Médias, débats et casting

Cet article inaugure une petite série de textes sur les coulisses d’une campagne politique. Ces textes veulent mettre en lumière les défis que rencontrent un-e responsable de mouvement politique (président-e ou secrétaire général). Ces défis sont souvent des défis de nature éthique, mettant directement en jeu les valeurs du mouvement. Dans l’esprit du mouvement Appel Citoyen, ces textes veulent porter un regard nouveau sur l’exercice politique et amener, grâce à un effort de transparence envers le grand public, un échange constructif sur cet exercice.

L’été indien sur les terres du Valais : les listes de presque tous les partis sont connues pour l’élection du 25 novembre à la Constituante.  Dans les coulisses des mouvements et partis politiques, l’étape importante des débats médiatiques s’organise. Canal9, Le Nouvelliste, Rhône FM et Radio Chablais ont tous pris contact avec les président-es pour coordonner les débats à venir. Les médias déterminent le lieu, la date et la thématique du débat ; les partis envoient leurs candidat-es.

Une opportunité pour les candidat-es de présenter leurs idées sur les futurs défis de la Constituante. Mais pour les président-es, un casse-tête de casting : qui, parmi les 96 candidat-es, va aller participer aux émissions ? En cumulant tous les débats « officiels », chaque parti/mouvement doit sélectionner environ 14 personnes. La question qui se pose est aussi simple que difficile : comment sélectionner 14 candidat-es sur 96 pour aller débattre ?

A mes yeux, la question est directement éthique : un défi de répartition juste d’une ressource rare. Quel devrait être le principe de sélection de ces 14 candidat-es ? La question est loin d’être théorique, c’est une véritable question de justice, avec un fort impact sur le sentiment d’appartenance à un mouvement “juste” pour les candidat-es. L’un de ces moments dans la vie d’un parti/mouvement qui peut laisser des traces négatives dans le “travailler ensemble”.
Certains éléments de réponse sont donnés par les engagements pris par les partis et par les demandes des médias. D’une part,  tous les président-es ont pris un
gentleman/woman agreement lors d’une rencontre organisée par Canal9. Chaque parti/mouvement doit envoyer une représentation paritaire. D’autre part, tous les districts doivent être représentés. Impossible donc d’envoyer exclusivement des femmes de Sion. Il faut 7 candidates et 7 candidats, représentant au mieux les différentes régions du canton.

Même avec ces deux exigences, la question du critère de sélection reste entière et un échange avec les autres président-es serait riche d’enseignement. Après discussion interne, nous avons choisi de résoudre le défi de la manière suivante, en cherchant le maximum de cohérence avec les valeurs du mouvement Appel Citoyen:

– les 1905 personnes enregistrées pour voter à la primaire Appel Citoyen ont choisi que l’ordre sur les listes se ferait en fonction du nombre de voix reçues à la primaire. On peut donc en déduire que ce nombre de voix est un facteur pertinent pour la communauté Appel Citoyen.

– Partant, nous avons décidé de proposer aux 2 premiers-ères candidat-es de chaque district de participer aux débats organisés. Si une personne ne souhaite pas participer, nous prenons la 3ème personne et ainsi de suite. Le principe clef est donc une sorte de récompense démocratique.

– Ces 16 personnes sont automatiquement représentatifs de tout le canton (chaque district a 2 représentant-es) et, chez Appel Citoyen, nous avons une représentation équilibrée du point de vue du sexe. Les deux exigences de base sont donc remplies.

– Parmi ces 16 personnes, il faut ensuite assurer que tous les thèmes proposés par les différents médias soient couverts. Si un thème ne peut être traité par aucun-e candidat-e, nous cherchons un-e candidat-e spécialisée. Le principe de récompense démocratique est complété par le principe de spécialisation thématique.

Les 16 personnes sélectionnées se voient offrir un coaching médias, afin de permettre à chacun de donner le meilleur de soi-même dans les débats.

– Les personnes sélectionnées cèdent leur place dans les autres rencontres publiques (débats, conférences, événements) afin d’assurer la participation du plus grand nombre de candidat-es, idéalement les 96 d’ici au 25 novembre.

La solution semble intéressante car a) elle remplit les exigences de base, b) elle évite un choix arbitraire en se basant sur une valeur du mouvement. Une tension aurait pu apparaitre avec l’ambition d’assurer la diversité des personnes et des points de vue (évitant le syndrome des “têtes connues”). Le cas Appel Citoyen est à ce titre très intéressant car une petite minorité de gens présents dans les médias a terminé “devant” sur les listes.

Afin de poursuivre le débat, deux questions :

  • auriez-vous organisé la sélection différemment ? Si oui, comment et pourquoi ?
  • comment font les autres partis pour réaliser cette sélection ?

 

Johan Rochel

Johan Rochel

Johan Rochel

Dr. en droit et philosophe, Johan Rochel est chercheur en droit et éthique de l'innovation. Membre associé du centre d'éthique de l’université de Zürich et auteur au think-tank foraus, il travaille sur l'éthique de l'innovation, la politique migratoire et l'Union européenne. Le Valaisan d'origine vit avec sa compagne et ses deux enfants entre Monthey et Zürich. Il a co-fondé "ethix: Laboratoire d'éthique de l'innovation" (www.ethix.ch)

2 réponses à “Médias, débats et casting

  1. A mon avis, il est temps de passer au permis au droit de voter.

    Plus qu’un coaching des candidats, il s’agirait d’établir un profil simple:
    – suisse depuis?
    – religion?
    – revenu?
    – préférez-vous les russes ou les américains?
    – avez-vous une famille? si oui pourquoi?
    – que mangez-vous?
    – le Weisshornli éveille-t-il quelque chose en votre moi profond?

    Ainsi on pourrait en fonction des techs 5/6.0 ne plus être obligé de voter, Ce serait inclus à la …source
    🙂

  2. Comment concilier les besoins du groupe (ici le quorum) et les besoins individuels (ici reconnaissance, valorisation, intégration)? Qu’est-ce qui prime? et comment faire pour que soit le groupe, soit l’individu ne se sentent pas lésé par la priorité donnée à l’autre? Quels mécanismes de compensation mettre en place pour garder tous les acteurs à bord?

    pour répondre à la question: une alternative aurait pu être de demander à tous les élus d’élire à leur tour leurs représentants médiatiques. ou de poser la question à tous (1 groupe homme/1 groupe femme) “qui veut y aller?… on tire au sort s’il y a trop d’intéressés” .
    Les autres partis?… on verra d’ici novembre 😉

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