Énergie nucléaire, non merci !

Le directeur de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) est un défenseur convaincu de l’énergie nucléaire. On peut le comprendre. On peut aussi lire sur ce blog plusieurs commentaires qui vont dans le même sens. Personnellement, je suis persuadé que l’énergie nucléaire est un non-sens. Vous le savez, je ne suis pas un expert, mais la situation me semble claire. Je vous propose les principaux arguments qui forment mon opinion. Vous jugerez ; peut-être commenterez-vous. Merci d’avance.

Il faut sortir des combustibles fossiles et il faut le faire très vite. On ne peut pas attendre pour lancer la révolution de l’énergie; il faut qu’elle soit achevée avant 2050.

C’est possible parce qu’en Suisse, comme dit la chanson,
– y’a du soleil, y’a du soleil sur les chemins, sur les chemins
– y’a du vent qui court dans la plaine…

Libérées des carcans administratifs, ces deux sources d’énergie sont la base de la solution. Elles sont plus qu’abondantes, durables, moins chères que toutes les alternatives et elles n’induisent que très peu de gaz à effet serre (GES). De plus, il est possible de les installer rapidement avec les moyens de chez nous. Bien sûr, il faut regarder ces affirmations de près. Les sources ne manquent pas. Je me réfère par exemple à l’analyse du contexte suisse par Roger Nordmann (Le plan solaire et climat. Éditions Favre, 2019). Parmi les professionnels des énergies renouvelables, j’apprécie particulièrement les explications solides et claires de Christophe Ballif, https://portal.klewel.com/watch/webcast/rdv-energie-2021/talk/4/. Il est un de ceux qui ont rendu notre pays leader des technologies photovoltaïques.

Ainsi, soleil et vent forment une base solide pour élaborer le mixe énergétique Suisse qui nous permettra de sortir sans trop de mal des combustibles fossiles et du nucléaire. Ensemble, ils se complètent élégamment, car c’est en d’hiver, quand la production solaire est la moins bonne, que le vent est le meilleur. Ces deux ne seront quand même pas suffisants. Heureusement, nous avons nos barrages et la remarquable capacité de pompage-turbinage déjà installée. Elle pourra être augmentée, mais ces gros travaux prendront du temps. Il y a aussi la géothermie, les biogaz, etc. À terme, disons vers 2050, je vois que le soleil associé à l’hydrogène et ses technologies complémentaires constitueront le mixe idéal qui couvrira, pour longtemps, les besoins énergétiques de notre société. À ce moment-là, si nécessaire, nous pourrons démolir les éoliennes que certains n’aiment pas.

 

Revenons au point de départ, le nucléaire. Pas de chance, toutes nouvelles capacités seront longues et chères à construire, chères à faire fonctionner, et chères à entretenir.  Cinquante ans plus tard, quand la centrale aura fini de servir, on saura peut-être la démolir et refaire place nette sans dépasser les réserves financières mises de côté à cet effet. Qui sait, l’ex-centrale de Mühleberg sera peut-être le fleuron de feu l’aventure nucléaire suisse. Mais l’histoire ne s’arrêtera pas là, ni son coût pour la société. Savez-vous où se trouvent actuellement les pires résidus du combustible nucléaire suisse usagé, une fois la radioactivité courte calmée et après qu’ils aient été nettoyés de ce qui ne pose pas trop de problèmes ? À Würenlingen, au-dessus d’une petite falaise de l’Aare, dans des conteneurs en aciers résistants même à la chute d’un avion. https://www.kernenergie.ch/fr/zwilag-le-centre-de-stockage-intermediaire.html. J’ai confiance, chez nous, ces très vilains matériaux sont en sécurité. Je suis même presque certain que, si les gens de Greenpeace tentaient une action pour y placer un pétard afin de montrer que la sécurité n’est pas sans faille, ils n’y arriveraient pas.

Quoiqu’il en soit, ces résidus hautement radioactifs devront bien finir quelque part. Pour le moment, on ne sait pas où. Nos enfants et petits enfants et leurs lointains descendants trouveront la solution. Chouette cadeau !

Personnellement, et contrairement à la majorité des autres antinucléaires, la question du stockage définitif ne m’inquiète pas outre mesure. L’idée de les enfouir mille mètres sous terre dans des couches géologiques qui n’ont pas bougé depuis 200 millions d’années me semble une solution autrement meilleure que l’attente indéfinie dans des conteneurs au bord de l’Aare, même si la Zwilag est une firme très sérieuse dans un pays très solide. Un jour pourtant, il faudra décider. Qui va le faire, qui va payer ?

 

Pour moi, l’argument le plus fort contre le nucléaire est ailleurs.

Depuis que le réacteur suisse a fondu dans la caverne de Lucens, le 29 janvier 1969, le rêve irréaliste d’une filière nucléaire suisse est enterré, mais, bizarrement, l’aventure nucléaire mondiale prétend continuer malgré ses énormes casseroles et un bilan pour le moins ambigu. En effet, il y a actuellement moins de 500 centrales nucléaires en service dans le monde, elles fournissent à peu près 3,5% de toute l’énergie que le monde consomme. Des cacahuètes ! Que d’histoire pour si peu ! Si on voulait être sérieux, si on voulait que l’énergie nucléaire apporte vraiment une contribution significative à la diminution des émissions de gaz à effet serre, il n’en faudrait pas 3,5%, mais 35 ou 50% . En d’autres termes, c’est au moins 5000 centrales « standard » qu’il faudrait construire dans le monde en une ou deux décennies. Réfléchissons ensemble à ce que cela signifierait. Par exemple, ou va-t-on les placer ? La réponse est toute vue ; il faut les placer là où on en a besoin, c’est-à-dire autour des grandes villes. Wikipédia nous en propose 34 qui ont plus de 10 millions d’habitants (https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_villes_par_population).  Parmi elles, Delhi en Inde, Mexico, Dacca au Bangladesh, Karachi et Lahore au Pakistan, Lagos et Kinshasa en Afrique. Autour de chacune d’elles, il s’agira de construire plusieurs centrales. En tout, il y en a 5000 à distribuer. Je m’arrête. Vous avez compris. Ça ne va pas … et ça n’ira pas mieux avec les filières alternatives que l’on évoque quelques fois tels que les surgénérateurs ou les réacteurs au thorium.
Permettez une mention spéciale pour la fusion : on prend de l’hydrogène, on chauffe, on obtient de l’hélium et beaucoup d’énergie comme dans le soleil. Très bien. Peut-être un jour. Pour le moment, voilà 50 ans qu’on nous l’annonce, et, chaque dix ans, la promesse et retardée d’à peu près autant. Aujourd’hui, on en est là !  https://www.iter.org/fr/proj/inafewlines.  Si vous le voulez bien, je propose d’en reparler après 2050, quand nous aurons fini de décarboner notre société.

 

Dernier point, peut-être le pire, la maîtrise de l’énergie nucléaire civile est issue des bombes atomiques. Malgré tous les efforts qui ont été faits pour séparer ces deux filières la menace atomique militaire ou terroriste me semble pire que jamais. L’horloge du Bulletin of Atomic Scientists marque actuellement une minute et 40 secondes avant minuit. https://thebulletin.org/doomsday-clock/.

Cessons de jouer avec le feu.

 

Merci de m’avoir lu. J’espère vos commentaires.

Jacques Dubochet

Jacques Dubochet, professeur honoraire à l'UNIL. Il a développé, dans les années 80, les fondements de la cryo-microscopie électronique qui lui ont valu un prix Nobel de chimie en 2017. Citoyen actif, il est préoccupé par l’impact de la science sur la société. Il croit que c'est la jeunesse qui surmontera la crise du climat et de la vie.

20 réponses à “Énergie nucléaire, non merci !

  1. Monsieur,
    Je constate que la crise du covid déclenche des mouvements sociaux importants. Or cette crise nous a contraint à la marge ( pas de city trip à NY, pas de boîte de nuit,……)
    Les émissions de Ges qui nous permettent d’avoir un confort de vie moyen nous amènent à court terme à la catastrophe. Nous devons produire suffisamment d’énergie pour jouir d’un confort de vie suffisant ( cad moins que moyen mais plus que l’âge de pierre) et malheureusement le renouvelable ne suffira pas ( l’hydrogène n’etant qu’un gaz transporteur avec deux tiers de perte d’énergie) Donc nous avons le choix vivre comme maintenant et cuire sur les plages, de l’éolien et du solaire et vivre dans des grottes, développer le parachute ventral nucléaire comme expliqué par Jancovici

    Envoyé

  2. Citer Roger Nordmann. C’est bon, vous m’avez convaincu: je soutiens le nucléaire. 🤭

    Si théoriquement c’est possible, le solaire et l’éolien ne dépasseront jamais 70 % de nos besoins et pas tout le temps. Et nous devrions sacrifier toutes les zones blanches et multiplierions les maux des électrosensibles..

    https://www.swissolar.ch/fr/services/medias/news/detail/n-n/bfe-studie-schweizer-solarpotenzial-groesser-als-benoetigt/

    Et vous omettez que votre hypothèse repose sur une baisse de 30-50% de notre consommation d’énergie, … à l’ère de la voiture électrique 😅

    Pourquoi ne présentez-vous jamais les sacrifices que vous demandez à vos concitoyens ?

    Les anti-nucléaires ont flingué notre climat. Ils avaient un doux rêve qui s’est transformé dans la réalité par le cauchemar des centrales à charbon. La seule solution pour 2050 est le nucléaire, mais ok pour développer en parallèle le solaire.

    L’éolien a en revanche un avenir en haute mer uniquement. Vous aimez les antivax?, vous adorerez les antiéoliens…

  3. Excusez-moi de vous contredire mais les énergies renouvelables sont tout sauf bon marché (il n’y a qu’à regarder l’Allemagne qui a vu le prix de son électricité après être sortie du nucléaire). Le nucléaire est actuellement la source d’énergie la moins chère.
    Je trouve un autre argument assez spécial : vous dites que la part de l’énergie nucléaire dans le monde est de 3,5%. Vous dites donc que cela ne sert à rien de les développer plus. Mais la part du nucléaire est petite parce qu’il faut une technologie élevée pour pouvoir en créer. Au contraire, ceux qui le peuvent doivent développer au maximum cette énergie pour lutter contre le réchauffement (car le nucléaire émet même moins de CO2 que les éoliennes ou les panneaux solaires !!)
    Le coût environnemental du nucléaire par KWh est plus faible car les centrales se répartissent sur une toute petite surface et durent 2 à 3 fois plus longtemps (votre argument du démantèlement des centrales est donc erroné).
    Enfin les déchets nucléaires sont extrêmement peu nombreux: la France (qui a une part de nucléaire de 75%) a tellement peu de déchets que 95% de la radioactivité des déchets en un an tient dans un camion. (Le 5% restant est plus volumineux mais est très peu radioactif). Je trouve cela plutôt bien un camion par an pour 70 millions d’habitants.
    Le nucléaire est la meilleure source d’énergie dans tous les domaines. Pas une seule ne la bat sur aucun terrain.

  4. Il me semble que l’emprise au sol parle plutôt pour le nucléaire (facteur ~0.001), de même que l’intensité matière. Deux arguments qui devraient peser dans la balance. Néanmoins, je me garderais bien d’affirmer que le nucléaire est la/une solution à la transition énergétique.
    Sans être un expert, la thèse selon laquelle le niveau de complexité qu’une société humaine peut atteindre dépend de la quantité d’énergie disponible, me semble plutôt crédible. Il conviendrait donc de considérer le taux de retour énergétique pour choisir le mix énergétique “idéal”. Malheureusement, parmi les chiffres que j’ai pu trouvé, le seul consensus clair est que l’éolien et le solaire ont un TRE, significativement, inférieur aux énergies fossiles.
    Enfin, pour conclure il faut cesser d’extrapoler du marginal au général, cela n’a aucun sens! Est-il possible de faire l’hydrogène avec du solaire pour faire rouler la camionnette du postier de Tolochenaz? Oui, sans aucun doute. Est-ce que cela marche aussi pour faire rouler 1 milliards de véhicules motorisés terrestres? C’est beaucoup moins évident. Quant aux lobbyistes du solaire, tel M. Nordmann, il faudrait leur demander ce que coûte 1m2 de panneau solaire produit sans énergie fossile.

  5. Cher Prof
    Puis-je vous demander de (re)prendre une calculette et d’avoir enfin une réflexion scientifique?
    Combien de kwh notre société du tout VE a besoin et combien de m2 de panneaux solaires devront nous installer avec un rendement connu et ensoleillement prévisible?
    Et si une période glacière s’avère correcte en 2030, vous direz quoi à vos enfants?
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Minimum_de_Maunder
    Vos raisonnements manquent terriblement de recul …. scientifique !

    1. Cher Serge
      Parfois il est utile “de remettre l’église au milieu du village !”
      Vos informations à propos des cycles solaires manquent terriblement de recul.
      Regardez le graphiques suivant :
      https://www.swpc.noaa.gov/products/solar-cycle-progression
      (puis choisir All à la rubrique Zoom)
      Vous constaterez que depuis plus de 40 ans l’activité solaire (mesurée par le nombre de taches solaires) décroît. Or la température moyenne sur terre ne cesse d’augmenter.
      Dans ces conditions, miser sur une période glacière pour 2030 avec pour seule base une information parue sur Wikipedia à propos du minimum de Maunder me paraît un raisonnement un peu léger !

  6. « Y’a du soleil « , oui, mais …
    J ‘aimerais réagir par un commentaire circonstancié à votre vœu de couvrir les toits suisses par du photovoltaïque (PV).

    La “Stratégie énergétique 2050” et, plus précisément maintenant, les “Perspectives énergétiques 2050+” (en vue de la modification de l’art. 3 de la LEne en cours, envisagent d’ici à 2050, pour l’électricité, de produire en Suisse 39 TWh à partir de sources d’énergie renouvelables, dont 33,6 TWh pour le photovoltaïque (PV) et 4,3 TWh pour l’éolien, en plus de 38,6 TWh pour l’hydraulique (voire 44,7 TWh selon les Perspectives !). Ces 77,6 TWh (voire 84,4 TWh selon les Perspectives !), complétés encore par quelques autres sources renouvelables devraient, paraît-il, couvrir largement une demande de 76,7 TWh (consommation brute) ou de 71,3 TWh (consommation nette, donc pertes inévitables de réseau de 7%, soit 5,4 TWh, déduites, soit deux fois Mühleberg !).

    Mais nulle part on ne parle des puissances en jeu.
    En effet, pour le seul PV, il est facile de calculer que, avec un facteur de charge moyen en Suisse de 10%, la puissance-crête nécessaire à installer en PV pour arriver à produire 33,6 TWh/an serait de 38 GWc (ou aussi 200 km2, avec une puissance spécifique confortable de 190 Wc/m2) !

    Il faut être conscient que toute cette puissance n’est pas disponible en général, du fait de l’intermittence et des conditions locales aléatoires. Le minimum est bien 0 watt, toutes les nuits, mais le maximum est bien 38 GW ! En effet, les jours d’été par grand soleil sur toute l’Europe, il est possible que toute cette puissance existe en Suisse.

    Or, en Suisse, la demande en puissance électrique moyenne est de 7 GW actuellement, elle sera de 8,8 GW en 2050, selon les buts visés par la LEne.
    Les fluctuations de la demande font que le minimum, le ruban (incompressible) est de 5 GW, assurés actuellement par 2 GW de centrales hydrauliques au fil de l’eau et par 3 GW de centrales nucléaires. Les maxima, les pointes de midi en général, et le soir d’hiver, sont de 10 à 12 GW, couvertes par les centrales hydraulique de retenue ; ce sera peut-être 14 à 15 GW avec les pompes à chaleur en hiver en 2050, sans parler de véhicules électriques.

    Notre réseau est incapable (et ne sera jamais dimensionné pour cela) d’assurer la possibilité de devoir “encaisser” 38 GW, ce serait 4,3 fois plus que la moyenne de la demande. Certes, ce sera alors une surabondance momentanée d’énergie, mais surtout de puissance, qui posera problème.

    On voit déjà que le but politique d’arriver à ces valeurs d’électricité PV, et donc de puissances PV installées, n’est pas réaliste physiquement.

    Finalement, et sur le plan social, installer ces 200 km2 de PV d’ici à 2050 revient à installer plus de 500 installations sur des toits de maison de 50 m2 (à 9,5 kWc) chaque jour ouvrable, non stop durant 30 ans… sans parler des investissements (disons avec un coût minime, encore théorique, de 1,50 CHF/Wc), cela fait en tout 57 milliards, soit aussi 7,3 millions CHF à dépenser chaque jour ouvrable…

    Il y a le but, mais il y a surtout le chemin, cela on a trop tendance à omettre d’en parler.

    1. Cher M. C. de Reyff, vous parlez de 57 milliards sur 30 ans. C’est beaucoup d’argent certes. Mais en regard du PIB annuel du pays, ce montant est peu élevé. Donc sur ce point précis, je ne vois pas où serait le problème avec le solaire. Ou vous ai-je mal compris?

      1. Cher Monsieur,
        La question est de savoir si on trouve en Suisse assez de personnes candidates qui toutes ensemble sont prêtes à investir 7 millions chaque jour ouvrable pour installer chaque jour 25’000 m2 de PV sur leurs toits. Comme déjà dit, il y a le but, avoir installé 38 GWc et avoir dépensé au total 57 milliards d’cii à 2050, mais il y a surtout le job à faire chaque jour qui passe.
        Je viens d’avoir une offre pour mettre des tuiles PV, très bien intégrées architecturalement parlant, sur un pan de 50 m2 de mon toit. Outre un coût qui est plus proche de 6 francs le Wc installé (4 fois l’hypothèse favorabe !), on me parle d’un travail de 3 semaines…

  7. Si l’on omet de considérer le projet MYRRHA en Belgique, prototype prometteur pour reconsommer ce que l’on nomme déchet nucléaire aujourd’hui, l’on peut nous bassiner avec du renouvelable. L’on sait parfaitement qu’un jour l’on pourra probablement stocker plus d’énergie dans des batteries, mais jamais faire des recharges rapides. Pour faire un plein de carburant il faut 5 minutes pour rouler 800 Km, pour faire le même trajet en électrique, le temps de recharge est bien plus long. Nous dire que viendront des charges très rapides est une utopie qui renie les règles de la physique. Expliquer nous comment sera alimentée une très grande station genre sur autoroute avec 30 ou 50 stations et quelle seront les dimensions des câbles-bornes contacts pour transférer très rapidement une telle énergie qui vient d’où ? transportée à très haut voltage, mais jamais jusque dans le véhicule ! Il est inutile de nous parler de 80% de charge en x minutes, les autres 20% mettent des heures et des heures pour une recharge complète. Et que dire du renouvelable, le bois 40 ans de CO2 capté par un arbre et rejeté en 1 jour dans la cheminée, 4 à 6 Kw consommés pour pomper l’eau du lac du bas vers le haut ou pour produire de l’hydrogène, résultat 1 seul Kw consommable, l’inverse d’une pompe à chaleur, COP -6 !! Et il faut aussi cessez d’entretenir la confusion entre Kw et Kwh. L’on peut produire une grande quantité d’énergie à certains moments mais seulement à certains moments, et cela est très souvent quand elle n’est pas demandée en grande quantité.

  8. “L’énergie la meilleure et la moins chère est celle qu’on ne consomme pas.” Telle est la devise des SIG Genève, énoncée par leur directeur, M. Brunier, dans le communiqué de presse relatant une très importante économie d’énergie réalisée en 2019, notamment dans les ménages. Voir le site d’éco21 des SIG. En tant que consommatrice – mais ayant vécu une expérience professionnelle dans une multinationale, filiale pétrochimique d’une encore plus grande boîte – je me demande souvent pourquoi on ne questionne pas davantage les “actrices” et les “acteurs” de la fabrication des énergies; pourquoi on communique, réagit et manifeste autant alors qu’un reportage sur ce que j’appellerais “les mains dans le cambouis” nous en dit tellement plus! (et il en existe d’excellents). Bref, la question est si vaste que les réponses devraient être esquissées au moins en présence des professionnels engagés dans la performance. Les litanies et les certitudes quant à la fin du monde, parce qu’elles sont des plaintes, ne tiennent pas compte des réalisations présentes et de celles qui peuvent advenir.

  9. oulà! les réactions à votre texte en disent long sur l’ancrage des dogmes énergétiques dans les esprits, qui vont d’ailleurs de paire avec ceux de croissance infinie et de salut technologique. Bien évidemment que le nucléaire civil n’est qu’une couverture vertueuse de l’activité militaire (n’est-ce d’ailleurs pas de cela que l’on accuse l’Iran?) et que sa contribution au mix énergétique est plus que minime, pour un risque maximal. Selon le site https://2000watts.org/index.php/energies-fossiles/nucleaire/1158-les-defis-de-l-energie-nucleaire.html, en 2017 le nucléaire contribuait pour 10%, et les énergies renouvelables pour environ 7%. La même source précise que “Si l’industrie du nucléaire ambitionne de doubler sa part de marché et de grimper à 20% de la production mondiale d’électricité, il lui faudrait extraire plus de 100’000 tonnes d’uranium à des prix abordables. Cette hypothèse ne repose pas sur des gisements actuellement identifiés et exploitable à des prix raisonnables.” CQFD.
    La solution passera probablement par la rationalisation de la consommation, au travers de contraintes fiscales et légales et d’innovations technologiques, pour tous les types d’énergie.
    Mais il n’y a pas de solution miracle, et un jour les énergies et matières non renouvelables seront épuisées. D’ici là essayons de consommer notre énergie, et les objets qu’elle produit, de manière raisonnée. Ai-je vraiment besoin du petit chien en plastique qui secoue la tête sur la plage arrière de mon SUV de 400cv?

  10. Le débat sur le sujet de la production d’électricité par des centrales nucléaires doit s’intégrer dans un débat sur le type de société dans laquelle nous voulons vivre.
    Heureusement, deux choses ne me semblent pas sujettes à discussion et peuvent nous servir de point de départ :
    1. Tenir compte de la finitude du monde et de ses ressources !
    2. Ne pas mettre en danger les systèmes naturels qui permettent la vie sur Terre (l’eau, les sols, les êtres vivants, les océans, l’atmosphère et la cryosphère).
    Dit d’une autre façon, la seule voie qui me semble possible, c’est un développement qui répond aux besoins du présent et qui préserve la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Cela s’appelle le « développement durable ».
    Mais où les choses se compliquent : « …c’est que la question écologique touche tous les aspects de la vie d’une société, et elle est à ce titre éminemment politique : elle impose de faire des choix entre des objectifs qui ont chacun leur légitimité mais ne peuvent être tous atteints simultanément: Risque de l’énergie nucléaire ou risque d’une économie trop carbonée ; risque d’une production agricole insuffisante ou risque de l’utilisation de produits toxiques : risques pour un avenir proche et risques pour un avenir plus lointain ; risques pour son pays et risques pour la planète … » (citation p.132 du livre Le Premier XXIe siècle de Jean-Marie Géhenno). Est-ce que notre société est assez mûre pour décider des risques qu’elle va choisir de prendre ? Je pense que oui, mais seulement dans la mesure où notre politique se reconstruira sur des débats de valeurs autour desquelles les citoyennes et citoyens pourront se reconnaître. La (re)connexion avec la Nature, la répartition des richesses, les liens positifs à établir avec les autres (y compris les générations suivantes) ont leur place dans ce débat.
    Une fois ce débat bien avancé, il sera possible de baliser le chemin à suivre pour la réalisation de tous les développements nécessaires, y compris la poursuite ou non du nucléaire civil.
    Il y a urgence et dans un monde fini, je pense que la sobriété est un passage obligé pour notre société. Sur le plan des technologies cela se traduit par le développement de l’innovation frugale, de la croissance du recyclage, de la fin du gaspillage, d’une réflexion sur la place à accorder à la publicité, …
    Alors mettons-nous tout de suite au travail, et il est possible qu’au bout du compte on puisse se passer du nucléaire !

  11. En ce qui concerne la Suisse, le débat sur le nucléaire est clos. Définitivement clos. Il existe hélas des décisions dont les conséquences sont irréversibles. Le peuple a approuvé le 21 mai 2017 à une très large majorité l’abandon du nucléaire. Une loi peut certes être révisée ou abrogée. La voie top-down serait que le Conseil fédéral se décide à soumettre au Parlement un message et une loi d’abrogation, que les deux Chambres en débattent et prennent une décision dont rien n’indique qu’elle serait acceptée, que le peuple, inévitablement, soit appelé à se prononcer, ici aussi sans aucune garantie d’acceptation. Un processus fort peu probable qui demanderait au bas mot 10 à 15 ans à partir de sa mise en route. Viendraient ensuite les aléas des projets, les oppositions, les recours (20 ans pour l’éolien), la construction, la mise en service. Même en étant très optimiste, nous voici au-delà de 2060.
    Personne ne sait quelles seront alors les sources d’énergie en opération, sauf nous. Comme les intervenants précédents le font très justement observer, nous aurons 200 km2 de panneaux solaires, plus de 1 000 éoliennes et 3 à 4 000 “centralettes” à gaz. En comparaison mondiale, les 5 000 réacteurs nucléaires dont il est question sont peu de chose. Il y a plus de 50 000 grands barrages hydroélectriques dans le monde:
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/03/13/ces-grands-barrages-hydroelectriques-controverses_5982068_3244.html#:~:text=R%C3%A9sultat%20%3A%20on%20en%20compte%20aujourd,3%20millions%20de%20m3.
    et 3 500 centrales thermiques “fossiles”, normalisées à 1 GW, ont produit 61% de l’énergie électrique mondiale en 2020, (10% le nucléaire, 16% l’hydroélectricité, 9% l’éolien et le solaire):
    BP Statistical Review of World Energy 2021.
    Ce sont des ordres de grandeur incontournables.
    Je peux cependant vous rejoindre sur deux points seulement, quand vous dites:
    “… nous pourrons démolir les éoliennes que certains n’aiment pas”. (vers 2050)
    et: “Personnellement, et contrairement à la majorité des autres antinucléaires, la question du stockage définitif ne m’inquiète pas outre mesure.”
    Braves gens, dormez tranquilles. Pour le meilleur ou pour le pire, vous n’aurez pas de nucléaire.

    1. Etes-vous certain de trouver assez de minerais pour faire fonctionner toutes ces centrales? Et pour combien de temps ?
      Laisser à des centaines de générations la tâche de gérer nos déchets (l enfouissement est problématique: des que l’on creuse dans ces couches géologiques, les infiltrations de toutes sortes sont de la partie), pour continuer à brûler la chandelle par les deux bouts, sur une période des plus courte ?
      Sans compter, comme le laisse entrevoir notre illustre professeur, toute la problématique sécuritaire de cette énergie (disséminée de part le monde, en suivant notre voie).

  12. Selon EDF, 70.6% de la production électrique 2019 en France était d’origine nucléaire. Cette production provient de 18 centrales nucléaires en activité.

    Pour quelle raison les autres pays industrialisés, et notamment la Suisse, ne pourraient-ils pas en faire autant ?

  13. Nulle décision n’est irréversible en politique, en particulier revenir sur la votation anti-nucléaire. Idem pour la décision du Conseil fédéral d’abandonner l’accord institutionnel avec l’UE. En régime de démocratie directe, tous les moyens sont disponibles (par exemple une initiative parlementaire pour reprendre le débat UE et enfin le soumettre au peuple). Economiquement, c’est simple (pour une fois) : ou bien nous importons de plus en plus massivement notre énergie de l’étranger et fermons hypocritement les yeux sur ses facteurs de production (charbon, atome, etc.), acceptons toutes politiques de prix imposées (et payons de notre proche), renonçons au minimum d’autonomie économique requis par notre culture libérale et nous nous gavons de pseudo bonne conscience , ou bien nous regardons la réalité en face, et revenons sur le nucléaire (comme sur l’accord institutionnel UE) avant que nous perdions et les alliances et le savoir-faire nécessaires pour assurer notre approvisionnement énergétique et notre indépendance. politiquement, il faut du courage et penser plus loin que l’échéance de sa réélection. Il faut aussi quitter l’ilot addictif de l’idéologie rouge et verte qui dessert la cause écologique tout autant que l’idéologie dite “post-libérale”.

    Faisant preuve en outre d’imagination, nous lierions les deux démarches en mettant en avant nos Grands Ecoles et nos capacités de financement. Mais pas sans condition, car l’UE ne connaît que les rapports de force. La preuve : elle ne respecte déjà pas nos Accords bilatéraux (ex. : les services et produits financiers dont la libre circulation a été abolie unilatéralement).

  14. Parlons un peu des déchets nucléaires !
    Nos réacteurs consomment en moyenne 72 tonnes de combustibles par année. Ce seront donc 3’600 t de UO2 en tout après 50 ans et 1’200 TWh (1’200 milliards de kWh) produits ! La masse volumique du dioxyde d’uranium est de 11 g/cm3, soit 11 t/m3. Cela représente donc un volume de 327 m3. Sa composition sera de 94% d’U238, 1% d’U235, 1% de Pu239 et de 4% de produits de fission et de traces d’autres actinides mineurs, tous à bien gérer, cela va de soi.
    Il y aura deux solutions : soit enfermer les éléments de combustibles usés dans de gros cylindre massifs, comme cela est déjà fait au Zwilag de Würenlingen, soit vitrifier le contenu des éléments si on en fait un retraitement. La réalité sera une combinaison des deux procédés puisqu’il y a actuellement une interdiction de retraitement du combustible usé. Le volume final dans l‘un ou l’autre cas, donc, par exemple, celui de la solution vitrifiée avec une dilution en volume de 4% dans du verre, serait de 8’000 m3 en tout, soit un cube de 20 m de côté, soit aussi 1 L par personne, contenant exactement 450 g de matière radioactive, et cela, je le répète, après 50 ans d’utilisation de l’énergie nucléaire dans notre pays.
    Comme la radioactivité issue de l’énergie nucléaire est pour 99,9% dans le combustible usé, on le déposera dans des couches profondes d’argile imperméables, dite «  argile à opalinus », qui sont là depuis des dizaines de millions d’années et qui le seront encore pour autant de temps, sans avoir de chance prochaine de « remonter à la surface ».
    Il est donc faux de dire « qu’il n‘y a pas de solutions pour les déchets », car le Conseil fédéral a reconnu et entériné cette solution en 2006 déjà. La Nagra, organisation en charge de l’exploration du sous-sol suisse, est en train de déterminer et d’analyser plus finement les 2 ou 3 derniers emplacements idoines pour faire cet enfouissement définitif en Suisse. En Finlande un tel stockage souterrain est déjà en opération.

  15. Bonjour,
    Je fais suivre ici un commentaire de Jean François Dupont qui n’a pas passé pour une raison que je ne comprend pas,
    Le slogan en exergue à votre blog « Comprendre, parce que c’est important » est un bon slogan. Vous faites un effort visible pour comprendre et faire comprendre. Bravo à cet égard pour votre analyse à propos des déchets nucléaires : vous n’êtes pas tombé dans le piège de la diabolisation simpliste, et de l’ignorance, qui consiste à dire « Il n’y a pas de solution pour les déchets ». Vous êtes, à ma connaissance, le 1er antinucléaire à reconnaître qu’il y a une solution. Les nombreux professionnels qui ont beaucoup travaillé à la solution vous seront reconnaissants de rendre justice à la réalité, et à leur travail. Le prof EPFL Lyesse Laloui a même déclaré récemment dans 24 Heures du 6 novembre qu’en plus ils avaient fait un bon travail https://www.24heures.ch/il-n-y-a-pas-de-probleme-de-surete-qui-justifierait-de-se-passer-du-nucleaire-668286314911 .
    La question essentielle reste : quelle est la bonne attitude face aux technologies, en particulier face à leurs risques, spécialement ceux du nucléaire ? En préalable : la science, et les technologies qui en découlent, ne sont pas toute la réalité de l’humanité. Mais elles en sont une composante importante, ne serait-ce que pour le niveau de vie et le développement social. Le faux débat est de vouloir les classer en Bonnes et en Mauvaises technologies. En réalité les technologies sont des outils qui ne sont pas à priori bons ou mauvais, parce que cela dépend de l’usage que l’on en fait, et c’est au final l’Homme qui fait qu’une technologie est bien ou mal utilisée. Le vrai débat de société doit donc porter sur le bon usage. Cela signifie en particulier la définition, dans la loi, de normes de sécurité et de procédures de contrôle efficace (Inspectorat de sécurité).
    Face aux technologies, il y a alors deux attitudes extrêmes à éviter : le refus inconditionnel et, par symétrie, l’acceptation inconditionnelle. Mais il n’y a pas symétrie d’excès entre les pronucléaires et les antinucléaires. Un pronucléaire n’est pas inconditionnellement pour le nucléaire : son oui est un « oui si », c.a.d. si des conditions de sécurité acceptables sont appliquées. Votre allusion sur ce point à l’égard de l’IAEA est mal fondée. Par contre il faut constater que les antinucléaires, et je précise les antinucléaires militants, sont dans le refus inconditionnel. J’ai essayé plusieurs fois de leur faire dire quels sont les défauts de sécurité et quelles améliorations ils proposent. En vain : pour eux le nucléaire est tellement mauvais qu’il ne mérite même pas analyse. Il n’y a qu’une réponse selon eux : l’interdiction. Ils ne veulent pas la sécurité du nucléaire, ils ne la demandent pas, ils en veulent la disparition.
    Un petit mot sur la démarche de sécurité. Un principe de base est d’imaginer toutes les défaillances et enchaînements de défaillances qui pourraient aboutir à un danger, à savoir un relâchement de radioactivité dans la biosphère. Ensuite il faut prévoir des parades à ces défaillances. Le spécialiste de sécurité connaît une angoisse permanente : a-t-il pensé à toutes les défaillances possibles ? Il suit avec beaucoup d’attention les positions des antinucléaires, parce qu’ayant plus de recul, étant moins le « nez dans le guidon », ils pourraient signaler des oublis dans l’anticipation. Malheureusement ils ne contribuent jamais à l’identification des risques qui auraient pu être oubliés. Parce qu’ils ne sont pas dans l’analyse, ils sont dans une idée fixe : interdire.
    Un point qui passe inaperçu dans ce travail sur la sécurité : le nucléaire est une des technologies qui pousse le plus la prise en compte de situations extrêmes et hypothétiques. Cette recherche est souvent très coûteuse. Mais sur le plan des coûts on a une grande chance dans le nucléaire : on fait tellement d’énergie avec tellement peu de matière que la répercussion sur le prix du kWh est pratiquement indolore. Un exemple : on transporte le combustible irradiés et ses déchets dans des conteneurs métalliques blindés, 40 cm d’épaisseur, qui doivent résister à des crash test avec une locomotive lancée à 100 km/h. On peut se le payer. Par contre on transporte beaucoup de citernes de chlore, qui transitent entre autres par Lausanne. Une fuite de chlore par accident dans une zone peuplée aurait des conséquences effrayantes : mort rapide dans des souffrances atroces. On devrait exiger des citernes blindées. On ne pourrait pas le payer.
    Un problème avec la science et les technologies, et leur sécurité, est que la société a intérêt à bien s’informer et à écouter les spécialistes. Pour « comprendre » comme vous le dites en exergue. Mais il y a un deuxième problème : les spécialistes se contredisent souvent. Je souhaiterais Monsieur Dubochet qu’au lieu de souffler sur la braise du débat nucléaire, vous choisissiez d’apaiser ce débat avec de l’information de qualité. Vous avez déjà fait un grand bout du chemin en reconnaissant qu’il y a une solution aux déchets. Encore un effort, ne restez pas dans une position de refus inconditionnel et dogmatique.
    Avec cette attitude de refus inconditionnel, on aurait interdit la chimie après Bhopal, le transport maritime après le naufrage du Titanic. On aurait aussi interdit de construire des ponts et des maisons. À la préhistoire on aurait interdit le feu : c’est tellement dangereux le feu, il y a encore tant d’incendies, et de victimes.
    https://clubenergie2051.ch/2021/07/30/nucleaire-son-utilite-voire-sa-necessite-et-sa-maitrise-des-risques-de-mieux-en-mieux-reconnues-mais-lopposition-reste-dogmatique-et-ideologique/

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