L’erreur du système judiciaire

Notre système judiciaire poursuit avec sévérité et acharnement des centaines de jeunes qui tentent de défendre la vie sur Terre et leur futur par des actions non violentes. Il leur est reproché de désobéir à l’ordre civil ; ils ont joué au tennis dans le hall d’une grande banque ; ils ont discuté avec les clients à l’entrée d’un grand magasin; ils s’asseyent parfois sur les voies de circulation ; pendant 5 mois, ils ont courageusement inventé une autre façon de vivre sur la précieuse colline du Mormont que dévore lentement la fabrique de ciment Holcim d’Eclépens ; surtout, ils n’obéissent pas toujours aux injonctions de la police.  Par contre, conduite par le Tribunal fédéral, la justice semble s’être unie sur le point de vue que la vie qui meurt et le climat en folie ne sont pas relevants dans toutes ces affaires. Elle estime qu’il n’y a pas d’urgence et que les accusés ne sont pas directement menacés. Sollicité moi-même par les jeunes pour témoigner de la gravité de la situation climatique, le juge a estimé que ma contribution était inutile. Cette situation me rappelle une anecdote vécue dans le cadre d’un jury de thèse de doctorat. Le travail était brillant et novateur, mais il fut momentanément refusé parce qu’un des experts avait relevé quelques fautes d’orthographe ; le sujet était probablement trop difficile pour lui.

Tant pis, l’indépendance de la justice est importante. C’est une valeur essentielle de notre démocratie.

 

Je pense toutefois que notre système judiciaire commet une lourde erreur.

 

Sur le fond, ces jeunes ont raison, terriblement raison. La crise climatique et la dégradation de la nature sont des menaces vitales pour eux. Elles le sont aussi pour la société tout entière, mais nous, les vieux, seront dehors avant que la catastrophe n’apparaisse dans toute son ampleur et, ceux qui, aujourd’hui, sont aux commandes, ceux qui font tourner la roue, sont bien trop occupés pour s’arrêter un moment et prendre la mesure de ce qui est en train de se passer.

Dans 5, 10 ou 20 ans, plus personne ne dira « il n’y a pas urgence », mais beaucoup de ces jeunes que la justice poursuit aujourd’hui seront aux commandes de notre système. Ils porteront en eux le détestable souvenir que la justice suisse, menée par son Tribunal fédéral, les a mis en prison alors qu’ils avaient raison.

C’est une bien mauvaise leçon de démocratie alors que l’on aimerait tellement qu’ils reprennent et défendent cette valeur fondamentale qui nous est chère.

DCI, Dubochet Center for Imaging

Encore un cadeau. Le Grand Conseil a décidé à l’unanimité d’accorder un crédit de 4,3 millions pour loger le DCI (en français, le Centre Dubochet d’imagerie. De quoi s’agit-il ?

 

Pour fêter le prix Nobel qui m’avait été accordé en 2017, la région m’a gâté. L’Université de Lausanne a offert une place de parc à mon vélo. Le Conseil d’État a demandé au créatif sculpteur, François Junod, d’inventer une œuvre commémorative; elle trône dans notre salle à manger. L’UNIL, encore elle, me donne l’occasion et les moyens d’organiser une série de belles conférences. Aurélien Barrau fut le premier orateur avec une salve brillante pour la vie et le climat. Ensuite, le virus est survenu. D’accord avec l’UNIL et les conférenciers pressentis nous avons décidé de ne rien bâcler. Nous reprendrons la série quand les conditions permettront d’exprimer sans retenue l’Envie d’agir, https://www.unil.ch/dubochet/enviesdagir.

Et ce n’est toujours pas fini !  Le grand Conseil vaudois a récemment voté à l’unanimité un crédit de 4,3 millions destiné à construire une annexe au bâtiment Génopode de l’UNIL pour y abriter le DCI, de manière à ce que la Suisse romande redevienne ce qu’elle fut : leader mondial dans le développement et l’usage de la cryo-microscopie électronique (cryo-me).

 

La cryo-microscopie électronique (cryo-me).

Vous et moi sommes essentiellement faits d’eau. Le reste est ce qui y flotte ou y baigne. Or, la microscopie électronique qui, en principe, peut « voir » mille fois plus petit que la microscopie optique ne fonctionne que sous vide. Malheureusement, sous vide, l’eau s’évapore. Pendant 50 ans, les microscopistes électroniciens n’ont observé que des objets biologiques desséchés rappelant un aquarium sans eau. On a imaginé de surmonter cette difficulté en refroidissant les spécimens à une température où l’eau ne s’évapore pas. Malheureusement, l’eau très froide est de la glace et la matière biologique congelée est encore en plus mauvais état que la matière sèche. Ce fut notre grande chance – un peu sollicitée – que de découvrir, à la surprise de tous, qu’en refroidissant plus vite que les autres, il est possible d’immobiliser l’eau avant qu’elle ne cristallise. On appelle ce processus la vitrification. Trente-cinq ans, et beaucoup de travail plus tard – de nombreux groupes ont participé à l’effort – la découverte de la vitrification a débouché sur la cryo-microscopie électronique capable de déterminer la structure atomique d’à peu près n’importe quelle structure moléculaire mieux et plus vite que toute autre méthode existante.

Note d’actualité : la science va vite ; il se peut que l’intelligence artificielle – un mot à prendre avec des pincettes – soit en train de changer la donne. Nous en reparlerons.

 

Pourquoi la cryo-me est importante.

C’est l’arrangement des atomes qui détermine la fonction d’une structure biologique, par exemple celle de toutes les protéines inscrites dans le génome. Bien sûr, de la structure à la fonction il reste un grand pas avant que l’on comprenne « comment ça marche ». Il n’empêche que la structure atomique est la pierre angulaire sur laquelle cette connaissance peut se construire.

Par exemple, les spicules du virus SARS-CoV-2 s’attachent à un récepteur cellulaire pour initier l’attaque. On commence à bien connaître le mécanisme de serrure et de clé qui induit cette fonction. De temps en temps, le virus mute. Grâce à la cryo-me, il est possible de déterminer en quelques semaines en quoi la clé a changé de forme. Le plus souvent, la clé mutante est moins efficace. Quelquefois elle l’est davantage. Il est bon d’en avoir une bonne image. Aux gens des vaccins et des médicaments d’en faire bon usage.

Qu’il s’agisse de la fonction biologique normale, de cancer, de dégénération du système nerveux, ou de toutes maladies innées ou acquises, au départ, il s’agit toujours d’une fonction, désirable ou pathologique, dont la cause est un arrangement spécifique d’atomes. De ceux-ci, il en existe des dizaines de milliers qui demandent urgemment à être connus. Actuellement, les moyens manquent. Avec le DCI, la Suisse romande y apportera sa contribution, la meilleure.

 

DCI, de quoi s’agit-il ?

J’ai commencé ma retraite il y a 14 ans, après 20 ans à la direction du Département d’Analyse Ultrastructurale (DAU) de l’UNIL. Nous y avions poursuivi le développement de la cryo-me initiée dès les années 80 au Laboratoire européen de Biologie moléculaire à Heidelberg. Au moment où je quittais la recherche en 2007, il y avait, dans le monde, une bonne dizaine de laboratoires qui travaillaient à améliorer la cryo-me.  C’était le temps de la « blobologie » comme le disait avec humour ceux qui utilisaient les rayons X ou la résonnance magnétique nucléaire pour déterminer la structure des macromolécules de la biologie. Pour eux, la résolution atomique était le pain quotidien. Nous, cryo-microscopistes électroniciens, ne distinguions encore que des « blobs » plus ou moins flous à la surface des molécules. Pourtant ces images insuffisamment précises s’affinaient d’année en année et le but d’atteindre, une fois, la fameuse résolution atomique motivait un nombre croissant de laboratoires. À ma retraite, l’UNIL fit alors un autre choix. Elle ferma le DAU. Peu après, elle s’aperçut quand même que les chercheurs de la biologie ne pouvaient pas se passer d’un accès à la microscopie électronique, du moins dans sa forme traditionnelle. L’UNIL réinstalla donc une plate-forme destinée à rendre cette technique accessible aux biologistes de l’UNIL et de l’EPFL. Cette plate-forme est brillante. Elle fonctionne parfaitement.

2017, prix Nobel ! La cryo-me était finalement arrivée au point de pouvoir résoudre la structure atomique d’à peu près n’importe quelle macromolécule biologique mieux et plus vite que toute autre méthode. C’était une révolution. Nouria Hernandez, rectrice de l’UNIL, et Martin Vetterli, président de l’EPFL se dirent qu’il était bien dommage de ne conserver que le souvenir de leur fameux étudiant d’autrefois et professeur honoraire d’aujourd’hui. Ils décidèrent de créer le Dubochet Center for Imaging, DCI,

https://www.dci-lausanne.org/

qui fut bientôt élargi dans le cadre d’une collaboration étroite avec l’Université de Genève,

https://cryoem.unige.ch,
où j’avais reçu ma première initiation à la recherche à la fin des années 60.

La DCI aura deux entités, une à Lausanne (DCI Lausanne) sous la direction de Henning Stahlberg, et une à Genève (CryoGEnic ou DCI Genève, sous la direction de Robbie Loewith). Ces deux sites formeront un centre commun qui développera des méthodes pour faire progresser la cryomicroscopie électronique, et qui fournira à la région Swiss Lemanic une analyse structurale de pointe pour la recherche en sciences de la vie.

 

Pour réaliser ce but ambitieux, les trois institutions ne lésinèrent ni sur le travail ni sur les moyens. Ainsi, malgré le virus, le Centre est aujourd’hui quasiment opérationnel.

La rapidité avec laquelle le projet a été mis en œuvre est admirable. Elle est due au soutien extraordinaire de la direction de l’EPFL, de l’UNIL et de l’UNIGE ainsi qu’à l’efficacité du directeur du projet lausannois, le prof. Henning Stahlberg, un cryo-microscopiste qui dirigeait précédemment un centre réputé à Bâle. Henning est aussi bien connu à Lausanne ; il a fait sa thèse sous ma direction dans le cadre d’une collaboration entre le DAU et le laboratoire du prof. Horst Vogel à l’EPFL.

À Lausanne, le DCI est un gros projet. Il comprend six cryo-microscopes électroniques de la toute dernière génération ainsi que tous les équipements associés pour la préparation des spécimens et le traitement des données. Pour cela, il a fallu trouver des locaux. Les physiciens du Cubotron – le bâtiment de l’UNIL transféré à l’EPFL dans le cadre du grand réarrangement du début du siècle – ont accepté de céder un très grand local relativement peu utilisé. Nouvellement aménagé, il offre une solution provisoire à la mise en route du projet. Elle n’est pas optimale, tout y est serré. Surtout, les conditions électromagnétiques du lieu sont affectées par la ligne du métro M2 et du câble électrique principal reliant l’UNIL à l’EPFL. Il a fallu de subtiles contre-mesures pour en maîtriser les effets. Aujourd’hui, les premiers de ces microscopes sont fonctionnels, la recherche a commencé et le flot d’utilisateurs extérieur va débuter incessamment. Il reste pourtant urgent de trouver un autre emplacement qui soit à la hauteur des ambitions de la jeune équipe et de ses formidables instruments. Les 4,3 millions que le Grand Conseil vient d’allouer sont destinés à construire, dans les meilleurs délais, une annexe au bâtiment du Genopode dans lequel le DCI trouvera les conditions favorables dont il a besoin. Les plans sont prêts. Les travaux peuvent commencer. Le déménagement devrait se faire en 2023 en attendant que la solution optimale et définitive soit construite dans le nouveau bâtiment des sciences de la vie qui devrait être fonctionnel d’ici 2026.

Lecteur, tu peux sans doute comprendre et, peut-être un peu, partager, le bonheur et la fierté que je ressens en voyant ainsi unies les trois institutions qui m’ont fait et que j’aime. À Nouria Hernandez, Martin Vetterli, Yves Flückiger, et Henning Stahlberg, je dis ma très grande reconnaissance.

Tumulte afghan

D’Afghanistan, elle est arrivée chez nous il y a 10 ans.

C’est une amie. Aujourd’hui, elle est presque aussi suisse que mes enfants ou moi, pourtant, elle reste afghane, complètement.

Elle écrit.

 

I’m being re-traumatised

 

The next human being, I come across

If accidentally he/she asks me how I am

And bothers to listen

I wouldn’t be able to respond

I’ll collapse

As rapid as Kabul, Heart, as Mazar

I’m about to have a mental breakdown

About to split in thousand pieces

And as an individual, never to be reorganised

I need some human warmth

A bit of kindness

And some caring thoughts

And if by any chances, he/she offers me a hug

I’ll cry and cry and cry

It’s all about ifs…

But Mummy, I’m left alone

My mental breakdown is imminent

Kabul is now in the hands of Talibans

 

I’m being re-traumatised

 

Mina Hossaini

15.08.21

 

Elle ajoute: « Voici ce que, en Suisse et en sécurité, j’ai pu ressentir. Je vous laisse imaginer ce que les femmes afghanes au pays ont pu ressentir. »

 

Quant à moi, je vois aussi que le monde est en tumulte. Cela ne va pas s’arranger facilement, mais nous savons ce que nous pouvons faire; il est si facile d’aimer nos frères et sœurs humaines. Les chemins pour l’exprimer sont ouverts et accessibles. Allez, soyons généreux ! Par exemple à cette adresse.

https://www.eper.ch/medias/la-suisse-doit-offrir-sans-tarder-une-protection-aux-personnes-refugiees?utm_source=EPER&utm_campaign=29148365d5-EMAIL_CAMPAIGN_2021_08_19_11_32&utm_medium=email&utm_term=0_d1cc7af0b2-29148365d5-224295433

Deux voitures et un bus

Un cher voisin exprimait son enthousiasme pour les 1000 idées de la Fondation Solar Impulse de Bertrand Piccard. Elles pourraient contribuer à sauver la planète. D’accord !  Merci à Bertrand. Son engagement constructif pour éviter le crash est exemplaire. J’ai pourtant essayé de dire à mon voisin que, sans rejeter l’importance des solutions technologiques, il me semblait que celles-ci seront insuffisantes ; ce qu’il faut, c’est un changement d’état d’esprit. Malheureusement, je n’ai pas su trouver les mots qui auraient pu le convaincre.

Le soir même, autour d’un café, une amie m’a raconté l’anecdote suivante.
À Lausanne, elle aussi a un voisin. Celui-ci est une personnalité importante dans une banque de la place très affirmative quant à son engagement pour la durabilité et le climat.  Juste devant leurs domiciles il y a un arrêt du bus qui, tous les quarts d’heure, conduit directement à la placer Saint François devant le bâtiment de la grande banque. Pourtant le voisin préfère y aller en voiture. Il en a deux qu’il utilise selon l’humeur, parfois la Porche, parfois la Jeep Grand Cherokee.
Un jour, surprise, mon amie rencontre le voisin banquier dans le bus. Il semble gêné. Sur le ton de l’excuse, il explique qu’il a eu un pépin, aujourd’hui, hélas, les deux voitures sont au garage !

Je suis remonté chez mon voisin et je lui ai raconté la petite histoire. Nous sommes tombés d’accord que c’est bien l’état d’esprit qu’il faut changer. Alors tout sera possible et les solutions technologiques nous y aideront.

Éléments concrets

Le texte « Pas d’urgence ? » du 14 juillet soulève un débat que je n’avais pas anticipé.  Samy – merci – le résume ainsi :

Je perçois votre peur de l’avenir, mais je trouve qu’elle n’est pas basée sur des éléments concrets.

Aïe, j’ai manqué de préciser quelques prémisses.

  • Ni vous ni moi ne connaissons l’avenir.
  • Toutefois, chacun peut essayer d’identifier ce qui semble probable dans ce qui est pensable.
  • En ce qui concerne la crise de la vie et du climat, il me semble que les institutions qui l’ont étudiée avec le plus d’assiduité et de compétences sont le GIEC (https://www.ipcc.ch/languages-2/francais/) et l’IPBES (https://ipbes.net).

Pour répondre à la remarque de Samy, je me réfère donc aux rapports que publient ces remarquables institutions onusiennes.

Si vous trouvez que ma réponse est un peu courte, réjouissez-vous, le prochain rapport du GIEC nous sera livré le 8 août. Il sera épais.

Trêve de plaisanterie !

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Rouge-gorge

J’aime la science et chaque fois qu’elle me fait comprendre quelque chose j’y prends un plaisir physiologique.  J’aime aussi partager ce plaisir.  Alors, de temps en temps, je distribue à mes amis un petits rapport sur mes « découvertes ». Le blog du temps me semble un bon canal pour partager ce plaisir.

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Pas d’urgence ?

Covid-19 et crise du climat

Souvenez-vous ! Le 13 mars de l’an passé, il y avait en Suisse 1000 personnes malades de la covid-19. En soi, ce nombre n’était pas bien impressionnant ; à l’échelle de ma petite ville, cela représentait peut-être une ou deux personnes – que je ne connaissais pas d’ailleurs. Le problème était autre : le nombre de malades doublait en moins de 3 jours ; il se multipliait par dix en 10 jours. À ce rythme, le système de santé aurait été débordé avant la fin du mois ; on voyait venir le chaos médical, peut-être le chaos national. Il y avait urgence. Le Conseil fédéral a pris ses responsabilités. Il nous a tous enfermés. Seize mois plus tard, l’épidémie n’est, certes, pas terminée, mais, chez nous, elle semble sous contrôle. (Touchons du bois et espérons que nos dirigeants seront courageux.) La vie, presque normale, reprend. Bravo le Conseil fédéral.

Malheureusement, il existe une autre histoire qui, elle, n’est pas sur la voie d’être résolue. La Terre est malade de notre civilisation. Elle a déjà pris un gros degré, en 2050 la fièvre aura plus que doublé, à la fin du siècle la Terre sera morte… morte en tout cas dans l’état ou nous l’aimons. Mais la majorité d’entre nous s’en fiche, trouve de trop les quelques centaines de francs que leur demandait la loi CO2 alors qu’une cour du Tribunal fédéral constatait : « il n’y a pas d’urgence ».

Comment comprendre ?

 

Un futur impensable.

Est-ce l’échelle du temps qui nous dépasse ? La catastrophe du virus, annoncée comme imminente à mi-mars de l’an passé, était un coup de massue qui exigeait une réplique immédiate. Avec le climat, l’échelle temporelle n’est pas marquée au rythme de la semaine ou du mois. Elle l’est par les années qui nous restent jusqu’à 2050 et notre promesse d’avoir alors réglé le problème. Elle l’est semblablement par les 30 ans du temps de doublement de l’anomalie de température.

Trente ans, c’est long ! Dans ma vie, j’ai souvent pensé aux dix prochaines années, mais jamais je ne me suis sérieusement imaginé mon avenir trois décennies plus tard.  Il est facile de vivre au présent, se projeter le temps d’une génération semble impossible. Notre intellect est brillamment capable d’échafauder n’importe quel futur, mais, au-delà du futur immédiat, les sentiments, les émotions et le cœur ne suivent pas. Voilà peut-être pourquoi une majorité de Suisses préfèrent en rester au présent – qui ne va pas si mal – plutôt que de se projeter dans un futur lointain et inquiétant.

 

Un passé inacceptable.

Au manque de réactivité de la majorité de la population suisse il y a peut-être une autre explication, plus difficile à admettre. Nous, adultes d’aujourd’hui, avons été ceux des 30 glorieuses et de leur suite qui ne le semblait guère moins. Mais voilà que cette gloire se décompose. Nous découvrons que, sans en avoir eu conscience, nous avons fait tout faux. Nous commençons à nous en rendre compte. Greta Thunberg l’exprimait ainsi à la COP 24, le 18 décembre 2018 à Katowice : « Vous ne parlez que de continuer cette mauvaise idée qui nous a mis dans le pétrin. Vous n’êtes pas assez mûr pour dire les choses comme elles sont. Même ce fardeau, vous le laissez à nous, les enfants ». Dur, dur ! Mais elle a raison.

À en rester là, il y aurait de quoi désespérer.

 

Un présent assumé.

Désespéré ? Non, l’erreur est humaine. J’en ai fait plein dans ma vie. Le désir de contribuer à les corriger est motif d’action et, souvent, source de satisfaction. Les tâches ne manquent pas.  Je continue ! Merci d’en faire autant.

Loi CO2

Aïe ! 51,6% de non.

La situation, tout le monde la connaît même si beaucoup n’y croient guère. Le fait est que la Terre est malade. Elle a déjà pris un gros degré et la fièvre augmente de plus en plus vite. Les docteurs disent que, sans soin vigoureux, elle sera bientôt prise de tremblement nerveux, puis sa survie même sera menacée. Que dit alors la majorité de ceux des citoyens qui ont voté ? « Bof, elle n’a pas si mauvaise mine, et puis un degré, mon Dieu, ce n’est pas terrible ; d’autre part, le médicament coûte, pas bien cher, mais quand même ! »

Forte pensée appuyée vendredi passé par le Tribunal fédéral qui confirme la peine des joueurs de tennis du Crédit suisse au motif qu’il n’est pas vraiment urgent de sauver le climat. C’est la façon de penser de la personne tombant du 7e étage constatant que tout va bien en passant au sixième.

Malheureusement, il faut dire que la loi était bien triste. Elle n’offrait qu’une thérapie : payer pour des médicaments probablement peu efficaces. Mais pourquoi donc négligeons-nous la cure d’air pur et d’eau claire ? Pourquoi ne soignons-nous pas la Terre en cultivant joyeusement la Nature ?

Beau temps, bonne nouvelle

Aujourd’hui, le temps est radieux, les montagnes sont magnifiques et l’actualité nous surprend avec une joyeuse nouvelle.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) de l’OCDE est fort connue depuis 1974 pour son rapport annuel qui fait le point sur l’état de l’énergie dans le monde ainsi que sur les perspectives financières, économiques et techniques du domaine. Créée à l’occasion d’un choc pétrolier, et s’affirmant dans un monde où le carbone d’origine fossile représente 80% de l’ensemble de la production, on ne s’attend guère à ce que l’AIE soit un haut lieu de la pensée durable.

Il s’agit d’une feuille de route pour sortir des énergies fossiles d’ici 2050 avec tout ce qu’il faut pour y arriver. Pour commencer, dès maintenant (c’est-à-dire, cette année), ne plus mettre un sou dans la recherche de nouvelles sources ni lancer quelque projet que ce soit de centrale au charbon. Pour la suite, il s’agit vraiment de se mettre au travail. Par exemple, par comparaison avec le rapport de l’an passé celui de cette année demande que la production d’énergie renouvelable soit quadruplée d’ici 2030. Oui, vraiment, c’est une révolution à l’AIE.

Cette nouvelle est-elle vraiment importante ? Il est impossible de prévoir l’avenir; il est même diablement difficile d’évaluer le présent, mais j’ai le sentiment que le monde est dans un était qui ressemble celui de l’eau lorsqu’elle approche 100°C; tout circule, tout frémit et, très bientôt, ce sera le bouillonnement général.

Ne dites pas que mon optimisme est naïf. Laissez-moi ne pas bouder mon plaisir. Les occasions ne sont pas si fréquentes et la montagne est belle.

Et pourtant, j’imagine le ridicule mondial si la loi sur le CO2 n’est pas acceptée le 13 juin. Aïe, celle-ci, il ne faut pas la louper. Votons !