Université en ligne : l’état à mi-semestre

Depuis le 13 mars 2020, le campus UNIL-EPFL a malheureusement pris des apparences de « petite ville fantôme ». Entre la fermeture complète des bâtiments lors du semestre précédent et la réouverture (très) modérée de ces derniers au semestre actuel, les près de 25’000 étudiant·e·s et 3000 enseignant·e·s et chercheurs·euses se retrouvent à devoir jongler entre cours en présentiel, cours en ligne « live » et cours enregistrés. C’est ensuite qu’on apprend fin octobre 2020 que, suite à la dégradation de la situation sanitaire liée au COVID-19, les cours repasseront tous à un format en ligne uniquement dès novembre 2020, sans pour autant que les bâtiments ne soient fermés.

C’est dans ce contexte que nous avons rencontré Louis, étudiant de première année de Master en biologie (UNIL) ; Kepler, étudiant de troisième année de Bachelor en informatique (EPFL); Sophie, étudiante de troisième année de Bachelor en sciences du sport (UNIL, Blog); Mickaël, étudiant de troisième année de Bachelor en management (UNIL, HEC) ainsi que le Prof. Montez, professeur du département d’économie (UNIL, HEC). À travers ces cinq profils, nous vous proposons aujourd’hui de revenir sur l’état à mi-semestre de l’université en ligne.

 

Quel est le système d’apprentissage actuel ?

Que ce soit du côté de l’UNIL ou de l’EPFL, la stratégie a été similaire : réduire le nombre d’étudiants simultanément présents sur le campus. Comme Mickaël nous l’explique : « On est répartis en 3 groupes. Chaque groupe a un jeton qui lui est attribué. L’uni a mis en place un calendrier pour qu’il n’y ait sur le campus qu’un tiers des étudiants. Les deux tiers restants suivant les cours à la maison. »

Le prof. Montez ajoute : « Pour les classes à grand effectif, on nous a demandé de les garder sur le campus et de ne pas les passer complètement en virtuel. L’idée est que c’est important pour les étudiants de se créer un réseau social et aussi de ne pas se sentir isolé, ce qui est arrivé pendant le semi-confinement. » Ainsi, si un tiers des étudiant·e·s ont la possibilité de suivre le cours en présentiel chaque semaine, les deux tiers restants se doivent de suivre la diffusion en live ou différée.

L’Université de Lausanne, qui n’utilisait pas de système d’enregistrement des cours avant 2020, a lancé une infrastructure performante afin d’enregistrer les enseignements des professeur·e·s pour les étudiant·e·s se trouvant chez eux. « L’enregistrement ‘’type A’’ consiste en une caméra de très haute qualité au fond de la salle qui enregistre automatiquement (…) et dont la captation est faite par micro. Dans ce système, je ne fais rien sauf la coupe [des vidéos]. Tout est automatisé. (…) J’étais un peu sceptique sur ce modèle, mais le retour des étudiants est qu’ils sont contents, surtout des ‘’types A’’, qui sont des enregistrements faits avec des caméras professionnelles avec une qualité de son assez bonne. Pour moi, c’est un plaisir parce qu’on fait ça pour les étudiants, pas pour nous. », rajoute le professeur d’économie. Selon Mickaël, le système disponible sur la plateforme Moodle de l’université « est super bien fait ; la caméra zoome et suit le professeur quand il se déplace ».

 

Quelles sont les principales différences avec la situation pré-COVID-19 ?

Pour Louis, la réponse est évidente : « La différence majeure, c’est que je ne suis jamais à l’université. En temps normal, j’aurais dû passer énormément de temps sur le campus, et je me retrouve à faire presque l’intégralité de mes cours depuis la maison. »

Kepler nous explique quant à lui que la différence est aussi dans le format : « Dans mon cas, on est beaucoup passés en cours pré-enregistrés. Les conférences Zoom en live ne sont presque que des sessions de questions-réponses ou alors des sessions avec les assistant·e·s pour les exercices. (…) Ce qui fait qu’on a une meilleure base, sur laquelle on peut revenir à tout moment si besoin, comparé à avant. Tout le cours est condensé, et on s’organise autour de ça comme l’on en a envie. »

Pour notre sportive, la différence est toute autre : « La différence avant/après COVID, je dirais que ce sont les mesures de sécurité. » En effet, les cours de l’étudiante étant divisés en une partie théorique et une partie pratique, Sophie est plus dépendante de l’infrastructure universitaire que les autres. « Chaque fois que tu te regroupes avec les autres élèves, tu as le masque. Tu dois tout le temps te désinfecter les mains. Ça change un peu : les pratiques sont généralement un super bon moment où c’est familier, où tu t’entraides, et là c’est un peu plus individuel. »

Le prof. Montez nous donne le côté enseignant : « On a vécu deux expériences différentes jusqu’à présent. [Au semestre précédent], on a vécu le semi-confinement. C’était un grand challenge pour la plupart des enseignants, surtout pour ceux qui n’avaient jamais fait d’online teaching, ce qui était la grande majorité ici à HEC. C’était un peu dur pour tout le monde parce qu’on a eu plus ou moins 10 jours pour se mettre au point sur le niveau technologique et pédagogique. »

Ce semestre d’automne 2020 a, quant à lui, bénéficié de l’expérience du semestre de printemps 2020. Le défi est maintenant dans l’amélioration des cours : « Il y a une tension entre faire un cours qui est fait pour être en présentiel et un cours online. Il y a des choses qui ne sont pas faites pour être retransmises à distance. (…) Si on fait un produit uniquement destiné à être suivi à distance, qu’est-ce que l’on perd ? On perd l’interaction entre les étudiants. Je pense qu’on doit trouver une formule où l’on peut donner aux étudiants cette expérience de campus et rendre, en même temps, le produit courant encore mieux. Mais voilà… On est en train d’apprendre comment le faire. »

 

Quelles ont été les plus grosses difficultés d’adaptation au système actuel ?

Mickaël et Kepler s’accordent sur cette question. Pour les deux étudiants, la difficulté réside dans l’organisation totalement autonome de leur apprentissage. « On est passé beaucoup plus en évaluation continue, ce qui signifie qu’on doit bosser constamment pour rendre des rapports, des projets, etc. C’est réussir à concilier soi-même son organisation qui est compliqué, savoir qu’on doit bosser plusieurs cours le même jour et être complètement autonomes dans cette organisation. », nous dit Kepler. Il ajoute également que, selon lui, le format en ligne n’est pas tout à fait aussi efficace que le format présentiel. « L’ambiance d’apprentissage manque en ligne ; je n’ai pas l’impression d’être dans une ambiance d’apprentissage lorsque je travaille dans le même endroit où je vis. Je n’ai pas cette association mentale du campus où il y a une séparation claire entre l’endroit où j’apprends et l’endroit où je vis. »

« C’est le branle-bas de combat parce qu’on n’a pas tous un bureau à la maison, on doit expliquer ça à la maison. J’ai une petite sœur ; il faut lui expliquer qu’il ne faudrait pas faire de bruit de telle heure à telle heure. C’est plein de petites choses. », complète Mickaël. Néanmoins, l’étudiant à HEC Lausanne nous rassure : dans son cas, il s’agit d’une expérience positive. « Pour moi, les cours n’ont pas changé de qualité. Je pense même qu’ils sont meilleurs. Le fait de nous responsabiliser fait que l’on devient meilleur dans sa manière d’apprendre. J’ai eu un petit temps d’adaptation, mais ça a été. »

Pour notre étudiant en biologie, la situation est vécue comme une isolation. « Ce qui me manque beaucoup, c’est de pouvoir parler avec les camarades de classe. C’est fondamental pour que tout le monde soit aligné dans la même direction. Ce sont ces discussions sur le campus qui permettent cela. Depuis la maison, on n’a pas du tout de discussion de masse avec les autres, donc on a beaucoup moins ce feedback de savoir si on va dans la même direction que les autres ou pas ; on est un peu plus perdus. »

Pour le corps enseignant, les difficultés ne sont plus trop dans le côté technique. « Le système marche bien. C’est une bonne surprise. Les premiers jours, il y a eu des frictions mais la plateforme fonctionne bien maintenant, les enregistrements sont bien faits. » Les principaux défis sont dans cette nouvelle e-pédagogie. « Ce qui serait bien, c’est de réfléchir à comment engager les étudiants. Parce que regarder quelqu’un sur Zoom tous les jours, plusieurs fois par jour, ce n’est pas facile. Je suis impressionné par les étudiants parce qu’ils et elles arrivent quand même à le faire. (…) Il fallait réfléchir à comment expliquer et aussi à trouver des moments un peu plus ‘’fun’’ pour que ce soit plus digeste. C’était ça la difficulté, réfléchir en pédagogie online. »

 

Est-ce que le format en ligne a un impact sur la charge de travail, ainsi que sur l’emploi du temps ?

Les étudiants en biologie, management et informatique donnent des réponses similaires : ne pas se déplacer sur le campus représente un gain de temps bénéfique. « En dehors de l’impact sur ma santé mentale, [les cours en ligne] me laissent plus de temps, rien que sur l’économie de temps sur les trajets, qui se fait beaucoup ressentir. », nous dit Louis. Kepler complète : « Je suis beaucoup plus flexible qu’avant car je décide quel cours j’aborde et quand. Je ne pense pas que la charge de travail soit plus élevée ; la répartition de cette charge de travail est différente, mais la quantité de travail reste la même à mon avis. » Mickaël suit sur la même lignée : « Pour ce qui est du transport, je peux profiter des deux heures habituelles de transport pour faire du sport ou faire une série d’exercices que je n’avais pas le temps de faire initialement. C’est pour moi une expérience positive. »

Toutefois, pour Sophie, l’interactivité aigüe de ses cours pratiques est perdue lors des cours virtuels. « En cours, c’est assez interactif. Tu comprends sur le moment et tu sélectionnes directement sur le moment ce qui est important, mais quand tu es seule à la maison, j’ai l’impression que tout est important. »

Le Prof. Montez s’inquiète lui plutôt pour les élèves. « Ce qu’on attend de voir, c’est le niveau des étudiants, comment ils vont vivre ça et surtout quelle est la qualité de l’apprentissage. Est-ce qu’on aura la même qualité ? » Il compatit également avec les difficultés de devoir suivre les cours depuis la maison. « Des fois, je trouve que c’est très dur pour les étudiants de rester à la maison et de regarder tous les enregistrements. »

L’enseignant continue en nous parlant de la production du contenu audiovisuel. « Je pense qu’on peut faire des bons produits. Personnellement, j’en étais assez content pendant le semi-confinement mais ça m’a donné beaucoup de travail. Avec l’apprentissage, je pense que l’on peut réduire le temps de préparation de ce type de produit et de faire peut-être plus, ainsi que partager la charge de travail avec des internes ou externes. »

 

Quels enseignements pouvez-vous tirer de la mise en place de l’e-learning ?

À cette question, les étudiants interprètent l’apprentissage en un sorte de morale, de leçon. Un thème étonnant ressort unanimement : le social. L’aspect communautaire semble prédominer dans l’ensemble des réponses ; vivre avec les autres, communiquer ses idées, « apprendre des gens, des avis car c’est comme ça qu’on grandit » comme l’affirme Mickaël, paraît être indispensable pour l’ensemble des universitaires.

Le Prof. Montez nous fait part de ses difficultés et nous avoue que « côté pratique, mon enseignement a été d’éditer des vidéos, faire des coupes, de travailler avec iMovie. Je n’avais jamais fait ça. »

L’autre enseignement tiré par le professeur est la distinction au sein même de l’e-learning. Il explique : « Je pense qu’il y a 2 types d’e-learning : il y a le live et le différé. Ce que j’ai appris c’est que quand tu fais du live, les gens te pardonnent beaucoup. Dans le sens où, si tu n’es pas parfait, ta voix n’est pas parfaite, tu fais des pauses ou ta pensée n’est pas parfaitement linéaire, les gens t’excusent parce que c’est une expérience qui ressemble à une communication directe. Mais dès qu’on part dans l’e-learning différé, les gens s’attendent à un haut niveau de produit. »

Cet enseignement, il le prend comme un potentiel d’amélioration : « Étant donné où l’on est aujourd’hui, je pense que ce serait bien de mélanger les deux parties : en cours et les alterner avec des clips parfaitement lissés et polis qui ne durent que quelques minutes, où les concepts fondamentaux sont expliqués et, après cela, reprendre le live. »

 

Du coup plutôt en ligne, présentiel ou hybride ?

Là encore, l’aspect communautaire ressort dans les discours de chacun. Pour Sophie, son avis est tranché : l’optimal, c’est le présentiel. Mickaël, lui, se positionne de l’autre pôle, avec une légère réserve : « En ligne, sans hésiter. Encore plus actuellement avec les contaminations qui ne font que de grimper. Après, on perd nos liens sociaux. »

Quant à Louis, Kepler et notre professeur, leurs avis sont moins catégoriques. Louis affirme que « l’avantage du présentiel est uniquement dans le côté social, et pas dans l’apprentissage ; le format en ligne est autant efficace que le présentiel pour l’apprentissage, selon moi. Il permet surtout de gagner du temps. » Kepler ajoute à cette analyse un concept de « soutien grâce à une base digitale » qui améliorerait selon lui l’expérience du cours.

Le Prof. Montez rebondit sur cette question et y répond avec une autre : « Mais qu’est-ce qu’on est en tant qu’université ? On n’est pas là juste pour donner des cours mais on est aussi une plate-forme. C’est un petit peu comme du social networking, un endroit où les gens viennent, se rencontrent, échangent des idées, apprennent à développer de la tolérance envers les idées des autres, à débattre avec des gens qui ont des formations et intérêts similaires, mais des idées différentes. Je pense que ça, ça nous apporte énormément. »

 

Le mot de la fin : quelles sont vos visions pour le futur ?  

À ces mots, les étudiants expriment déjà une certaine inquiétude. Malgré ce brusque changement et ses adaptations qui l’ont suivi, ils semblent avoir commencé à se complaire dans ce nouveau système. Mickaël tout comme Louis prédisent un retour total au présentiel. Mickael observe : « J’ai peur que tout le monde retourne une fois qu’il n’y aura plus rien. Je me demande si [l’université] est convaincue de la qualité de l’enseignement ainsi que de nos examens. » Il ajoute : « Je vois qu’on a des bâtiments gigantesques et qu’il y a des coûts d’exploitation. Ce sont des « sunk costs ». Ils partent dans le vide. Personne n’utilise les grandes salles. (…) Je pense qu’il y a des facteurs que, nous-mêmes, nous ne comprenons pas sur l’importance d’avoir des élèves sur le campus. »

Le Prof. Montez, lui, nous fait part d’une réflexion concernant l’influence du télétravail comme un potentiel de développement personnel : « Il y a un côté positif qui va rester, une tolérance pour le télétravail. On a beaucoup ouvert les bureaux pour faire de l’open-space et, quand on est introverti, c’est très dur. La stimulation sociale fatigue beaucoup. Un introverti ne va pas s’épanouir et donner de son mieux dans un tel milieu. Le bénéfice de cette tolérance, c’est d’accepter la diversité des gens. Il y a des gens qui ont besoin de partager leurs idées à des moments, mais aussi de travailler tout seul à d’autres. Je trouve que ça, c’est super positif. »

Le professeur d’économie, toujours avec optimisme, continue : « Au niveau de l’enseignement, je pense que l’e-learning va rester avec nous. (…) Après, je pense qu’on peut encore beaucoup apprendre, mais je pense qu’il faut être humble et se dire que ça va prendre un petit moment. On ne peut pas s’attendre en 10 jours, ni en 1 semestre, à ce que l’on développe les « best practices » (…). On apprend beaucoup, mais on aura sûrement toujours une partie du cours online et une autre en présentiel. On pourra peut-être privilégier ce côté d’échange d’idées. Peut-être que l’on pourra passer les concepts et séances d’exercices online, où les interactions sont moins importantes, et privilégier le temps sur le campus pour l’échange, tel un grand open-space pour que les étudiants puissent poser des questions plus avancées. Ça va changer oui. Comment ? Je ne le sais pas encore. »

L’inquiétude qui régnait le semestre passé à l’annonce des mesures prise par la Confédération semble avoir fait place à une certaine adaptation de l’ensemble des universitaires. Toutefois, des questions restent en suspens. Le retour à la normale paraît s’éloigner, mais l’inquiétude fait place à de la curiosité. Finalement, nous ne pouvons qu’attendre et accueillir le futur tel qu’il se présente, les bras ouverts, tout en gardant (évidemment) les distances de sécurité.

                                                                                    Lilou Gaudin & Dilane Pinto

 

Vers un retour dans le programme Erasmus +

“Tout ce que vous avez à faire, c’est de décider de partir, et le plus dur est fait. ” – Tony Wheeler

 

La question de l’échange universitaire se pose nécessairement, à un moment ou un autre dans la vie de chaque étudiant·e lors de ses études. En Suisse, nous disposons de plusieurs accords : les accords généraux, facultaires et SEMP. Ces derniers sont les héritiers helvétiques du système Erasmus connu dans le monde entier.

 

A l’origine, le programme Erasmus +

Erasmus + est un programme de la Commission européenne qui couvre plusieurs domaines, tels que l’éducation, la formation, la jeunesse et le sport pour la période 2014-2020. Il permet à environ 4 millions d’Européen·ne·s de vivre une expérience à l’étranger tant au niveau académique que professionnel. Ces objectifs principaux vont bien plus loin qu’une petite expérience dans un pays choisi par les soins de la personne ou qu’une aventure toute droit sortie de L’Auberge espagnole. En effet, Erasmus + est défini par la Commission européenne comme « un programme en faveur de la croissance, de l’emploi, de l’équité sociale et de l’inclusion ». Il répond aux objectifs de la Stratégie Europe 2020 et du cadre stratégique Education et formation 2020. Le programme touche à plusieurs problématiques, notamment la réduction du chômage chez les jeunes, et aide à promouvoir l’éducation des adultes (adaptation des compétences demandées sur le marché du travail). De plus, il encourage aussi la jeunesse à s’investir dans leur éducation en les encourageant à poursuivre des études. A un niveau plus global, il encourage un investissement dans la vie démocratique européenne et soutient la coopération et la mobilité avec les pays partenaires de l’UE.

Mais si nous écrivons cet article aujourd’hui, c’est pour vous parler de notre cas à nous, Suisses et Suissesses, ou tout·e étudiant·e·s d’universités suisses qui ne bénéficions pas de ce programme. Nous laisserons de côté les difficultés que rencontrent les chercheuses et chercheurs dans le cadre de la collaboration entre les pôles de recherche ainsi que le cas des échanges entre étudiants de hautes écoles afin de nous concentrer sur les échanges universitaires, qui ne sont qu’une partie du (vaste) problème.

 

Le bouleversement du 9 février

Durant l’année académique 2013-2014, ce sont plus de 7’400 étudiant·e·s qui ont participé à un échange de ou vers la Suisse grâce à Erasmus +. Ce chiffre était d’ailleurs en nette augmentation d’année en année. Et pourtant, la success story de l’échange estudiantin a bien failli s’arrêter brutalement le 9 février 2014. Suite à l’acceptation par le peuple suisse à 50,34% de l’initiative populaire dite “Contre l’immigration de masse”, une période de flou s’installe, durant laquelle les relations avec l’Union européenne se tendent, jusqu’à la rupture des négociations de la part de Bruxelles. En avril 2014, quelque 300 étudiant·e·s enterrent symboliquement Erasmus + sur la Place fédérale. La tranche d’âge 18-29 ans s’était catégoriquement opposée à l’initiative de l’UDC dans les urnes, mais l’abstentionnisme des jeunes (seuls 17% des 18-29 ans ont pris part à la votation) a contribué à faire basculer la balance en faveur d’un repli helvétique. Fort heureusement, l’affrontement entre l’Union européenne et la Suisse sera de courte durée et le Conseil fédéral conviendra d’une alternative, dite solution transitoire, laquelle prend fin en 2020.

 

La solution transitoire, SEMP

Pour permettre aux étudiant·e·s de participer aux échanges européens, la Suisse a dû trouver une solution transitoire par ses propres moyens et de ce fait est devenue un partenaire du programme Erasmus +. Être partenaire de Erasmus + veut dire que la Suisse peut participer à certaines actions du programme et sous certaines conditions. Mais cette solution n’offre pas autant d’opportunités que le programmes Erasmus + et se focalise principalement sur l’enseignement tertiaire.

Cette solution transitoire se nomme Swiss European Mobility Programme (SEMP) et bénéficie notamment aux étudiant·e·s, aux professeur·e·s et au personnel des hautes écoles et écoles supérieures.

Les accords SEMP permettent aux hautes écoles et écoles supérieures de proposer des séjours dans l’un des 33 pays européens qui participent au programme Erasmus +.

Cette solution a été mise en place par Movetia (agence nationale pour la promotion des échanges et de la mobilité au sein du système éducatif) avec la collaboration de 38 institutions de formation suisses de l’enseignement tertiaire. Avec un budget de 19,7 millions pour l’année académique 2018-2019, SEMP est devenu le programme de mobilité Suisse le plus important et n’est donc plus seulement une solution transitoire. Mais hélas pas suffisant, puisque suite à la charge administrative supplémentaire engendrée par ce programme spécifique, certaines universités renoncent aux échanges avec la Suisse. Alors que la Déclaration de Bologne vise à inciter au moins 20% des étudiant·e·s de chaque État-membre à entamer un échange, la Suisse se situe désormais autour des 7%, ce qui peut au moins partiellement être expliqué par les difficultés administratives des accords SEMP.

 

La parole aux associations représentantes des étudiant·e·s

Nous avons contacté l’UNES, union faîtière des étudiant·e·s de Suisse, qui œuvre activement à un retour complet de la Suisse dans les accords Erasmus +. « Le mercredi 23 septembre, à Berne, aidés d’organisations de jeunesse, nous avons soumis une pétition rassemblant 10 000 signatures pour une pleine adhésion au programme Erasmus + en 2021, nous explique Florent Aymon, international officer pour VSS-UNES-USU. Cette pétition a pour but de pousser le Conseil fédéral à reprendre les négociations avec l’UE et de faire en sorte que la Suisse puisse être membre à part entière du programme européen. » Car si la solution transitoire existe, elle est jugée « insuffisante » par l’UNES et les associations représentant les intérêts des étudiant·e·s. De plus, par sa pétition, l’UNES veut alerter sur l’urgence de la situation : « Il est important de trouver un accord, afin que, lorsque la commission européenne décidera du budget en décembre prochain, la Suisse puisse se positionner. »

Même son de cloche du côté de ESN (Erasmus student network), un réseau d’associations à travers l’Europe ayant pour but de créer un environnement plus mobile et flexible pour l’éducation. Signataire de la pétition déposée à la Chancellerie le 23 septembre dernier, ESN pense qu’une association à part entière au programme Erasmus + reste primordiale. Selon Lucas Schneeberger, education officer chez ESN : « Cela ne pose pas de problème pour les institutions connues à l’étranger comme l’EPFL ou l’ETHZ mais est beaucoup plus problématique pour nos hautes écoles spécialisées, avec moins de contacts à l’international, car elles ne disposent pas de la même renommée à l’étranger pour négocier des accords ». ESN se défend également d’aller contre la volonté populaire exprimée dans les urnes le 9 février 2014 : « Les Suisses ne se sont largement pas rendu compte du changement de 2014 et n’ont certainement pas souhaité son abandon par les urnes. » Une tendance qui semble se confirmer au vu des récents échecs de l’UDC visant à limiter l’immigration.

La balle est donc désormais dans les mains du Conseil fédéral qui devra décider de la suite à donner aux échanges universitaires des étudiant·e·s suisses.

 

Sirine Chodan & Deborah Intelisano

L’interview complète de ESN est à retrouver sur notre site. 

Les étudiants et leur alimentation

Alors que la rentrée est maintenant bien entamée, nous autres, étudiants, sommes tous à la recherche de l’emploi du temps parfait, nous permettant d’étudier comme il se doit mais également de profiter de moments de détente avec nos amis.

Les premiers projets sont arrivés, accompagnés, bien sûr, de leurs deadlines plus ou moins rapprochées, et il nous faut donc réussir à jongler entre les cours, les exercices, ces projets, sans oublier nos activités extra-scolaires. Nous arrivons donc à des journées bien chargées, où chaque minute compte et où nous voulons rentabiliser notre temps au maximum. Alors bien souvent, à l’approche de l’heure des repas, le choix de la facilité est immédiatement retenu et beaucoup d’entre nous laissent la préparation de petits plats aux oubliettes.

Cuisiner nécessite de l’organisation, de la réflexion pour trouver quel plat préparer et du temps pour la préparation. Or, ce temps est bien trop précieux et nous sommes souvent réticents à le gaspiller pour des tâches que nous considérons comme ne faisant pas partie de la liste de nos priorités. Nous finissons donc par nous habituer aux repas nécessitant peu, voire pas du tout de préparation.

Ces derniers ont généralement mauvaise réputation, et beaucoup pensent que le régime alimentaire d’un étudiant se compose principalement de spaghettis à la sauce tomate. Pourtant, bien que ce stéréotype soit vrai pour certains d’entre nous, il ne l’est pas pour tous, et avec un minimum d’organisation, des repas variés et équilibrés sont rapidement préparés.

 

Le début de l’université et de l’indépendance

L’entrée en études supérieures correspond dans notre vie à une période de transition durant laquelle un grand adolescent, ou jeune adulte se détache de son cocon familial. C’est généralement le moment où nous commençons à avoir de l’indépendance, où notre liberté n’a plus aucune limite, et où nous pouvons réellement faire nos propres choix.

Le constat est le même concernant notre régime alimentaire : alors qu’il provient généralement des habitudes alimentaire de notre famille, l’entrée à l’université apporte une liberté de choix infinie. Nous n’avons plus d’obligations concernant les repas, plus besoin qu’ils coïncident avec les goûts et nécessités du reste de la famille, et nous pouvons donc choisir totalement ce que nous voulons manger.

C’est aussi un moment où certains changent leurs habitudes alimentaires pour se rapprocher de causes qui leurs sont chères (végétarisme, véganisme, régime sans huile de palme…). Ce changement peut d’ailleurs se faire de manière consciente, mais aussi inconsciente, dû par exemple à la pression sociale du monde qui nous entoure.

En termes d’alimentation, l’entrée en études supérieures peut donc être considérée comme une phase de test où nous sommes les seuls à décider, sans contraintes, de ce que nous voulons manger.

 

Le choix de l’alimentation

Nos parents et enseignants nous l’ont toujours répété : pour être en forme, il est important d’avoir une alimentation saine et équilibrée. Ce mantra vaut également pour les étudiants : notre alimentation est notre carburant et il est important d’utiliser le bon pour que notre corps fonctionne correctement.

En tant qu’étudiant, notre routine est généralement particulière et notre rythme de vie est assez intense. Nous avons beaucoup de cours à suivre et à réviser, de travaux à rendre et de recherches à effectuer. Mais il ne faut pas oublier que nous voulons également profiter au maximum de la vie indépendante que nous venons d’obtenir ! Tout ceci nécessite donc de l’énergie, et cette dernière provient de notre alimentation et de notre sommeil (mais ce dernier est bien souvent laissé de côté).

Cela peut paraître étonnant, mais beaucoup de choix sur notre alimentation sont faits de manière inconsciente. En effet, beaucoup d’entre nous ne se posent pas de questions et se nourrissent comme il faut simplement pour être en forme pour suivre en cours et pouvoir enchaîner avec du travail personnel, quelques heures de sport ou de moments entre amis.

Cette référence aux choix inconscients est plus simple à imaginer à l’aide d’un exemple. Prenons un cours de 4 heures qui a lieu de 13 heures à 17 heures. Si vous mangez un plat copieux juste avant d’y aller, vous aurez très envie de faire une petite sieste car votre corps aura besoin de beaucoup d’énergie pour le digérer, et suivre ce cours sera assez compliqué. Nous en avons déjà tous fait les frais, et nous privilégions donc des plats plus légers pour pouvoir être attentifs après le déjeuner, mais aucun d’entre nous n’y a vraiment réfléchi et nous nous contentons d’appliquer cela par instinct.

 

L’importance de « bien manger »

Une alimentation saine et équilibrée permet au corps humain de fonctionner correctement et l’aide à nous maintenir en bonne santé, que ce soit intérieurement comme extérieurement. La nourriture a un effet sur notre physique (poids, peau, cheveux, ongles…) mais également sur des parties moins voyantes, comme les défenses immunitaires, la flore intestinale, le cerveau…

Bien manger nous aide à rester concentrés plus longtemps, réduit notre fatigue, et influence même notre humeur. Cela impacte également notre résistance aux maladies contagieuses comme les rhumes et les grippes, et autant vous dire que ce sont des choses que nous fuyons le plus possible. Une semaine de repos forcé et de travail perdu est vraiment quelque chose que nous souhaitons éviter à tout prix. Nous sommes donc forcés d’avoir de bonnes habitudes !

Alors nous ne faisons peut-être pas de recherches sur les caractéristiques spécifiques des aliments, et nous ne prenons peut-être pas le temps de préparer un gigot d’agneau sur son lit de légumes sautés, mais nous sommes généralement conscients de l’importance de l’alimentation dans ce passage de notre vie, et même si cela se fait de manière inconsciente, nous essayons tous de manger correctement et intelligemment pour rester en bonne santé et permettre à notre corps de fonctionner comme il faut.

India Simmenauer, HEConomist 

 

La vie associative universitaire : les coulisses d’HEConomist

Chères lectrices, chers lecteurs, salutations ! C’est un grand honneur pour HEConomist que de pouvoir inaugurer ce blog aujourd’hui, et de pouvoir vous partager nos pensées et notre expérience de la vie étudiante. Mais, selon nous, il serait malpoli de commencer cette aventure sans se présenter.

Lorsque l’on parle de vie universitaire, plusieurs concepts peuvent venir en tête : la recherche scientifique, les projets de groupe, les conférences et, bien entendu, les soirées. Ces éléments font partie de ceux qui font vivre le campus et ses étudiant·e·s. Néanmoins, il y a une partie de l’iceberg qui reste souvent cachée aux yeux du grand public : la vie associative universitaire.

 

L’UNIL et ses associations

En effet, il faut savoir que l’Université de Lausanne compte à elle seule plus d’une centaine d’associations diverses et variées. Alors que certaines représentent directement leur faculté (à l’effigie du Comité HEC, association représentative de la Faculté des Hautes Études Commerciales), d’autres rassemblent des étudiant·e·s réuni·e·s autour d’un but commun ; but pouvant être lié à l’art, à la durabilité ou au sport, à titre d’exemple.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur la vie associative sur le campus, c’est votre jour de chance. Nous vous proposons de découvrir les backstages d’HEConomist, de son fonctionnement à sa hiérarchie, en passant par son processus de recrutement. Et cela tout de suite, sans aucune page de publicité.

 

Présentation d’HEConomist – le journal des étudiants

En termes formels, HEConomist est une association étudiante à but non lucratif bâtie autour de l’idée de créer un journal écrit par les étudiant·e·s et qui s’adresse aux étudiant·e·s. Depuis sa fondation il y a plus d’une dizaine d’années, cette ambition a fait d’HEConomist un acteur majeur de la vie sur le campus et du milieu associatif universitaire. Comme il est stipulé dans nos statuts, l’association est ouverte à chaque étudiant·e immatriculé·e à l’Université de Lausanne ou à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne.

Moins formellement, nous sommes une grande famille d’une vingtaine de membres passionné·e·s de lecture, d’écriture et de journalisme. Nous travaillons (volontairement) afin de faire perdurer ce rêve sur une plateforme en ligne où sont publiés entre cinq et sept articles par semaine, et ce durant toute l’année académique.

Des articles économiques, mais pas seulement

Notre ligne éditoriale est large : nous écrivons sur des sujets comme l’économie, la politique, la culture et la vie estudiantine. Nous nous exprimons aussi sur des sujets plus farfelus comme la recette de la fondue, ou encore sur le parcours professionnel de certain·e·s Alumni HEC dans notre format « Made in HEC », en collaboration avec l’association des Alumni HEC. De temps à autres, nous partageons également nos lectures préférées dans notre format « Nice to read you ».

Nous organisons également annuellement notre événement phare sur le campus : le « Focus ». Chaque année, cet événement s’intéresse à un thème d’actualité. Il a pour but d’offrir à la communauté estudiantine la possibilité de rencontrer directement les acteurs·trices concerné·e·s par des problématiques économiques, politiques et sociétales dans une ambiance conviviale. Par exemple, le Focus 2019 a accueilli notamment Stéphane Benoit-Godet (Rédacteur en Chef du Temps), Benjamin Tur (co-auteur de Leaderspritz) et la DreDelphine Waniusiow (spécialiste en neurophénoménologie) autour de la question suivante :

« Quel est l’impact de la surexposition aux informations sur notre comportement au quotidien ? »

D’autres événements sont planifiés de façon plus irrégulière, et nous travaillons sur maints projets annexes au journal. Comme vous pouvez vous en douter, toutes ces activités requièrent une organisation digne d’une petite entreprise ; et c’est bien le cas.

 

Une hiérarchie dirigée par l’amitié et la bienveillance

HEConomist dispose de son propre Triumvirat : le·la Président·e, le·la Vice-Président·e et le·la Rédacteur·trice en Chef. Ces trois rôles agissent comme les « organes suprêmes » de l’association, se partagent la direction de cette dernière et coordonnent les diverses activités. Mais il existe bien d’autres responsables : le·la responsable interne, événementiel, alumni, juridique, graphisme, et ainsi de suite. Bien évidemment, il est possible d’être simple rédacteur·trice, rôle majoritairement présent dans l’association.

La quasi-totalité des rôles a un devoir de rédaction, à l’exception de certains rôles tels que le·la dessinateur·trice, ou le·la responsable graphisme, bien occupé·e·s par leurs créations visuelles. On attendra d’un·e rédacteur·trice environ deux articles par mois, avec une date de reddition prévue plusieurs semaines à l’avance dans le calendrier du·de la Rédacteur·trice en Chef.

Ne vous laissez pas tromper par les apparences. Cette organisation peut paraître très segmentaire, mais elle est en réalité pratiquement horizontale. Comme dit précédemment, HEConomist pourrait être assimilé à une bande d’ami·e·s réuni·e·s autour d’une structure les unissant dans leur passion.

 

Pas besoin de CV pour être recruté·e ; amenez votre motivation

Lorsque les recrutements sont ouverts, ils suivent un processus simple en trois étapes.

  • Premièrement, le·la candidat·e postule sur notre site en donnant ses coordonnées, sa faculté, le poste souhaité et nous fait part de ses motivations à rejoindre le journal.
  • Un entretien est ensuite organisé avec autant de membres de l’association que possible, afin que chacun puisse se faire une idée et poser des questions, mais aussi pour que l’interrogé·e puisse rencontrer directement la plupart des membres. Cette entrevue sert autant au·à la candidat·e qu’à l’association : les deux parties se servent de ce moment pour s’assurer d’un match.
  • Enfin, une fois l’entretien terminé, les membres présent·e·s discutent de leurs impressions et votent en Landsgemeinde afin de trancher sur la décision.

Ce processus d’apparence bien officiel est en vérité assez chill, comme disent les jeunes. Nous ne demandons pas aux postulant·e·s de nous résoudre une équation quantique ou d’apporter la solution au réchauffement climatique. L’essentiel est de sentir une motivation et une passion pour l’écriture et le journalisme, ainsi qu’une envie de participer à la vie de l’association.

Au-delà du journal

En théorie, les membres se rencontrent une fois par semaine lors de la réunion hebdomadaire. Cette réunion obligatoire (durant environ une heure) a pour but de discuter des articles à paraître, de nouvelles idées de projets ainsi que de prendre les décisions y relatives.

En pratique, les membres se rencontrent bien plus que ça. Rejoindre HEConomist, c’est avoir des amis avec qui partir en vacances pour se déconnecter des cours, aller au cinéma ou au bar du coin, jouer aux jeux de société ou encore discuter de tout et n’importe quoi à la cafétéria (sans hésiter notre méthode de procrastination préférée !). Plusieur·e·s de nos membres sont également dans la même volée académique ; trouver un·e partenaire de travail n’a jamais été aussi simple.

 

Une expérience unique

Avec cette introduction et à travers notre exemple, nous espérons avoir réussi à vous convaincre de la richesse du milieu associatif de l’UNIL. Faire partie d’une association, outre une ligne sympa à rajouter sur le CV, c’est une opportunité sans égale de laisser son empreinte sur le campus.

Si vous souhaitez en apprendre plus sur HEConomist ou lire certains de nos articles, nous vous suggérons de vous rendre sur www.heconomist.ch, ou de vous abonner à ce blog ici-même. Grâce au journal Le Temps, nous avons désormais l’opportunité, et ce plusieurs fois par mois, de vous (re-)plonger dans la vie étudiante et, qui sait, vous faire éprouver une certaine nostalgie.

Au plaisir de vous écrire,

 

L’équipe HEConomist