au lieu de cela, « ce qui est essentiel, ce sont les connaissances dont auront besoin les enfants et les jeunes dans l’avenir », explique Pasi Sahlberg. La Finlande croit plutôt que “chaque individu doit être comparé à soi-même et que le développement de chacun est plus important que la comparaison entre chaque élève”. A suivre, car la Finlande, régulièrement sur le podium PISA durant de nombreuses années, qui a occupé la première place du classement en 2000, 2003 et 2006, a été cependant rétrogradée à la 12ème place en 2013.

Est-ce que cela marche ?

Aujourd’hui plus de voix s’élèvent pour mettre en place une analyse objective de ce que propose la Finlande en matière d’éducation et en même temps relativiser la signification du classement PISA. Les plus sceptiques ont tenté d’expliquer la performance de l’école finlandaise  par la « petite » taille du pays – pourtant des pays plus petits ne réussissent pas aussi bien – voire par la faible densité de population – qui est plus un handicap pour homogénéiser l’offre éducative – ou encore par une faible immigration – l’immigration représente certes à peine 5 % de la population, mais dans certaines écoles ce taux peut être supérieur à 30 %. Des arguments discutables.

Cela dit, d’un point de vue social et économique, le pays ne tire pas ou plus vraiment profit des retombées des excellents résultats dans les classements internationaux, la dynamique positive observée dans les années 2000 semble en effet s’essouffler. Si on mesure l’école finlandaise à l’aune de la compétitivité, elle est aussi moins bien placée que celle par exemple de pays de l’Asie de l’Est, axée plus sur la réussite individuelle, la compétition et l’importance du travail. Et sur le plan de la diversité du système, les filières de formation professionnelle sont nettement moins soutenues que dans d’autres pays, dont la Suisse. Et même s’il s’agit d’évaluer si les enfants sont “heureux” à l’école, tous les indicateurs ne sont pas aussi euphoriques… Bref, tout dépend de l’endroit où on place le curseur.

Quoiqu’il en soit le système finalandais reste intéressant et un modèle d’inspiration. Sa réussite s’explique par de nombreux aspects relevant tant de son histoire et du rôle assigné à l’école, que de l’autonomie et du travail pédagogique des enseignant-e-s, animé-e-s d’une volonté de favoriser une véritable égalité des chances pour les élèves. Parmi les aspects “transférables” citons notamment le statut des enseignant-e-s, l’accessibilité, le développement de soi, la pensée critique, la santé mentale des élèves ou encore la place à l’erreur. Et politiquement, il y a surtout une conviction partagée de l’importance de l’école, ce qui se traduit par une forme de « pacte social » puissant et fédérateur qui lie enseignant-e-s, parents et autorités. Une source d’inspiration pour beaucoup de pays.

Pasi Sahlberg, Finnish Lessons 1.0, 2.0 et 3.0: What Can the World Learn from Educational, 2011, 2015 et 2021

“Compétences d’avenir, scénarios pour le monde de demain” : l’organisation de l’école ne peut pas être centralisée.

“Compétences d’avenir – Quatre scénarios pour le monde de demain”. C’est l’ouvrage de Jakub Samochowiec publié par la fondation JACOBS et édité par le Gottlieb Duttweiler Institute (GDI). L’étude – il s’agit de cela – est passée quasi inaperçue en Suisse romande. Dommage, tant son approche que ses hypothèses valent le détour de leur lecture. Ce d’autant que le livre a été diffusé l’année dernière, dans un contexte qui soulève bien des questions fondamentales sur notre avenir et rend l’ouvrage encore plus actuel.

A priori le livre se fonde sur une évidence, qui comme toutes les évidences, mérite d’être rappelée : “l’avenir est imprévisible et si l’imprévisibilité de l’avenir fait qu’il est extrêmement difficile de l’étudier, c’est précisément cette imprévisibilité qui rend l’analyse de l’avenir indispensable”. On se préoccuperait évidemment moins des compétences d’avenir si le monde des enfants était fortement semblable et continu à celui de leurs parents et grands-parents.

Ce n’est pas dans le sujet que réside son originalité, le thème des “skills of the future” étant déjà disserté de long et en large dans les revues scientifiques ou les médias. Ses constats, eux aussi, ne nous apprenent pas ce que l’on perçoit déjà : “(…) les projections dans le futur nous montrent que l’esprit communautaire, le travail d’équipe, la flexibilité, et le fait d’avoir le courage de faire face à la nouveauté et de connaître l’échec sont des exemples d’aptitudes clefs qui caractérisent l’individu et notre société. Ce sont ces aptitudes qui sont absolument nécessaires, et qui doivent être acquises dès aujourd’hui par les enfants et par les jeunes, afin de pouvoir affronter le monde de demain, toujours incertain.” C’est limpide, mais c’est dit.

Ce qui constitue à mon sens la plus-value de cet ouvrage, c’est les scénarios envisagés et les pistes de réflexion choisies pour sonder et façonner l’avenir. L’étude esquisse en effet 4 scénarios pour la Suisse en 2050, certains intelligibles, dans lesquels on peut se projeter, même si anxiogènes, d’autres plus catastrophistes, voire même poussés à l’extrême. Je les résume très brièvement ci-dessous :

1) Effondrement. Le commerce international est pour ainsi dire inexistant. Les communautés locales ne font plus partie d’organisations nationales ou supranationales, et doivent se réorganiser dans les décombres d’une société industrialisée et mondialisée.

2) Précariat de l’économie des petits boulots. Les machines assument désormais de nombreuses tâches, provoquant ainsi un chômage technologique. Les personnes concernées se tournent vers une nouvelle forme de travail : l’économie des petits boulots. Elles cherchent à décrocher de rares emplois dans un monde où l’économie règne en maître.

3) Réduction à zéro. Les espoirs de combattre le changement climatique grâce au progrès et à la technologie se sont envolés. Le seul remède efficace : les restrictions personnelles radicales. L’objectif est de réduire les émissions de CO2 à zéro. Les méthodes utilisées divergent en fonction de la région et sont pour cela définies au plus bas niveau possible.

4) Luxe de l’automatisation complète, offert par l’IA. Les machines assument désormais de nombreuses tâches qui étaient autrefois réalisées par des humains. Chacun profite des fruits de ce travail. Les humains peuvent tout faire, sans aucune obligation. Ils sont donc confrontés à un double défi : touver un ses à leur vie, et conserver leur autonomie personnelle vis-à-vis de l’intelligence artificielle supérieure.

Pour chacun de ces mondes, l’auteurs ou les auteurs ont ensuite dégagé des aptitudes et des caractéristiques qui sont nécessaires pour exister et prospérer. Une enquête réalisée auprès d’enseignant(e)s suisses a ensuite permis de déterminer dans quelle mesure ces compétences étaient apprises au sein de leur école. Intéressant.

L’avenir incertain et la diversité des quatre scénarios suggèrent bien entendu qu’il est impossible de préparer les enfants et les jeunes pour un avenir donné. Plus l’avenir sera différent du monde actuel, moins les institutions et les expériences actuelles pourront servir de repères et plus les générations futures seront livrées à elles-mêmes. Les compétences d’autodétermination comme la motivation et l’efficacité personnelle, ainsi que la capacité à prendre des décisions en groupe sont donc importantes dans tous les cas de figure. Là aussi, on s’en doutait.

Du coup l’étude s’attache à proposer des solutions et sérier un certain nombre d’aptitudes. Pour donner aux enfants et aux adolescents les clefs qui leur permettront de façonner l’avenir, elle propose trois catégories de compétences-clefs, tout d’abord le “savoir” – pour façonner l’avenir, il faut connaître le présent – ensuite le “vouloir” – pour façonner l’avenir, il faut établir des objectifs – et enfin “l’agir” – pour combler le fossé entre le présent et les objectifs formulés, il faut agir concrètement.

En résumé, pour façonner le monde de demain, il faut donc de nouvelles idées et un consensus doit être trouvé au niveau de la société. C’est le message fédérateur et le manifeste de l’étude.

Plus intéressante cependant, parmi les éclairages et hypothèses de cette étude, est la leçon suivante : ” l’organisation d’un monde extrêmement complexe ne peut pas être centralisée”. Sous-entendu, je force à peine le trait, qu’une organisation scolaire ne peut pas décider par le haut ou piloter ce qu’elle doit laisser à ses acteurs, les éléments-clefs du système éducatif :

“Pour créer une société résistante, il faut que de petits groupements se développent, essayent de mettre en place de nouvelles idées et apprennent les uns des autres. Ce sont des projets pratiques choisis et réalisés en groupes qui peuvent justement permettre aux enfants d’acquérir les aptitudes nécessaires pour tenter de telles expériences en mini-sociétés.” L’école comme laboratoire, pas nouvelle comme idée, mais là aussi, elle mérite d’être (re)suggérée.

Tout cela va évidemment dans le sens d’une relative perte de mâitrise du système par les pouvoirs publics et d’une plus grande responsabilisation des écoles et des enseignants. Il s’agit de laisser aux écoles un certain espace de créativité, soit la place à l’expérimentation de savoirs pédagogiques ou de nouvelles pratiques. Mais aussi admettre une forme de “sérendipité” du système éducatif, soit cette capacité à faire par hasard une découverte inattendue et à en saisir l’utilité. Osé, mais si on y réfléchit bien, c’est d’une certaine manière le génie de notre fédéralisme, par beau temps évidemment.

In fine on est loin des pratiques actuelles, même si les discours alimentent et plébiscitent cette tendance. Peut-être serait-il temps, à l’issue de cette crise, d’accélérer ce mouvement d’autonomie et de donner aux écoles et aux enseignants la marge de liberté nécessaire, afin de davantage les impliquer et les stimuler dans la mise en oeuvre des savoirs de demain ? Je suis pour.

L’ouvrage est disponible sur https://jacobsfoundation.org/en/publication/future-skills/

 

L’école de demain ou la tentation du repli sur soi

Dans une démarche participative, l’UNESCO interroge les problématiques clés du futur de l’éducation https://fr.unesco.org/futuresofeducation/ en vue d’un nouveau Rapport mondial. L’initiative est évidemment associée au contexte de crise actuel, avec le rappel que l’apprentissage et la connaissance comptent parmi les ressources clés dont dispose l’humanité pour anticiper les défis, favoriser la résilience et envisager de nouvelles alternatives.

Dans un monde complexe, aux contours imprévisibles, impacté aujourd’hui par une crise globale, l’éducation avance elle aussi à tâtons, formule des hypothèses qu’elle interroge à intervalle régulier. Avec des moments où l’on croit savoir, où l’on se sent presque euphorique, donc très intelligent. Et d’autres où l’on n’est pas sûr de tout comprendre, où l’on se sent un peu niais et on aimerait bien savoir dans quelle direction le vent souffle.

C’est d’autant plus délicat que l’éducation semble aujourd’hui portée par une diversité sans fin de vents et courants. Avec ce réflexe devenu primaire, d’en faire le lieu d’apprentissage de toute une série de « fausses bonnes idées », certes souvent généreuses et dignes d’intérêt, mais que l’on confie à l’école, plus par défaut, opportunisme ou commodité que par nécessité, besoin ou exigence. « Etre dans le vent, l’ambition d’une feuille morte » avait écrit Gustave Thibon. Ballotée au gré des modes ou de tendances éphémères, l’éducation offre peu de consistance et de lisibilité pour le grand public. Un peu comme ces vagues qui déferlent les unes après les autres et disparaissent dans l’écume de l’illusion ou de la vanité qui les a fait naître.

Dans le contexte de l’après-pandémie Coronavirus/Covid-19, les pressions sur le système éducatif pour prendre en charge l’ensemble des maux que la pandémie aura fait resurgir ou résoudre les défis qu’elle aura révélés, seront très fortes. Parmi celles qui m’effraient le plus, la tentation de stigmatiser toute forme de mondialisation, de se réfugier dans un localisme protecteur ou de se recroqueviller à l’intérieur de nos frontières connues.

Certes il s’agira d’entendre les appels à la vulnérabilité de notre planète, le besoin de renouer avec des écosystèmes plus locaux, de développer des alternatives à la croissance spéculative, mais pas par effet d’aubaine, avec le souci de les inscrire dans des missions éducatives durables et porteuses de sens. Nul doute que le déconfinement à venir sera aussi celui du déconfinement des esprits et des clochers, même si cela n’ira peut-être pas jusqu’à cette « nouvelle humanité» que d’aucuns espèrent. Dans tous les cas le repli sur soi et nos frontières serait la pire des réponses.

Du coup quelles ambitions pour l’éducation de demain ? Sans aucun doute de davantage favoriser la collaboration et l’échange à tous les niveaux. Inspirée par cette ambition l’éducation deviendra cette ressource-clé qui contribuera au renforcement du sentiment d’appartenance à une même planète et un destin commun. L’apprentissage de la compréhension mutuelle, du décentrement et de la nécessité de coopérer commence très jeune. Là les systèmes éducatifs ont un rôle essentiel à jouer.  Par exemple en insistant sur la dimension interculturelle dans les plans d’études, en multipliant les possibilités d’échanges avec d’autres jeunes, les opportunités de collaboration et en permettant aux personnes en formation de voyager intelligemment. Les crises, on l’observe, mettent à mal les cohésions et les solidarités internationales, elles résistent d’autant mieux lorsqu’elles sont durables et bien ancrées dans nos sociétés.

Pour les institutions et les enseignants, les échanges et le réseau seront sans doute les clefs de l’école de demain. Ce qui signifie la faculté à échanger l’information comme aptitude et le réseau comme ressource. En lieu et place d’entités isolées ou de groupes d’enseignants esseulés, c’est des communautés apprenantes qui devront être bâties. Les outils digitaux, numériques, ont montré durant cette crise toute la palette de possibilités et d’usages qu’ils peuvent offrir pour contribuer à renforcer la collaboration et les coopérations, même à distance très lointaine. Bien utilisés ils ne peuvent que servir les intérêts de l’éducation et du devenir de notre société.

L’éducation de demain ne sera pas globale, au sens d’une globalisation ou mondialisation réduite à sa seule expression économique, mais internationale et interculturelle. Avec en toile de fond et corollaire de cette indispensable solidarité et cohésion dans le monde, la réduction des inégalités économiques et l’effacement des discriminations sociales ou ethniques, qui devront eux aussi légitimer les actions futures de l’éducation. Une école face au vent!

Switzerland and the potential of participating in the Erasmus+ programme

Erasmus sounds universal and is almost part of everyday language. While many people imagine a study trip to a foreign university, few know that behind this name, behind the clichés, lies a system and a network of cooperation and mobility that is unique and irreplaceable in Europe. And its potential for the Swiss education system and its international attractiveness is massive.

Why!? International cooperation means access to networks and collaborative structures which enhance the education system and contribute to its development, its attractiveness and its level of excellence. Giving education a more international dimension also provides all stakeholders at every level with significant value added – the students, the institutions and the education system as a whole.

While the momentum recently observed in the field of mobility and international cooperation has been curbed somewhat by the coronavirus pandemic, it is important to keep our eyes on the bigger picture: the importance of exchange, mutual understanding and openness to the world is clearer than ever and the contribution of these elements is strongly underlined in the management of a crisis such as the one currently facing us

Switzerland is not currently associated with Erasmus+. As of 2014, it has no longer been associated and the Swiss Programme to Erasmus+ was introduced at short notice to replace mobility activities in higher education, vocational, school, adult education and extracurricular youth work. This solution has facilitated the development of certain activities while nevertheless limiting the possibilities for international cooperation. Today, this limitation penalises stakeholders in the education system and places Switzerland in jeopardy of becoming marginalised.

And especially the Higher Education Institutions (Universities, Universities of Applied Sciences, Universities of Teacher Education). In this field the Erasmus+ programme provides an invaluable framework within which universities from 34 countries create joint educational and research initiatives, promote innovation in teaching and learning, and carry out peer learning activities. The programme has been substantially shaping the European Higher Education Area for years and was significantly expanded in 2017 with the establishment of “European Universities”. Such an initiative provides new and transformative systemic impetus for European higher education and enhances the competitiveness of the entire European Higher Education Area.

Strategic networks shape the future university landscape. Student and staff mobility cements the intense cooperation between universities and is firmly anchored in the programme. Both in the current programme generation 2014-20 and in the coming period 2021-27, however, the promotion of systematic and strategic cooperation comes to the fore as a clear response to the needs of universities. In future, cross-border cooperation is to take place with a small number of high-quality partnerships between higher education institutions. This will strengthen university networks and enable more comprehensive cooperation across subjects, departments, education and research. Swiss institutions are in the midst of this development, but are dependent on access to important networks, which is linked to participation in international education and research programmes.

The Swiss solution has its limits and marginalises Switzerland. Without an association with Erasmus+, Switzerland has only limited opportunities to participate and its involvement in shaping the European Higher Education Area is very restricted. A clear indication of this is the low level of participation of Swiss institutions in multilateral Erasmus+ cooperations in the years 2014-19: Austria with 174 and Switzerland with 24 projects.

The Swiss programme for Erasmus+ has worked in the short term, but the gap with Europe is widening. The Swiss programme for Erasmus+ arose at short notice from the urgency of not being associated with Erasmus+ in 2014 in order to ensure the continuity of Swiss (student) mobility within Europe. Today, six years later, the effects of non-association and the limited possibilities of the Swiss solution are becoming apparent. The growth in mobility figures has generally slowed, in some areas the figures have slumped, and programme maintenance has become more complex: As a comparison, Austria records 26% more mobility under Erasmus+. The planned digitisation of the Erasmus+ programme administration will further increase the gap between Switzerland and Europe.

With regard to Erasmus+, the Federal Council will carry out a careful analysis during the second half of the year, on the basis of which it will define the parameters of a possible negotiation mandate for association with the follow-up programme to Erasmus+.