Au pied du mur

Il y a 50 ans, jour pour jour, le premier octobre 1972, les époux Meadows publiaient pour le compte du Club de Rome, la fameuse analyse intitulée « Les limites à la croissance ». Ils affirmaient que notre société de consommation effrénée courrait à la catastrophe ; dans 50 ans elle s’écrasera contre le mur. https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_limites_à_la_croissance.

Aujourd’hui, nous y sommes.

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Dire ou faire ?

Nous nous promenions l’autre jour dans le haut Val d’Hérens. Pas là-haut, sur le plateau où, il y a 40 ans, s’unissaient les glaciers du Mont Miné et de celui de Ferpècle et où, aujourd’hui, ceux qui ont aimé le lieu reçoivent comme un coup de poing au ventre à la vue de la brutale disparition des glaces, cette année, plus dramatique que jamais. Pour le moment, j’ai un problème de jambes  – il passera sans doute – alors,  nous étions simplement en promenade dans les prairies du haut de Villa. Nous rencontrons un couple qui faisait comme nous. La suite est inscrite dans la tradition du lieu ; un premier s’exclame : « Comme c’est beau ! » et chacun répond, par le silence ou en essayant de formuler le sentiment ressenti en face de la Dent Blanche, la Dent d’Hérens, le Pigne et la masse écrasante des Veisivi. Après quoi, la conversation s’engage ; on se souvient de s’être déjà rencontré, on pense à des amis communs et, ainsi, s’établit un moment de plaisante rencontre sociale.

C’est la mi-été ; cette année, la situation impose le sujet de la conversation. « Jamais, nous n’avons vu une telle sécheresse, il n’y aura pas de regain, c’est la catastrophe !». Et voilà, c’est parti, la crise du climat, la mort de la vie, chacun s’y met à sa manière, chacun y va de son petit couplet, l’oraison est sans limite. C’est sûr, nous avons tout compris, l’humanité fonce droit dans le mur, visiblement il nous tient à cœur de le dire, encore et encore.

Malheureusement, j’entends surtout celui qui assure que le problème est trop grand, qu’on ne peut rien y faire, mais que lui, contrairement à d’autres, éteint toujours la lumière en sortant des toilettes et s’achètera bientôt une voiture électrique. Il y tient à sa bonne conscience. Il l’affirme et la défend.

Pour une fois, je ne suis pas monté sur les grands chevaux de ma diatribe habituelle. Elle énerve tout le monde et ne sert à rien. J’ai plutôt parlé de l’expédition que nous avons fait récemment avec mon petit-fils au secours des têtards de Ferpècle (cf. la photo). J’en ai profité pour présenter l’association Les Grands-parents pour le climat:

https://www.gpclimat.ch/fr/.

Mes partenaires en avaient entendu parler, ils jugeaient le mouvement plutôt sympathique quoique la participation à des manifestations de rue n’était pas leur tasse de thé. Je n’ai plus souvenir des détails de la suite de la conversation, toujours est-il qu’ils ont décidé de s’enregistrer sur la liste de distribution de Quoi de neuf, le bulletin d’information de Gpclimat :

https://www.gpclimat.ch/actualites/quoi-de-neuf-n-58-lete-sera-chaud/#

J’ai bon espoir qu’ils viendront nous rejoindre au club.

https://www.gpclimat.ch/adherer/.

Nous restons en contact.

Pour moi, cette décision, qui peut sembler minuscule, est fondamentale. Elle marque la différence entre celui qui dit et celui qui fait.

Oui, la situation est dramatique. Sauf changement fondamental de la société humaine, la vie de nos petits enfants s’annonce terrible. Nous le savons, là n’est pas la question. La seule ouverture porte sur ce que nous en faisons. D’une part, nous pouvons constater l’horreur, et vivre avec, comme nous l’avons toujours fait. Alternativement, nous pouvons dire « NON !».  La destruction du monde n’est pas une fatalité, nous pouvons faire autrement, nous savons même exactement ce qu’il faut faire.

À toi, grand-parent – ou qui pourrait l’être – qui a lu jusqu’ici ma petite histoire, je demande, instamment, ici et maintenant, de venir aussi nous rejoindre à GPclimat afin d’affirmer avec nous que « OUI » nous voulons que ça change. Nous le ferons pour nous – c’est notre affaire – et nous l’exigeons de ceux qui nous dirigent.

Ami !  GPclimat, c’est ici :

https://www.gpclimat.ch/adherer/.

La prochaine manifestation, c’est là :

https://maintenant-agir.ch.

Ce sera le samedi 3 septembre à 14h, à Lausanne, place de la gare, c’est facile, c’est sympa, c’est autorisé par la police.

Je me réjouis de vous y retrouver

Les mutations synonymes ne le sont guère

Peut-on parler de science au moment où la canicule sévit, que la guerre est juste à côté, qu’il est question que notre économie s’effondre et que, bien sûr, il n’est plus temps de penser au climat en folie, au vivant qui meurt et aux jeunes qui croient encore que l’on peut faire quelque chose ? Eh bien, le titre de ce blog offre la réponse : comprendre parce que c’est important. Alors quand on ne comprend plus grand-chose au monde humain, il est d’autant plus important d’observer la nature et d’apprendre d’elle. Je m’y efforce et, de temps en temps, je partage sur ce blogue une observation qui a enrichi ma connaissance.

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Jeune ou vieux, le désespoir ne sied à personne.

Il faut lire Julia Steinberger et son article du 19 juin 2022 dans le Courrier.

https://lecourrier.ch/2022/06/19/un-jeune-desespoir/

Sous le titre de « Un jeune désespoir », Julia relate la dure expérience de sa récente rencontre avec une classe de jeunes qui n’attendent plus rien de leurs aînés. Ils se sentent trahis et abandonnés par ceux qui devraient agir mais ne le font pas, alors que, aux jeunes,  les moyens d’action leurs sont refusés.

J’ai moi-même vécu des moments semblables ; par exemple face à une salle de 300 jeunes d’une école où j’avais aussi été élève il y a plus de 60 ans. Une fois ma présentation terminée, une majorité des auditeurs est vite retournée à ses activités coutumières, mais un fort groupe est resté. Visiblement ils en voulaient davantage, ils avaient le besoin de s’exprimer. La discussion intense dura longtemps. Petit à petit, les participants retournaient aussi à leurs autres activités. Finalement, il n’en resta plus qu’un.  Il me dit d’un air sombre: « Alors moi, je fais quoi ? ».

« Aïe », ai-je dit, « je n’aime pas ta question ». Je ne savais que répondre, mais je ne pouvais pas me défiler. Alors, j’ai essayé de gagner du temps. Je lui ai demandé qui il était. Il avait 21 ans, il était Syrien, réfugié en Suisse depuis 5 ans et l’an prochain, il aura sa matu.

Qu’auriez-vous répondu à ma place ?

Finalement, j’ai dit, « Écoute ! Nous ne connaissons pas l’avenir. Deux extrêmes sont possibles. D’une part, l’horreur, dans le chaos général. De l’autre, le Monde réinventé dans l’harmonie partagée. La réalité sera quelque part entre ces deux extrêmes. Tu en es et tu en seras acteur. Tu as la liberté de choisir – un peu – le sens dans lequel tu va t’engager. Vas-y !»

La réponse à ce jeune ne peut en rester là. Elle en appelle une autre : «Alors nous, générations des aînés, on fait quoi ?»

Jusqu’il y a quelques années, la bonne conscience et la tranquille assurance que notre monde est solide et que l’avenir est prometteur prévalaient dans nos pays.

Depuis, beaucoup de choses ont changé. Chez nous chacun sait, plus ou moins, que notre Monde n’est pas durable et que notre civilisation fonce dans le mur. La conséquence qui en est tirée ne va pas bien loin. Dans les pays développés, a plupart d’entre nous pensent quelquefois à trier les déchets et à éteindre la lumière en sortant. Presque toutes les nations ont décidé de mettre fin à l’ère du carbone en 2050 ou pas trop après mais, dans le fond des choses,  on ne fait rien, ou presque. La quantité de CO2 déversée annuellement dans l’atmosphère continue d’augmenter. À Pâques, l’aéroport de Genève s’est réjoui d’avoir presque retrouvé son activité des plus beaux moments. Les habitants de ma petite ville de Morges ont décidé, à une forte majorité, que le un pourcent d’impôt pour le climat proposé par le Conseil communal était trop cher en ces temps où tout augmente. Rien de nouveau, la petite loi sur le CO2, refusée il y a deux ans, avait donné le ton. Depuis, persévérante, Mme Sommaruga remet sur le métier un nouveau projet de loi, tout aussi insuffisant. Le virus, Poutine, rien n’y fait, j’aurai envie de dire… au contraire.

Bien sûr, toutes les mesures qui retiendront quelque peu la marche vers le chaos et la décomposition de notre société sont bonnes à prendre – merci à ceux qui y poussent –  mais, pour que les générations à venir puissent se construire une vie harmonieuse dans un monde bienveillant, le compte n’y est pas. Pour la vie et le climat, nous avons besoin d’une révolution sociale et politique d’une autre ampleur.

Il y a presque deux mois, sur ce blog, j’appelais notre Conseil fédéral et notre Parlement à prendre enfin les choses sérieusement en main et, à nous citoyens et citoyennes, à agir avec force pour soutenir son courage.

A-t-on progressé ? Je ne sais pas mais je sais, et j’en suis bouleversé, que le désespoir de nombreux jeunes est insupportable. Il faut le vaincre.  Le vieux désespoir serait forcément le corollaire de l’échec.

On en est là. On continue.

 

Géopolitique

Il y a eu le rapport Meadow qui, il y a 50 ans, disait que dans 50 ans le monde se retrouverait en catastrophe.  Un pet dans l’eau !

Puis il y a eu 20 et quelques COPs et autres conférences divers.

Puis, il y a eu Greta et beaucoup d’autres ; les lignes ont commencé à bouger. Doucement ! Beaucoup trop doucement parce que l’être humain n’aime pas changer son petit confort.

Entre-temps, il y a eu le virus qui a montré que sans avions le ciel est plus bleu, et que sans voitures, l’air est plus pur. Surtout, il a prouvé que, quand on veut, on peut.

Et puis il y a la guerre en Ukraine qui nous lance brutalement à la figure qu’il est trop tard pour regarder le temps passer.

Demain, lundi 2 mai, grâce à Guillermo Fernandez, le Parlement fédéral apprendra par le GIEC que, à moins d’un sursaut énorme – mais encore possible -,  le monde n’échappera pas au désastre climatique. On parle de trois ans pour tout changer.

Hélas, non, pas trois ans. Maintenant !

Sinon, nous dit-on, nous risquons de nous retrouver, ici, en Suisse, dans le noir et le froid l’hiver prochain. Peut-être ?

Ce qui est certain, c’est que le monde est en crise géopolitique fondamentale. Il y aura des famines, des guerres, des effondrements économiques. Notre système, par lequel chacun, chaque groupe, chaque nation pense pouvoir faire comme il en a envie, n’est plus viable.

Ici, en Suisse, dès mardi, il faut que notre Conseil fédéral et notre Parlement prennent les choses en main. Nous, citoyens et citoyennes les soutiendront à être courageux.

Mâle alpha

Ce fut une solution et ça l’est encore chez certains. Le mâle alpha des tributs de gorilles est grand, il est fort, il fait beaucoup de bruit ; il est le premier à se rassasier de nourriture et, sauf détournement,  les femelles sont toutes pour lui. Il est chef ! Je ne sais pas si tous les membres de la tribu sont contents, mais le système fonctionne. Il devrait perdurer si les humains ne viennent pas tout casser.

Est-ce la même stratégie qui a si bien servi et qui a permis le prodigieux développement de l’espèce Homo sapiens ? En tout cas, des mâles alpha, nous en avons pléthore, et certains d’entre eux font que la brillante conquête du monde par notre espèce est en train de tourner au désastre.

Que faire ? Bien sûr, il faut neutraliser les pires, mais je doute que quiconque puisse ressortir vainqueur de la guerre des mâles. Du calme M. Biden ! Pour ce qui concerne la situation du moment, faute d’un meilleur avis, je me tais.

Par contre, pour le long terme, je vois une meilleure solution. Actuellement, la relation entre hommes et femmes est en train de se transformer de manière fondamentale.  Elle devient plus égalitaire et plus collaborative. En continuant dans cette direction, le rôle du mâle alpha sera sérieusement remis en question et notre société suivra une nouvelle trajectoire.

J’ai connu le pire. Il y a presque 60 ans, je faisais mon école d’officier – petit officier, pas tellement à sa place. Notre chef, le colonel Jeanmaire – il est devenu célèbre par la suite – avait une ambition affichée ; il voulait faire de nous des chefs, des mâles alpha. Certains, hélas, ont bien pris la leçon.

J’ai aussi vu le meilleur. L’an passé, sur la ZAD du Mormont, une petite centaine de jeunes engagés, refusant la marche à la mort de notre société, ont essayé autre chose. Admirablement, ils ont fait un bout de chemin, trop tôt arrêté. Il reste beaucoup à faire.

Dans le fond, l’affaire est simple. Ou bien notre société disparaît, ou bien les humains apprennent à vivre harmonieusement ensemble. À mon sens, cette transformation profonde passe par l’apprentissage d’une relation égalitaire et collaborative entre hommes et femme. Je constate que la situation évolue rapidement. Je garde espoir.

Climat. Pourquoi n’agissons-nous pas ? La réponse de Sébastien Bohler.

Une question ne cesse de me tarauder : comment se fait-il que la plupart de nos concitoyens sachent que nous courons à la catastrophe, mais semblent s’en ficher éperdument ? Deux bouquins du neurobiologiste français Sébastien Bohler proposent un important élément de réponse. “Le bug humain” (1) est petit, mais dense. C’est un best-seller depuis deux ans déjà. Le deuxième a pour titre “Où est le sens” (2). Il reprend le thème du premier en ajoutant une couche d’éléments nouveaux. Sur le même sujet, je conseille encore la synthèse de Sousan Jourdan et Jacques Mirenowicz publiée dans La Revue durable (3).

De quoi s’agit-il ?

D’abord un élément de prudence. Bohler tente de nous faire comprendre comment le fonctionnement du cerveau façonne la société. Or, le cerveau est une chose compliquée, la société aussi. Son explication tient-elle la route ? L’ai-je bien comprise ? N’en jugez pas à mon commentaire, lisez plutôt ces livres. Personnellement, je les ai trouvés importants.

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En vélo

Alors que nous pédalions, coincés entre le flot de la circulation et les amas de voitures au parking, mon compagnon me dit : « Toi, tu ne verras plus le temps quand la mobilité sera tranquille et harmonieuse, moi, j’ai toutes mes chances. »

J’ai presque 80 ans, lui est jeune.

Je vois la catastrophe climatique et la mort des espèces qui progressent follement et notre société qui se laisse foncer dans le mur.

Lui ne s’y laisse pas prendre. Il imagine un autre monde ; il voit la ville de demain sans voiture, sans parking, tout en verdure, où les gens se déplacent tranquillement, à pied, en trottinette, à vélo; les gens s’arrêtent, se saluent, se parlent, c’est le marché du samedi dans la Grand-rue de Morges, tous les jours et en tous lieux.

Il se dit que l’être humain a en lui des ressources insoupçonnées. Il est persuadé que, quand ça va mal, l’homme se prend en main. Bien sûr. il se fait du souci pour moi, car ce beau monde demandera des efforts et ne viendra pas bien vite, mais il y croit et il y travaille, tranquillement.

Merci pour la leçon.

La victoire de Guillermo

Après 37 jours de grève de la faim, Guillermo Fernandez a obtenu ce qu’il demandait : que l’Assemblée fédérale reçoive une information sur la réalité de la crise du climat et de la vie par les scientifiques qui sont au cœur de cette connaissance.

Ce n’est qu’un premier pas. J’espère qu’il va ouvrir une transformation de notre système démocratique.

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