Aujourd’hui, 5 mai, a lieu la journée internationale des sages-femmes !

 

Cet évènement, né il y a 32 ans lors d’un congrès de la Confédération Internationale des sages-femmes[1], célèbre la solidarité entre les sages-femmes et permet d’aborder des sujets en lien avec la santé reproductive ou les préoccupations des professionnels.

 

La section genevoise de la Fédération suisse des sages-femmes célèbre le 5 mai

La section genevoise de la Fédération suisse des sages-femmes organise ce soir la projection d’un film, en partenariat avec l’Arcade des sages-femmes et Cinélux.

« Sages-femmes, Venir au monde », réalisé par suissesse Leila Kühni, sera projeté dans le cinéma indépendant genevois à 19h.

La richesse de ce film vient de la mise en lumière du travail des sages-femmes dans deux environnements différents : naissance à l’hôpital ou à la maison.

En Suisse, nous avons la chance de pouvoir proposer ces deux alternatives qui répondent à des besoins spécifiques des femmes : sécurité hospitalière ou accompagnement naturel, intime et personnalisé extrahospitalier.

 

L’approche sage-femme

La naissance d’un enfant est un moment précieux et la période périnatale est fragile pour la santé physique et psychique des couples. En réponse à cela, les sages-femmes construisent avec les parents, un accompagnement subtil pour les aider à réaliser leurs projets de naissance tout en garantissant leur sécurité.

Elles peuvent ainsi travailler en autonomie ou en collaboration avec des médecins gynécologues. La qualité des liens est essentielle et les soins relationnels sont prédominants dans cette approche de la santé.

Cette année, la section cantonale souhaite également rendre hommage aux sages-femmes ukrainiennes qui agissent le mieux possible auprès des femmes et de leurs bébés et qui représentent un magnifique exemple de courage.

On se sent privilégié quand on travaille en Suisse, loin de ces zones de conflit, avec de bonnes conditions de travail et une place assurée au sein du système de santé.

 

Les enjeux d’une société qui bouge

Toutefois, il faut continuer à se demander comment permettre à la profession d’évoluer dans une société qui bouge et qui va plus vite.

Les enjeux sont nombreux : améliorer la coordination des soins avec des séjours hospitaliers qui tendent à raccourcir, préserver la confidentialité des données qui se numérisent, proposer davantage de prévention pour les patients et ne pas négliger la qualité de vie des soignants hospitaliers ainsi que des indépendants.

Les sages-femmes occupent une place essentielle dans la société et je suis très heureuse de souhaiter à toutes mes collègues une excellente journée internationale des sages-femmes !

 

[1] International Confederation of Midwifes – Association faîtière internationale qui regroupe 140 associations de sages-femmes et qui fête ses 100 ans cette année

Peut-on vraiment se préparer à devenir parent ?

 

Beaucoup de nouveaux parents témoignent, à postériori, du manque d’informations et de l’inadéquation de la préparation à la naissance.

« Personne ne nous avait prévenus » expliquent-ils en faisant référence au post-partum, période complexe, difficile et très éloignée des représentations idéalisées de la maternité.

 

Il est vrai que la préparation à la naissance se focalise principalement sur la préparation à l’accouchement et propose des informations pour gérer les douleurs, préparer le corps et prendre soin du bébé.

Ces sessions sont-elles suffisantes ou nourrissent-elles l’illusion de s’être préparé à devenir parent ?  D’ailleurs peut-on vraiment s’y préparer ?

 

La parentalité, un “passage” qui mène vers une évolution identitaire

Aborder la parentalité pour la première fois signifie faire face à des changements majeurs comme des transformations individuelles et physiques, qui touchent principalement les femmes. Ce sont également des transformations de l’environnement familial comme les rythmes imposés par l’enfant, les nouvelles personnes dont on s’entoure, la répartition des rôles et des devoirs qui découlent des fonctions parentales.

Si cette expérience est très souvent positive, elle peut être parfois accompagnée d’une ambivalence liée à l’apparition d’enjeux inédits : le poids des nouvelles responsabilités, la perte d’une forme de liberté individuelle et l’ajustement à des normes sociétales ou personnelles.

Le « passage » que représente la naissance[1], initie les parents à un vrai challenge d’adaptation.

Trouver un nouvel équilibre ne se limite pas à l’acquisition de nouvelles compétences pour prendre soins de l’enfant mais inclue également la satisfaction de besoins individuels et conjugaux.

Comment s’épanouir dans un corps fatigué par la naissance, dans un foyer cadencé par les étapes de développement du bébé et au sein d’un couple qui se découvre parent ?

Chaque individu peut traverser des bouleversements influencés par son expérience personnelle, ses représentations de la parentalité et le comportement de son enfant. L’absence salutaire de maladie de suffit pas à rendre cette expérience facile et même quand « tout va bien », les parents peuvent ressentir une période de flottement durant laquelle ils ne se sentent pas complètement heureux.

En réponse à ces remaniements, chaque parent fera émerger des ressources qui contribueront à une évolution identitaire. Toutefois, le couple se transforme parfois en décalage alors qu’une organisation réciproque co-parentale est un socle qui doit se construire pour garantir l’harmonie familiale.

Ainsi, au sein de ce tumulte post-natal, la simplicité, le partage et la joie d’être parent affrontent parfois le chaos, le sentiment de solitude et la déception.

 

Comment préparer les parents à vivre de tels défis et leur permettre d’anticiper tous ces changements de vie ?

Des internautes qui mettent fin aux tabous

Un phénomène récent est apparu sur les réseaux sociaux en réponse à ces difficultés.

Facebook, Instagram et autres réseaux se font l’écho de commentaires qui dénoncent les désagréments du post-partum, loin des images idéalisées de la vie de famille. Cicatrices douloureuses, saignements, baby-blues, pression de l’allaitement ; ces posts mettent en garde contre les semaines difficiles qui suivent la naissance et dénoncent le manque d’informations données en amont. Les opinions dialoguent et abordent les frustrations des femmes, le manque de soutien, la solitude maternelle, les conséquences corporelles de la naissance, la dépression du post-partum, les problèmes conjugaux et même le regret d’être devenu parent.

Il est fascinant de pouvoir aborder tous ces sujets aussi librement et ces échanges soulagent ceux qui sont touchés par des moments difficiles. Il ne fait aucun doute que ce canal de communication comble un vide que les professionnels en périnatalité n’ont, à ce jour, pas réussi à remplir.

Toutefois, l’utilisation de ces nouveaux modèles d’information me questionne car s’ils jouent le rôle d’exutoire rassurant, ils maintiennent les individus dans une forme d’évaluation. De plus, les réseaux sociaux véhiculent des informations non pondérées, parfois anxiogènes avec un intérêt certain pour l’audimat.

 

Comment s’informer correctement lorsqu’on devient parent ? Peut-on faire confiance aux professionnels ou doit-on mener une quête pour percer l’omerta dont certains parlent ?

A une époque où l’information circule librement et sans modération, les parents sont-ils apaisés, préparés ou maintenus dans un besoin dévorant de contrôle ?

Proposer une nouvelle approche

Au lieu de submerger les parents d’informations, pourrait-on concevoir une nouvelle approche qui leur permette de prendre conscience, ensemble, de leurs représentations de la parentalité ? Les aider à explorer ce qu’ils ressentent et comment l’exprimer. Les soutenir pour qu’ils s’accordent de la bienveillance. Les encourager à cesser de se conformer à des images et accepter la probable imperfection de leur expérience. Leur conseiller de s’entourer d’un réseau bienveillant avant la naissance et leur apprendre à demander de l’aide face à leurs nouvelles limites.

Devenir parent, ça pourrait être aussi cela ! La prise d’un nouveau départ, la naissance d’un nouveau soi, proche de ses ressentis et loin des pensées normées culpabilisantes qui enserrent les esprits.

La découverte d’une nouvelle forme de relation interpersonnelle où l’on lâche sa « to do list » pour être pleinement présent pour l’autre.

L’adhésion à une vie où l’efficacité de l’action ne dépend pas de la volonté, où les tâches familiales se réitèrent et dans laquelle « être » est plus importante que « faire ».

Devenir parent est un processus complexe qui peut être accompagné par des professionnels de la périnatalité. La prévention des risques devrait inclure le couple depuis la période prénatale. Sages-femmes, psychologues, gynécologues et travailleurs sociaux doivent continuer à collaborer pour faire de la préparation à la naissance une préparation à la parentalité.

 

 

[1] Marie-Françoise Collière. Soigner…le premier art de la vie. Masson. 2001.