Union Européenne: mieux vaut être dedans que dehors…

Même parmi les plus eurosceptiques des européens, on n'envisage pas de sortir de l'Union sans un haut-le-coeur. 

Depuis une douzaine d'années, je suis abonné à un très éminent et libéral hebdomadaire britannique. Depuis douze ans donc, je profite de sa couverture internationale inégalée, ainsi que de ses pages scientifiques et ses revues de livres, en sus d'une vision anglo-saxonne de ce qui se passe dans le monde.

Depuis tout ce temps, je suis également exposé, par voie de conséquence, à l'euroscepticisme débridé dudit magazine. En 600 éditoriaux sur l'état de l'Union, on doit pouvoir compter sur les doigts d'une main de menuisier en fin de carrière le nombre de papiers positifs, ou juste bienveillants, sur l'Union, ce machin supranational boursouflé, bureaucratique, voleur de libertés, réglementeur à l'excès, gouffre à milliards, antidémocratique et j'en passe. Un discours seriné aux britanniques en des termes beaucoup plus crus d'ailleurs par leur presse quotidienne.

Et voilà que ça prend. L'opinion britannique n'a jamais été franchement europhile, mais avec les troubles actuels de l'Union, une majorité indique désormais que si on lui donnait le choix, elle voterait la sortie de l'Union Européenne, persuadée qu'elle est d'y trouver un intérêt plus grand qu'en restant dans ce club de gauchistes en faillite, dépensiers de l'argent des autres, que l'Union semble être devenue à ses yeux – un certain nombre d'eurosceptiques donnant d'ailleurs la Suisse en modèle de ce que pourrait être le Royaume-Uni hors de l'Union. Or, la tenue d'un référendum était une promesse de la coalition au pouvoir – la pression augmente donc pour qu'un tel vote ait lieu. En bref: la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne est désormais envisagée comme une réelle possibilité.

Cette perspective devrait en toute bonne logique réjouir notre hebdomadaire libéral, si critique de l'Union à l'ordinaire. Or, c'est tout le contraire. Depuis quelques mois, c'est à dire depuis que la perspective de sortie de l'Union se matérialise, le voilà qui aligne les analyses chiffrées de ce que coûterait à l'économie britannique une sortie de l'Union, et arrive à la conclusion qu'elle serait, sinon une catastrophe assurée, du moins un pari très risqué pris sur le futur du pays. Dans ce cadre, le magazine a étudié de près la situation de la Suisse, qu'il juge in fine comme étant indiscutablement moins favorable que la position britannique actuelle. Et d'en conclure de plus en plus vocalement que malgré tous ses défauts, il vaut encore bien mieux rester à la table de l'Union que la quitter.

Food for thought, comme ils disent outre-manche.

Pierre Dessemontet

Pierre Dessemontet est docteur en géographie économique, syndic d'Yverdon-les-Bains, député au Grand Conseil vaudois, et vice-président du Parti Socialiste Vaudois.