La co-parentalité au cœur de la famille

 

Si la transition à la parentalité consiste en une évolution identitaire individuelle forte, elle est avant tout une affaire de couple.

Cette aventure conjugale est complexe car de la relation de couple doit naître le sentiment de famille. De plus, elle exerce une influence centrale sur le lien entre les parents, ainsi que sur le développement socio-affectif de l’enfant.

 

Qu’est-ce que la co-parentalité ?

On définit la co-parentalité comme le soutien que le père et la mère s’accordent mutuellement dans leur rôle de parent. Cette collaboration parentale est un processus qui se met en place progressivement à partir de la naissance car le couple se découvre sous un jour nouveau.

La première étape est la détermination des rôles parentaux. Cet agencement poursuit l’organisation définie antérieurement à la grossesse et s’adapte, pour atteindre un nouvel équilibre jugé réciproquement satisfaisant.

Malgré l’existence de convictions égalitaires, l’influence des normes sociales est forte et elle oriente les rôles selon les statuts maitres sexués[1]. Ce concept postule que la norme sociétale tendrait à assimiler les hommes au travail et les femmes à la famille, aboutissant à une division sexuelle du travail domestique.

Cette phase s’accomplit quand on assiste au dédoublement de la relation de couple qui permet de conjuguer une relation amoureuse et parentale.

 

Co-parentage cohésif ou hostile

Lorsque le co-parentage est cohésif, les deux parents s’accordent dans les actes ainsi qu’émotionnellement et parviennent à résoudre les divergences sans agressivité.

En revanche, si la transition se passe mal, trois configurations peuvent exister : l’hostilité entre les parents qui se disputent ouvertement, le retrait d’un des deux parents de la vie familiale ou encore l’instauration d’un climat tendu, superficiellement aimable avec peu d’affection de part et d’autre.

Dans le cas où les relations conjugales ne sont pas harmonieuses, l’enfant peut être pris malgré lui dans le conflit parental et il cherche à amortir les disputes et les tensions.

Cette ambiance interfère avec son développement, pouvant provoquer chez lui de l’agressivité ou de l’anxiété, particulièrement lors des expériences de socialisation.

 

Quels sont les facteurs qui conditionnent la mise en place d’une relation co-parentale ?

Le premier est la qualité de la relation conjugale qui est déjà mise en place avant la naissance de l’enfant. On peut supposer qu’une relation insatisfaisante risque de perdurer.

Le deuxième facteur est l’engagement paternel. Il s’agit de la relation entre le père et son enfant qui découle de l’envie de participer à son éducation et de prendre part à ses responsabilités. Ce facteur peut être fragilisé par des normes culturelles ou par l’absence de soutien de la mère. En Suisse, le modèle traditionnel est prédominant et il assigne les hommes au travail à temps plein, créant parfois une pression qui ne permet pas aux pères de participer quotidiennement aux soins des enfants. Le récent congé paternité est une excellente avancée qui est encore trop courte pour avoir un impact sur cet engagement.

Le troisième facteur fait référence au comportement des mères qui peuvent contrarier les actions d’engagement paternel. Ces attitudes maternelles sont souvent ambivalentes et parfois inconscientes et elles se manifestent par l’ordonnance de règles éducatives ou de soins prodigués à l’enfant. Lorsqu’elles demeurent insatisfaites, elles peuvent éloigner le père de l’enfant en le décourageant.

Le quatrième facteur concerne les représentations sociales des parents à propos de la répartition des tâches domestiques ou éducatives. Elles sont issues des expériences familiales et sociales des individus ainsi que de leurs convictions égalitaires ou traditionnelles.

Enfin le cinquième facteur relève de la personnalité des deux parents. L’anxiété d’un parent peut créer un frein à un co-parentage cohésif qui ne permet pas de trouver de consensus et qui mène parfois à l’évitement ou à la critique mutuelle.

La mise en place d’une co-parentalité est un des principaux challenges des couples lorsqu’ils deviennent parents et il est soumis à des enjeux plurifactoriels.

Ce processus est essentiel car il conditionne le développement harmonieux de la famille, la santé psychique des parents et par conséquent le développement socio affectif de l’enfant.

Afin qu’il puisse s’installer de façon pérenne, il est nécessaire de soutenir les couples durant la période périnatale, d’inclure les pères dans les prises en charge des professionnels de la santé et d’accorder de la flexibilité aux hommes comme aux femmes dans les milieux professionnels.

 

 

D’après l’article de Nicolas FAVEZ, « La transition à la parentalité et les réaménagements de la relation de couple », Dialogue, 2013/1 (n° 199), p. 73-83.

[1] Gauthier JA, Valarino I. L’activation du statut maître sexué lors de la transition à la parentalité. Dans: Le Goff JM, Levy M. Devenir parents, devenir inégaux.  Genève: Seismo. 2016. p.48-75.

 

Laetitia Ammon-Chansel

Sage-femme et fondatrice de Bloom&co, Laetitia Ammon-Chansel accompagne la parentalité en entreprise avec des ateliers pour les futurs parents et les managers. Finissant un Master en santé publique à l'Unige et co-présidente de la section genevoise de la Fédération suisse des sages-femmes, elle est au cœur des enjeux en périnatalité et elle milite pour promouvoir la santé physique et psychique des parents.

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