Mikhaïl Boulgakov : de drogué à censuré, de censuré à la postérité

Mikhaïl Boulgakov : médecin morphinomane

Se promener avec, dans une poche ou un sac, un livre léger et vite lu est une friandise proposée par la collection Folio2€ avec ses ouvrages à moins de 5 francs. Cela permet, également, de lire quelques grands auteurs auxquels nous n’avions pas eu le courage de nous attaquer, d’en découvrir quelques nouvelles ou un roman court. Chaque fois que j’entre dans ma librairie, je me laisse tenter par trois ou quatre de ces livres et, pour la modestie du prix, peu importe si je suis déçue ou si je les abandonne en cours de lecture. D’une certaine manière, cela en vaut toujours la peine. Comme dans mon travail d’écriture je me penche souvent sur les addictions, en particulier celles induites par les drogues, je n’ai pas su m’empêcher de ressortir de chez mon dealer de bouquins avec Morphine de Mikhaïl Boulgakov. Écrite d’une manière simple et efficace, conçue comme un journal, cette nouvelle raconte la descente aux enfers d’un jeune médecin. Déçu par son ancienne maîtresse il est affecté, juste après la Révolution russe, à un poste dans une clinique rurale. Tout y est : les rigueurs de l’hiver, un nouvel amour délaissé pour la drogue, l’euphorie des premières prises, les douleurs et le vide ressentis lors du manque, les magouilles pour obtenir sa dose, la culpabilité… Un thème que Mikhaïl Boulgakov maîtrise parfaitement. Il a exercé la médecine, entre 1916 et 1920, dans des conditions très similaires à celle de son personnage et lui aussi a été morphinomane. Inapte au service militaire, il a dirigé un hôpital de campagne. Isolé pendant deux ans, il devient dépendant mais, contrairement à son protagoniste, il se désintoxique grâce Lubov Belozerskaya, l’une de ses épouses.

Extraits de Morphine

« En injectant une seringue de dilution à 2%, il s’établit presque instantanément un état de quiétude qui tourne immédiatement à l’extase bienheureuse. Cela dure seulement une à deux minutes. Ensuite tout disparaît sans laisser de traces, comme si cela n’avait jamais été. Commencent alors les douleurs, l’angoisse, le noir… »

« Une seringue est posée sur un morceau de gaze, à côté d’un flacon. Je la prends et, après avoir négligemment enduit d’iode ma hanche toute marquée de piqûres, je plante l’aiguille dans la peau. Aucune douleur, oh ! non, au contraire : je jouis d’avance de l’euphorie qui va se manifester ».

« Moi, l’infortuné docteur Poliakov, atteint de morphinomanie depuis février, je mets en garde tous ceux à qui il adviendra de subir le même sort que moi : n’essayez pas de remplacer la morphine par de la cocaïne. La cocaïne est un poison on ne peut plus ignoble et insidieux. Hier, c’est à peine si Anna a réussi à me récupérer à force de camphre, et aujourd’hui je suis un mort-vivant… »

« Tempête, pas de consultation. Ai lu pendant mes heures d’abstinence un manuel de psychiatrie, il m’a produit une impression terrifiante. Je suis fichu, plus d’espoir. J’ai peur du moindre bruit, je hais tout le monde quand je suis en phase d’abstinence. Les gens me font peur. En phase d’euphorie, je les aime tous, mais je préfère la solitude. »

Mikhaïl Boulgakov : une vocation littéraire précoce

Connu sur les cinq continents pour son œuvre Le Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov naît le 3 mai 1891 à Kiev, en Ukraine, qui faisait alors partie de l’Empire russe. Ainé d’une fratrie composée de deux garçons et quatre filles, il est le fils d’un prêtre, professeur d’histoire et critique des religions occidentales. Sa mère est enseignante. Durant son enfance, il se passionne pour le théâtre. Il écrit des comédies que ses frères mettent en scène.

L’amour précoce du jeune Boulgakov pour la lecture le conduit à connaître à fond l’œuvre de ceux qu’il considérera toujours comme ses maîtres : Nicolas Gogol, Anton Tchekhov et Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine.

Mikhaïl Boulgakov : un médecin frustré

Il obtient son diplôme de médecine en 1916 à l’Université de Kiev. Envoyé à l’hôpital du district, il commence à écrire. Installé à Viazma en 1917, il revient à Kiev l’année suivante accompagné de Tatiana Lappa, sa première épouse. Il ouvre un cabinet médical de phytopathologie des dermatoses. Cependant, très vite, il commence à envisager l’idée de quitter la médecine. Fonctionnaire, il se sent subordonné au pouvoir politique. Pendant cette période, il est le témoin direct de la guerre civile russe et d’au moins dix tentatives de coup d’État.

En 1919, il est envoyé dans le Caucase du Nord pour travailler comme médecin militaire et commence à écrire comme journaliste. Malade du typhus, il survit miraculeusement. L’année suivante, il abandonne sa carrière de médecin pour de s’adonner à la littérature.

Après avoir traversé le Caucase, il se rend à Moscou avec l’intention d’y rester. Il peine à trouver un emploi. Finalement, il décroche un travail de secrétaire de la section littéraire du Comité central de la République pour l’éducation politique.

Mikhaïl Boulgakov : censuré par le régime soviétique

En 1925, Mikhaïl divorce de sa première femme. Il épouse Lubov Belozerskaya. La censure s’acharne sur son travail et lorsque ses œuvres parviennent à voir le jour, malgré le bon accueil du public, il reçoit des critiques négatives de la part de La Pravda. En 1926, l’auteur ukrainien publie Morphine qui raconte, à travers le Dr. Poliakov, sa consommation de stupéfiants pendant la Première Guerre mondiale. Deux de ses pièces sont jouées à Moscou. Le public est enthousiaste mais la critique l’étrille.

En 1929, la carrière littéraire de Boulgakov subit un coup dont l’écrivain ne se remettra jamais. La censure gouvernementale empêche la publication et la mise en scène de toutes ses pièces. Il n’avait jamais quitté l’Union soviétique. Sa fratrie vit en exil à Paris. Il écrit au gouvernement de l’URSS en demandant la permission de partir à l’étranger. Deux semaines plus tard Staline le contacte. Il lui refuse la possibilité de s’expatrier mais lui propose de travailler au Théâtre d’art académique de Moscou. Boulgakov accepte.

Mikhaïl Boulgakov : son épouse l’inspire pour Le Maître et Marguerite

Ayant également quitté Lubov, en 1932 il se marie avec Elena Sergeevna Bulgakova, qui lui inspirera Marguerite dans son œuvre la plus célèbre, Le Maître et Marguerite, commencée en 1928. Dans les années qui suivent, Mikhaïl continue à travailler sur Le Maître et Marguerite, tout en se consacrant à de nouveaux drames, histoires, critiques, livrets et adaptations théâtrales de nouvelles. Cependant, la plupart de ses œuvres, ne seront jamais publiées. Les autres sont mises en pièces par la critique.

Mikhaïl Boulgakov : persécuté par la censure

À la fin des années 1930, il collabore avec le Théâtre du Bolchoï en tant que librettiste et consultant. Il le quitte quand il réalise qu’aucune de ses œuvres n’y sera jamais produite. Sauvé de la persécution et de l’arrestation grâce au soutien personnel de Joseph Staline, Boulgakov se sent quand même en cage. Aucun de ses écrits n’est publié. Ses récits sont systématiquement censurés. Lorsque Batoum, sa dernière œuvre qui dépeint pourtant un tableau positif des premiers jours de la révolution stalinienne, est interdite avant même les répétitions, il demande à nouveau la permission de quitter le pays. On la lui refuse une fois de plus. Sa santé se détériore.

Boulgakov consacre les dernières années de sa vie à l’écriture. Son humeur, cependant, est très changeante. Des moments pleins d’optimisme, qui l’amènent à croire que la publication de Le Maître et Marguerite est encore possible, alternent avec des chutes dans la dépression la plus sombre, où il perd tout espoir. En 1939, dans des conditions précaires, il propose une lecture privée à son petit cercle d’amis de Le Maître et Marguerite. Le 19 mars 1940, à moins de cinquante ans, Mikhaïl Boulgakov meurt à Moscou emporté par une néphrosclérose. Son corps est enterré dans le cimetière Novodievitchi.

Actuellement, Boulgakov est mondialement considéré comme l’un des écrivains les plus remarquables du XXe siècle.

Sources :

 – Morphine, Mikhaïl Boulgakov, Gallimard, collection Folio2€

 – Lecturalia

 – Biografiaonline

 – Wikipedia

 – Biografie

Alexandre Pouchkine : duels, littérature et politique

Alexandre Pouchkine : un fatal sens de l’honneur

Se sentant offensé lorsque son oncle lui enlève sa partenaire de danse, Alexandre Pouchkine lance son premier défi en duel alors qu’il n’a que 17 ans.

Durant sa vie, le poète aurait défié ses adversaires à plus de vingt reprises et il aurait été défié sept fois. Quatre affrontements ont lieu. Les autres sont évités grâce à l’intervention de ses amis.

Toutefois, le 10 février 1837, il meurt à St-Petersbourg des suites d’un duel avec Georges d’Anthès, un officier français servant dans la Garde russe. Ce dernier combat aurait été fomenté par ses détracteurs, qui souillent la réputation de son épouse – comme on dit à l’époque –, afin de le provoquer.

Alexandre Pouchkine est considéré comme le père de la littérature russe moderne. Ses œuvres, écrites en russe, ont influencé d’importants écrivains : Tolstoï, Gogol ou Dostoïevski, ainsi que des compositeurs tels que Tchaïkovski ou Moussorgski.

 

 

Pouchkine : un lycéen romantique

Alexandre Sergueïevitch Pouchkine naît Moscou, en 1799. Selon la coutume dans l’aristocratie russe au début du XIXe siècle, ses frères et lui reçoivent une éducation basée sur la langue et la littérature françaises. A l’âge de douze ans, il est admis au Lycée Impérial nouvellement créé – rebaptisé plus tard Lycée Pouchkine – où il découvre sa vocation poétique. Parfaitement bilingue ses amis le surnomment « Le Français ».

Encouragé par ses professeurs, il publie ses premiers poèmes dans la revue Le Messager de l’Europe. Leur ton romantique relève l’influence des poètes russes contemporains et celle de la poésie française des XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier celle du vicomte de Parny. C’est également au lycée qu’il commence à écrire sa première œuvre majeure, le poème romantique Rouslan et Ludmila, qui sera publié en 1820.

Peu avant, en 1817, Pouchkine accepte un emploi à Saint-Pétersbourg, où il entre en contact avec un cercle littéraire restreint qui devient progressivement un groupe politique clandestin. Il fait également partie de La Lampe Verte, un autre mouvement d’opposition au régime tsariste qui sera finalement le germe du parti révolutionnaire qui mène à la rébellion de 1825.

Pouchkine : une vie d’exilé

Bien que sa poésie de jeunesse ait été plus sentimentale qu’idéologique, certains des poèmes écrits à l’époque attirent l’attention des services secrets tsaristes, qui ne les lisent qu’en termes politiques. Accusé d’activités subversives, il est contraint à l’exil. D’abord confiné en Ukraine, puis en Crimée, où il compose plusieurs de ses principaux poèmes.

En 1824, les autorités russes interceptent une lettre adressée à un ami dans laquelle il se déclare athée, ce qui lui vaut un nouvel éloignement, cette fois à Pskov, où sa famille a des biens. Il consacre les deux années qu’il y passe, à étudier l’histoire et à recueillir des récits traditionnels. Cela se reflète dans son travail qui se distancie du romantisme pour s’approcher progressivement du réalisme.

Pouchkine : le tsar pour censeur

En 1826, il fait une demande de visite à Nicolas Ier de Russie, qui est obligé de le recevoir, en partie parce que des preuves fiables démontrent que Pouchkine n’a pas pu participer aux révoltes anti tsaristes de 1825 – à ces dates il se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres de Moscou – mais aussi parce qu’il craint qu’un refus n’amène le poète à utiliser sa popularité pour entreprendre une campagne anti-gouvernementale. Après l’entretien, le tsar accepte de lui accorder la grâce, à condition que lui-même, Nicolas Ier, devienne désormais son censeur privé.

En 1831, Pouchkine épouse Natalia Gontcharova avec qui il aura plusieurs enfants. En 1833, il est nommé membre de l’Académie russe. Malgré son prestige croissant, il est hanté par les dettes toute sa vie, jusqu’à ce qu’il fonde la revue Le Contemporain, qui deviendra la publication la plus influente de la littérature russe. Il écrit ses dernières œuvres principalement en prose. Pouchkine est également connu pour avoir écrit de la poésie érotique.

 

Sources :

– Russia Beyond

– Biografias y Vidas

Lecturalia

– Wikipédia

– La Terre, le Feu, l’Eau et les Vents, Edouard Glissant, Galaade Editions